Les Matins au Festival de Cannes : Une toile entre le réel et la fiction. Avec Emmanuel Carrère et Mahamat-Saleh Haroun
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Chapitres
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Questions et réponses
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- 0:11OuverteRéponse directe
Vous présentez votre film L'Ingui en compétition officielle
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Vous présentez Wistreham en ouverture de la quinzaine des réalisateurs
- 0:38OuverteRéponse directe
On va aborder les liens entre art et politique et la responsabilité des cinéastes engagés
- 1:51OuverteRéponse directe
Antoine Guillot, une présentation de Mahamat Saleh Haroun
- 1:56OuverteRéponse directe
Une présentation d'Emmanuel Carrère, faut-il le présenter ?
- 2:42OuverteRéponse directe
Mais s'éloigne-t-il pour autant de son univers littéraire ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:23PrésentateurFait
« à la croisée entre fiction et réalité »
- 0:30PrésentateurFait
« Vos deux films abordent la condition des femmes qui vit en marge de la société »
- 5:54InvitéFait
« Parce que je vois de plus en plus de faits divers dans les journaux »
- 6:01InvitéFait
« Des nouveau-nés abandonnés, étouffés »
- 8:54InvitéFait
« Ce qui est un travail particulièrement difficile, particulièrement ingrat »
- 9:01InvitéFait
« C'est vraiment opération commando »
Temps de parole
- Invité27 %
- Invité 227 %
- Présentateur18 %
- Présentateur 215 %
- Présentateur 36 %
- Auditeur5 %
- Auditeur 22 %
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Les Matins de France Culture Guillaume Erner En direct du Festival de Cannes avec nos deux invités Mahmoud Salé et Haroun, bonjour Vous présentez votre film L'Ingui en compétition officielle Emmanuel Carrère, bonjour Vous présentez Wistreham en ouverture de la quinzaine des réalisateurs à la croisée entre fiction et réalité Vos deux films abordent la condition des femmes qui vit en marge de la société située en Tchad et en Normandie Vos films retracent chacun à leur manière bien sûr le destin de ces femmes en quête d'indépendance et on va aborder avec vous les liens entre art et politique et la responsabilité qu'on porte en tant que cinéaste engagée Je suis avec mon camarade Antoine Guillot et je vous propose tout d'abord d'entendre un extrait de Wistreham Bonjour, je t'ai ramené ma copine Elle s'appelle comment ta copine ?
Marianne Ok Marianne Tu veux travailler ? Oui Tu as déjà fait ça ? Oui Dans le nettoyage ? Oui Oui, tu sais un petit peu comment ça se passe ? Oui Donc escale de 1h30, pas une seconde de plus puis au SMIG Ça te va ? Oui Ok Par contre c'est très dur, il faut aller très vite Je peux même te dire que tu vas en chier Parce que ça se passe comme ça Ferry c'est opération commando Oui Donc Christelle, tu vas la prendre avec toi Lui expliquer un petit peu comment ça se passe Oui, peut-être Je vais te mettre Justine avec toi Justine, tu es là ?
Oui Tu iras avec Christelle Expliquer à Marianne un petit peu comment ça se passe Et puis lui faire voir Par contre il n'y a pas d'essai Ça le fait ou ça ne le fait pas On est ok ? Oui On y va parce que le bus nous attend Le ferry lui n'attend pas Par contre Au fait Marianne, je ne tolère aucune absence et aucun retard D'accord Antoine Guillot, une présentation Une présentation d'Emmanuel Carrère, faut-il le présenter ?
Parce que si vous le connaissez bien, sans doute plus comme écrivain Or Emmanuel Carrère est aussi un grand cinéaste qui est trop rare Moi je l'avais découvert comme cinéaste avec Retour à Kotelnitsch Qui était un documentaire tourné en récit complètement incroyable Qui était très littéraire aussi Parce qu'habité par plusieurs strates de littérature russe Qui le hantait presque Il y avait évidemment la moustache avec Vincent Lindon Adapté de son propre livre Or ce qui est très passionnant avec ce Ouistreham C'est que pour la première fois Emmanuel Carrère s'aventure hors de son territoire littéraire Puisqu'il adapte le quai de Ouistreham de Florence Aubenas On a entendu Marianne mais ça aurait pu être Florence prononcée Mais s'éloigne-t-il pour autant de son univers littéraire ?
Ça c'est une question intéressante Et puis deuxième film, celui de Mahamat Saleh Haroun Lingui, je vous propose d'écouter un extrait de ce film
Je ne peux rien faire Je suis vraiment désolé Docteur, s'il vous plaît Mais arrête de le supplier maman Ça se voit pas là C'est un mec qui s'en fout là Il s'en fout, il s'en fout Mamita, laisse-moi ce que tu fais On s'en va Il y en a plein qui peuvent faire ça Il est mort Tu as quel âge ? Elle a 15 ans 1 million Oui madame Mais c'est pas pour moi C'est pour payer la clinique et les infirmières D'accord docteur Ça se passera pas ici Ne vous inquiétez pas madame Tout ira bien Je vous en prie Vous n'en parlez à personne Ça doit rester entre nous D'accord ?
Un extrait de votre film Lingui Mahamat Saleh Haroun Maître Guillot, une présentation Une présentation peut-être de Mahamat Saleh Haroun Pour ceux qui ne le connaissent pas Et ils auraient tort de ne pas le connaître En tout cas à Cannes on le connait bien Puisque depuis 2002 avec Abouna Qui avait été présenté à la quinzaine des réalisateurs Un homme qui crie Prix du jury en compétition au festival de Cannes en 2010 Mahamat Saleh Haroun C'est le premier cinéaste tchadien Et c'est une filmographie Qui raconte parfois directement Comme dans son documentaire extraordinaire Hissène Abré Une tragédie tchadienne Sur le procès d'Hissène Abré Mais aussi par la fiction Ce pays qui a été traversé Par des guerres civiles Par des blessures Très profondes Que Mahamat Saleh Haroun Non seulement met en scène Mais travaille à réparer aussi Dans des histoires qui jusqu'à présent Étaient très masculines Il y a eu beaucoup de questions De relations paternelles De père à fils Et là Pour la première fois Des personnages féminins Un film entièrement au féminin Filmant des femmes Non seulement en marge de la société Non seulement comme on l'a entendu Dans cette scène Avec une jeune femme Encombrée d'un enfant Dans un pays Où l'avortement est interdit A la fois par la loi Et par la religion Mais aussi Et c'est là sans doute Un des points communs Entre vos deux films Des femmes au travail Et oui Vous alertez sur cette situation Par le biais du cinéma Il faut dire aussi Que vous avez été Pendant une année environ Ministre de la culture du Tchad Mahamat Saleh Haroun Pourquoi alerter de cette manière là Pourquoi montrer cette réalité De la vie des femmes au Tchad
Parce que les prégnantes Parce que je vois de plus en plus De faits divers Dans les journaux Avant on n'en parlait pas Il y a une dizaine d'années Et là Des fœtus Enfin des nouveau-nés Abandonnés Étouffés C'est vraiment quelque chose D'horrible Et d'insupportable De le lire comme ça Tous les quatre matins Et j'ai commencé Donc à en parler Avec mon frère Qui est médecin À N'Djamena Dans un hôpital Et là J'ai découvert En fait La catastrophe En interrogeant des femmes Et Ce qui était bouleversant C'est de En questionnant Certaines femmes Même de mon entourage C'est de De se dire Je ne savais pas ça Qu'elles avaient vécu Tout ça en fait C'est des choses Qui se passaient Dans la clandestinité Et Et si J'en arrive À cette histoire là C'est parce que J'ai raconté L'histoire des hommes Dans un pays Donc en guerre C'est les hommes Qui tiennent les armes Et c'est comme un livre En fait C'est à dire En tournant la page Je tombe sur L'étape suivante C'est les femmes Et c'est comment Elles se débrouillent En fait Elles sont sous cloche Les hommes sont au dessus Je les ai cartographiées Radiographiées Et puis en fait En dessous Il y a des gens Qui se battent Pour essayer De s'évanciper Seulement Et c'est vraiment Des héroïnes Du quotidien Et C'est des figures J'en ai vu Des femmes Comme ça C'est extraordinaire Je ne sais pas Comment elles font Pour tenir D'autant plus Qu'elles ne peuvent pas Partager des fois Ces choses là Avec les proches Donc voilà
C'est une autre manière De filmer les femmes Chez vous Emmanuel Carré En France Pourquoi l'avoir choisie Et pourquoi avoir adopté Là aussi Ce regard Qui est emprunté Donc à un livre Signé Florence Omenas
C'est une autre manière Je ne sais pas Parce que malheureusement Je n'ai pas vu le film De Mahamad Saleharoum Je fais juste une parenthèse Pour dire que Enfin l'admiration Que j'ai pour ces films Je n'ai pas vu Donc on est chacun Dans notre couloir de nage Mais je faisais J'ai eu l'honneur De faire partie Du jury Au festival de Cannes Qui avait attribué Le prix du jury Justement A votre film Un homme qui crie Et j'y repensais Ce n'est pas si fréquent Que onze ans après Un film Laisse une trace Comme ça Je me rappelais Je m'en rappelais Des images Je me rappelais Des Voilà Je voulais dire ça Alors bon Mon truc à moi Il y a un point commun
Même si vous n'avez pas vu Encore Lingui Et Emmanuel Carrère C'est le fait Qu'on s'attache Donc à la condition De femmes Qui sont des femmes Dans des conditions sociales Très difficiles Là ça se passe Pour vous A Ouistreham
A Ouistreham En Normandie Les héroïnes du film Sont pour la plupart Femmes de ménage Pour certaines A bord d'un ferry Ce qui est un travail Particulièrement difficile Particulièrement ingrat Parce que les escales Un ferry c'est énorme C'est 230 cabines Ça dure Le temps d'escale C'est une heure et demie C'est comme le dit La contre-maître du ferry C'est vraiment Opération commando C'est un boulot de fou Et donc On a essayé Dans ce film En partant du livre De Florence Aubna Qui est un extraordinaire Livre de journalisme D'immersion Comme on dit Ça date à peu près De la même époque Qu'un homme qui crie C'est un livre Qui a une dizaine d'années Qui de la même façon A vraiment marqué Les consciences Les gens se le rappellent Au point d'ailleurs Que c'est très difficile Aussi de faire un film Là dessus Parce que Voilà Tout le monde se rappelle Le livre Tout le monde a été marqué Par le livre Donc on vous attend Au tournant Comme on dit Mais voilà On a essayé D'être juste Dans cette description D'un travail D'une condition D'une condition Qui est aussi Celle de De gens Qui n'ont pas Ce qu'on appelait Autrefois Des vrais métiers Au sens de Avec un salaire Avec la sécurité sociale Avec des congés payés Toutes sortes de choses Qui ont pour beaucoup Disparu Et donc Qui font Des heures Par-ci par-là Deux heures A un endroit Deux heures A un autre Ces endroits Étant séparés Par souvent De très longues distances On bouffe en essence A peu près L'essentiel De ce qu'on gagne Enfin C'est très dur On a essayé De montrer Cette difficulté Et le film Et J'espère Vous parliez D'héroïne du quotidien Je pense qu'on pourrait Dire la même chose Que Ça essaye De décrire ça Et de décrire ça Avec proximité Sympathie Et Justesse
Bon Finalement Là aussi C'est vraiment Un point commun Avec votre film Matt
Oui tout à fait Et Emmanuel Carrère Parlait D'un homme qui crie Il y a une sorte De lien Moi j'avais découvert Retour à Côtel-Lys Qui m'avait Beaucoup Bouleversé Et en sortant de là Donc c'est comme C'est par ce film Que j'ai découvert En fait L'oeuvre littéraire Donc je suis entré Dans votre oeuvre Par le cinéma Et le lien Qu'il y a Enfin quand j'entends Emmanuel parler De son film C'est Ces femmes En fait Qui sont À la marge En fait Et c'est comment Elles se débattent À la marge De ce centre Qui lui Domine un peu Et c'est ce sentiment Là en fait Et Moi en tout cas Je Je suis sensible À ça Parce que J'ai été élevé Par ma grand-mère En fait Qui était une femme De caractère Et Qui a quand même Je veux dire Même si elle avait Été en France Elle aurait marqué Quand même Un peu l'histoire Parce que c'est une femme Qui a divorcé En 1947 De mon grand-père Qui s'est enfui Qui a pris mon père Enfant Comme ça Sur un cheval Et elle est partie Et on l'a rattrapé On lui a arraché Son enfant Et elle n'a jamais En fait Elle ne s'est jamais Remariée Jusqu'en 2000 2001 Elle est décédée En 2001 C'est pour vous dire En fait Est-ce qu'elle a connu D'autres amours Ou pas Je n'en sais absolument rien Mais cette femme-là C'est une figure Que je porte Et je suis entouré De femmes J'ai quatre sœurs J'ai des tantes J'ai ma mère Enfin Et j'ai découvert Des histoires Qui m'ont bouleversé Et du coup Je me dis Qu'en fait Au Tchad C'est les femmes Qui tiennent les reines Voilà Elles ont le second rôle Mais en réalité C'est elles Qui font tourner la machine Ce sont les hommes Qui commandent Et les femmes Qui travaillent Voilà Les hommes paradent Et les femmes En fait Font marcher Les choses Voilà
Antoine Guillot C'est précisément Ce qui est passionnant Dans ce que vous montrez Mamad Saleharoun Dans ce film L'Ingui Parce que Ces femmes En marge De la société Apparemment Sont l'objet De Toutes les pressions De toutes les convoitises Enfin Elles sont sujettes Au pouvoir Des hommes Que ce soit Un imam Qui va faire expier A vie Le crime D'avoir eu un enfant En étant En étant fille mère Que ce soit Un voisin Concupissant Qui mettrait bien Dans son lit La mère Et la fille En même temps De manière tout à fait légale Puisqu'ils se marieraient Avec elle Or ce que vous montrez C'est qu'il y a une sorte De contre société Une société clandestine Qui est celle Justement De ces liens Du titre Du film On pourrait parler De sororité En tout cas Il y a Une sorte de complot Des femmes Pour faire croire aux hommes Qu'ils ont le pouvoir Et pour en fait Effectivement Se tenir solidairement Et pouvoir Pouvoir survivre Oui parce que
Comme elles sont On les prive un peu De tous les droits Et elles essayent D'organiser Une sorte de Contre résistance Et il faut bien Continuer à survivre Malgré toutes les Oppressions Et tout ça Et il y a un phénomène Enfin c'est un précepte Qui vient vraiment De la culture tchadienne Qui s'appelle Le lingui Qui est le lien sacré Qu'il y a entre Pour faire société Pour faire communauté Et que Quand on se connait Quand on partage C'est presque En France On le retrouve Le mot copain Vient du fait Qu'on partage le pain Ensemble Donc symboliquement Si je partage un repas Et même cette émission Avec Emmanuel Carrère Et si je devais le revoir Ça créerait quelque chose Qui s'appellerait Le lingui Et qui est cette loyauté En fait Que je dois A un moment donné En amitié A quelqu'un Et c'est ça Qui permet en fait Aux gens D'être dans cette Entraide D'être dans cette solidarité Et dans une forme De loyauté C'est à dire Qu'à un moment donné Elles font des actions Et elles gardent Tout ça secret Parce qu'elles savent Qu'elles francissent Une certaine ligne Interdites par les hommes
Emmanuel Carrère Vous avez donc décidé De porter à l'écran Quai de Ouistreham De Florence Aubenas C'est à la fois Un livre éloigné De ce que vous faites Et assez proche En ceci Qu'on a affaire A une écriture Du réel C'est une forme D'écriture Où l'écrivain Se met en scène Comme ce que vous faites Pourquoi avoir décidé D'adapter un livre Et ce livre là En particulier
Effectivement C'est pas absolument Mon registre A priori C'est parce que C'est une C'est une chronique sociale Que j'ai essayé De traiter Au fond Au plus près Au plus près Du quotidien Mais Il y a aussi Une J'étais aussi intéressé Par la démarche De Florence Aubenas Qui donc Qui a fait Ce qu'on appelle Du journalisme d'immersion C'est à dire Ce qu'elle a fait Essayant de savoir Ce que c'était Qu'on appelle La crise Ce que c'était Ce travail Qui devient De plus en plus rare De plus en plus difficile Elle s'est dit Voyons ce qui se passe Pas en étant Un observateur extérieur Mais Je me pointe A Pôle emploi En disant Je suis une femme De 50 ans Qui a jamais Vraiment travaillé Autrement que Pour son mari Pas Qui était garagiste En faisant sa comptabilité Son mari M'a largué Pour une jeunette Et Je me retrouve A Devoir gagner ma vie Alors que je ne l'ai jamais gagné Donc Je vais à Pôle emploi Où on me dit Que je suis Une personne Éloignée de l'emploi Et Tout ce qu'elle trouve Dans ces cas là Qu'est-ce qu'on trouve On trouve des jobs De femme de ménage Et encore Quand on lui annonce ça Elle fait un peu Gloups On lui Et puis elle dit Moi Bon ben Je prends On lui dit Ben Vous prenez Vous prenez Encore faut-il Qu'on vous prenne Et elle rentre Dans ce monde Du travail Souvent précaire Qui est Que décrit le film
Merci D'avoir présenté Vos deux films Je les rappelle Emmanuel Carrère Ouistreham En ouverture De la quinzaine Des réalisateurs Et même Saleh Haroun Lingui En compétition officielle Merci à mon camarade Antoine Guillot De nous avoir accompagné Pour ces matins En direct de Cannes