Macron au salon : le jour le plus long ! - Les questions SMS #cdanslair 24.02.2018
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 10 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 50 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 0:23OuverteRéponse partielle
Macron veut donner une impression de fermeté. Est-ce que c'est la bonne méthode ?
- 1:11OuverteRéponse partielle
Le président a-t-il quelque chose à craindre du vote agricole ?
- 2:23OuverteRéponse partielle
Peut-on vivre avec une retraite agricole d'environ 800 euros par mois après toute une vie de labeur sans compter ses heures ?
- 3:54OuverteRéponse partielle
Sur ces questions de fiscalité du foncier, c'est assez intéressant de savoir qu'en ce moment, le ministère de l'Agriculture travaille sur une réforme de la fiscalité agricole
- 4:14OuverteRéponse partielle
Agricultrice à la retraite, je suis écoeuré de savoir des agriculteurs sur-endettés. Il y a beaucoup de sur-endettements.
- 4:56OuverteRéponse partielle
Quel est le poids de la Confédération paysanne dans le monde agricole ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 3:02InvitéChiffre
« Les Chinois qui n'ont pas assez de terres, ils ont 25% de la population sur 7% des terres. »
- 5:23PrésentateurChiffre
« En 1947, plus de 40% de la population vivait de l'agriculture. Aujourd'hui, moins de 4%. »
- 5:57InvitéFait
« Avant, un agriculteur travaillait avec toute sa famille sur 20 hectares. Maintenant, quand il est céréalier, il travaille sur 200 hectares. »
- 9:36PrésentateurChiffre
« Les exportations de céréales, c'est l'équivalent de 2 Airbus par semaine. »
Temps de parole
- Invité29 %
- Invité 221 %
- Présentateur20 %
- Présentateur 217 %
- Invité 313 %
≈ 0,9 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).
Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.
Alors, je rappelle qu'Emmanuel Macron est toujours, en ce moment, porte de Versailles à Paris au salon de l'agriculture. Donc, le salon ferme dans un peu plus d'un quart d'heure. Mais on nous a bien expliqué que le chef de l'État allait rester bien au-delà de l'heure de fermeture au public pour pouvoir converser avec un maximum de gens. Question SMS. Macron veut donner une impression de fermeté. Est-ce que c'est la bonne méthode ? Bonne journée. C'est vrai que dans les échanges qui ont été filmés, il a peut-être un peu surjoué la colère
parce que les agriculteurs ont sifflé, certes. C'était le moyen aussi d'attirer l'attention sur eux et d'attirer l'attention du président de la République. Mais je ne les trouvais pas... On a vu par le passé des échanges beaucoup plus musclés. Moi, je trouvais les agriculteurs assez calmes. Alors que c'était le président qui semblait un peu se braquer. On sait qu'il n'aime pas trop qu'on lui résiste. Alors, les présidents sont toujours comme ça. Mais là, je trouvais que c'était presque lui qui était plus agacé que les agriculteurs qui avaient des doléances à faire valoir. Après tout, c'est aussi le rôle...
Enfin, les Français, quand ils peuvent approcher leurs élus, leurs élites, leurs présidents, qu'ils ont des choses à faire valoir, c'est le moment.
Le président a-t-il quelque chose à craindre du vote agricole ? Alors, c'est peut-être intéressant de nous signaler ce que vous avez reçu pendant l'émission. Un petit message. Oui, j'ai reçu un peu des écoutes qui s'étaient passées de sources proches de la FNSEA, donc le grand syndicat agricole. Et on me dit... On l'a trouvé très populaire et il a été très courageux d'y aller, d'aller comme ça au front. Moi, je trouve ça... C'est plutôt positif de la part du monde agricole. Je trouve ça même assez surprenant de la part d'un syndicat qui est quand même dans une culture d'opposition, généralement. Ouais. Courageux. Cécile Cornulet, de là à récupérer les voix des agriculteurs...
Oui, c'est un électorat très à droite. C'est encore un peu compliqué.
Mais c'est vrai qu'Emmanuel Macron, il ne faut pas oublier qu'il est toujours en tête de faire différemment du passé. Or là, il fait comme dans le passé. Il va voir... Mais c'est même mieux parce qu'il passe plus de temps que ses prédécesseurs. Donc, en même temps, il veut montrer que lui, il ne tapotera pas, comme il dit, les fesses des vaches et qu'il ne cédera pas à toutes les revendications. Il l'a fait quand même. Oui, c'est ça. Il est dans une démarche extrêmement politique et, au fond, extrêmement classique. Et il surjoue un peu la poigne pour montrer qu'en fait, non, ce n'est pas du tout vrai.
Peut-on vivre avec une retraite agricole d'environ 800 euros par mois après toute une vie de labeur sans compter ses heures ?
Les Français vous répondront évidemment qu'on vit mal. Et d'ailleurs, du coup, on va avoir tendance, quand ce n'est pas le fils qui reprend la terre, puisqu'il va y avoir 40% de la surface agricole qui va changer de main, là, grosso modo, à dire, je vais le vendre au plus offrant. Et il y a un énorme problème de foncier dans ce pays parce que les terres coûtent cher. Il y a une compétition mondiale pour les terres. Les Chinois qui n'ont pas assez de terres, ils ont 25% de la population sur 7% des terres. Ils achètent toutes les terres qu'ils peuvent en Afrique. Puis ils ont acheté des domaines viticoles et maintenant, ils commencent à acheter ici.
Et donc, il y a aussi ce dossier qui est énorme. Comment on peut compenser ces retraites très faibles en disant, on prend le problème du foncier à bras-le-corps pour que les agriculteurs qui s'en vont en retraite ne soient pas tentés de brader leurs terres à d'autres usages que l'usage de l'agriculture française. Et d'ailleurs, sur cette question des retraites agricoles qui sont notoirement faibles, il y a eu un petit échange avec un cheminot. Et justement, il s'est appuyé dessus pour dire, j'ai des agriculteurs qui n'ont pas ou peu de retraite. Et vous qui avez un statut et qui vous garantit une retraite à partir de 50 ans. Et ça, évidemment, il va s'en servir. Il rebondit bien.
Sur ces questions de fiscalité du foncier, c'est assez intéressant de savoir qu'en ce moment, le ministère de l'Agriculture travaille sur une réforme de la fiscalité agricole, notamment pour lutter contre le surinvestissement, qui est une maladie chronique du monde agricole et qui fait beaucoup d'endettements. Mais que pour l'instant, le chantier du foncier n'a pas été ouvert. Donc peut-être que c'est une piste de travail. Justement, regardez, c'est la question suivante. Agricultrice à la retraite, je suis écoeuré de savoir des agriculteurs sur-endettés. Il y a beaucoup de sur-endettements. Oui, c'est un monde qui est notoirement sur-endetté. Alors, il y a deux aspects dans cette question.
D'une part, parce que c'est un monde qui n'a jamais été hostile au progrès, quoi qu'on puisse en dire. C'est-à-dire que les agriculteurs ont quand même toujours acheté les nouvelles générations de matériel agricole, ont quand même testé beaucoup de solutions et c'est toujours vrai. Mais c'est aussi un monde qui est hostile à l'impôt. Et quand on veut réduire son impôt et qu'on est agriculteur, on a une solution, c'est qu'on investit. Comme ça, on amortit et on paye moins d'impôts. Et donc, beaucoup, beaucoup d'exploitations agricoles sont sur-endettées parce qu'elles ont beaucoup investi. Alors, les années de vache grasse, j'allais dire, ça passe.
Les années de vache maigre, ça passe beaucoup moins. Vous citiez la FNSEA à l'instant. Quel est le poids de la Confédération paysanne dans le monde agricole ? Minime. Si ma mémoire est bonne... C'est quoi ? C'est José Bové, la Confédération paysanne ? Ce fut.
Aujourd'hui, c'est plus lui. Mais il a été à la Confédération paysanne.
Je crois que la Confédération paysanne tient deux chambres d'agriculture départementales en France, si ma mémoire est bonne. Bon, cela dit, c'est un syndicat qui est considéré comme représentatif et qui est reçu avec les autres. Bien sûr. En 1947, plus de 40% de la population vivait de l'agriculture. Aujourd'hui, moins de 4%. Et très mal. Où est le problème ? C'est vrai que c'est incroyable ce qui s'est passé en 60-70 ans.
Alors, d'abord, il faut voir que le poids économique est bien plus important. Parce que maintenant, derrière chaque agriculteur, il y a 4 ou 5 emplois. Il y a les emplois en amont, les vendeurs de semences, de tracteurs, d'engrais, etc. Puis les emplois navals, les transformateurs, les vendeurs, etc. Donc, le poids économique de cette heure est beaucoup plus important. Mais ceci dit, avant, un agriculteur travaillait avec toute sa famille sur 20 hectares. Maintenant, quand il est céréalier, il travaille sur 200 hectares. Et de toute façon, il peut faire un deuxième métier. Il peut faire hôtelier, restaurateur, des gîtes, etc. Donc, effectivement, on a diminué considérablement.
Mais en partie, en s'embêtant. Parce qu'effectivement, ça s'est énormément mécanisé. Et donc, maintenant, on ne peut pas vivre avec moins de 200 hectares quand on est céréalier. Avant, c'était vraiment des très grandes exploitations, 200 hectares.
Encore une question très intéressante. Regardez, dans sa course au plus bas prix, le consommateur n'a-t-il pas sa part de responsabilité dans le malaise des agriculteurs ?
En tout cas, pour Emmanuel Macron, ce qui est intéressant, c'est que vous savez qu'il y a un problème de pouvoir d'achat en France et que c'est un problème politique. Il a essayé de prendre à bras le corps. Et bien là, il préfère prendre le parti que tant pis pour le pouvoir d'achat du consommateur. Il faut défendre le revenu des agriculteurs. Et donc, il a créé une tension entre les deux qui, d'une certaine façon, explique pourquoi les agriculteurs lui en sont grés aujourd'hui. C'était les conclusions, en partie, des assises de l'alimentation. Nicolas Sarkozy faisait l'inverse. Il était parti, lui, du consommateur.
En essayant de voir comment, en jouant avec la grande distribution, il pouvait baisser les prix au maximum. Aujourd'hui, on est dans une autre logique.
Comment responsabiliser des consommateurs qui achètent des tomates en hiver ?
Oui, parce qu'il faut avoir le courage de dire, ce serait quand même possible de changer un peu moins souvent son téléphone portable et de payer un peu plus sa nourriture. Pourquoi est-ce qu'on arbitre toujours sur la nourriture la moins chère ? On trouve normal que le loyer, ce soit tout le temps plus cher, mais il faudrait que la nourriture, ce soit moins chère. Et donc, au bout d'un moment, il faut quand même se dire, c'est normal de dépenser un peu d'argent pour manger. Alors, en plus, quand on est collectif, les cantines, tous les parents d'élèves disent, il faut que le ticket de cantine soit de moins en moins cher. Ça, c'est populaire.
Et les syndicats disent pareil pour la cantine de l'entreprise. Et à la fin, on dit, il y a 70% de la viande qui est importée. Quand est-ce qu'on va dire, j'aimerais bien manger de la nourriture de mon département dans ma cantine ? Parce que ça crée de la société, du social, etc. Et en plus, elle est bio, ce n'est pas plus mal. Ça, monsieur, c'était le grand argument, notamment pendant la dernière campagne régionale, où pratiquement beaucoup des candidats avaient mis, justement, dans leur programme, la possibilité de changer la nourriture dans les cantines. Après, ça se heurte aussi au problème des marchés publics, des règles d'ailleurs.
C'est ce que veut changer Emmanuel Macron dans le cadre de ses assises de l'alimentation. Sans doute que ça finira par s'imposer 2, 3, 4 ans avant que ça bouge. Et il faut aussi, dans le même temps, que l'agriculture bio augmente pour pouvoir ensuite faire face à la demande. On sait qu'aujourd'hui, dans certains secteurs bio, il faut aller chercher à l'étranger, ce qui est un paradoxe. Parce qu'on ne trouve pas les produits ici. Après, il risque d'y avoir deux francs. Celle qui peut avoir les moyens d'aller vers la nourriture de qualité et celle qui considère qu'elle est à 10 euros près et qu'elle ne peut pas.
Quand on entend les nouveaux dirigeants de Carrefour dire « Je suis le plus grand vendeur déjà de bio, je vends pour 1,5 milliard. » Et dans 5 ans, je vais vendre pour 5 milliards. Quelque part, ils sont acculés à dire « Qu'est-ce que je fais ? Comment je traite les agriculteurs bio ? Est-ce que je les rémunère correctement ? Sinon, je vais être obligé d'importer toute la biose. » Ce qui est quand même un scandale.
Les Français n'ont-ils pas un rapport trop émotif avec l'agriculture ? Évidemment. Évidemment, bien sûr qu'on a tous un rapport très émotif à l'agriculture. Mais heureusement, heureusement. Parce que l'agriculture, c'est aussi une chose qui structure nos paysages, qui structure notre économie. Les exportations de céréales, c'est l'équivalent de 2 Airbus par semaine. Heureusement qu'on a un rapport émotif à l'agriculture.
C'est pour ça qu'on a un président qui passe 12 heures au Salon de l'agriculture.
12 heures, peut-être même plus. Où en est-on concernant l'encadrement des prix dans la grande distribution ?
Avance doucement. C'est vraiment le gros problème. C'est pour ça qu'Emmanuel Macron doit gérer l'impatience des agriculteurs. Parce qu'il y a beaucoup d'attente qui est née sur ce juste prix qu'il a brandi. Les négociations en ce moment se passent très mal. Aujourd'hui, il a dit qu'il va y avoir des sanctions contre les distributeurs. Et dans son discours devant les jeunes agriculteurs, il a quand même fait des allusions très très nettes, justement, sans les citer, Mélactalis, Bigard et tout ça. Parce qu'on sent bien que ça n'avance pas. Et que, j'allais dire, il ne faut pas qu'il échoue comme ses prédécesseurs.
Si ça n'a pas avancé d'ici 2019, ce sera compliqué pour lui de revenir au Salon de l'agriculture, soyons clairs.
Merci beaucoup à tous les quatre. Merci d'avoir participé à cette émission. Merci aussi à l'équipe qui a préparé ce C'est dans l'air. Dans un instant, Ali Badou pour Célèbdo. Ce soir, la rediff est à 23h55. Demain, ne manquez pas ces politiques. 18h30, Karim Rissoudi qui recevra notamment le sociologue Mathieu Bock-Côté et le romancier Philippe Delerme. J'aurai le plaisir de vous retrouver lundi pour un nouveau C'est dans l'air. Très bonne soirée sur France 5.