Le Groenland face à Donald Trump
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Questions et réponses
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- 1:01OuverteRéponse directe
Que peut changer la présence d'un consulat français au Groenland ?
- 2:54OuverteRéponse directe
La culture groenlandaise est-elle menacée par les velléités de Donald Trump ?
- 5:04OuverteRéponse directe
Que sait-on du deal accepté par Trump au Forum de Davos ?
- 7:59OuverteRéponse directe
Qu'est-ce que le Groenland ? C'est une grande banquise ?
- 8:59OuverteRéponse directe
Ces ressources pétrolières et gazières sont-elles massives ?
- 12:15OuverteRéponse directe
La Chine et la Russie ont-elles des infrastructures au Groenland ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:18PrésentateurFait
« The Wall Street Journal révélait l'intérêt de Donald Trump pour racheter le Groenland. »
- 9:41InvitéFait
« En 2009, le gouvernement autonome du Groenland a obtenu du Danemark la pleine compétence sur son sous-sol. »
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Ce programme est disponible grâce aux dons de nos auditeurs. Pour diffuser un message d'espérance, rendez-vous sur rcf.fr. C'était en août 2019, il y a plus de 6 ans. The Wall Street Journal révélait l'intérêt de Donald Trump pour racheter le Groenland. Depuis, l'idée a fait son chemin dans la tête du président américain, en particulier depuis quelques semaines, provoquant l'une des crises les plus graves de l'histoire de l'OTAN depuis sa création en 1949. Jeudi dernier, Emmanuel Macron recevait à l'Elysée le Premier ministre groenlandais. Et vendredi prochain, la France installera un consulat à Nouc, la capitale du Groenland. Alors que peut bien faire la France au Groenland ?
C'est une des questions qu'on va poser ce matin à Mico Blujon-Méred. Bonjour. Bonjour et bravo pour votre prononciation de Nouc. Oui, j'ai essayé de le faire correctement. Vous êtes spécialiste du Groenland et des pôles, chercheur en géopolitique de la transition énergétique à l'Université du Québec à Trois-Rivières, également chargé d'enseignement à l'école de guerre. Alors Mico Blujon-Méred, que peut changer la présence d'un consulat français au Groenland ?
Alors il y a plusieurs choses, c'est-à-dire que la première, bon évidemment ça va permettre aux 26 Français qui habitent de manière permanente au Groenland à l'année, évidemment d'avoir plus de facilité administrative, mais au-delà de cela, l'important ici c'est un signal qui est envoyé évidemment à toute la communauté des soutiens et aussi des adversaires maintenant du Groenlandais et du Danemark.
Mais le deuxième élément qui va être important, c'est que ce consulat va permettre de faciliter les échanges, notamment culturels, scientifiques, de recherche, et bien sûr pourquoi pas faciliter également des engagements de nature plus militaire avec le Groenland et le Danemark en particulier, parce que sinon tout passe par Copenhague et il y a quelque chose parfois qui se perd dans le voyage. Parce qu'aujourd'hui il y a 26 Français qui habitent au Groenland, qui sont-ils ?
À l'année, alors on a surtout, on a deux types de gens, et je les salue s'ils nous entendent ou s'ils nous écoutent a posteriori sur YouTube, il y a d'un côté ceux qui sont partis pour faire de la recherche et qui y sont restés. Donc des scientifiques ? Comme des scientifiques, tout à fait, absolument. Et puis d'autres qui sont partis dans une logique soit de service, soit une logique tout simplement d'amour pour la population groenlandaise, pour la culture calathlite. Et de fait, ce qui va être important chez eux, c'est qu'aujourd'hui, ils sont à la fois tant des ambassadeurs, bien sûr, on va dire de la culture française au Groenland, que l'inverse.
Et c'est ce qu'on a vu mercredi dernier, quand l'ambassadeur des pôles, Yves Poivre d'Arvor, a organisé la journée Groenlanda-Savara, donc j'aime le Groenland au Musée National de la Marine, le fait qu'on ait pu avoir ce lien avec nos camarades inuits au Groenland en direct, pour expliquer aussi ceux qui participent à cette journée, quelle est la force du lien déjà avec la France, premièrement, qui est assez lointain.
Et deuxièmement, qu'est-ce que ça veut dire aujourd'hui que vivre au Groenland, et qu'est-ce que ça veut dire d'y vivre avec une dimension de modernité, avec des adversaires qui sont de plus en plus nombreux sur ce territoire, ça a été important de pouvoir avoir ces échanges-là. Donc le consulat va faciliter a priori ces échanges-là encore plus. Vous avez parlé plusieurs fois de la culture groenlandaise, elle est menacée par les velléités de Donald Trump ? Oui, et pas que. En fait, le sujet du Groenland aujourd'hui, il est simple, c'est que la majorité des Groenlandais, qu'ils soient autochtones, inuits, à plus de 85% ou pas, sont dans une démarche d'indépendance par rapport au Danemark.
Et donc dans ce contexte-là, il y a bien sûr des problématiques liées aux adversaires comme Donald Trump qui veulent prendre le territoire, c'est ce qu'il dit évidemment depuis un certain nombre de mois, pour ne pas dire des années. Et puis de l'autre côté, il y a aussi cette idée que pour avoir cette indépendance, il va falloir générer des revenus fiscaux pour que l'État groenlandais puisse se débarrasser de la tutelle danoise, c'est-à-dire tout simplement des 600 et quelques millions de dollars que chaque année les Danois donnent à l'État groenlandais pour pouvoir assurer ses services publics, ce qui représente un peu plus de la moitié de son budget.
Eh bien pour arriver à cela, il faut bâtir de nouvelles industries, de nouvelles capacités tout simplement de lever des revenus. Or, qui dit industrie, dit besoin de main-d'oeuvre. Et qui dit besoin de main-d'oeuvre, dit dans le cas du Groenland, où ils n'en sont que 56 699, eh bien tout simplement immigration. Et dans ce contexte-là, il y a un savant mélange, ou en tout cas un équilibre à trouver entre immigration de travail et éviter que cette immigration de travail, qui peut être massive, effectivement, vu les potentiels, qu'elle soit américaine, qu'elle soit chinoise, qu'elle soit philippine ou thaïlandaise ou autre.
Aujourd'hui, je parle des thaïlandais parce que c'est la première communauté étrangère au Groenland. Ce sont les thaïlandais. Pourquoi ? Avec plus de 900 ressortissants, il y a historiquement une relation qui s'est construite petit à petit avec certaines communautés thaïlandaises qui a fait qu'il y a eu un appel d'air. C'est-à-dire que ce sont essentiellement dans le secteur du tourisme des gens qui ont fait venir, évidemment des tours opérateurs ou autres, qui ont fait venir des thaïlandais au Groenland ou des philippins qui sont assez communs, si vous voulez, en termes de main-d'oeuvre dans le secteur du tourisme.
Et donc, de fait, il y a un certain nombre de thaïlandais, de philippins qui sont restés au Groenland, qui ont ouvert des restaurants thaïlandais, Fusion, etc. Typiquement, l'un des meilleurs restaurants de nous, qui est un restaurant groenlandais au Thaïlandais. Pardon pour l'anecdote, mais c'est pour vous dire qu'il y a des échanges aujourd'hui qui font que le Groenland est assez particulier comme territoire.
Alors, Miko Bujon-Mérède, au Forum économique de Davos, il y aurait eu un deal accepté par le président américain. Que sait-on de ce deal aujourd'hui ?
Comme dirait le Premier ministre groenlandais, on n'en sait rien. Non, c'est-à-dire que si on dépasse l'anecdote, on a d'un côté Donald Trump qui a chargé effectivement à sauver la face, à sauver les meubles, puisque de fait, toute son offensive rhétorique à l'endroit du Groenland n'a pas pu se traduire en offensive militaire ni offensive économique.
Ce qui s'est passé, c'est que les Européens, mais pas que, les Canadiens également, on va peut-être y revenir, ont fait ce qu'il fallait, au niveau qu'il fallait, c'est-à-dire ne pas mettre trop de militaires, ne pas avoir un impact économique trop important pour permettre à Donald Trump de sortir de ce cas, de cet embourbement et de sauver sa face. Et c'est ce qu'il a fait effectivement à Davos. Donc il dit, voilà, il est sorti d'une réunion avec le secrétaire général de l'OTAN, Mark Rutte, en disant, nous avons un accord, cet accord va nous permettre de faciliter des choses pour tout le monde, tout le monde va être, tout le monde a sauté sur cet accord.
Bon, dans l'accord, qu'est-ce qu'il y a ? En fait, il n'y a pas d'accord. La réalité, c'est qu'il n'y a pas d'accord. C'est-à-dire que Mark Rutte, le secrétaire général de l'OTAN, n'a pas la capacité, n'a pas le mandat, n'a pas les compétences, tout simplement, d'un point de vue légal, évidemment, pour passer un accord avec l'un de ses États membres par rapport aux enjeux de souveraineté, par rapport à de l'accès aux minerais ou que sais-je, sur le territoire d'un autre État membre. On parle quand même d'un transfert de souveraineté de la base militaire américaine.
Donc ça, en effet, c'est quelque chose que Donald Trump a dit, qui a été rejeté immédiatement par le gouvernement danois d'un côté et le gouvernement groenlandais de l'autre, en disant très bien, notamment par rapport au gouvernement groenlandais, qu'il n'avait pas été mobilisé, qu'il n'avait pas fait partie des négociations et qu'évidemment, ce que les groenlandais craignent dans ce cadre-là, c'est qu'il se passe avec eux exactement la même chose que ce qui se passe en Ukraine, c'est-à-dire que les États-Unis négocient avec une puissance tierce, que ce soit les Danois, que ce soit l'OTAN, pourquoi pas, même si on n'a pas le mandat, je le répète, et que les groenlandais ne soient pas à la table.
De fait, ce qu'on observe, c'est que depuis les élections du 11 mars 2025 au Groenland, qui ont donné un nouveau gouvernement, présidé donc par le chef du gouvernement actuel, Jens-Frédéric Nielsen, toutes les demandes de rencontres bilatérales, dans un cadre préexistant, il y a un comité bilatéral diplomatique qui existe entre le Groenland et les États-Unis, toutes ces demandes de la part du Groenland ont été systématiquement ignorées par le département d'État, le ministère des Affaires étrangères états-unien. Et donc, ce qui est intéressant, c'est de voir que ce sont les Danois qui, aujourd'hui, essayent de ramener, notamment, on l'a vu lors de la réunion à Washington D.C.
le 7 janvier dernier, les Groenlandais à la table de négociation. Mais les Américains, les États-Unis font tout ce qu'il faut à chaque fois pour essayer d'éjecter ces Groenlandais à la table de négociation. Donc, on a un vrai sujet ici, qui est de savoir qui va négocier, et qui va négocier quoi. Parce que transfert de souveraineté, aujourd'hui, les Danois et les Groenlandais, dont très clairement dit, c'est absolument hors de question.
Alors, parlons avec vous du Groenland et de ce qu'est le Groenland. Puisque Donald Trump n'arrête pas de répéter que c'est une grande banquise, voire même un morceau de glace, a piece of ice. Qu'est-ce que le Groenland ? C'est une grande banquise ?
C'est à la fois des banquises, sur la côte ouest, la côte nord, la côte est, et c'est effectivement une calotte glaciaire. Ici, je fais vraiment une différence, parce qu'en termes de glace, la calotte glaciaire, c'est de l'eau douce qui est stockée, si vous voulez, sur la terre, alors que la banquise, c'est l'eau de mer salée, qui gèle et qui dégèle au fur et à mesure des saisons. C'est un élément d'importance ici pour deux raisons. D'une part, c'est que la question, aujourd'hui, elle est claire, tout au Groenland font. La banquise comme la calotte, comme le permafrost également, c'est-à-dire les terres gelées, là aussi. À cause du changement climatique. À cause du réchauffement climatique.
Le réchauffement climatique, que Donald Trump évidemment nie, depuis un certain nombre de décennies maintenant, et Donald Trump, très clairement aussi, pousse pour le développement d'infrastructures, pour le développement d'exploitations pétrolières, gazières au Groenland, qui, justement, viendraient renforcer cet effet du réchauffement climatique. Donc, si vous voulez, on est sur un paradoxe complet, mais c'est le paradoxe classique en Arctique, où on va dire, voilà, on va exploiter ces ressources d'hydrocarbure, parce qu'elles sont massives, et évidemment, plus on exploite ces ressources, plus on déstabilise l'Arctique. Elles sont massives, ces ressources ?
Oui, c'est-à-dire qu'en 2008, le service géologique états-unien, donc l'équivalent du BRGM français, avait très clairement estimé le fait qu'au Groenland, si on prenait que les ressources pétrolières et gazières conventionnelles, donc on ne prend pas les gaz de schiste, etc., que le conventionnel, le Groenland pourrait receler jusqu'à 31 milliards de barils équivalents de pétrole dans son sous-sol. 31 milliards de barils équivalents de pétrole, ça représente quoi ? C'est à peu près 10% du Venezuela, aujourd'hui, en termes de réserves prouvées. Donc, ça paraît rien.
Mais pour un territoire grand comme 4 fois la France, avec surtout 56 000 et quelques habitants, de fait, c'est une manne potentielle qui est énorme. C'est la raison pour laquelle, quand en 2009, le gouvernement autonome du Groenland a obtenu du Danemark la pleine compétence sur son sous-sol, eh bien, c'est l'une des premières choses qu'ils ont dites qu'ils allaient faire. On va explorer le pétrole, le gaz. Et les premières explorations qui ont été menées entre 2010 et 2012 se sont toutes révélées infructueuses. C'est-à-dire qu'il n'a pas été trouvé de gisements potentiellement commercialement exploitables. Alors, pourquoi cela intéresse-t-il tant Donald Trump ?
Parce qu'il n'y a pas que, là aussi, le pétrole, le gaz, il y a un pléthore de minerais, minerais qui sont extrêmement importants, que ce soit pour le secteur du spatial, de la défense, de l'intelligence artificielle, etc. Il y a d'autres ressources encore qu'on peut envisager, comme les sables granuleux, qui sont absolument indispensables pour le secteur de la construction, pour l'urbanisme, tout simplement. Il y a d'autres éléments encore qui sont importants. Mais, ce qui est intéressant, c'est que Donald Trump, si vous voulez, il y a une forme de dichotomie ici.
D'un côté, ses soutiens à lui parlent de la question de l'accès aux minerais, et lui ne parle quasiment que de la question de la sécurité et de l'impact du Groenland sur la sécurisation de l'espace transatlantique et de l'Arctique. Ce qui est un moyen rhétorique. Ce qui est un moyen rhétorique, notamment quand il parle, évidemment, du Dôme d'Or. Alors, le Dôme d'Or, je ne sais pas si tout le monde voit de quoi il s'agit. Je ne pense pas. Non, alors, on va y aller rapidement.
C'est la même idée qu'en Israël, le projet, donc, d'essayer de faire un espèce de dôme, avec des infrastructures satellitaires et des infrastructures au sol, pour intercepter tous les missiles balistiques intercontinentaux qui pourraient venir frapper le territoire. Donc, ce qui marche en Israël, parce que, de fait, c'est un petit territoire en termes de superficie, Donald Trump essaye, en tout cas, c'est ce qu'il dit depuis plus d'un an, de vouloir le transposer à l'échelle de l'ensemble du continent nord-américain. Et donc, il dit, pour y arriver, il faut que j'ai le Groenland. C'est important pour le Dôme d'Or.
Et en fait, ce qu'on observe avec la communauté des spécialistes sur les questions de défense là-dessus, c'est qu'en réalité, là aussi, on est dans la rhétorique pure. C'est-à-dire que, pour arriver à faire ce Dôme d'Or, qu'est-ce qu'il faut ? Des capacités d'interception de missiles d'un côté et des capacités de détection des missiles adversaires. Or, en fait, ce Dôme d'Or va être essentiellement basé sur, alors je vais faire très très court, ce qu'on appelle le HBTSS, qui, en un mot, est en fait un système de satellites en orbite basse, donc à moins de 400-500 km en altitude de la Terre, qui vont détecter ces missiles qui pourraient venir frapper le territoire nord-américain.
Et donc, dans ce contexte-là, avec cette architecture de satellites en orbite basse, on n'aurait pas besoin des mêmes infrastructures radars que ce qui existe aujourd'hui au Groenland ou ce que Donald Trump prétend vouloir développer au Groenland. Donc, en réalité, si je veux faire ce Dôme d'Or, plus je fais ce Dôme d'Or, moins j'ai besoin du Groenland, en réalité.
Mais c'est évidemment pas ce que Donald Trump dit. Si on reste sur cet aspect militaire, aujourd'hui, la Chine et la Russie, ont-elles des infrastructures au Groenland, peut-être même des capacités d'espionnage ? Donc, la réponse est non.
En revanche, quand Donald Trump a parlé la première fois du Groenland, c'est-à-dire en 2018-2019, et qu'il avait proposé de racheter le Groenland en août 2019, là, oui, les Chinois avaient un potentiel de développer des capacités qui auraient pu leur permettre d'avoir des capacités tout simplement d'espionnage, de renseignement. Ils se sont arrêtés là. Et donc, c'est l'action du Danemark et des États-Unis qui, à l'époque, donc 2018-2019, a fait qu'ils se sont arrêtés là. Je vous donne un exemple très concret. Aujourd'hui, au Groenland, vous n'avez plus qu'une base militaire, bien sûr, la base états-unienne de Pitufik, au nord-ouest du territoire.
Une petite base, avec 150 personnels qui sont dessus, dont environ 35 soldats en capacité de se battre. Donc, si vous voulez, on est sur des capacités qui sont très faibles. Pourquoi on est sur des capacités très faibles ? Parce que les Russes et les Chinois n'ont pas d'activité aujourd'hui ni dans les eaux, ni dans les airs, ni sur terre, au Groenland. Et parce que les puissances alliées au sein de l'OTAN, dont la France, mais pas que, s'entraînent très régulièrement au Groenland et font qu'il y a un effet simplement de contrôle du territoire.
Donc, quand Donald Trump nous dit, là, en 2025-2026, j'ai besoin du Groenland parce qu'il y a des bateaux russes et chinois partout dans les eaux groenlandaises, un, ça, c'est faux. Le dernier bateau russe ou chinois qu'on a vu au Groenland, si vous voulez, c'était en 2022, un bateau russe qui faisait de la pêche au flétan. Rien à voir avec des bateaux militaires et la dernière fois qu'il y a eu une tentative de bateaux, même pas véritablement militaires, mais qui auraient pu permettre de l'espionnage, c'était en 2019, côté russe. Donc, si vous voulez, on est très, très loin de chinois ou de russes
qui pulluleraient dans les eaux groenlandaises. Tout à l'heure, on a parlé avec vous des minerais. J'aimerais évoquer avec vous un autre aspect qui est lié justement à l'influence de la Russie et de la Chine. C'est celui des routes maritimes. Y a-t-il aujourd'hui un enjeu autour des routes commerciales à travers les velléités expansionnistes
de Donald Trump ? C'est évoqué par Donald Trump de temps en temps, c'est évoqué par beaucoup de commentateurs et en fait, c'est un contresens. C'est-à-dire qu'aujourd'hui, dans les routes de l'Arctique qui pourraient se développer ou qui sont déjà en train de se développer, la route qui se développe, c'est là où il y a le moins de glace, où les glaces dégèlent le plus vite, c'est-à-dire côté, donc c'est de la banquise, deux routes maritimes qui pourraient se développer à très très très long terme. Qui ne sont pas encore développées ?
Qui ne sont pas développées et quand je dis à très très long terme, c'est même au-delà de 2050 si le réchauffement climatique se poursuit de la manière dont on le connaît. C'est une route qui passerait à l'est du Groenland et via le pôle nord géographique, donc la route transpolaire et la route sur la côte ouest du Groenland qui passerait à travers l'archipel des îles canadiennes puis ensuite le long de l'Alaska.
Pour bien comprendre, aujourd'hui, il n'y a qu'une seule route qui traverse le Groenland, qu'une seule route maritime. Et donc aujourd'hui, il n'y a zéro route
qui traverse... Même pas celle du nord-est. Même pas celle du nord-est puisque celle du nord-est, elle est véritablement le long des côtes russes et le long des côtes norvégiennes. Donc on n'est pas du tout dans les eaux groenlandaises, on en est même très loin. Avoir des capacités comme la base aérienne, maintenant base spatiale de Pitufik, au nord-ouest du Groenland n'apporte quasiment rien aux Etats-Unis pour la surveillance de cette route du nord-est côté russe et côté norvégien. Ce sont les infrastructures militaires côté norvégiens dans le cadre de l'OTAN qui permettent cette sécurisation-là.
Et donc les routes maritimes au niveau du Groenland aujourd'hui, donc nord-ouest et transpolaire, sont des routes sur lesquelles vous allez avoir beaucoup de glace qui va rester au-delà même de 2050 et qui sont des routes pour ce qui est côté ouest, donc là où le Groenland pourrait en théorie le plus en bénéficier, des routes où vous avez finalement très peu de tirando, très peu de profondeur dans les détroits entre les îles de l'archipel canadien. Donc si vous voulez, si je devais faire passer massivement des navires, cargo, tatatata, je ne passerais pas par là,
je passerais par le nord-est côté russe. Tout à l'heure, vous nous avez dit que c'était principalement des banquises et de la calo glaciaire. Concrètement, la superficie du Groenland, elle varie de combien à combien ? Vous disiez quatre fois la France, mais quand il y a fonte totale, ça représente quelle superficie ?
Alors là, on ne fait pas comme pour l'Antarctique. Quand on parle de l'Antarctique dans le Grand Sud, on a tendance à dire 14 millions de kilomètres carrés l'été, enfin l'été austral, et 30 millions de kilomètres carrés l'hiver. Parce qu'effectivement, on prend la banquise qui part du continent. Pour le cas du Groenland, quand on est sur un pays souverain, on appartenait encore au Danemark, mais souverain, le territoire, c'est le territoire terrestre. Donc, c'est 2,2 millions de kilomètres carrés, un petit peu moins, 2,1 et des boîtes, millions de kilomètres carrés, donc quatre fois la France. Et donc, les banquises ne sont pas considérées comme du territoire.
Et là, en l'occurrence, ce qui va être important, c'est de comprendre qu'avec le réchauffement climatique, là encore, la banquise au Groenland met beaucoup de temps à se former. Je vous donne un exemple concret. Là, aujourd'hui, la banquise côté ouest, par exemple, met plus d'un mois de retard par rapport à l'habitude pour se former. Donc, en ce moment, on a un vrai, vrai problème sur le Groenland qui est que, par exemple, des populations qui, par exemple, passent sur la banquise pour aller d'un village à un autre, aujourd'hui, ne peuvent pas le faire et doivent utiliser le bateau. Donc, si vous voulez, ça a des impacts sur la culture, sur la manière de fonctionner.
Et de fait, le Groenland, bien sûr, est un territoire
avec beaucoup de changements. Eh bien, on aura l'occasion, je l'espère, d'en parler à nouveau parce que c'est passionnant. Il y a encore beaucoup de questions à vous poser, Mico Blujon-Méred. Merci d'être venu ce matin. Spécialiste du Groenland et des pôles, vous êtes chercheur en géopolitique de la transition énergétique à l'Université du Québec à Trois-Rivières et vous êtes également chargé d'enseignement en pôle énergie-climat à l'école de guerre. Merci d'être venu ce matin sur RCF et Radio Notre-Dame à suivre la météo et puis dans quelques minutes le journal de Radio Vatican. Nous serons en direct de Rome. Merci d'avoir regardé cette vidéo.