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interviewFrance Culture (sur YouTube)· 7 juin 2026 29 min

RÉASSIGNATION : MÉDECINE ET IDENTITÉ DE GENRE

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Elles ont longtemps été considérées comme souffrant d'un trouble psychosexuel et même jusqu'en 2010 en France ont estimé qu'elles étaient atteintes de pathologie mentale. On parle aujourd'hui des personnes transgenres ou transfient à un genre différent de celui correspondant à son sexe biologique de naissance. Elles serait entre 20000 et 60000 dans notre pays et parmi ell certaines sont engagées dans des parcours de soins qui sont longs et difficiles.

Parcours qui longtemps ont été discriminants. Double peine pour ces personnes. Souvent en souffrance.

On compte ainsi 40 fois plus de suicide en chez les jeunes trans que dans le reste de la population. Même si la situation évolue, si la stigmatisation se lève peu à peu, si les chirurgiens spécialisés augmentent en nombre, reste que cette question est l'objet de polémique. Des personnes dénonçant une épidémie de transidentité parmi les jeunes ou encore une contagion sociale, voire de nombreuses transitions regrettées.

Mais où est la réalité ? En France, l'encadrement de la prise en charge des personnes trans est strictes. Quel est-il ?

Protège-t-il les jeunes ? En cours de questionnement ? En quoi consiste cette prise en charge ?

Quelle est la place des hormones, des bloqueurs de puberté, de la chirurgie encore récente en France où la première opération officielle de réassignation de genre a eu lieu en 1979 ? Un accompagnement psychologique est-il systématique ? Que dit la loi ?

Va-t-elle évoluer pour répondre à toutes ces questions ? Nous sommes avec un des meilleurs spécialistes de cette chirurgie. Nicolas Morel Journel, bonjour.

Bonjour. Vous êtes médecin urologue spécialisé en chirurgie reconstructive des organes génitaux et en chirurgie d'affirmation de gens. Vous êtes également coprésident de Transsanté France ce depuis 5 ans et vous êtes chirurgien au centre hospitalier Lyon Sud.

Alors, j'ai bien dit réassignation de genre et non réassignation sexuelle parce qu'il y a des mots justes qu'il faut employer. Je dirais qu'on parle de vous parce que la prise en charge des personnes trans, c'est une longue histoire. Quand vous avez commencé votre spécialité, j'imagine que vous ne pensiez pas vous consacrer à cette chirurgie.

Non. Effectivement, au départ, ce qui m'intéressait vraiment, c'était le côté sociétal associé à ma spécialité de l'urologie. Et pour ça, j'avais choisi un peu tout ce qui était autour de la sexualité et j'ai découvert la question de la transidentité à ce moment-là.

Et c'est vrai qu'au départ, les le premier réflexe que j'ai eu, c'était de me dire mais ces personnes trans, elles se sentent pas bien dans leur genre, mais est-ce qu'il faut aller aussi loin qu'une chirurgie qui peut être délabrante, qui peut se compliquer et cetera pour les aider ? Est-ce que il y a pas d'autres moyens plus psychologiques ou autres pour les aider à faire leur transition ? Et c'est au contact des personnes trans que votre point de vue a changé ?

Alors, exactement, j'avoue que les premiers mois, je je me suis beaucoup questionné, je les ai soigné bien évidemment et et je les ai accompagné mais en me posant toujours la question est-ce que c'est le bon choix ? Est-ce que c'est la bonne solution pour ces personnes ? Et puis j'ai vu les résultats, j'ai vu des personnes qui avaient été opérées 5 ans, 10 ans, 15 ans auparavant.

J'ai vu leur bien-être, j'ai vu leur expérience. Ils m'ont raconté aussi pour certains qui avaient fait des parcours de suivi psychologique comme ça avait pu être dur et comme ils n'avaient pas réussi à résoudre leurs problèmes avec un suivi psychologique et du coup leur nécessité d'aller plus loin d'aller vers un traitement médical vers un traitement chirurgical pour enfin être ce qu'il se ressentait être et donc pouvoir finalement arrêter de souffrir. Alors cette prise en charge elle a beaucoup évolué un prise en charge chirurgicale.

Il y a 25 ans, il faut le dire ont traité les équipes lyonnaises de boucher de lion. Oui, tout à fait. Alors, c'était il faut c'est toujours un petit peu difficile de faire une sorte de révisionnisme historique parce que quelque part si on reprend les choses avec l'esprit d'aujourd'hui, on peut avoir l'impression qu'on faisait un peu n'importe quoi, qu'on était très dur avec les personnes trans et que quelque part on amenait peut-être presque autant de souffrances que de solution.

C'était pas complètement faux. Mais c'était aussi dans une époque où c'était pas très facile hein. Je j'ai souvenir d'avoir encadré une thèse d'un étudiant en médecine sur les phaloplasties, donc les reconstruction de verge pour les personnes trans.

Et le chirurgien, le grand patron de chirurgie digestive de l'époque lui avait dit "Mais les chirurgiens et ceux qui les qui l'opèrent donc et les personnes trans, il faudrait les brûler." Donc on était on avait un soutien institutionnel et un entourage médical qui était pas du tout favorable et donc on a été obligé de dériger un certain nombre de de barrières et de et d'obligations et qui faisaient souffrir les personnes trans. Mais parce que quelque part on essayait de montrer aussi pâte blanche et on essayait d'acquérir l'assentiment je dirais de nos de nos tutelles et de nos collègues pour pouvoir faire ces chirurgies.

Et vous êtes parti au Canada pour vous former ? Alors voilà, j'avais fait aussi le constat que techniquement on avait pris un peu de recul. Euh en fait ça vient un petit peu d'une d'un congrès de sexologie où il y avait un un avocat dont je terai le nom mais voilà qui est qui est assez célèbre plutôt extrême dans ses positions et qui avait dit mais de toutes les façons, tous les chirurgiens qui opèrent des personnes trans, je suis sûr de les faire condamner euh dans toutes les façons, il ce n'est pas acceptable.

C'est une mutilation ce que vous faites. Et de fait ça avait marché un petit peu, ça avait fait reculer un petit peu les chirurgiens en France qui fait qu'ils se sont pas beaucoup reformé aux nouvelles techniques et cetera et on avait pris du retard et quand j'ai été dans quelques congrès internationaux, je me suis rendu compte qu'on était très en retard et qu'il fallait s'améliorer. Et du coup, j'ai cherché et j'ai trouvé ce collègue le docteur Pierre Brassard au Canada qui est un excellent chirurgien et qui avait une très bonne expérience sur le sujet et qui m'a permis de poser les bases de la vaginoplastique comme on l'a fait aujourd'hui, c'est-à-dire une réassignation pour les femmes trans qui est de passer d'un corps masculin à un corps féminin.

On va bien sûr expliquer tout ça. On précise quand même que le la chirurgie n'est qu'une étape dans le parcours des personnes trans et encore une étape loin d'être systématiquement demandée. En fait, c'est un changement donc qui concerne de nombreux aspects de la vie.

Il y a une transition sociale bien sûr, une transition administrative avec la modification du prénom et du genre à l'état civil et le parcours médical où il faut modifier l'apparence pour qu'elle soit cohérente avec le genre auquel on se sent appartenir. Parlons de ce parcours médical. Déjà, quand une personne demande à changer de genre, on commence, j'imagine pas, par lui sauter dessus pour l'opérer, ni par les médicaments, la consultation psy, est-ce que on parle des des majeurs he pour l'instant, la consultation psy, est-ce qu'elle est elle a été systématique, obligatoire ?

Elle est aujourd'hui systématique et qu'est-ce qu'on cherche dans ce cas-là dans la consultation psi ? Alors effectivement, elle a été obligatoire pendant très longtemps hein. C'était euh même les entre guillemets recommandations de la CHS de 2009 puisquelle n'avait pas vraiment le la haute autorité de santé effectivement euh parce qu'on avait pas le à à cette époque-là de vraies recommandations mais toujours est-il qu'on on avait cette incitation à faire une évaluation psychiatrique systématique pour toutes les personnes trans.

Après, en 2009, Rosine Bachot a fait sortir la transidentité des maladies mentales notamment pour le remboursement et ça a été suivi plus tard par la classification internationale des maladies, enfin par les grandes sociétés savantes internationales. Et donc on pourquoi c'est sorti des des maladies mentales et que l'accompagnement psy n'est plus devenu obligatoire c'est parce qu'on s'est rendu compte que c'était pas un problème ps les personnes trans sont comme vous et moi. C'est simplement une question de genre qui est pas adaptée.

Alors ça peut générer une des souffrances psychologiques parfois parce qu'il y a quand même une discrimination envers les personnes trans. Et comme toute minorité quand on a un stress important on finit par avoir de la dépression, l'anxiété et cetera. Donc un certain nombre ont besoin d'un accompagnement psy et une étude récente a montré que sans que ça soit imposé aux personnes trans, euh il y a quand même 60 % des personnes trans qui vont spontanément aller voir un psi parce qu'elles vont pas bien, elles sont comme tout le monde.

C'est-à-dire si moi je vais pas bien, je vais aller voir un psi pour travailler avec lui sur sur une souffrance en cas de dépression ou d'anxiété. Et je dirais que les personnes trans sont tout à fait juges par elles-mêmes à aller voir euh à savoir quand il faut aller voir un psi. Dans l'esprit honnêtement du grand public, alors peut-être influencé par certains propos, l'idée de la consultation psi, c'est en gros de les faire changer un peu d'avis quoi.

C'est de voir si pendant 6 mois ou 1 an, ils sont vraiment sûrs de leur décision et si c'est pas voilà, c'est un peu ça l'idée. C'est pas la réalité. Non, effectivement, c'est pas la réalité.

Il faut se rendre compte, souvent on a l'impression qu'ils viennent le lendemain du jour où ils se sont dit qu'ils étaient trans. C'est complètement faux. En fait, une personne trans, elle a un parcours extrêmement long avant.

Il y a ce qu'on appelle le coming in, c'est-à-dire elles elles se disent à elle-même, elles reconnaissent elles-mêmes qu'elles sont une personne trans et donc elles vont se questionner par rapport à à cette question trans. Elles vont se dire "Mais est-ce que je suis vraiment trans ? Est-ce que je le suis pas ?" et elles vont se elles vont savoir, elle va passer du temps pour se positionner par rapport à ça.

Puis ensuite, il y a le coming out, c'est le dire aux autres, le dire aux copains, aux copines, le dire aux parents, le dire à la société, aux employeurs et cetera. Tout ça fait que ces parcours sont quand même très longs et quand ils arrivent pour nous voir en fait, ils ont déjà passé un temps extrêmement long à s'interroger sur cette questionlà. Donc rajouter du temps pour rajouter du temps, il est pas nécessaire ce temps, il est déjà passé.

Elles l'ont déjà eu pour réfléchir à cette questionl. Elle permet de détecter plutôt des fragilités qui pourraient avoir des conséquences après la chirurgie. Voilà.

Alors, c'est ça c'est le rôle finalement du médecin. Quand moi je vois quelqu'un en consultation pour d'autres questions que la transidentité, si je sens que la personne n'est pas bien, qu'elle est dépressive, qu'elle a d'autres problèmes de santé, je vais lui dire "Bah ça serait bien que vous alliez voir un psi pour vous faire accompagner." Euh et donc ça, je vais rencontrer la même chose avec les personnes trans.

Si je vois qu'une personne trans, extrêmement anxieuse, très stressée par ce qu'on peut lui annoncer en terme de chirurgie ou autre, je vais me dire est-ce qu'elle est capable de supporter la chirurgie ? Je sens qu'elle est elle va pas très bien. Elle a une inquiétude qui est pas tout à fait normale.

Ça serait peut-être bien qu'elle voit un psi pour se faire accompagner et pour finalement arriver mieux préparé à la chirurgie. Dans ces cas-là, on va faire appel à des psy une fois l'évaluation faite, donc on peut démarrer l'hormonothérapie. Ça consiste en quoi selon le sexe et combien de temps éventuellement avant une chirurgie ?

Alors en fait, il y a toujours un peu deux phases dans l'hormonothérapie. Une phase où on supprime les effets de l'hormone native et puis on va donner une hormone pour le genre désiré. Et donc en général quand c'est donc une femme trans, donc une femme qui avait été assignée homme à la naissance mais qui se sent ressent femme, pour une femme trans, le traitement va consister souvent à bloquer les androgènes et à donner des ostrogènes, même si aujourd'hui certaines équipes vont commencer d'embler des ostrogènes pour éviter l'effet un peu de castration de la testostérone initiale qui peut être plus ou moins bien vécu.

Donc il peut y avoir les deux. Soit on bloque la testostérone et on donne les ostrogènes soit on donne directement les ostrogènes. Et puis dans l'autre sens pour les hommes trans, en général, il suffit de donner de la testostérone pour pouvoir bloquer la sécrétion des ostrogènes et puis du coup la testostérone va masculiniser le corps et la personne n'aura pas besoin d'autres hormones que la testostérone.

Et il faut arriver à un certain résultat avant de pouvoir opérer ou c'est c'est il y a pas de critère particulier ? Alors ça dépend un petit peu des opérations qu'on veut faire. Effectivement par exemple pour avant une chirurgie mamère pour chez une femme trans qui a eu des ostrogènes, ses seins vont grossir un petit peu, il va se poser la question de pour certaines femmes elles vont se dire je souhaiterais avoir une poitrine pru grosse ou pas.

Donc soit les hormones ont suffisamment agi à ce moment-là ça va être au bout de 2 3 ans, soit pas suffisamment et elles vont demander une augmentation mamère. Donc arrivons à la chirurgie, ça concerne d'abord plus les hommes ou les femmes cette chirurgie de réassignation Statistiquement, c'était un petit peu plus de femme trans que d'homme trans. on disait jusqu'à trois fois plus il y a une quinzaine d'années le les le sexe ratio, donc la différence entre homme et femme est passée à de un et dans les certaines études notamment néerlandaise et il sort maintenant que il y aurait même plus d'hommes trans que de femmes trans alors que c'était l'inverse jusqu'à maintenant probablement parce qu'ils ont aussi beaucoup de jeunes et que la transition les les jeunes hommes trans font souvent une transition un peu plus pré Bon, bien préciser parce qu'on peut se tromper, quand vous dites femme trans, c'est euh c'est l'identité finale, la femme et homme trans, c'est l'identité finale aussi, hein.

C'est tout à fait. Euh alors, le plus simplement possible, en quoi consiste la chirurgie aujourd'hui pour un homme trans, pour une femme trans ? Alors pour un homme trans, je dirais euh globalement les grandes étapes euh que demande la plupart des hommes trans, c'est notamment la mastectomie parce que avoir des seinslations, l'ablation des seins parce que avoir des seins c'est quand même quelque chose d'extrêmement gênant sociétalement euh et donc ça évite ce qu'on appelle le binding qui est une espèce de de p de de de tenue compressive qui écrase les seins et qui peut être un peu traumatisante.

Donc souvent, il y a cette demande de mastectomie qui est assez souvent réalisée. Il peut y avoir aussi une demande d'hystérectomie et d'ovariectomie, l'ablation de l'utérus et des ovver ainsi que du vagin pour certains. Et puis derrière il va y avoir la reconstruction génitale.

Vous dites on peut c'est que parfois on laisse ces organes féminins et on fait en on fait une reconstruction masculine. Tout à fait. En fait au début on a eu pas c'est pas un modèle unique.

C'est ça exactement. On a été très binaire dans nos euh euh pratiques au départ, hein, et on a quelque part mal agi, imposé euh une sorte de binarisation euh du physique des des personnes trans en leur imposant des hystérectomies etctomies avant de pouvoir bénéficier d'une phaloplastie. Après ça, on l'a fait pendant des années avant de se rendre compte ben que c'était une forme de stérilisation forcée.

Si la personne ne l'avait pas désidé décidé, on avait pas de raison de lui enlever son utérus ses ovvers. Il n'y a pas de raison médicale à ça. C'est le choix de la personne.

Et par ailleurs, certaines personnes ont pu utiliser leur utérus pour porter un enfant plus tard parce que leur compagne ne le pouvait pas ou autre. Donc il y a eu des cas comme ça qui se se sont passés et du coup on a arrêté sur le plan de la fertilité mais aussi sur le plan de la sexualité. C'est-à-dire qu'on peut comprendre qu'un homme trans qui va avoir une faloplastie, une reconstruction de verge puisse craindre de perdre euh du plaisir comme il peut en avoir avec son vagin.

Et donc cette personne peut se dire "Bah, je préférerais conserver mon vagin parce que j'ai peur de ne plus pouvoir avoir de plaisir plus tard avec ce que vous allez reconstruire." Donc vous adaptez aux demandes. Donc on va s'adapter à la demande.

On l'impose pas et puis parfois les gens reviennent secondairement pour dire ben maintenant je souhaiterais qu'on enlève mon vagin et cetera parce que je suis très bien comme je suis, j'ai plus cette crainte là et on va avancer vers la reconstruction. Donc vous parliezhaloplastie pour les hommes trans. À partir de quoi on fait une verge ?

Alors on peut soit le faire, on a deux façons. Soit on peut étirer le clitoris au maximum et faire une mini verge qu'on va appeler un micropénis strictosensus si on parle en terme médical. C'estàdire une verge de moins de 7 cm.

En général, elle fait 4 cm. en étirant au maximum le clitoris et en de faisant une sorte de relooking des organes génitaux avec un petit scrotom et pour donner un aspect masculin. Et l'autre solution, c'est de faire une phaloplastie.

Donc là, on va prendre de la peau soit sur le bras, dans le dos, sur la cuisse ou sur le ventre. Et on va prendre cette peau, on va en faire un tube et derrière on mettra une prothèse à l'intérieur pour pouvoir permettre une rigidité de ce tube de peau et permettre des pénétrations et une sexualité. Et pour les femmes trans, pour les femmes trans, en gros dans les opérations, il y en a on va dire trois grands types.

Il y a celle au niveau du visage parce que le visage c'est quand même ce parcoin est reconnu immédiatement. Autant un homme trans il prend de la testostérone, les poils poussent, tout de suite il y a une masculinisation assez évidente. Autant pour une femme tronce, ben parfois au contraire c'est les poils qui restent.

Donc il faut faire un peu de dépilation laser et puis les traits du visage qui sont plus masculins. Exactement. dans les traits du visage sont parfois trop masculins et vont rendre tout de suite l'identification ou le doute chez la personne qu'on croise qui va se dire "Mais est-ce que c'est un garçon ?

Est-ce que c'est une fille ?" Et du coup ça peut gêner un petit peu les gens, ça peut créer une période de confusion ou parfois même de discrimination. Soyons honnête, il y a beaucoup de gens qui sont pas forcément très bienveillants non plus, hein.

Et donc pour éviter ça, la féminisation du visage est intéressante. Féminiser un visage, réduire un peu les bosses frontales, affiner un peu le menton, réduire langue temporandibulaire, toutes ces choses-là vont donner un visage plus féminin. Opérer le larinx, c'est éventuellement pour la voix effectivement.

Alors le pour la voix souvent c'est le cartilage déjà qu'on opère pour la pomme d'Adent mais pour la voix les résultats sont un peu mitigés donc on va plutôt privilégier l'orthophonie et c'est pareil vous enlevez ou pas le sexe masculin selon ce selon la demande de la femme trans alors jusqu'à maintenant elle a très peu fait en France de façon assez étrange comme si ça nous choquait de faire un vagin en gardant une verge alors que ça nous choquait pas de faire une foplastie en gardant un vagin et puis plus récemment on s'est bien posé poser la question. On a discuté avec des personnes trans qui faisaient ses demandes pour se rendre compte que c'était aussi une crainte de perdre en qualité de sexualité, de perdre ce qu'ils avaient et de se retrouver sans sexualité plus tard. Donc finalement, on comprend cette demande et on va y accéder voilà, en essayant de mieux la comprendre aussi parce que c'est très nouveau.

Mais sinon globalement, je dirais après la chirurgie du visage dans les chirurgies que les femmes trans souhaitent, il y a souvent l'augmentation mamère qui peut se faire avec l'injection de graisse ou avec des prothèses et puis la vaginoplastie qui est la création d'un vagin et d'une vulve à partir de la verge et des testicules. Alors parfois on va faire que la vulve, parfois on va faire le vagin. va dépendre un peu des demandes et on imagine que la préopération est essentielle pour obtenir un vrai plaisir et une vraie qualité de vie.

Oui, tout à fait. la qualité en fait de reconstruction fonctionnelle, elle est vraiment importante. On s'est aperçu au début que finalement les personnes trans, elles étaient super contente rien que du résultat esthétique les premières années.

Et donc on peut avoir l'impression qu'on a fait un très bon travail et puis au bout de quelques années, si on n pas fait un bon travail fonctionnel, si elles peuvent pas utiliser leur vagin, et ben quand elles vont faire une rencontre euh elles vont rencontrer quelqu'un, elles vont commencer à avoir un peu d'intimité. Si la pénétration vaginale est pas possible, ben ça réduit ces possibilités de sexualité. Et ça les renvoie quelque part à leur parcours au fait que ben biologiquement elles avaient pas le corps exactement comme elles le souhaitait et ça peut entraîner de la souffrance à ce moment-là.

Donc l'importance de reconstruire quelque chose qui marche. Vous dites que c'est pas une opération comme les autres. Pourtant vous faites un peu les mêmes gestes puisque vous opérez des variations du développement génital les intersexes.

Mais là vous dites que c'est différent. Pourquoi ? Mais la grosse différence, c'est que chez une personne intersexe, le corps, il est entre les deux sexes, comme le dit le nom, intersexe, euh et il a euh il quelque chose qui est pas formé comme euh il ça leurait dû soit parce qu'il y a un déficit hormonal, soit parce qu'il y a d'autres problèmes.

Alors que chez une personne trans, le corps est normal, il est parfaitement sain et normal. Et donc la pression est un petit peu différente. C'est-à-dire que chez une personne intersexe, on a un il faut réparer, il faut reconstruire un sexe qui s'est pas complètement développé alors que chez une personne tran sexe fonctionne bien, tout fonctionne bien.

C'est simplement que le genre n'est pas adéquat et qu'il faut du coup changer cette anatomie pour être en adéquation avec le ressenti de la personne. Aujourd'hui, seul 20 % des personnes qui entamment une transition vont jusqu'à la chirurgie. Comment on l'explique ? probablement, c'est un peu de notre faute aussi hein, c'est qu'on fait probablement pas une chirurgie qui est suffisamment euh bonne, c'est-à-dire que euh les personnes trans ont quand même la notion que ce qu'on va reconstruire est moins parfait que ce que la nature est capable de faire.

Donc on fait le maximum pour que la sensibilité soit conservée, que la sexualité soit possible, mais malheureusement, elle sera pas toujours aussi bien qu'avant. Et et donc c'est aussi le fait que on ait toutes ces complications chirurgicales dans certaines opérations comme les phaloplasti par exemple qui rendent un petit peu euh qui qui amène les personnes trans à à voilà être inquiet, à s'inquiéter, voir à craindre la chirurgie et à renoncer à cette chirurgie. Combien d'équipes réalisent ces interventions et combien en font-elles chaque année ?

Alors pour donner une petite idée, on était quatre dans les années 2001, 2002, enfin quatre équipes en France et aujourd'hui il y a une trentaine d'équipes en France. D'accord. Et et combien d'opérations à peu près ?

Alors aujourd'hui tout confondu. Euh alors si on prend vraiment que les opérations génitales qu'on connaît bien, on a moins les statistiques sont plus dures à trouver pour la tout ce qui est chirurgie mamère ou autre. Mais pour ce qui est chirurgie génitale, on est probablement aux alentours de 300 à 400.

Vous l'avez dit he c'est un parcours de toute une vie hein mais est-ce qu'il y a un délai d'attente important pour ces interventions aujourd'hui ? Et ben du coup, oui euh malheureusement à cette attente personnelle que s'imposent les gens euh qui le durant leur coming in, leur coming outur avant qu'ils viennent voir un médecin se rajoute des délais de consultation qui sont très importants. Soit avant de voir les endocrinologues ou les médecins généralistes ou les euh médecins spécialistes type gynéco qui vont voir ces personnes transavant pour le traitement hormonal et puis après pour voir le chirurgien, il y a encore de l'attente et nous on a des délais qui sont entre 4 et 5 ans avant une chirurgie.

On opère des mineurs. Alors, les mineurs est-ce que la loi l'autorise d'abord ? Alors la loi ne l'interdit pas aujourd'hui.

Euh le chez les mineurs, en gros, la seule opération quasiment qui se fait en France, à part de très exceptionnelles euh exceptions, euh ce sont les chirurgies mamè chez les jeunes hommes trans euh et ça se fait en général après 15 ans, après plusieurs années de suivi. Et chez ces jeunes hommes trans, on peut de temps en temps avoir besoin de faire une mastectomie. Il faut imaginer que chez un jeune homme trans qui s'est toujours senti garçon, quand arrive la puberté, qui voit apparaître les règles et la pousse des seins, ça le bloque complètement dans sa société. parfois, il va arrêter d'aller à l'école, il est en dépression, il est vraiment très très mal face signe de féminité qui ne voilà qu'il estime pas normal parce qu'il se ressent pas du tout comme ça.

Et devant cette souffrance notamment face à la croissance ma mère et ben la seule solution qu'ils ont c'est soit d'arrêter l'école pour rester à la maison, pas qu'on les voit comme ça, soit se bander de façon très forte le thorax en se créant des lésions cutanées, se faisant mal au dos et cetera. Et chez ces jeunes, après plusieurs années de suivi, on va leur proposer une mastectomie. euh s'ils sont persistants dans leur demande.

Alors, évidemment chez les mineurs, on peut bloquer la puberté. Euh en quoi ça consiste ? Et est-ce que on peut revenir en arrière ?

Alors, tout à fait. Le blocage de puberté, il faut savoir que c'est un traitement qui est très ancien, qui a été euh développé il y a une cinquantaine d'années pour euh bloquer une puberté précoce. Vous aviez parfois une jeune fille à 7 ans qui développait une puberté.

Ça voulait dire que sa taille allait être la taille qu'elle avait à 7 ans et donc c'était très gênant sur le plan du développement physique et on bloquait la puberté de façon à permettre à cette jeune fille de grandir et on la redéclenchait après. Donc le blocage hormonal et et blocage pubert, il est connu depuis très longtemps et on l'a on sait qu'il est inoffensif, que quand on l'arrête, la puberté reprend et que dans le cas des personnes trans, on peut l'arrêter plusieurs années la puberté pour ensuite développer une puberté dans le genre désiré pour la par le jeune homme trans. Alors, c'est important cette question. réversibilité parce que ce sont contre ces traitements donnés au mineurs en argant du fait qu'il souvent volonté de retour en arrière.

Est-ce que c'est une réalité ? Est-ce qu'il y a vraiment souvent une volonté de retour en arrière ? Alors, les études françaises et internationales qui sont sorties sur le sujet montrent que ça va de 1 à 4 % de regret chez un jeune adolescent qui a entrepris une démarche de transition.

Donc c'est quand même très très faible et comme ils sont sous bloqueur, il suffit d'arrêter le bloqueur et ils vont reprendre leur puberté comme ils auraient dû le faire. Et donc il y a pas de perte de chance ni de de modification. Pour ceux qui ont déjà les hormones substitutives, il peut y avoir des modifications corporelles qui sont partiellement réversibles comme la pyosité ou euh la pousse mamère mais qui globalement sont traitables soit par le laser si c'est la pilosité, soit si c'est une pousse mamère, ça sera par une chirurgie s'il y a besoin.

Et ces hormones substitutives à partir de quel âge on les donne en France ? On les donne en général à partir de 15, on va dire 15 ans, c'est la majorité des cas, 15 16 ans. On va voir aussi s'il y a vraiment une explosion du nombre de demandes de transition.

Mais je voudrais d'abord qu'on écoute un témoignage parce qu'on a pas entendu encore de personnes trans. C'est celui de Milo qui a 43 ans et qui témoigne sur France Inter dans le téléphone sonne. Je qu'on mesure quand même ce que ça représente un tel parcours.

J'avais envie d'envoyer aussi le message pour toutes les personnes concernées qui sont seules dans leur parcours de transition. C'est quelque chose de très compliqué et très dur de se sentir seul à ce moment-là de sa vie parce que c'est se retrouver soi-même pour se sentir mieux et que de vivre ce parcours dans la solitude, c'est quelque chose qui est très très difficile. Et je parle en étant aussi concerné de ça sur des boutes de mon parcours où je par moment je me sens hyper seul et que c'est difficile à la campagne de trouver des espaces communautaires ou de soins et en ville c'est tout autant compliqué et du coup quoi j'ai envie de remettre le point sur c'est pas une mode et en fait quand on est dans un parcours de transition à n'importe quel âge c'est quand même hyper compliqué d'arriver à à avoir du pouvoir sur le comment on est soigné ou le comment on est traité ou émotionnellement ou psychologiquement ou et que c'est quand même des parcours ou des faux les personnes sont hyper courageuses en fait de rentrer dans l'affirmation de soi et de se sentir mieux.

Soit c'est vraiment génial mais quand on est confronté à la solitude bah j'ai l'impression que ça devient aussi des parcours du combattant ou combattante. Voilà parcours combattant et combattante. Et c'est pas un phénomène de mode.

C'est important d'entendre ça. Tout à fait. Puis moi, j'en j'en profite sur ce témoignage pour témoigner ma grande admiration pour les personnes trans d'être capable d'affronter tout ça, le regard des parents, parfois le rejet des parents, des familles, des copains, de la société et se lancer dans un parcours de transition, c'est quand même extrêmement courageux comme cette personne le disait justement et je crois qu'il faut se rappeler ça et quand on se dit c'est un phénomène de mode, c'est pas comme d'aller acheter une nouvelle paire de chaussures he, je veux dire, c'est quand même affronter des choses incroyables. il faut une volonté et une énergie incroyable pour ces personnes trans.

Donc on fait pas ça sur un coup de tête ou sur un phénomène de mode. Mais il y a réellement une augmentation de la demande. Alors oui, ce qui est c'est vrai que là actuellement on a plus de demandes mais pour une simple raison, c'est que la société a évolué, elle rend plus facile l'expression de cette différence de genre par les gens.

Les gens arrivent plus facilement à parler de leur transidentité. Du coup, on va avoir à la fois des personnes de 70 ans qui vont venir nous voir et puis des personnes de 13 ans. Donc en fait, on a beaucoup de gens qui ose aujourd'hui parler de leur transidentité mais avec tous les âges en même temps qui sortent du bois en quelque sorte, ça fait énormément de gens à opérer et qui viennent nous voir.

Donc on est sans doute actuellement au pic de de d'augmentation et de fréquence des personnes qui viennent nous voir et ça va probablement diminuer dans quelques années. que ce phénomène soi-disant de mode n'en est pas un, c'est simplement que la société est plus apte à écouter, à entendre ça et donc on peut plus facilement faire une transition aujourd'hui. On précise que la transidentité existait bien avant les réseaux sociaux quand même hein.

Pour revenir aux mineurs aujourd'hui, donc pour bien préciser, on peut leur prescrire des bloqueurs de puberté, des traitements hormonaux très encadrés médicalement, la chirurgie quasi inexistante, vous l'avez dit. Les sénateurs voudraient que cela change. Le 28 mai 2024, le Sénat a adopté une proposition de loi visant à encadrer la transition médicale des mineurs avec notamment l'interdiction totale de la chirurgie de réassignation et des traitements hormonaux avant 18 ans et une prescription très encadrée des bloqueurs de puberté.

On en est vous et vous en pensez quoi de cette proposition ? Alors déjà, je euh tiens à souligner que euh c'est quelque chose d'extrêmement dangereux parce que dire qu'on ne fait rien, c'est faire quelque chose. Tous ces jeunes trans qui sont en énorme souffrance, se dire on ne va rien faire, ça veut dire que on accepte qu'il en est qu' a 40 fois plus de suicide dans cette population parce qu'on les accompagne pas.

Donc est-ce qu'on est prêt à accepter ça ? Moi, non, c'est sûr. Et puis l'expérience et le le savoir qu'on a pu développer sur ces cette ce suivi des jeunes trans montre qu'on a raison.

D'autre part, je tiens quand même à souligner que ce qui a été fait au Sénat est quelque chose de globalement inacceptable parce que les personnes qui ont conduit tous les débats étaient deux personnes de l'observatoire de la Petite Sirène qui est fermement opposée à toute transition et qui est contre la transidentité depuis très nombreuses années. Et ces deux personnes-là ont été celles qui ont conduit les débats pour les sénateurs, ce qui était quand même rigoureusement inacceptable. Et dans tous les témoignages, on est très nombreux à être allé témoigner au SNA. il n'en est rien ressorti quasiment de tout ce qu'on a témoigné.

Il a été pris des témoignages de gens qui ne s'occupent pas de personnes trans. Donc on est allé chercher faire une sorte de micro trottoir de certains médecins pour après les mettre ça dans le rapport en disant c'est ça qu'il faut faire. On précise he que ce texte a été adopté seulement au Sénat qui devait être voté par l'Assemblée nationale mais que il y a eu évidemment dissolutions et que pour l'instant on en reste là.

Merci infiniment d'être venu nous parler avec autant de compétences et d'humanité de cette spécialité bien particulière. Merci beaucoup à Anne Claire Basin pour la préparation de cette émission et à Swat Borsa qui l'a réalisé et mise en onde.

RÉASSIGNATION : MÉDECINE ET IDENTITÉ DE GENRE — Louise Morel · Pourquijevote