Former un gouvernement : bien choisir ses ministres (Rétropolitique)
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« La promesse du président de la République c'était de bâtir un monde politique nouveau. »
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« La moralisation de la vie politique est si importante pour le nouveau président de la République qu'il met un peu plus de temps que prévu à former son gouvernement. »
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« Il lui est reproché en 2011, alors qu'il était directeur des Mutuelles de Bretagne, d'avoir loué des locaux commerciaux à une société immobilière appartenant à sa femme. »
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« Je respecte la décision du parquet et je protège son indépendance et donc c'est cette enquête qu'il faut attendre. »
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« Je n'accepte pas de vivre sans liberté de parole. Je n'accepte pas d'être condamné au silence lorsque l'honneur de ce que je représente est en jeu. »
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- La promesse du président de la République c'était de bâtir un monde politique nouveau. Cette promesse, elle est morte. La moralisation, c'est le mot d'ordre du tout premier gouvernement d'Emmanuel Macron en 2017.
On entre alors dans le nouveau monde. En mai 2017, la moralisation de la vie politique est si importante pour le nouveau président de la République qu'il met un peu plus de temps que prévu à former son gouvernement. Emmanuel Macron veut faire de la moralisation de la vie publique son premier chantier.
Le report de 24 heures de l'annonce de la composition du gouvernement, en est peut-être un premier signe. Officiellement, il s'agit de vérifier que les futurs ministres répondent aux exigences de la Haute autorité. - Ces 24 heures sont bien employées, c'est aussi cela la moralisation de la vie publique, ça commence par des actes simples comme celui-là.
Le 17 mai, ça y est, on connaît la composition du premier gouvernement dirigé par Édouard Philippe. On peut retenir l'arrivée de Nicolas Hulot au ministère de la Transition écologique, de Bruno Le Maire au ministère de l'Économie et des finances, de Jean-Yves Le Drian aux Affaires étrangères et puis de François Bayrou, le patron du Modem, place Vendôme, au ministère de la Justice. Il doit alors porter la loi de moralisation de la vie publique, premier grand texte du quinquennat. - Tout le monde sait ici que c'est une loi qui me tient particulièrement à cœur, qu'il y a des années que je me bats avec l'idée que cette loi nous devrons l'écrire et que tout est naturellement dans cette affaire d'une importance capitale pour que les citoyens retrouvent un minimum de considération et de confiance.
Mais quelques semaines plus tard, une affaire judiciaire révélée par le Canard Enchaîné vise un membre du gouvernement : Richard Ferrand, alors ministre de la Cohésion des territoires. Il lui est reproché en 2011, alors qu'il était directeur des Mutuelles de Bretagne, d'avoir loué des locaux commerciaux à une société immobilière appartenant à sa femme. Alors forcément, l'opposition à Emmanuel Macron crie au scandale, en pleine campagne des élections législatives.
La promesse du président de la République, c'était de bâtir un monde politique nouveau et dans l'ADN d'En Marche, il y avait la probité, l'intégrité, l'exemplarité. Cette promesse, elle est morte. Quand la première décision que vous prenez, c'est une loi de moralisation de la vie politique, dans moralisation il y a morale, on ne peut pas venir nous expliquer aujourd'hui que les agissements de Monsieur Ferrand sont acceptables.
Dans cette affaire, le procureur de la République de Brest décide d'ouvrir une enquête préliminaire et au sein du gouvernement, on ne lâche pas Richard Ferrand ou alors on botte en touche. - Je respecte la décision du parquet et je protège son indépendance et donc c'est cette enquête qu'il faut attendre. Je ne préjuge pas du résultat de l'enquête. - Aussi longtemps qu'il n'y a pas de mise en examen, il n'y a aucune raison de demander à Monsieur Ferrand de quitter le gouvernement.
Et pourtant, trois semaines plus tard, même si Richard Ferrand n'est pas mis en examen, il doit quitter le gouvernement dans un remaniement intervenant après les élections législatives. Et à ce moment-là, autre départ important du gouvernement pour des raisons judiciaires : celui de François Bayrou et de deux autres ministres du Modem. Leur parti est mis en cause dans une affaire d'emplois fictifs au Parlement européen.
François Bayrou doit quitter son poste avant même d'avoir pu défendre sa loi de moralisation de la vie politique. - Je n'accepte pas de vivre sans liberté de parole. Je n'accepte pas d'être condamné au silence lorsque l'honneur de ce que je représente est en jeu.
De surcroît, cette situation exposait le président de la République et le gouvernement. L'on devinait bien que le débat qui se prépare au Parlement allait, par ces polémiques, être détourné de son sens et il se trouve que j'accorde plus de prix au but à atteindre, à l'œuvre que nous avons à construire qu'à mon rôle personnel, aux titres, aux privilèges et aux galons. Cinq ans plus tard, le parti de François Bayrou est toujours dans l'attente de la décision judiciaire dans cette affaire d'emplois fictifs et pour l'affaire Ferrand, la justice a estimé qu'elle était prescrite.
Élisabeth Borne