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interviewC dans l'air (sur YouTube)· 11 juillet 2026 64 min

Air Force One, Maison-Blanche barricadée : Trump en danger ?

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

On pense à toutes les familles endeuillées. - A.Casse: Bonsoir à tous et bienvenue.

On ne l'apprend que maintenant, mais il a soufflé un vent de panique ce mercredi à 19h43 sur le tarmac de l'aéroport d'Ankara. A la dernière minute, D.Trump change ses plans et ne monte pas dans son nouvel avion flambant neuf, mais dans l'ancienne version de l'Air Force One.

Il le fait vite, cache la vérité aux journalistes. L'avion décolle les stores baissés. Il est invisible.

Impossible de le tracer. Le transpondeur est éteint. La vie du président américain est-elle en danger?

La Maison-Blanche se barricade en ce moment, alors que le nouveau Guide suprême iranien confirme ce soir que D.Trump est dans la ligne de mire. Le général N.Richoux est avec nous.

Vous êtes ancien commandant de la 7e brigade blindée et ancien attaché de défense à Berlin. D.Khalfa, bonsoir.

Vous êtes consultant spécialiste du Proche-Orient, codirecteur de l'observatoire de l'Afrique du Nord et du Moyen-Orient à la Fondation Jean-Jaurès, qui édite votre livre collectif: "Israël -Palestine, année zéro". P.Allémonière, bonsoir.

Vous êtes grand reporter et spécialiste des questions internationales, auteure de "Géopolitique du Sahel". D.Rigoulet-Roze, bonsoir.

Vous êtes chercheur à l'Institut français d'analyse stratégique, rédacteur en chef de la revue "Orients stratégiques". Je cite votre livre: "La République islamique d'Iran en crise systémique". On ira aussi retrouver N.Bacharan dans un instant.

Si on refait le film, on parle de l'avion mythique Air Force One, qu'on connaît tous. Je n'ai pas besoin de le décrire. Tout à coup, il a baissé les stores, et éteint le transpondeur mercredi soir, à Ankara.

Ca montre à quel point l'équipe du président D.Trump a été prise de panique. - Gal N.Richoux: C'est leur rôle d'anticiper.

A partir du moment où il y a une menace sur le président de la République, ils prennent les mesures maximales. Ils ont d'abord changé d'appareil. On se souvient qu'il y avait l'appareil du Qatar, qui n'a vraisemblablement pas toutes les mesures de sécurité, le standard du cahier des charges d'Air Force One habituel.

Ensuite, on apprend qu'ils ont éteint le transpondeur, c'est-à-dire le système d'identification de l'appareil, au moment du décollage, pour qu'on ne sache pas où il va et quel est son plan de vol. C'est très intéressant. Il y a véritablement une tension sur le plan sécuritaire vis-à-vis du président des Etats-Unis d'Amérique. - A.Casse: Il y a quand même un risque à éteindre le transpondeur. - P.Allémonière: Il y a toujours un risque.

On parlait des navires dans le Golfe qui éteignaient leur transpondeur pour passer. On disait qu'il y avait un vrai risque de collision. Petit élément supplémentaire, l'avion présidentiel a éteint son transpondeur, donc n'était pas repérable, et ne pouvait donc pas guider par ses signaux émetteurs un missile ou autre, mais il était entouré d'autres avions, qui volent aussi tous feux éteints, mais qui permettent quand même de surveiller le vol et ce qui s'approche de l'avion.

Il n'est pas seul dans le ciel. Dans les gros moments de forte inquiétude aux Etats-Unis, souvenez-vous de 2001, quand le président Bush a fui Washington pour se réfugier quelque part au cas où il y aurait une attaque massive aux Etats-Unis...

Il n'avait pas éteint son transpondeur. Ils n'ont pas arrêté de changer de route pour perdre l'adversaire. Quand J.Biden est venu en Ukraine, alors qu'il était venu avec son avion, il avait changé de signal.

Il avait pris un faux signal pour dire: "On n'est pas là. C'est un autre avion qui vole." Eteindre le transpondeur, ça ne s'est encore jamais fait.

Peut-être que ça s'est fait, mais personne d'autre ne le sait. - A.Casse: Qui veut tuer D.Trump?

Avez-vous une idée de qui se cache derrière cette menace? - D.Khalfa: C'est documenté.

Il y a un développement très intéressant de l'un des principaux conseillers de B.Obama et d'autres présidents américains. Il explique depuis l'assassinat de Q.Soleimani, qui était le cerveau de la politique régionale de l'Iran, notamment de son réseau milicien au Proche et Moyen-Orient...

C'était le chef des opérations extérieures. Il est tué dans une frappe en 2020, sur le sol irakien. Pour le régime iranien, c'est un affront.

Il est de son devoir de venger cet affront. Depuis 2020, les menaces sont réelles. En 2024, 2 faits intéressants.

Sur le sol américain, il y a eu l'arrestation d'un agent pakistanais qui travaillait pour les Gardiens de la révolution, chargé de recruter les tueurs à gages, pour surveiller et assassiner Trump. Il y a un certain nombre de responsables de la Maison-Blanche, de l'administration précédente, comme Bolton, qui sont sur la "getting list" du régime iranien. C'est une volonté du régime iranien depuis plusieurs années.

Ca s'explique aussi par la dimension idéologique. C'est un régime, quand il fait irruption en 1979, dont l'un des fondements idéologiques est l'anti-occidentalisme, l'antiaméricanisme. Il est logique que le régime iranien veuille se débarrasser du grand Satan américain. - A.Casse: Est-ce le nouveau Guide suprême, M.Khamenei, qui dit "c'est la priorité aujourd'hui de tuer Trump"? - D.Rigoulet-Roze: C'est un message qui est attribué au supposé Guide suprême.

Il appelle à la vengeance. C'est un problème parce que ça veut dire que dans les manifestations, il y a eu des appels...

Il y avait les manifestations virulentes, y compris de certains membres du Parlement iranien. Là, il s'agit d'effectuer cette vengeance. C'est une caution institutionnelle.

C'est un vrai problème. - A.Casse: En quoi est-ce un problème? - D.Rigoulet-Roze: Ca ferme des portes, notamment par rapport aux négociations en cours, par rapport à une logique escalatoire pour plus tard.

C'est problématique. Ca va au-delà de la simple déclaration d'un individu qui se ferait fort d'un passage à l'acte. Quelque chose se joue et est potentiellement dangereux. - A.Casse: Ca fait même craindre...

Peut-être que les Américains seront aussi ciblés. C'est peut-être un appel à commettre des attentats. - D.Khalfa: Le régime iranien pratique le terrorisme d'Etat contre ses opposants, y compris sur le sol européen, mais aussi aux Etats-Unis.

Il y a un réseau d'agents. C'est commandité par l'Etat profond iranien. C'est surtout le corps des Gardiens de la révolution.

C'est une caution morale et religieuse. Il faut comprendre que la manière dont ce régime est structuré...

Au sommet de la pyramide du système iranien, la clé de voûte, c'est le Guide suprême. C'est lui qui donne le la sur les plans politique, militaire et religieux. Lorsque M.Khamenei, le fils de l'ancien Guide suprême assassiné par les Américains et les Israéliens, explique qu'il faut venger le sang de son père, et donc, implicitement, tuer Trump, il faut prendre ça très au sérieux. - A.Casse: Il parle d'une liste de noms. - D.Khalfa: Tous ceux qui sont responsables de l'assassinat de son père, d'une partie de sa famille, du chef d'Etat de l'armée, et d'un certain nombre de généraux éliminés le 28 février... - A.Casse: Le président américain était dans la liste? - D.Khalfa: Il peut y être.

Aux yeux du régime iranien, ceux qui donnent le la, ce sont Rubio, Trump et J.D.Vance.

Ils font partie de cette élite américaine dans leur ligne de mire. Ils estiment qu'ils sont responsables de cette guerre, notamment de l'assassinat de l'ancien Guide. - A.Casse: Tout à l'heure, on disait qu'il faut prendre cette menace au sérieux quand elle vient de l'ayatollah. - D.Khalfa: Tout à fait.

Est-ce que la menace était concrète, tangible, imminente? On peut avoir des doutes. Il faudra patienter pour avoir des éléments très précis.

Il y a un consensus au sein de la communauté du renseignement américain, républicains et démocrates compris, sur la réalité de cette menace. - A.Casse: N.Bacharan trépigne.

Bonsoir. Vous êtes historienne et politologue, spécialiste des Etats-Unis. Je rappelle votre livre: "Requiem pour le monde libre".

Que pensez-vous de cette liste? M.Khamenei s'exprime aujourd'hui.

En tout cas, cette expression lui est attribuée. Il dit qu'il veut non seulement la peau de D.Trump, mais qu'il a une liste. - N.Bacharan: Il y a beaucoup de choses dans cet événement.

Tout ce qui vient d'être dit, j'y souscris totalement. Il y a une caution religieuse. C'est comme une fatwa.

On sait qu'à travers le monde, même sans faire partie de réseaux, il y a des gens qui peuvent se réveiller un jour en disant: "C'est moi qui vais appliquer la fatwa." Regardez le sort de S.Rushdie.

Au-delà de ça, le président des Etats-Unis est une cible constante. C'est la cible de menaces multiples. La Maison-Blanche et les services de renseignements en enregistrent tous les jours.

Le pays est en guerre avec l'Iran, son ennemi juré. Le slogan depuis 47 ans, c'est: "Mort à l'Amérique, mort à Israël." La menace ne disparaît jamais.

Elle est plus ou moins aiguë. Dans les jours qui se sont déroulés, il y a eu un élément supplémentaire. C'est un renseignement venu d'Israël, disant qu'il y a une menace directe, proche, contre le président des Etats-Unis.

Tous les services américains ne sont pas d'accord sur l'imminence de cette menace, selon le renseignement israélien. On sait qu'Israël ne croit pas, comme toute personne raisonnable, à la possibilité d'un accord nucléaire avec l'Iran. Ca peut aussi être un désir de rappeler à Trump la vérité de la menace.

Evidemment, il est sur la liste. En même temps, il ne faut pas négliger le fait que ce soit le Guide suprême, s'il existe, car rien ne le prouve, ou les Gardiens de la révolution. Ils savent quand même que tuer Trump déchaînerait l'enfer.

D.Trump a d'ailleurs précisé que les ordres étaient donnés dans cette éventualité à toutes les forces armées américaines de détruire entièrement l'Iran. Ce n'est pas à négliger. - A.Casse: Il faut que vous m'aidiez à expliquer le titre de l'émission.

On a parlé d'Air Force One. On a expliqué ce qui s'est passé sur le tarmac d'Ankara, ce vent de panique. En même temps, la Maison-Blanche est aujourd'hui barricadée.

Y a-t-il un lien? - N.Bacharan: Oui.

La Maison-Blanche est en faute en matière de sécurité. D.Trump a tapé du pied.

Il voulait son avion qatari remis à toutes les bonnes normes de sécurité très vite. Il l'a obtenu en un an. L'avion a été donné en mai 2025.

L'armée de l'air, chargée d'équiper cet avion qui ne ressemble à aucun autre, qui est une Maison-Blanche volante, avait dit que ça allait prendre 2 à 3 ans. Sans avoir le détail, on sait que l'avion a été mis au goût de D.Trump, avec des dorures... - A.Casse: Je parlais de la Maison-Blanche, qui est barricadée aujourd'hui.

Dans quelle mesure et pourquoi? - N.Bacharan: Elle est barricadée pour plusieurs raisons.

Je n'avais pas compris la gravité de votre question. Une barricade sur la communication est en place. Les normes de sécurité sont constamment réévaluées.

On détecte constamment des trous dans la raquette. Les dernières semaines, des renforcements de portes ont été faits, tout comme des renforcements de barrières mobiles, déployées très rapidement. On n'en sait pas plus.

Le propre du Secret Service, c'est de garder les informations, comme les réactions de défense, secrètes. - A.Casse: On va essayer de comprendre l'ampleur de cette menace qui pèse sur la vie du président américain.

Est-il est la seule cible? Le risque est-il aussi terroriste? Les Iraniens pourraient-ils commettre un attentat aux Etats-Unis? - Mercredi soir, après le sommet de l'Otan, D.Trump monte à bord de l'avion présidentiel.

Une scène banale dans la vie du président américain, et pourtant, cette fois, l'image fait réagir. D.Trump n'emprunte pas son avion flambant neuf, pourtant utilisé la veille. - Pourquoi ne rentrez vous pas à bord du nouvel Air Force One? - D.Trump: Le nouvel avion s'envole pour l'Europe, vers l'une des grandes bases, 2 ou 3 des grandes bases où nous pourrons le montrer au public.

Nous rentrerons chez nous par les moyens habituels. - Le président reste plus qu'évasif sur ce changement de dernière minute avant de reconnaître, en plein vol, face aux journalistes... - D.Trump: C'est probablement une nuit dangereuse par rapport à ces crapules auxquelles nous devons faire face. - Allusion très claire aux Iraniens.

Le nouvel avion offert par le Qatar ne serait-il pas suffisamment sécurisé pour transporter le président américain? Un cadeau à 400 millions de dollars dont D.Trump s'est pourtant amplement vanté ces dernières semaines. - D.Trump: La qualité de fabrication de cet avion est telle que quand on le voit, on a du mal à le croire.

La qualité des bois, des matériaux, des moteurs...

Ces moteurs sont exceptionnels. Ce sont les meilleurs au monde. Il n'y a rien de comparable.

Ils l'ont rendu digne d'un avion présidentiel. Cela inclut la sécurité et tous les gadgets qu'ils y ont intégrés. C'est très complexe, mais c'est vraiment impressionnant.

C'est un avion que les Etats-Unis d'Amérique se devaient d'avoir. - Mais les services secrets américains en auraient décidé autrement. Selon le "New York Times", le nouvel Air Force One ne dispose pas des contre-mesures défensives du modèle précédent.

Le journal prend un risque potentiel Le journal pointe un risque potentiel lors des déplacements du président à l'étranger. Sur les plateaux télé, les spécialistes vantent le vieux modèle, renforcé pour résister à une explosion nucléaire, doté d'un système pour déjouer les missiles et capable d'être ravitaillé en plein vol. Vieux de 35 ans, certes, mais adapté à un besoin d'hypersécurisation pour le président des Etats-Unis. - Il dispose également d'une suite médicale: ce qui est en quelque sorte une salle d'opération.

Il est équipé d'un système électronique renforcé et offre la capacité d'assister le président lors de tout type de crise, en particulier à l'étranger. Cet avion fait partie intégrante de l'infrastructure de sécurité nationale. - Inquiétudes autour de la sécurité du président, à l'heure où la guerre en Iran reprend.

Nouveaux affrontements, cessez-le-feu terminé selon D.Trump, et une nouvelle venue d'Israël. - Selon le "Wall Street Journal", les autorités israéliennes auraient transmis aux Américains des renseignements indiquant que les Iraniens préparaient un nouveau complot visant à assassiner Trump. - Depuis des années, l'Iran promet de riposter pour l'assassinat du général Soleimani. - Une hypothèse confirmée par écrit par le nouveau Guide suprême iranien aujourd'hui.

M.Khamenei jure de venger la mort de son père et évoque une liste des personnes visées pendant que dans les rues de son pays, un nom est donné. De quoi faire réagir la Maison-Blanche.

D.Trump menace de décimer intégralement l'Iran. Israël assure aussi que son armée est en état d'alerte pour une éventuelle reprise des combats. - A.Casse: Question. - Gal N.Richoux: Je ne crois pas.

Ce sont les services secrets qui ont la main. Le président n'a pas son mot à dire. Pendant son mandat, il n'a pas le droit de conduire une voiture ni de descendre de sa voiture tant que ce ne sont pas les services secrets qui lui ouvrent la porte et lui disent qu'il peut descendre.

Ce sont les services secrets qui l'extraient de la salle de conférence ou du restaurant où il était et qui l'entraînent vers la voiture sans qu'il ait son mot à dire. Il ne peut rien dire. C'est le rôle des services secrets.

C'est un geste technique. Que la menace soit avérée ou non, et vraisemblablement, les menaces sont réelles, les services secrets ne peuvent absolument pas prendre le risque d'avoir une protection dégradée. On utilise les modes d'action les plus sécurisés.

Ils n'avaient pas d'autre choix que de faire ce qu'ils ont fait. - A.Casse: Pourquoi utiliser l'avion le plus sécurisé pour aller au Royaume-Uni et reprendre l'avion qatari, un ancien jet En avion présidentiel?

Pourquoi fallait-il prendre celui-là pour aller à Washington? C'est un caprice de D.Trump? - Gal N.Richoux: Je pense.

On voit bien qu'il aime bien les dorures. Il a beau être plus confortable sur le plan intérieur, il ne répond pas aux standards d'un cahier des charges très strict. Air Force One, c'est un cahier des charges sécuritaires très strict autour duquel on bâtit un avion.

Il a beau être résistant sur le plan électromagnétique, redondant en transmission, il peut être ravitaillable en vol et voler un certain nombre d'heures...

Il a des leurres contres les missiles. - A.Casse: Et d'autres choses qu'on ignore. - Gal N.Richoux: C'est un avion d'occasion, dont on ne sait pas comment il a été entretenu, dont on ne sait pas s'il y a des micros à l'intérieur.

Il n'a pas du tout le standard sécuritaire de l'ancien Air Force One. C'est un avion de ligne. Il parlait des meilleurs moteurs du monde.

Si ça se trouve, ils ne sont pas aux standards de ce qu'on exige pour Air Force One, qui doit être capable de voler des dizaines d'heures sans se poser. C'est une Maison-Blanche en vol. - A.Casse: C'est une des failles du trumpisme.

D.Trump a accepté ce cadeau à 400 millions de dollars. C'est peut-être un cadeau empoisonné. - D.Rigoulet-Roze: Ce n'est pas fiable.

Les avions classiques remontent à l'ère Reagan. On a vu son utilité quand il y a eu le 11-Septembre. Le président G.Bush a été mis immédiatement dans l'avion, qui a tourné en permanence.

La caractéristique, c'est qu'il a la capacité...

Sur le nez, un ravitaillement en vol lui permet une autonomie quasiment illimitée. C'est après le cockpit. - A.Casse: La bosse sur la tête... - D.Rigoulet-Roze: Ca lui donne une autonomie quasiment illimitée pour ne pas se poser.

Il a des systèmes électroniques, des systèmes antimissiles...

Il y avait un problème d'incrémentation du niveau sécuritaire sur le neuf, celui offert, qui n'était pas aux normes. - A.Casse: L'alerte que reçoit le Secret Service vient visiblement d'Israël, qui dit: "Attention, une menace pèse sur D.Trump." Peut-on imaginer que cette alerte soit instrumentalisée par Israël, qui veut reprendre la guerre? - P.Allémonière: Tout peut être analysé dans un sens comme dans un autre.

L'alerte était suffisamment prise au sérieux parce qu'on est dans un secteur géographique...

N'oubliez pas que la Turquie a été sujette à tirs de missiles venant d'Iran. Le lieu est dangereux pour le président américain. avec cet avion.

Il y avait un vrai risque. Quant à savoir si Israël veut reprendre la guerre, je peux vous dire que oui. Vous êtes certain qu'Israël veut reprendre la guerre, enfin, veut finir le job.

J'ajouterai quelque chose d'important dans le contexte actuel. Cette déclaration de guerre, en quelque sorte verbale, de l'Iran, c'est-à-dire "nous avons des cibles, parmi lesquelles D.Trump", n'est pas une fatwa.

C'est assez important. Quand on vise le président américain...

Pourquoi M.Khamenei n'a pas émis une fatwa? Il émet ce mot d'ordre le jour de la fin de l'enterrement de son père.

Il est publié le lendemain. Il n'y a aucun mot, à part "nous allons venger mon père"...

Un texte sur l'enterrement de son père ne pouvait être porteur d'autres mots... - A.Casse: En quoi n'est-ce pas une fatwa? - P.Allémonière: Une fatwa est un texte émis comme un ordre purement... - A.Casse: Ce n'est pas un ordre? - P.Allémonière: C'est complètement juridique. - D.Rigoulet-Roze: Il ne pouvait pas.

Il n'est pas ayatollah. - P.Allémonière: Si, il peut.

On va éviter ce détail trop compliqué. Il pouvait en émettre une. Aujourd'hui, ce qui se passe à travers cette menace de mort et cette cible mise sur la tête de D.Trump, c'est les durs du régime qui, avec cette démonstration de force faite lors des funérailles, ont voulu pointer du doigt leur force et montrer au peuple iranien Et ils galvanisaient leurs soutiens par cet appel à la mise à mort de D.Trump. - A.Casse: Question. - D.Khalfa: Les Gardiens de la révolution et les Bassidj, les miliciens au service des Gardiens de la révolution.

On sait que sur ces manifestations dont on parle...

Il faut faire attention à la propagande du régime, qui parle d'une dizaine de millions d'Iraniens dans la rue. En réalité, c'est plutôt une centaine de milliers. Il y a principalement des miliciens du corps des Gardiens de la révolution, des Bassidj...

Entre 180 000 et 250 000 à peu près. Ca fait pas mal de monde. Il faut faire attention.

Le hors-champ, c'est l'écrasante majorité des Iraniens qui ne se sont pas rendus à ces funérailles. - A.Casse: Ceux qui viennent aux funérailles viennent aussi saluer un chef religieux.

Les motifs de la mobilisation sont divers. Ce n'est pas forcément une façon de dire: "Je montre à quel point je soutiens le régime." C'est aussi tout simplement religieux. - D.Khalfa: Des gens viennent car ils n'ont pas le choix et sont menacés par le régime de perdre leur salaire.

Les fonctionnaires dépendent de cette manne financière accordée par l'Etat iranien. Vous avez ensuite des gens qui sont idéologisés, qui sont là pour des raisons politiques ou idéologiques et religieuses. Ce sont les deux.

Ils crient vengeance. L'infrastructure critique du régime iranien, encore une fois...

Il y a les Pasdarans et les Bassidj, les miliciens, qui sont là parce que, pour le coup, ils représentent l'aile la plus dure du régime. Juste un mot sur la menace...

Très peu de choses ont filtré dans la presse israélienne. C'est assez étonnant. En général, les médias israéliens sont assez bien informés quand il y a des éléments un peu concrets et tangibles sur la menace d'assassinat de Trump.

Ca ne veut pas dire que la menace n'existe pas, mais ça m'a interpellé. Un nom a filtré dans la presse israélienne, le général Vahidi, le chef du corps des Gardiens de la Révolution. Il essaierait quelque part de torpiller le MOU, entre Iraniens et Américains.

Il y aurait une guerre des clans au sein du régime entre les diplomates durs, mais pragmatiques, et ceux qui estiment qu'il faut privilégier la vengeance, laver l'honneur et ne pas négocier avec les Américains, car le régime est en position de force. - A.Casse: Vous dites qu'il y a peut-être des fractures au sein du régime.

Celui qui se prétend être M.Khamenei aujourd'hui appelle à la vengeance. Est-ce qu'il a été rattrapé par les plus durs et a donc été obligé de le faire? - D.Rigoulet-Roze: C'est un candidat des Gardiens de la révolution au départ.

Quand il a été validé dans son rôle de Guide suprême, à supposer qu'il soit toujours en vie, car on n'a pas confirmation, c'était le candidat des Gardiens. Quand il y a une succession faite sur le Guide suprême, ça doit être avalisé par l'assemblée des experts, 80 membres. Le chef des Gardiens de la révolution dit qu'il y a eu des pressions physiques sur certains membres de l'assemblée des experts pour valider une candidature qui était loin de faire l'unanimité.

D'abord, il n'y a pas d'ayatollah. C'est pour ça que j'ai évoqué cette question tout à l'heure. Or, normalement, la figure doit être un ayatollah.

Son père ne l'était pas... - A.Casse: On l'appelait ayatollah quand même. - D.Rigoulet-Roze: Son fils ne l'est clairement pas.

Il a arrêté ses études. Ca a instauré un système dynastique, ce qui est en contradiction avec le fondement de la République islamique. C'est pour ça que c'est une anomalie.

Sa stature est dévaluée sur le plan institutionnel. - A.Casse: On a commencé l'émission en évoquant ce qui s'est passé sur le tarmac d'Ankara.

On va s'arrêter sur ce sommet de l'Otan avec N.Bacharan. Il y a une autre anecdote qui mérite un petit décryptage.

Quand on sait que le dirigeant turc, Erdogan, a fait un cadeau particulier à ses hôtes...

Le Premier ministre belge n'a pas déballé tout de suite son cadeau. Il l'a reçu et a attendu l'atterrissage pour l'ouvrir. Il a alors découvert que c'était un pistolet.

Il a été pris de panique et a dû le placer dans un coffre fort. Quel est le message d'Erdogan? Sait-on ce que D.Trump a fait de son pistolet? - N.Bacharan: Plusieurs choses.

Quand j'ai appris ça, ça m'a fait penser à une anecdote proprement sinistre. C'est le cadeau que V.Poutine a fait au début de la 2e guerre de Tchétchénie aux soldats russes qui partaient en Tchétchénie.

Il leur avait offert des poignards de chasse, de grands poignards faits pour tuer, gravés à leur nom. C'était un message extrêmement clair. Cette guerre a été épouvantable.

Là, visiblement, le message d'Erdogan est un message guerrier qui s'adresse à des guerriers. Il ne veut pas avoir de notion des règles de sécurité, de droit, qui ont cours dans les Etats de droit européens. Le seul qui a pu rapporter son cadeau à la maison, c'est probablement D.Trump.

Lui, il a le port d'armes. Peut-être que ce cadeau lui a plu. On n'a pas eu de commentaire.

Ca nous montre à quel point la Turquie, membre indispensable de l'Otan, est quand même très loin des moeurs et des règles européennes. - A.Casse: Ca vous inspire quoi, général? - Gal N.Richoux: Il a offert des armes turques.

Aujourd'hui, l'armée turque est très importante. Elle fait 800 000 ou 900 000 hommes. C'est l'une des plus grosses armées.

Elle est adossée à pas mal de problèmes. Il y a le Caucase au nord, l'Irak, la Syrie, l'Iran...

Elle est véritablement dans une région de crise. La Turquie développe à marche forcée son propre armement, son aviation, ses propres chars. C'est un message pour dire: "Regardez.

L'industrie turque aujourd'hui..." C'est un .357.

Généralement, un .357 Magnum, c'est Smith & Wesson. Je pense qu'il y a un message pour dire: "On fait aussi bien que vous aujourd'hui." L'industrie militaire turque est à son plus haut niveau. - A.Casse: Est-ce que D.Trump a besoin de ce revolver? - Gal N.Richoux: Je pense que D.Trump doit être très content. - A.Casse: Il en a besoin pour se défendre?

On dit qu'il est ciblé. - Gal N.Richoux: Il ne va sûrement pas le garder quand il est président de la République, mais c'est un cadeau aux Etats-Unis qui ne me semble pas aussi choquant qu'en France. - A.Casse: Pourquoi 6 balles?

Quelqu'un a la réponse? Le pistolet était chargé de 6 balles. On essaiera au fur et à mesure de l'émission de voir si on arrive à démêler ce mystère.

On demandait si D.Trump avait besoin de ce pistolet, car c'est l'un des hommes les plus détestés au monde. Il a déjà été la cible de plusieurs tentatives d'assassinat.

On se souvient de la Pennsylvanie, à l'été 2024. - Le président américain adore tout ce qui brille, le pouvoir et l'argent. - A.Casse: On a eu une petite erreur de sujet.

Ce n'était pas ce que j'ai lancé. - D.Khalfa: Ca me fait penser au fait qu'Erdogan sait très bien que Trump est fasciné par le hard power.

Il utilise des outils de hard power. D'abord, il y a la puissance militaire. On l'a vu en Iran.

Il y a aussi les velléités néo-impérialistes au Groenland, avec l'utilisation des tensions économiques. Quelque part, ça fait appel à son imaginaire, à cette droite trumpienne Maga qui n'aime rien tant que le rapport de force et la puissance... - A.Casse: On va revivre l'attentat contre sa personne en 2024.

Brouhaha. Applaudissements. Tout de suite, il l'a transformé en geste de victoire.

L'histoire montre que ce n'est pas impossible de tuer l'homme le plus puissant du monde. Ca s'est joué à quelques secondes. - N.Bacharan: L'histoire du monde...

On ne va pas faire toute la collection des chefs d'Etat du monde qui ont été assassinés, sans parler de Kennedy aux Etats-Unis. Dans cette image, il n'obéit pas aux services secrets. C'est intéressant.

Chaque fois, il sait transformer une menace en une victoire. Là, c'est pareil pour la menace adressée par l'Iran. Avec cette menace, il parle à sa base et lui dit: "Regardez.

Aujourd'hui encore, je suis la cible de nos ennemis iraniens." Il justifie sa guerre, en quelque sorte. "Je suis menacé, donc on doit se battre contre les Iraniens." Là, il repousse à plus loin toutes les critiques qu'on lui a faites contre la guerre.

C'est à quel point il sait retourner les situations en son propre intérêt. - A.Casse: Les retourner et se dire qu'il est ciblé par les autres.

On a vécu l'épisode navrant de la piscine du Lincoln Memorial, elle aussi barricadée. Il a prétendu que ses rivaux voulaient la contaminer. Maintenant, on va voir ces images de barrières autour de la Maison-Blanche.

C'est aussi une façon de dire: "Je suis ciblé." On avait parlé il y a quelques semaines de ce livre, "Regime Change", qui raconte des conversations très confidentielles au mot près. Est-ce qu'on sait s'il y a une taupe à la Maison-Blanche? - N.Bacharan: On n'a absolument aucun élément là-dessus.

Par contre, sur la sécurité de l'avion, qu'on continue à appeler "qatari", parce que c'est le problème qui se pose, on sait que la Maison-Blanche traîne en justice un certain nombre de journalistes du "New York Times". Ce sont d'autres journalistes que ceux qui ont écrit "Regime Change". Dans l'immédiat, la Maison-Blanche reproche à un certain nombre de reporters du "New York Times" d'avoir écrit sur cet avion qatari.

L'affrontement avec la presse et la suspicion d'information qui viendrait de l'intérieur de la Maison-Blanche est toujours en cours. La discussion entre le général et Patricia est très intéressant. Le Secret Service, l'agence de protection du président et des personnalités, a la main.

On sent bien qu'avec D.Trump, c'est quelquefois compliqué. Le 6 janvier 2021, D.Trump voulait se rendre au Capitole pour haranguer ses troupes.

Le Secret Service l'en a empêché. Ca a été très difficile. Là, sur l'avion, à l'évidence, le Secret Service n'était pas satisfait que le vol Washington-Ankara se fasse dans cet avion.

L'élément de menace transmis par Israël a permis au Secret Service d'obliger D.Trump à dire: "Pour faire Ankara-Londres, on prend Air Force One." On voit qu'il y a des tensions.

On a du mal à faire obéir D.Trump. Par ailleurs, il y a un élément qu'on ne peut pas retirer à D.Trump: c'est un homme qui a beaucoup de courage physique.

Il n'a même pas peur. On l'a vu avec les images de Butler, qui restent très impressionnantes. Face à la menace iranienne, on sent qu'il est prêt.

Ce n'est pas quelqu'un qui renonce, qui se cache ou s'efface, même si la Maison-Blanche est aujourd'hui barricadée sur ordre du Secret Service. - A.Casse: Question.

On a souvent parlé des Iraniens qui essayaient de titiller les nerfs de D.Trump. - D.Rigoulet-Roze: Il en fait un sujet de fierté, d'être la cible désignée, la cible principale.

Ce n'est pas la 1re fois qu'il est visé. On parlait du Secret Service. Le cauchemar du Secret Service, c'est Mar-a-Lago.

C'est ingérable en termes sécuritaires. Pour eux, c'est un cauchemar. - A.Casse: Il y va tous les week-ends. - D.Rigoulet-Roze: Il veut y aller pour le golf, qui est un espace ouvert.

Il y a toute cette dimension aérienne qui rajoute le problème. Il en fait une fierté. Il en fait une provocation, presque, par rapport à ceux qui le viseraient. - A.Casse: Est-ce un jeu dangereux que d'essayer d'humilier D.Trump? - D.Khalfa: C'est quelqu'un qui n'a pas la mémoire courte.

Il a l'esprit vengeur. De ce point de vue, il partage cette vision avec ce régime qu'il déteste et qui le lui rend bien. Ce qui m'intéresse, c'est de voir combien c'est un animal politique impressionnant, D.Trump.

Il arrive toujours à transformer une vulnérabilité...

Ces tentatives d'assassinat, c'est un échec tactique des services de renseignements américains. C'est en partie lié à la personnalité de D.Trump, qui est ingérable.

Il transforme cette vulnérabilité en puissance, avec la figure du martyr. Il était très critiqué par la base évangélique du parti. On se souvient des images un peu christiques de D.Trump.

C'est comme ça qu'il se voit. Il se compare à Napoléon. On connaît sa modestie légendaire.

Il pratique la vengeance. Il l'a fait vis-à-vis de ses anciens alliés dans le Parti républicain. - A.Casse: Il lance une vendetta contre eux.

Là, il fait son testament. "Si vous arrivez à m'atteindre, si vous mettez à exécution votre menace de m'assassiner, des ordres ont été donnés et l'armée américaine est prête à anéantir et détruire toutes les zones de l'Iran." Il dit qu'il est dangereux de déchaîner sa colère? - Gal N.Richoux: Oui, mais à la seconde près où il sera mort, il ne sera plus président.

Ce n'est plus lui qui prendra les décisions. Il ne peut pas, par testament, donner des ordres aux forces armées. A la seconde près où il sera mort, le vice-président deviendra président.

C'est lui qui jugera de l'opportunité et de la nature de la riposte. - A.Casse: J.D.Vance? - Gal N.Richoux: Oui. - A.Casse: Qu'est-ce qu'on peut imaginer? - Gal N.Richoux: Je ne suis pas dans sa peau. - A.Casse: On sait qu'il n'est pas va-t-en-guerre. - Gal N.Richoux: Il a critiqué l'intervention contre l'Iran.

Il ne pourra pas ne rien faire. Imaginons que le président soit assassiné. Là, on est dans une escalade extraordinaire.

Qu'est-ce qu'il reste comme possibilité aux Etats-Unis à part envahir l'Iran et faire tomber le régime? Là, ce sont 700 000 personnes qui se massent du côté du Koweït et qui marchent sur Téhéran. - A.Casse: Si D.Trump est assassiné demain, il se passe quoi? - N.Bacharan: Comme toujours, le général N.Richoux a raison.

Ce n'est plus lui qui décide, c'est le vice-préside devenu président. Mais politiquement, Le nouveau président, si c'était le cas, ne peut pas négliger le testament de son prédécesseur. Quand un président est assassiné, le choc dans le pays est énorme.

Evidemment, il y a un héritage politique. La provocation venant d'un pays comme l'Iran serait telle que, forcément, la réplique serait militaire et très dure, même si personne ne peut imaginer ce que serait J.D.Vance président.

C'est quelqu'un qui déteste les aventures extérieures. Il était contre cette guerre. Je pense qu'il y aurait une réplique militaire très dure pour abattre le régime. - A.Casse: C'est quelqu'un qui s'en est pris violemment à B.Nétanyahou.

Quand on parle de cette menace qui pèse sur D.Trump, il y a les services secrets israéliens...

Ils ont alerté les Américains. Dans quel but? Est-ce dans le but de relancer la guerre? - Le président américain adore tout ce qui brille, le pouvoir et l'argent.

Déjà milliardaire de longue date, sa fortune a triplé depuis le début de son 2d mandat. C'est un appel téléphonique médiatisé. D.Trump a appelé B.Nétanyahou.

Quelques minutes plus tard, le cabinet du Premier ministre israélien publie ce tweet. ...

B.Nétanyahou veut-il prouver qu'il est de retour dans le jeu? Il a essuyé la colère du président américain le mois dernier, en pleine escalade avec le Liban.

Il a été salué par D.Trump cette semaine en marge du sommet de l'Otan. - D.Trump: Nous avons travaillé très étroitement ensemble et nous avons traversé une épreuve majeure.

Nous avons accompli de grandes choses côte à côte. A mon avis, il est un excellent Premier ministre en temps de guerre. Je ne connais pas grand-chose à sa politique, mais je pense qu'il est très populaire. - Au pouvoir depuis plus de 18 ans, B.Nétanyahou se représentera en automne pour les élections législatives.

Un combat loin d'être gagné. L'homme fort de l'Etat hébreu doit faire face à la montée en puissance de son ancien chef d'état-major, déjà en campagne. - Je serai digne de votre confiance.

J'unirai notre pays. Je serai le Premier ministre de tous les citoyens d'Israël. - Rarement le Premier ministre n'aura été autant en difficulté.

Dans les sondages, il est distancé de plusieurs sièges à la Knesset par le candidat centriste, qui souhaite rassembler un pays déchiré depuis l'attaque du 7-Octobre, mais aussi mettre en avant son expérience sur le terrain. Sur les réseaux sociaux, l'ancien militaire diffuse des images de lui en uniforme. Une réputation de dur pour celui qui a réprimé dans le sang des manifestations palestiniennes en 2018.

Il y a 2 ans, il a perdu l'un de ses fils, soldat à Gaza. Aujourd'hui, il critique les décisions militaires de B.Nétanyahou. - Le leadership en temps de guerre se juge à l'aune de 2 principes fondamentaux.

Premièrement, la capacité à atteindre les objectifs fixés. Deuxièmement, l'amélioration de la position stratégique d'Israël pour de nombreuses années à venir. Sur ces 2 plans, le gouvernement israélien a totalement échoué. - B.Nétanyahou, plus seul que jamais face à son bilan.

Menacé de perdre le pouvoir, il continue de durcir le ton avec son gouvernement. Cette semaine, le ministre de la Défense revendiquait le droit d'Israël à attaquer l'Iran. - L'armée est prête et en état d'alerte pour une reprise des combats afin de rétablir une supériorité aérienne et d'amener le drapeau bleu et blanc en Iran pour éliminer les menaces, y compris une 3e fois si nécessaire.

Si nous devons y retourner, ce sera plus durement encore. - Il y a quelques jours, B.Nétanyahou s'est longuement livré lors d'un podcast avec un journaliste israélien.

Interrogé sur son avenir politique, il a refusé de désigner un potentiel successeur. - B.Nétanyahou: J'ai consacré ma vie à garantir l'existence d'Israël.

Certes, je ne suis pas allé jusqu'au bout de la démarche, mais il reste encore des étapes à accomplir, des choses que je souhaite renforcer, comme notre capacité à être autosuffisants. - Les élections législatives de cet automne, un scrutin qui pourrait bien se transformer en référendum pro ou anti-Nétanyahou, après plusieurs mois d'escalade avec l'Iran. - A.Casse: Question. - D.Rigoulet-Roze: Manipulation...

Le fait de rendre public ce type d'information, en soi, ce n'est jamais neutre. En Israël, il y a les stratégies de communication, d'influence, pour éventuellement orienter. Sur le fond, ça n'enlève pas la réalité de la menace.

Il faut disjoindre les 2 aspects. Du point de vue des Israéliens, par rapport au processus de négociation, il y avait beaucoup de doutes avec des agendas qui devenaient très divergents. C'est une manière de rappeler à D.Trump qu'il y a une forme d'illusion potentielle par rapport aux attendus du processus en cours. - D.Khalfa: C'est juste.

Il faut séparer les 2 aspects. Les services de renseignements israéliens ne peuvent pas raconter n'importe quoi. Le niveau de coopération entre Américains et Israéliens est très étroit et ne dépend pas de la couleur politique de l'exécutif israélien ou américain.

C'est un premier point. S'agissant de Nétanyahou, on ne peut pas ne pas imaginer qu'il n'a pas d'arrière-pensées. Il est en très mauvaise posture.

Tous les sondages depuis plus d'un an disent à peu près la même chose: il perdrait les prochaines élections, avec le risque d'aller en prison. Il y a une volonté majoritaire en Israël de tourner la page Nétanyahou. Lui est en difficulté par rapport à D.Trump.

Lors des précédentes élections, il en a fait sa carte maîtresse. Là, on sent que les tensions de l'aident pas. Il voudrait bien se rabibocher.

On peut imaginer que pour lui, cette commutation le sert de ce point de vue. - A.Casse: On a appris grâce à l'enquête du "New York Times" que c'était B.Nétanyahou qui était venu convaincre D.Trump de faire cette guerre.

Le feuilleton a continué avec toute la scénarisation de la rupture entre les 2 hommes. Cette semaine, B.Nétanyahou dit: "Je parle de nouveau à D.Trump." C'est parce qu'il y a cet agenda électoral derrière? - Gal N.Richoux: Qu'il parle à D.Trump, évidemment.

Ca ne symbolise pas une rupture entre les 2 pays. Mais il y a un contentieux personnel entre les 2 hommes. Les Etats-Unis se sont lancés dans l'aventure de février 2026 vraisemblablement parce qu'on leur a dit: "Vous tuez l'ayatollah et le régime va tomber." Ce n'est pas le cas.

La confiance entre les 2 hommes a été rompue à ce moment-là. L'intégration stratégique des 2 pays va rester. Les Etats-Unis ne sont pas en train de lâcher Israël, mais Israël n'a vraisemblablement plus la main.

D.Trump veut un accord. B.Nétanyahou ne le veut pas.

Aujourd'hui, il n'a pas la main sur la volonté de D.Trump. - A.Casse: Il y a un aspect personnel.

Qu'est-ce qui rend la relation entre les 2 hommes si particulière? Il y a les relations entre les 2 familles. Il y a le passé de B.Nétanyahou.

Il était surnommé "Bibi l'Américain". - N.Bacharan: C'est vrai qu'il y a un passé quasi familial.

B.Nétanyahou est un ami intime de C.Kushner, actuellement ambassadeur américain à Paris, et père de J.Kushner, le gendre de D.Trump.

Quand Jared était adolescent, B.Nétanyahou, quand il était aux Etats-Unis, restait dans la famille Kushner. Quand on entend parler B.Nétanyahou, il parle en américain.

Il a fait une partie de ses études là-bas. Culturellement, il est très proche des Trump, des Américains en général. Il y a une certaine vision du monde commune.

Ce sont des durs. La diplomatie n'est pas leur jeu préféré. Ils ont une vision du Moyen-Orient qui peut se raccorder par moments.

Leurs besoins, leur vision ne sont pas toujours parfaitement alignés. D.Trump aurait préféré négocier avec un régime avec lequel il est impossible de négocier.

Israël rappelle sans arrêt que la menace iranienne est pour Israël une menace existentielle. Il rappelle sans difficulté que matériellement que l'Iran est une menace pour tout le Moyen-Orient et pour le reste du monde. Il est important de rappeler que ce n'est pas Israël qui fabrique la menace iranienne.

Elle est là. Il faut voir comment la traiter. B.Nétanyahou et D.Trump sont souvent alignés, mais pas tout le temps. - A.Casse: On voulait parler du passé de B.Nétanyahou.

Au début, il se voit comme un businessman. Il pense devenir un businessman aux Etats-Unis. La mort de son frère va tout changer.

Il sera rappelé par la politique et l'idéologie. - D.Khalfa: Ca, c'est le récit qu'il en a fait.

Il est né dans une famille qui a le virus politique. Son père est un historien éminent, spécialiste de l'histoire médiévale, notamment des juifs au sein de cette histoire médiévale, de la persécution, de l'inquisition. Mais la réalité, c'est que B.Nétanyahou est militant du Likoud très jeune.

Son père lui-même est secrétaire du père spirituel de la droite israélienne. L'assassinat de son frère dans une opération commando à laquelle il a lui-même participé, en 1976, a joué un rôle majeur, en tout cas, un rôle d'accélérateur majeur de ce processus de politisation. Ce qui est intéressant dans son parcours, c'est qu'il a vécu aux Etats-Unis.

Il est revenu en Israël. D'où son surnom. Quand il revient, c'est un diplomate assez vite repéré par les Israéliens et les Américains. - A.Casse: Il fait beaucoup d'interviews télévisées, dès la mort de son frère.

Il va beaucoup lui rendre hommage. - D.Khalfa: Il y a un travail d'explicitation qui relève de la diplomatie d'influence pour expliquer le positionnement d'Israël, ses intérêts stratégiques dans la région.

Encore une fois, il y a une cohérence politique et idéologique dans son parcours. Les velléités de faire du business, je ne crois pas que ce soit majeur chez lui. Il a étudié au MIT.

Il a été recruté par le Boston Consulting Group, mais ça l'ennuyait. Il a vite voulu revenir en Israël pour faire ses classes au sein du grand parti de la droite israélienne. Il est devenu ensuite Premier ministre. - A.Casse: C'est peut-être ça qui le rapproche de D.Trump e qui rend leur relation aussi facile. - P.Allémonière: Ce qui les rapproche, c'est leur perspective électorale.

Pour D.Trump...

Le dernier coup de fil, c'est à l'initiative de D.Trump. C'était peut-être pour lui expliquer: "On le fait seuls.

Cette escalade de 2 jours, on la fait sans toi. Tu restes un peu tranquille. Tu ne te joindras pas à nous." Pourquoi D.Trump fait ça et pourquoi prend-il cette distance par rapport à B.Nétanyahou?

Parce que son électorat a pris de la distance. Côté républicains, il y a une érosion très nette de ceux qui pensaient qu'il n'en faisait pas assez. Ca s'est divisé par 2.

Il y a moins de républicains, même s'ils sont toujours favorables à un soutien à Israël...

Ils ne veulent plus qu'on en fasse autant. D.Trump répond à sa base en prenant une certaine distance.

Côté B.Nétanyahou, c'est pareil. Il doit aussi afficher vis-à-vis de D.Trump une entente parfaite, puisque c'est là-dessus qu'il a aussi construit cette crédibilité par rapport à la guerre. - A.Casse: Mais Trump l'a humilié publiquement.

Il y a eu une fuite du côté de la Maison-Blanche. - P.Allémonière: Je crois que la fuite vient des services secrets israéliens.

B.Nétanyahou essaie de le rattraper. Même si le peuple israélien est devenu un peu critique vis-à-vis de cet accord, l'idée que l'ami américain...

La coalition au pouvoir se construit sur cet ami américain. B.Nétanyahou veut se représenter aux élections. - A.Casse: Il est rattrapé par qui dans les sondages? - P.Allémonière: C'est une aile aussi nationaliste que lui.

Elle est aussi dure sur un plan militaire vis-à-vis de l'Iran. - D.Rigoulet-Roze: Ce n'est pas qu'une question de personne.

Son rival est un ancien chef d'état-major. Il a un crédit car il a perdu son fils. Il connaît le prix du sang pour la défense d'Israël.

Il n'est pas charismatique du tout. Ca peut le servir ou pas. C'est difficile à évaluer.

Quand on prend de la distance, c'est sans doute la fin du parcours politique de B.Nétanyahou. Il y a une espèce d'usure.

Il est malade physiquement. Ca peut jouer aussi sur son investissement politique. - A.Casse: Il est malade?

Il a un cancer? - D.Rigoulet-Roze: Oui.

Ca affecte probablement sa projection politique. Ce n'est pas du tout évident...

Même s'il se représente...

Il y a un passif. On le critique à la fois à l'extrême droite, mais aussi au centre, notamment pour sa gestion de la guerre au Liban. Il y a une agglomération des mécontentements à son endroit.

C'est une fin de cycle. - A.Casse: On passe à vos questions. ...

Ca vous inspire? - D.Khalfa: C'est très difficile à dire.

Ce qui est assez dingue, c'est que le régime iranien a un levier d'influence majeur sur les midterms. Ils peuvent quasiment fermer ou ouvrir le détroit d'Ormuz. Ca se répercute fatalement sur le prix du gallon d'essence et sur l'électorat américain.

Ca va dépendre de ce qui va se passer dans le détroit. On n'est pas revenu à la situation d'avant-guerre. C'est un problème majeur pour Trump.

Il peut faire appel à cet imaginaire collectif au sein de son électorat. Il faudra qu'il le remobilise. Il essaie de le faire avec cette figure du martyr.

Il en fait des tonnes sur le danger qu'il court. Il est réel, mais on sent bien qu'en homme politique qu'il est, il a bien senti que ça pouvait le servir politiquement. - A.Casse: Question.

Intéressant. - P.Allémonière: La fatwa, c'est assez particulier.

Il faut avoir un rang...

Pour l'instant, on connaît son ancien rang. Le régime iranien est suffisamment subtil pour lui attribuer un rang qui lui permettrait d'émettre une fatwa. On est dans le secret complet.

Ce qui m'interpelle, c'est que tous les Iraniens se demandent s'il est bien en vie. Il n'est pas apparu. Sa femme, son père, son gendre... - A.Casse: Qu'est-ce que ça change? - P.Allémonière: Ca change pour les Iraniens et pour ceux qui étaient aux cérémonies.

Des questions se posent. Ces questions embarrassent les plus durs du régime, d'où cet effort de démonstration de force et cet évitement par rapport au questionnement. On est dans l'évitement du questionnement sur M.Khamenei avec cette attaque directe et cette menace directe sur D.Trump. - A.Casse: Question. - Gal N.Richoux: C'est de la corruption pure.

On sait que D.Trump est sensible aux dorures. On lui a offert quelque chose de luxueux. - A.Casse: Un président américain ne devrait pas accepter ce cadeau? - Gal N.Richoux: Bien entendu.

Que le président l'accepte comme un cadeau personnel, c'est extraordinaire. On flatte son ego. Il y a une arrière-pensée derrière, de la part du Qatar.

Ca n'a pas très bien marché. Le Qatar a pris comme tout le monde durant cette guerre-là. Vraisemblablement, le cadeau n'a pas forcément atteint tous les objectifs que le pays s'était fixé, c'est-à-dire avoir la protection maximale des Etats-Unis sur son sol. - A.Casse: Il fallait inspecter l'appareil. - D.Rigoulet-Roze: Ca va de soi.

Il a été démonté complètement. Ca n'enlève rien au fait qu'il y avait manifestement un niveau de sécurité insuffisant. En tout cas, la vérification était obligatoire.

Ca a pris du temps. Il voulait absolument cet avion. - Gal N.Richoux: 400 millions de dollars. - D.Rigoulet-Roze: D.Trump, après la frappe intempestive de B.Nétanyahou sur le Qatar, a accordé une défense exceptionnelle au Qatar, avec un accord de statut privilégié hors Otan.

C'est une manière de remercier. - A.Casse: On verra s'il garde l'avion quand il aura quitté la Maison-Blanche.

Question. - D.Khalfa: L'Iran n'a pas besoin de le fermer.

Tout ça repose sur un mécanisme d'ordre psychologique. C'est la question de l'anticipation. Il suffit de menacer les navires marchands pour que le régime contribue à la réduction du trafic dans le détroit.

Il n'est pas complètement fermé. En tout cas, pas de manière hermétique. Quand on regarde le taux de fréquentation du détroit de navigation des navires marchands, on est à plus de la moitié, moins de 50 % par rapport au 28 février dernier.

Ce n'est pas du tout une bonne nouvelle pour Trump. Mais ce n'est pas une bonne nouvelle pour le régime iranien. Malgré tout, le régime a de grandes difficultés pour exporter son pétrole.

Son économie est dans un état d'effondrement avancé. - P.Allémonière: D'où l'arrivée du ministre des Affaires étrangères iranien à Oman pour qu'il y ait des négociations sur le détroit. - A.Casse: Question. - D.Rigoulet-Roze: Personne n'influence Trump.

Il fonctionne à l'intuition. Dans le livre "Regime Change", quand B.Nétanyahou lui a proposé le scénario, il a dit: "OK pour les 1res parties, mais pas pour la suite." C'est lui qui décide.

Il a rappelé qu'il était le boss. Dans le contexte actuel, c'est plutôt B.Nétanyahou qui est en situation de demandeur. - A.Casse: Question. - P.Allémonière: Tout président américain est une cible exposée.

L'Amérique est le pays le plus puissant au monde. C'est l'armée la plus puissante au monde. Entre les pays qui veulent le cibler, comme l'Iran, et les loups solitaires...

Regardez la personne qui a surgi lors du repas de la presse à Washington...

Il est exposé en permanence. Tous les présidents sont exposés. Souvenez-vous de J.Chirac. - A.Casse: Mais les présidents américains sont plus exposés. - P.Allémonière: Mais nous aussi. - A.Casse: Question. - Gal N.Richoux: Vraisemblablement, non. - A.Casse: Pourquoi? - Gal N.Richoux: Le président français n'est peut-être pas aussi ciblé que le président américain.

On n'a pas cette tradition de "flinguer" les présidents français. On en a eu un...

Il a été tué. Mais globalement, 4 présidents américains ont été assassinés. Et environ 17 ont été blessés ou ont subi des attentats.

On n'est pas du tout dans le même registre de violence. L'avion présidentiel est probablement durci, équipé pour les transmissions avec des moyens redondants pour pouvoir continuer à commander en vol. Pour le reste, il n'a vraisemblablement pas le cahier des charges très strict des services secrets américains. - A.Casse: Question. - D.Khalfa: Je ne crois pas.

En tout cas, pas pour l'instant. Il y a une crise de régime. L'assassinat de Khamenei, c'est une déflagration pour le régime iranien.

Il a été aux affaires durant 3 décennies. Il a dirigé ce régime d'une main de fer. Il était à l'origine de répression féroce contre la population iranienne.

Ils ont intérêt à montrer que le régime, c'est "business as usual". - A.Casse: Il est peut-être mort depuis le 28 février. - D.Rigoulet-Roze: Une affiche est apparue à Ispahan avec les Guides précédents.

Il y avait lui...

On s'est demandé si ça voulait dire qu'il était en vie. - A.Casse: Merci.

Tout de suite, on retrouve M.Bouhafsi. - M.Bouhafsi: Bonsoir.

M.Le Pen se pourvoit en cassation et veut faire campagne. La guerre reprend entre les Etats-Unis et l'Iran.

Quelles sont les conséquences pour la France? T.Breton est notre invité.

C'est une affaire qui tient en haleine les Français. En début de semaine, C.Jubillar a reconnu être à l'origine de la mort de sa femme.