Voix de droite : Violences sexuelles sur mineurs, il faut lever le secret de la confession - 01/06
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Vous écoutez RMC, Apolline Matin, Voix de gauche, Voix de droite. C'est lundi, c'est la Voix de droite, c'est Louis Sarkozy. Bonjour Louis, la proposition de loi dite Bétaram arrive ce matin à l'Assemblée nationale. Elle est née du scandale de Notre-Dame de Bétaram dans les Pyrénées-Atlantiques. Plus de 200 élèves qui ont dénoncé des violences commises entre 1950 et 2000. Parmi les mesures, il y a la levée du secret de la confession pour les crimes sur mineurs. Ça fait polémique, mais vous, vous y êtes favorable Louis.
Sans la moindre hésitation, l'Église ici a échoué, a échoué sur tous les continents et a échoué depuis des décennies. Que ce soit aux États-Unis, en Irlande, en Allemagne, on recense des centaines de milliers de victimes. En France, rappelons-le, 330 000 victimes, selon la commission, sauvées partout. Le même réflexe, protéger l'institution et pas les enfants. Trop souvent, trop longtemps, l'Église a couvert les violeurs au lieu de protéger leurs victimes. Alors oui, bien sûr que je suis pour, le secret de la confession est devenu le secret de l'impunité.
Mais le secret de la confession pour les catholiques, c'est un sacrement. C'est sacré. Est-ce que vraiment l'État doit y toucher ?
Oui, bien sûr. Et ce, d'ailleurs, depuis longtemps. En France, ce n'est pas l'Église qui régit l'État. C'est l'État qui régit l'Église. Et ce, depuis Napoléon, depuis le Concordat, depuis la loi de 1905. La République fixe le cadre. Les cultes s'y plient. C'est ça, la naïcité à la française. Et quand on parle de viol d'enfant, pardonnez-moi, on parle de l'incarnation la plus pure du mal. Il n'y a pas de sacrement qui tienne. Aucun sacrement ne vaut l'innocence d'un enfant. Aucun dogme ne vaut sa joie. Aucune pratique, sa santé. Aucune tradition, sa protection. La République protège ses enfants par tous les moyens, ou elle ne protège rien du tout.
On parle effectivement, et il faut le préciser, parmi les mesures de cette loi, la levée du secret de la confession pour les crimes sur mineurs, précisément. Ça reste une situation quand même assez unique. Est-ce que vous pouvez la comparer à autre chose ?
Oui, à tout le reste de la société. Un médecin qui découvre qu'un enfant est abusé peut le signaler. La loi a explicitement levé son secret. Pour ça, un instituteur, un éducateur, un fonctionnaire, quiconque a connaissance de violences sur mineurs, a l'obligation légale de le signaler. C'est dans le code pénal. Tout le monde dans ce pays a un devoir d'alerte quand un enfant est en danger. Tout le monde, sauf le prêtre. Comment est-ce qu'on justifie ça en 2026 ?
Vous ne faites pas confiance à l'Église pour traiter ça ?
En rien. Vous comprenez ? En rien. Alors qu'on soit clair, je respecte toutes les croyances. Et tout particulièrement le catholicisme quand même. Il a façonné la France depuis qu'un siècle. On ne sort pas de son histoire à coup de loi. C'est une part de nous le catholicisme. C'est une part de moi. Mais les Américains ont une formule qui ici, je trouve, est très utile. Trust but verify. Faites confiance, mais vérifiez. Pendant des siècles, l'Église a fait exactement l'inverse. Elle a demandé qu'on lui fasse confiance. Et elle s'est gardée de vérifier quoi que ce soit. Bétaram en est la dernière coulée. Quand une institution échoue à ce point, on ne lui rend pas les clés. On change la serrure.
Les défenseurs du secret disent, sans ce secret, plus aucun criminel n'osera se confesser.
Oui, argument touchant et parfaitement tordu. On nous dit en somme, laissez le prêtre savoir, Esther. Sinon le criminel ne dira plus rien à personne. Mais le but, pardonnez-moi, n'est pas de soulager l'âme du prédateur. Le but est de protéger ses victimes. Un confesseur qui apprend qu'un enfant est violé et qui rentre chez lui en silence, ça s'appelle un complice. Un supérieur, un collègue, un évêque, un archevêque, un cardinal qui sait, ou pire, qui déplace le coupable. Dans une autre paroisse, c'est une association de malfaiteurs.
Le problème, c'est que du côté du Vatican, ils disent que tout prêtre qui levrait le secret de la confession serait excommunié. Donc ils doivent choisir, en fait, désormais, les prêtres.
Mais bien sûr, ils doivent choisir. C'est exactement ce qu'on veut. Et la hiérarchie, pardonnez-moi de le dire, est limpide. Sur le sol français, c'est la loi française qui s'applique, pas le droit canon. Un prêtre est d'abord un citoyen. S'il préfère la fidélité à Rome, à la protection d'un enfant, c'est son drame personnel. Mais ce n'est pas un argument juridique. L'Église a eu 2000 ans pour réformer son rituel. Les enfants violés, eux, n'ont pas 2000 ans pour attendre. Quand l'Église n'a pas su protéger les enfants, c'est à la République de le faire à sa place. Et si pour cela, il faut briser un sacrament vieux de 2000 ans, alors on le brisera.
L'enfant, rappelons-le quand même, est infiniment plus sacré que le mystère.
Merci, Louis Sarkozy. Voix de droite sur RMC. Demain, ce sera la voix de gauche, Cécile Duflo.