Menaces russes, menaces terroristes, relations franco-algériennes... le "8h30 franceinfo" de Céline Berthon
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Questions et réponses
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Quel est le plus grave danger pour notre pays aujourd'hui : terrorisme ou menace russe ?
- 3:13RelanceRéponse directe
Quels exemples concrets d'ingérence russe en France ?
- 4:50FerméeRéponse partielle
Quand on parle de menace russe, s'agit-il de l'État russe ou d'autres acteurs ?
- 7:14OuverteRéponse directe
La menace russe inclut-elle aussi des cyberattaques ?
- 9:27OuverteRéponse directe
En quoi la menace de manipulation de l'information a-t-elle évolué aujourd'hui ?
- 11:54OuverteRéponse directe
Le scénario roumain d'ingérence est-il possible en France en 2027 ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
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« Marine Le Pen a estimé à nouveau hier que la première des menaces pour la France est le terrorisme islamiste. »
- 0:48Invité politiqueFait
« Il n'y a pas de hiérarchie dans les deux menaces. »
- 0:53Invité politiqueFait
« Le terrorisme présente un risque mortel plus immédiat, puisque de fait nous avons déjà été frappés par des attaques et nous avons encore connu un décès en début d'année. »
- 3:02Invité politiqueFait
« On a eu en 2023, on a eu en 2024 un certain nombre d'actions qui ont pu être conduites sur notre territoire par des individus dont nous avons caractérisé qu'ils agissaient pour le compte de la Russie. »
- 3:43Invité politiqueFait
« À l'automne 2023 de ces affichages dans les rues de Paris d'étoiles jaunes qui ont été taguées dans un certain nombre de villes de rue de Paris. »
- 4:28InvitéFait
« On a la preuve que la Russie est derrière. »
- 5:40InvitéFait
« La Russie du président Poutine viole nos frontières pour assassiner des opposants. »
- 7:20PrésentateurChiffre
« Près de 4400 événements de sécurité ont été détectés, un chiffre en hausse de 15% par rapport à l'année précédente. »
- 18:15Invité politiqueFait
« Notre pays a été frappé depuis dix ans. »
- 19:15Invité politiqueFait
« L'essentiel de nos objectifs aujourd'hui ont moins de 21 ans ou en tout cas qui ont été mis en cause dans des projets d'attentats. »
- 20:47InvitéChiffre
« La région d'Idlib abritait 130 djihadistes français. »
- 24:10PrésentateurFait
« Deux attentats depuis le début de l'année. »
Temps de parole
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Bonjour Céline Berton, vous êtes la patronne de la DGSI, le renseignement français, c'est 5000 agents au service de la sécurité des français, la lutte contre le terrorisme, les ingérences étrangères, les cyberattaques font partie de vos missions. Marine Le Pen a estimé à nouveau hier que la première des menaces pour la France est le terrorisme islamiste. Elle considère qu'Emmanuel Macron joue avec les peurs quand il évoque la menace russe. Vous qui connaissez exactement l'état de la menace dans les deux cas, quel est le plus grave danger pour notre pays aujourd'hui ?
La DGSI a comme mission la lutte contre le terrorisme, la lutte contre l'espionnage et l'ingérence. Et ce que je peux vous dire, c'est qu'aujourd'hui les forces de la direction sont engagées sur les deux sujets de manière concomitante. Il n'y a pas de hiérarchie dans les deux menaces ? Il n'y a pas de hiérarchie dans les deux menaces. On peut considérer que le terrorisme présente un risque mortel plus immédiat, puisque de fait nous avons déjà été frappés par des attaques et nous avons encore connu un décès en début d'année. La menace en matière d'espionnage et d'ingérence peut paraître moins mortelle, mais elle est très dangereuse pour nos démocraties.
Emmanuel Macron, lors de la pose de la première pierre du futur siège de la DGSI à Saint-Ouen hier, a tenu à répondre à ceux qui minimiseraient la menace russe. Écoutez. J'entendais dans les débats ces derniers jours des gens qui en quelque sorte remettaient en cause la menace géopolitique. Ces gens-là n'ont pas suivi l'actualité manifestement. Une grande nation, elle n'a pas à choisir, elle a à répondre. Et elle n'a pas à décider de lutter contre les menaces géopolitiques qui s'imposent à elle ou contre les menaces sur son sol projetées par les terroristes. Elle a à faire les deux en même temps. Céline Berton, lutter contre ces deux menaces en même temps, vous en avez les moyens à la DGSI ?
De tout temps, la direction, même si elle a été très identifiée à une mission d'antiterroriste, compte tenu de ce qu'a vécu notre pays au cours des dix dernières années, de tout temps, la mission de la direction, ça a été la lutte contre le terrorisme et la lutte contre l'espionnage. Donc de fait, elle a toujours consacré des moyens à ces deux menaces. Elle a un enjeu aujourd'hui, c'est de s'adapter à la montée des menaces liées à la crise géopolitique.
Alors il faut parler d'abord, on va parler, parce que c'est l'actualité de ces jours-ci, de la menace russe, évoquée encore hier par le président de la République. Il ne cesse d'en parler explicitement maintenant depuis huit jours. Bruno Rotaillot, le ministre de l'Intérieur, dit d'ailleurs ce matin que des menaces vis-à-vis des opposants russes qui résident sur le sol français existent. À la place qu'est la vôtre, quelle forme prend aujourd'hui la menace russe ?
Alors la menace portée par la Russie, qui peut d'ailleurs être aussi portée par d'autres pays, mais le sujet russe est évidemment plus prégnant compte tenu de l'actualité géopolitique, se traduit par traditionnellement une menace d'espionnage très forte, peut-être pourra-t-on en parler, mais aussi des menaces ou des actions d'ingérence ou de déstabilisation qui se traduisent par des faits qui peuvent paraître de faible intensité, qui ne sont pas des faits graves au quotidien, mais qui participent à venir saper nos modèles.
On a eu en 2023, on a eu en 2024 un certain nombre d'actions qui ont pu être conduites sur notre territoire par des individus dont nous avons caractérisé qu'ils agissaient pour le compte de la Russie.
Des exemples, oui. Quels exemples ? Parce que pour ceux qui nous écoutent, quand on entend ingérence russe, on ne sait pas à quel point ça peut déstabiliser la société française. Ça passe par quoi concrètement ?
Effectivement, d'abord peut-être définition ingérence-espionnage. L'espionnage, c'est le vol d'informations confidentielles. Donc ça suppose d'accéder à des informations que quelqu'un ne peut pas avoir et il passe par des moyens détournés pour y avoir accès. L'ingérence, ce n'est pas du vol d'informations, c'est le fait de peser dans la vie d'un pays, d'essayer de peser sur sa vie politique, sur des décisions politiques. Et un exemple, vous vous souvenez probablement à l'automne 2023 de ces affichages dans les rues de Paris d'étoiles jaunes qui ont été taguées dans un certain nombre de villes de rue de Paris.
On était juste après le 7 octobre, à un moment où évidemment les tensions géopolitiques et les tensions sociales entre la Palestine et Israël pouvaient être très vives. Et ces pochoirs qui ont été réalisés en Paris par des individus qui par la suite ont été identifiés et interpellés, ont été pris en photo et amplifiés artificiellement sur les réseaux sociaux pour faire monter ce débat et opposer en France des idées politiques ou opposer la population française, fracturer la population française sur ce sujet.
On a la preuve que la Russie est derrière.
On a la preuve que les individus qui ont commis ces faits sont venus pour les commettre sur notre territoire obéissant à un ordre qui leur avait été donné. Et le marqueur pour nous il est frappant parce que les premières photos qui ont été mises en ligne ont été réalisées par un dispositif qui pour nous obéit à la Russie.
Qu'on soit bien clair et qu'on soit bien précis quand on dit menace russe, quand on dit la Russie, est-ce qu'il s'agit de l'État russe ? Est-ce qu'il s'agit d'institutions qui lui sont attachées, d'organisations ou de citoyens russes ? De quoi on parle exactement ?
On a un volet d'acteurs qui peut être assez large. Ça peut être évidemment le Kremlin directement, ça peut être des services, ça peut être des associations qui sont favorables. L'enjeu à chaque point c'est évidemment de caractériser les faits et c'est pour ça que nous sommes très prudents quand nous attribuons ces phénomènes. Mais nous observons quand même que ces faits profitent à un acteur en particulier, ce qui nous permet quand même de faire cibler notre regard vers un certain pays.
Une chose est de chercher à diviser les Français avec ce type de manipulation. Autre chose encore une fois est de cibler physiquement des opposants. Je cite Emmanuel Macron la semaine dernière à la télévision. La Russie du président Poutine viole nos frontières pour assassiner des opposants. Je recite le ministre Bruno Retailleau qui parle ce matin de menaces vis-à-vis des opposants russes qui résident sur le sol français, ces propos qui concernent des ressortissants russes qui seraient menacés physiquement d'assassinat. Il y a des menaces précises que vous avez identifiées ?
Les actions conduites par les pays étrangers sur notre territoire peuvent prendre plusieurs types de formes. J'ai évoqué les actions de déstabilisation par des faits de faible intensité mais qui sont exagérées sur le plan de la médiatisation. On peut avoir des phénomènes de repérage sur des industries qui contribuent par exemple à l'effort de guerre vis-à-vis de l'Ukraine. Et on peut avoir effectivement des tentatives de pression sur des opposants réfugiés sur notre territoire. Ça vaut pour la Russie mais ça peut aussi valoir pour d'autres pays. C'est ce que nous on qualifie dans un terme assez générique qui est le sujet de la répression transnationale.
La répression transnationale c'est quand un pays étranger, une dictature en général va cibler des opposants qui sont réfugiés chez nous.
Il s'agit effectivement de faire peser des pressions, de venir contraindre, de faire taire le cas échéant soit par des menaces, soit le cas échéant évidemment par des actions physiques. Des individus qui sont réfugiés sur notre territoire qui le sont en général parce qu'ils sont effectivement opposants au régime en place dans leur pays d'origine.
Mais ce que vous dites c'est que la Russie ne s'arrête pas là, ne s'arrête pas à ses propres opposants qui sont à l'étranger. En fait, en ce qui concerne nous, la France, la menace est bien réelle parce qu'ils agissent aussi, ils s'ingèrent aussi via des cyberattaques. Hier, l'ANSI, l'Agence française de sécurité informatique, dévoilait son bilan pour l'année 2024. Près de 4400 événements de sécurité ont été détectés, un chiffre en hausse de 15% par rapport à l'année précédente. Quand on parle de cyberattaque, on parle de quoi ?
Alors, il faut avoir l'idée que la cyber, c'est la traduction dans l'espace numérique, dans l'espace virtuel des actions qui, par ailleurs, et auparavant, étaient conduites dans l'espace physique. C'est une autre guerre. C'est une autre guerre. C'est une guerre parallèle. C'est une guerre qui peut servir les mêmes objectifs.
La cyber, dans la manière dont elle est prise en compte par la DGSI, qui n'est pas responsable de la cybercriminalité, donc des actions à vocation d'enrichissement, mais qui visent les actions qui peuvent être conduites par des États étrangers ou qui peuvent cibler des opérateurs d'importance vitale en France, visent à caractériser le fait que la cyber répond à deux logiques. La première, c'est l'espionnage par des attaques cyber, s'infiltrer dans les réseaux informatiques des groupes publics d'entreprises pour capter de l'information qui va servir en matière d'espionnage. Ou alors, ça peut être du cyber-sabotage qui vise donc là aussi à s'infiltrer pour venir faire tomber des dispositifs.
Et vous l'avez peut-être entendu, et je pense que le patron de Lensi l'a dit à l'occasion des Jeux Olympiques, on avait des enjeux majeurs sur les transports, sur la communication, sur évidemment l'électricité. Et ça, on peut considérer que des cyber-attaques peuvent servir à des sabotages.
Et la semaine dernière, d'ailleurs, les États-Unis ont annoncé une pause dans les opérations cyber contre la Russie, dans leurs opérations aussi de protection vis-à-vis de ces opérations cyber-russes, éventuellement contre les États-Unis. Ça nous affecte ça potentiellement en France, le fait que les États-Unis lèvent un peu la garde ?
C'est l'action des États-Unis. Chaque pays est souverain et conduit sa propre action.
Mais il y a une coopération ?
Les États-Unis sont un partenaire majeur au regard de leur capacité, mais le fait que les États-Unis décident de ralentir leur action n'impacte pas l'action de l'ensemble des autres États et n'impactera pas l'action conduite en propre par la France.
Céline Berton, dans les ingérences, il y a évidemment la manipulation de l'information. Cette menace, en quoi elle a évolué aujourd'hui ?
Elle est totalement insidieuse, cette menace, parce que je pense qu'elle se réalise sans qu'on s'en rende compte. Si on pose la question à vos téléspectateurs, si on leur parle des étoiles de David, si on leur parle des mains rouges, si on leur parle des puces de lit, imagine-t-il que derrière, il y a de la manipulation de l'information ?
Les puces de lit, c'est prouvé, il y a eu des manipulations ?
Il y a eu des manipulations de l'information ou de l'amplification. Il y a deux phénomènes de manipulation d'informations. Il y a d'abord le fait d'amplifier des sujets artificiellement qui sont des sujets sans grande importance. Ça se fait par des manipulations majeures, par la création de comptes inauthentiques qui amplifient, qui font monter en visibilité des informations. Et il y a un autre fait, qui pour moi est encore plus grave, c'est de la création d'informations. Donc des faits faux, avec parfois d'ailleurs des reproductions, et ça c'est encore plus grave, de médias très responsables. Grâce à l'intelligence artificielle. Grâce à l'intelligence artificielle.
Et qui sont donc amplifiées. On a un phénomène qui est un risque nouveau, pour répondre à votre question sur son évolution. C'est qu'aujourd'hui, beaucoup d'individus consomment de l'information sur les réseaux sociaux, exclusivement. Et il faut impérativement retenir que ce qu'on voit sur TikTok ou sur d'autres n'est pas nécessairement la vérité. Et n'atterrisse pas en tête, entre guillemets, des suggestions, tout à fait par hasard. Il y a des algorithmes. Il y a des algorithmes. Et les algorithmes peuvent être manipulés de deux manières. Soit par les détenteurs de plateformes eux-mêmes. Alors là, j'allais dire que c'est presque visible, ou c'est plus ciblé.
Pour TikTok, c'est les Chinois, on s'imagine. Quand sur X, Elon Musk fait en sorte que son tweet soit vu par le monde entier, on sait que c'est lui. Et entre guillemets, c'est un peu ciblé. Je pense que d'ailleurs, ça conduit à ce que certains quittent aujourd'hui ce réseau. Mais sur d'autres, et singulièrement sur TikTok, on a des manipulations qui sont opérées non pas par les Chinois détenteurs, mais par des utilisateurs qui connaissent l'algorithme, qui savent comment faire, et qui font artificiellement naître des sujets.
Ça veut dire, par exemple, que certaines personnalités politiques, ici en France, peuvent avoir une audience supérieure à l'audience réelle auprès des Français, parce que, de l'étranger, on booste en quelque sorte l'audience de leur compte ?
C'est une manipulation qui est possible. Je ne dis pas qu'elle est effective aujourd'hui, mais elle est possible. En tout cas, on l'a constaté dans des pays européens pas très éloignés de la France.
Mais du coup, c'est intéressant ce que vous nous dites ce matin, Céline Berton, parce qu'on a vu ce qui se passait en Roumanie, lors de la présidentielle, où le candidat d'extrême droite a été quelque chose de poussé, effectivement, par les Russes, grâce à des ingérences russes. Ce scénario-là, à la Roumanie, est-ce qu'il est possible en France en 2027 ?
Le scénario de manipulation de l'information sur les réseaux sociaux par amplification via des algorithmes, évidemment qu'il est possible. La Roumanie, c'est très singulier parce qu'on a vu arriver en tête un individu qui, quelques mois auparavant, était totalement inconnu. On a, je l'espère en France, un système politique qui est plus établi, des acteurs politiques qui sont plus connus. Mais la manœuvre technique qui a été utilisée en Roumanie, dès lors qu'elle manipule des réseaux sociaux qui sont présents en France, on peut envisager qu'elle soit totalement possible. Mais du coup, ce sera difficile
à dénoncer au risque d'être taxé d'atteinte à la liberté d'expression.
L'enjeu, il est, pour la France, de manière générale, de trouver la voie équilibrée entre la liberté d'expression, qui est une chance et une valeur extrêmement forte en France, mais la dénonciation de ce qui relève de manipulation. On a un vrai enjeu, et ça dépasse évidemment le sujet des services de renseignement ou du mystère de l'intérieur, on a un vrai enjeu d'éducation à la consommation des réseaux sociaux pour qu'on identifie bien le fait que ce qui est en tête des réseaux sociaux, un, n'est pas forcément vrai et deux, n'est pas forcément naturel.
Céline Berton, directrice générale de la Sécurité intérieure, est avec nous jusqu'à 9h sur France Info. On laisse passer le fil Info à 8h46, Maureen Fignard.
L'Union Européenne va taxer des produits américains dès le 1er avril prochain. Des taxes sur les bateaux, les motos ou encore le bourbon, c'est une réponse à l'entrée en vigueur de droits de douane américains. Aujourd'hui, les Etats-Unis taxent désormais l'acier et l'aluminium à 25%. Cela concerne tous les pays. La Chine promet de son côté à l'instant de prendre toutes les mesures nécessaires. De nouvelles attaques russes sur le sol ukrainien. Ce matin, 4 morts à Odessa selon Kiev. Et toujours, pas de prise de parole de Moscou. Après cette annonce hier, les Ukrainiens acceptent un cessez-le-feu immédiat de 30 jours avec la Russie.
Washington va de nouveau aider militairement l'Ukraine et va partager les informations recueillies par ses services de renseignement. Les médecins, les infirmiers, les pharmaciens demandent plus de sanctions pour les agresseurs. Ils dénoncent une augmentation des violences à leur encontre. Les organisations syndicales appellent à fermer les cabinets et les officines aujourd'hui. Une qualification épique pour le PSG. Les Parisiens désormais en quart de finale de la Ligue des champions de football. après une séance de tir au but contre Liverpool. Ils sauront ce soir s'ils jouent contre Bruges ou Aston Villa au prochain match. Et ce soir, c'est le LOSC qui affronte Dortmund. France Info.
Le 8.30 France Info. Jérôme Chapuis. Saliad Rakhia.
Et toujours avec Céline Berton, la directrice générale de la sécurité intérieure. On évoquait les ingérences, notamment de la Russie. Il n'y a pas que la Russie. On parle aussi de la Chine. On parle aussi de l'Azerbaïdjan. L'Azerbaïdjan, régulièrement cité par Manuel Valls, le ministre des Outre-mer, pour son ingérence en Nouvelle-Calédonie, notamment. C'est documenté comment ?
Alors, vous savez qu'il y a un contentieux entre l'Azerbaïdjan et la France lié à la position diplomatique prise par la France dans le sujet du Haut-Karabaï arménien. Ça a conduit, effectivement, à compter de l'été 2023 à l'identification d'actions hostiles conduites par des individus proches du régime à la tête d'Azerbaïdjan et notamment via un objet qui a été créé de toute pièce par l'Azerbaïdjan qui s'appelle le groupe Initiative Bakou, autrement appelé BIG en anglais.
Et nous observons que ce groupe sert à promouvoir les intérêts indépendantistes d'un certain nombre de territoires français singulièrement en Outre-mer puisqu'ils ont la particularité d'être plus isolés et de compter un certain nombre d'autorités soit politiques soit associatives qui prônent une autonomie plus importante et qui s'appuient sur l'Azerbaïdjan qui leur promet de leur donner accéder à l'ONU pour leur permettre de défendre leurs intérêts.
L'objectif, c'est quoi ? C'est que ces pays accèdent, ces territoires, pardon, accèdent à l'indépendance mais pour un pays comme l'Azerbaïdjan, c'est quoi ? C'est de trouver un rapport de force ?
Je pense que c'est de porter préjudice à la France à faible coût si vous me passez cette expression parce que entre guillemets ça ne coûte pas grand chose ça coûte de la manipulation d'informations de l'amplification artificielle ça on l'a vu singulièrement après les émeutes en Nouvelle-Calédonie où on a observé les phénomènes qui étaient amplifiés sur les réseaux sociaux et puis ça coûte un peu d'argent puisque de fait ils organisent des conférences auxquelles ils convient un certain nombre d'individus.
Vous dites Céline Berton que dans le renseignement il n'y a pas d'amis pas d'ennemis mais des alliés des adversaires est-ce que vous ressentez concrètement dans le renseignement ce nouvel ordre mondial qui se dessine sous nos yeux depuis l'investiture de Donald Trump le 20 janvier ?
Ce nouvel ordre en tout cas ce nouvel état d'élu il génère des incertitudes l'enjeu des services de renseignement c'est de travailler ensemble et de continuer à travailler ensemble parce que nous avons des intérêts communs
On continue de travailler avec les Etats-Unis ?
Absolument et on a des intérêts communs en matière évidemment de contre-terrorisme qui est un sujet qui en général se prête peu à des impacts des crises politiques mais ça peut générer des incertitudes les priorités que le président américain assigne aux Etats-Unis peuvent avoir des répercussions dans les priorités que prendront en compte les services de renseignement nous observerons dans les semaines et les mois qui viennent la manière dont cela peut se traduire
Et les tensions avec l'Algérie elles ont aussi un impact sur votre travail ?
La situation avec l'Algérie est complexe et il est vrai qu'en l'état de la situation nos relations sur le plan sécuritaire sont réduites à leur plus simple expression
Donc il n'y a plus de coopération ?
Elle est difficile ?
On connaît l'importance de la coopération avec l'Algérie sur le dossier du terrorisme notamment c'est de nature à mettre en risque le territoire français ?
Aujourd'hui je pense que les orientations politiques pèsent beaucoup sur ce que les services peuvent faire ou pas en Algérie avec la France J'espère que cette situation trouvera une issue rapide
Parce que la menace terroriste elle rôde toujours c'est ce qu'a dit le président de la République hier
Qu'est-ce que ça veut dire ? Alors le président de la République traduit ce faisant les chiffres que nous constatons vous savez à quel point notre pays a été frappé depuis dix ans l'année 2024 a été une année un peu singulière nous avons eu la chance de ne pas connaître d'attentats mortels en France en 2024 mais pour autant nous avons déjoué neuf attentats ce qui était un niveau assez considérable non atteint depuis plusieurs années nous avons en ce début d'année été frappés par deux attentats un attentat non mortel à Abt et un attentat mortel à Mulhouse tout cela illustre le fait que la menace terroriste reste extrêmement élevée en France Elle prend quelle forme cette menace terroriste ?
Aujourd'hui elle est surtout portée par ce qu'on appelle une mouvance endogène c'est-à-dire des individus qui sont présents sur le territoire national mais qui peuvent pour autant être influencés ou être pilotés depuis l'extérieur et singulièrement par des organisations terroristes présentes soit en Syrie et en Irak pour l'état islamique soit en Pakistan et en Afghanistan pour ce qui relève de l'état islamique au Khorasan Aujourd'hui nous avons sur le territoire français surtout des jeunes individus c'est ce que nous constatons dans les objectifs que nous suivons les objectifs que nous interpellons Quand vous dites des jeunes ce sont des mineurs des mineurs et des jeunes majeurs l'essentiel de nos objectifs aujourd'hui ont moins de 21 ans ou en tout cas qui ont été mis en cause dans des projets d'attentats on a encore interpellé ces dernières semaines des individus âgés de 16-17 ans Des individus radicalisés ?
Oui bien entendu radicalisés et ça rejoint un petit peu le sujet qu'on a évoqué tout à l'heure qui consomment énormément de propagande en ligne et qui sont aussi victimes des algorithmes des réseaux sociaux puisque quand vous commencez à consommer de la propagande violente ou des images violentes en ligne que va vous proposer la messagerie ou le réseau que vous consultez elle va vous présenter des choses qui ressemblent à ce que vous consommez et on a donc des phénomènes d'addiction à de la violence en ligne et à de la consommation de propagande Donc on est principalement sur la radicalisation sur les réseaux pas dans les mosquées ou dans les écoles musulmanes ?
Ce phénomène qui a été très marqué au milieu des années 2010 a aujourd'hui quasiment disparu pour des raisons assez précises D'abord une grande partie de notre mouvance radicale a quitté la France pour se rendre en Syrie au moment des filières syro-irakiennes Certains y sont encore ou alors ils ont pu en rentrer et ils sont incarcérés Donc de fait notre action l'action des services a aussi conduit à réduire à néant enfin à néant en tout cas à limiter considérablement les mouvances physiques de radicalisation et aujourd'hui c'est la radicalisation en ligne Mais précisément
Céline Berton la Syrie il y a trois mois le régime syrien est tombé le président par intérim est issu d'un mouvement islamiste on a pu lire que la région qu'il a longtemps contrôlé avant son ascension éclair la région d'Idlib abritait 130 djihadistes français sait-on ce que sont devenus ces hommes et ces femmes ?
Les français ou ressortissant partie de France qui sont en Syrie sont suivis à la fois par les services d'enseignement et les services judiciaires parce que la stratégie judiciaire de la France a été d'ouvrir des procédures pour poursuivre l'ensemble de ces individus puisqu'on a considéré qu'à partir du moment où ils partaient sur zone ils adhéraient à une organisation terroriste et donc ils sont tous passibles de poursuites pour associations de malfaiteurs terroristes un certain nombre d'entre eux sont libres sur zone un certain nombre d'autres sont détenus ou retenus ils font évidemment partie des individus que nous surveillons pour éviter un retour qui pourrait être un retour de projet violent sur le territoire
un mot quand même de la menace de l'ultra droite aujourd'hui elle mobilise aussi
vos effectifs tout à fait alors vous savez que sur les années écoulées on a pu déjouer un certain nombre de projets d'action violentes portés par les mouvances ultra droite on a à la fois des individus qui sont adhérents d'un rapport de violence notamment avec leurs antagonismes et on observe de manière régulière des violences entre membres de l'ultra gauche et membres de l'ultra droite et le risque majeur pour nous c'est évidemment le risque terroriste et on est attentif au phénomène survivaliste mais aussi au phénomène accélérationniste
dans la proposition de loi contre les narcotrafiques un amendement qui permettait d'avoir accès aux conversations privées des suspects sur les messageries cryptées comme Whatsapp par exemple a été retoqué alors vous ne vous occupez pas des narcotrafiques mais ça concerne aussi le renseignement est-ce que pour vous c'est un problème de ne pas avoir accès à ce type de conversation en cas de besoin ?
Vous savez qu'il existe en France un dispositif légal qui nous autorise à accéder aux conversations téléphoniques classiques il s'agit d'interceptions de sécurité qui sont autorisées par la loi et autorisées également par la commission nationale de contrôle des techniques de renseignement ce qu'on observe dans tous les domaines d'activité qu'il s'agisse du renseignement criminel sur la criminalité organisée mais dans nos domaines d'activité c'est que de plus en plus les individus et c'est valable d'ailleurs pour la totalité communiquent sur des messageries chiffrées ce que nous avons besoin de mettre en oeuvre aujourd'hui en France c'est ni plus ni moins pour les messageries chiffrées ce qui est autorisé aujourd'hui pour les communications
téléphoniques classiques mais vous entendez l'argument inverse c'est si on ouvre ça donc aux messageries cryptées comme Whatsapp
c'est la surveillance généralisée mais aujourd'hui en interception de sécurité on ne fait pas de la surveillance généralisée pourquoi ferait-on de la surveillance généralisée sur les messageries chiffrées je pense qu'on a on a souffert probablement d'un manque de pédagogie on a souffert de quelques positions très idéologiques nous nous demandons ni plus ni moins la même chose c'est à dire un dispositif qui donne lieu à autorisation qui soit ciblé sur des individus que nous avons à légitimité à surveiller que ce soit contrôlé par une autorité administrative indépendante et que ce soit surtout très limité dans le temps
ça peut vous permettre d'éviter des attentats
je pense que ça peut nous permettre d'éviter des attentats aujourd'hui on observe qu'on découvre a posteriori quand on a les téléphones en main parce qu'on a interpellé des individus l'ampleur de leur projet avant nous ne sommes pas en mesure de le déterminer donc je crois qu'il est impératif qu'on comprenne qu'il ne s'agit nullement d'un affaiblissement du chiffrement ça n'a jamais été notre volonté qu'il existe des dispositifs techniques et que l'objectif c'est de construire avec les opérateurs de messageries chiffrées
deux attentats depuis le début de l'année c'est ce que vous nous avez dit mais combien avez-vous
pu en éviter ? depuis le début de l'année 2025 nous n'avons pas des jouets d'attentats nous surveillons des individus et nous avons quelques mesures de garde à vue en cours
je l'ai dit en intro la DGSI c'est 5000 agents sur tout le territoire français l'année dernière vous avez recruté davantage d'agents 700 ça va continuer vous allez en recruter davantage ? la DGSI
a connu une augmentation très significative de ses moyens ça a été la volonté politique pour répondre aux menaces tant en termes d'effectifs tant en termes de moyens financiers pour se mettre en oeuvre en termes de capacités techniques et puis vous l'avez évoqué évidemment en termes d'investissement sur un site unique qui permette de regrouper la totalité des effectifs
il sera inauguré quand d'un mot ?
alors on a eu la pause de la première période hier il y a quelques années notre objectif est d'y arriver et hier
devant cette première pierre Emmanuel Macron a parlé du droit à la vie tranquille pour les français question personnelle est-ce que vous avez fait vous en entrant à la direction de la sécurité intérieure une croix sur votre droit à la vie tranquille ?
c'est une bonne question l'année 2024 a été quand même une année très intense j'ai pris mes fonctions début 2024 nous avions les Jeux olympiques qui étaient un défi majeur et puis quand on rentre à la DGSI on découvre l'ampleur des menaces que nous avons à prendre en compte que nos citoyens ne voient pas et c'est mieux ainsi donc effectivement de temps en temps je dors un petit peu moins un petit peu moins bien
merci en tout cas d'être venue tôt ce matin sur France Info pour faire état de cette menace un mot Salia ?
juste quand même il faut dire que c'est la première femme vous êtes la première femme à la tête de la DGSI ça change quelque chose ? j'espère que non en tout cas pas à la sécurité
de la France
tant mieux merci beaucoup en tout cas d'être passée par France Info Céline Berton directrice générale de la sécurité intérieure dans un instant Salia Braclia Renaud Dely pour les informer de la sécurité intérieure
de la sécurité intérieure de la sécurité intérieure de la sécurité intérieure de la sécurité intérieure de la sécurité intérieure de la sécurité intérieure de la sécurité intérieure de la sécurité intérieure intérieure intérieure de la sécurité intérieure intérieure intérieure intérieure intérieure intérieure intérieure intérieure intérieure intérieure intérieure intérieure intérieure intérieure intérieure intérieure intérieure intérieure intérieure intérieure intérieure intérieure intérieure intérieure intérieure