Municipales : à Strasbourg, "il y avait un véritable besoin de changement", selon la nouvelle maire, Catherine Trautmann
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
France Inter, élection municipale 2026, le 5-7.
Il est 6h20, un retour marquant à Strasbourg. La socialiste Catherine Trottmann redevient maire après avoir été élue deux fois déjà dans les années 90 et elle n'a cessé depuis d'être conseillère municipale. Catherine Trottmann qui est notre invitée. Madame la maire, bonjour. Bonjour. C'est assez serré, on a d'ailleurs eu des résultats contradictoires pendant la soirée. Et au final, 37% pour vous, 31% pour les deux autres candidats, l'écologiste sortant de Jeanne-Barre Séguian et le républicain Jean-Philippe Véter. Vous avez donc gagné, mais on est loin de vos scores de 89 et de 95. Est-ce que vous vous attendiez à mieux ?
Non, je ne m'attendais pas à mieux parce que je savais que les scores seraient serrés puisqu'il y avait dans la ville un véritable besoin de changement. Ce besoin de changement était réparti entre des électeurs progressistes et des électeurs que j'ai représentés et des électeurs à droite. Donc, il fallait rassembler, il fallait proposer une alternative à la municipalité sortante qui s'est beaucoup mobilisée, mais surtout qui a souhaité rester au pouvoir dans une alliance avec LFI.
Je crois que le résultat est très clair, non à cette radicalité que cette partie de la gauche peut représenter aujourd'hui, mais un choix pour la social-démocrate, ce que je suis, et qui a permis aussi à un collègue qui est siégé dans l'opposition, mais qui a rejoint notre projet, de pouvoir l'emporter avec nous.
Pierre Jakubowicz, le candidat soutenu par Horizon Renaissance et Le Modem. Vous dites que cette victoire, c'est ce que vous avez dit hier soir après les résultats, que votre victoire est une leçon sur le plan national. En quoi l'est-elle ?
Elle est une leçon parce que je pense que dans cette confusion que beaucoup d'électeurs ont évoquée dans nos échanges, avec un certain scepticisme, même, je dirais plus qu'un certain scepticisme, un scepticisme certain vis-à-vis de la possibilité pour les partis de les écouter, de les entendre et de les représenter vraiment.
Je crois que ce qui a été apprécié dans ma démarche, c'est à la fois de savoir quelles sont mes convictions et où je me situe politiquement, mais que je pouvais aussi dépasser justement le jeu traditionnel des partis pour rassembler une liste fortement composée de personnes de la société civile et dans une démarche aussi que nous avons menée avec les habitants, c'est-à-dire que c'est eux qui ont, dans les ateliers que nous avons constitués avec eux, c'est eux aussi qui ont inspiré le projet que nous leur avons proposé.
Mais est-ce que vous, socialiste, vous n'apportez pas également de la confusion en vous associant donc avec une liste de centre-droit ?
Je ne crois pas que ce soit de la confusion. Nous avons choisi Strasbourg et Strasbourg est beaucoup plus important que ce qui peut être aujourd'hui le jeu politique national. Nous avions un enjeu, écrire une alternance et avoir la possibilité de partager le même devoir, c'est-à-dire servir Strasbourg et servir les Strasbourgeois. Mais avec quel programme vous allez mélanger les deux ?
Alors, on a pris mon programme, le programme que j'ai travaillé, puisque c'est un programme, comme je vous l'ai dit, qui a été largement inspiré par le dialogue avec les habitants et nous avons repris deux, trois propositions pour les intégrer dans notre programme et c'est celui qui sera proposé pendant toute la durée du mandat.
Et comment on fait pour diriger une ville qui est à ce point divisée ? Je le disais, il y a clairement trois camps à la louche, un tiers, un tiers, un tiers.
Non, ce n'est pas tout à fait un tiers, un tiers, un tiers. Il y a quand même une distance, je suis six points devant, ce n'est pas rien, on a pensé que ça serait beaucoup plus serré et je pense que la majorité est une majorité sans contestation aucune. Bien sûr, sur le plan de l'agglomération, de la métropole, où la situation est plus partagée, il y aura un pacte de gouvernance qui permettra aussi de travailler dans une démarche transpartisane. Mais là, on est dans une association intercommunale, donc c'est logique, on fait appel aux différents maires et on constitue une majorité de projets.
On n'a pas parlé encore du Rassemblement national, Catherine Trottmann, à Strasbourg, l'ERN reste autour de 7%, c'était à peu près la même chose il y a six ans. En revanche, l'ERN décroche pour la première fois de son histoire une ville en Alsace, Vittelsheim, près de Mulhouse. C'est marquant ça pour vous ?
Oui, c'est marquant et c'est un enjeu politique majeur pour la suite. Ce que j'ai constaté dans la campagne que j'ai menée, c'est qu'en fait, le Rassemblement national répond à une partie de l'électorat et donc il faut se réveiller. Quel électorat ? Si on veut un électorat très diversifié, beaucoup plus diversifié qu'auparavant, même si à Strasbourg, le Rassemblement national ne constituait pas un danger, ne nécessitait pas de réaction particulière, ou en tout cas de mobilisation républicaine, je pense qu'il faut s'adresser à cet électorat. C'est un électorat de classe moyenne, c'est un électorat qui a aussi aujourd'hui des catégories sociales supérieures, mais aussi des gens très modestes.
Des personnes m'ont dit, si vous n'y allez pas, si vous ne vous présentez pas, eh bien ce sera le choix du candidat ou de la candidate du Rassemblement national. Donc j'ai parfaitement perçu aussi la responsabilité qui peut être celle des partis politiques existants sur la place et qui ont un rôle et une responsabilité particulière, c'est d'écouter aussi les demandes, les demandes de solidarité, d'emploi, de pouvoir d'achat, de sécurité, toutes ces questions que nous avons abordées tout le temps de cette campagne.
Catherine Trottmann, vous êtes une figure de la vie politique française, vous avez été ministre, députée, députée européenne. Comment vous analysez les résultats, cette fois à l'échelon national de votre parti, le PS ? Si vous en faites toujours partie d'ailleurs, parce qu'Olivier Faure a dit que vous étiez mise à l'écart, mise en dehors du parti, que je m'étais mise en dehors du parti, en vous associant au centre droit.
Bon, écoutez, on verra bien ce qui sera décidé par le bureau national. Moi, je ne me sens pas en dehors de mon parti, j'en suis membre depuis très longtemps, et je pense que l'expérience qui est la nôtre peut être méditée sur le plan national. Les alliances avec LFI ont été sanctionnées par l'électorat. Ça a marché à Lyon ? Ça a marché à Lyon, ça n'a pas marché partout. On a perdu quelques villes, je pense à Brest en particulier. J'étais très triste que Brest soit perdue par François Cuillandre et d'autres. Et donc, je crois qu'il faut venir aujourd'hui avec un renouvellement et repartir de la base.
J'avais évoqué avec certains de mes amis la possibilité d'avoir une vraie plateforme de socialisme municipal pour pouvoir rassembler les électeurs sur une base qui pouvait être la nôtre. Je continue d'être persuadé qu'il s'agit maintenant de pouvoir démontrer en quelque sorte la capacité des socialistes à porter cette réorganisation, cette remobilisation politique à partir de la base, à partir des gens.
Merci Catherine Trottmann. Vous redevenez donc maire de Strasbourg. Vous avez gagné hier face à l'écologiste sortant de Jeanne Barseguian. C'est parti.
Catherine Trautmann