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interviewFrance Culture — Sens politique· 12 novembre 2022 43 min

Fabien Roussel : "l'union est indispensable à gauche pour devenir majoritaire"

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Présentateur

Bonjour, c'est vrai en fin de compte, ce qu'on entend au café là juste en bas, c'est un endroit tout mignon, un concept extraordinaire, c'est simple, il fallait juste y penser. Pour à peine 2,90 l'Expresso, d'accord, vous n'avez pas de petits gâteaux ni de chocolat, mais on vous sert systématiquement, généreusement, une pensée politico-sociéto-philosophique et une part copieuse, croyez-moi, qui vous cale pour la journée.

Alors il y a la pensée du jour, c'est comme le plat du jour, elle change en fonction de l'humeur du chef, de la forme de Lionel Messi, de l'humeur et de la forme de Pascal Praud, et il y a les classiques, les valeurs sûres, c'est comme un repère, on vient parce qu'on sait qu'on va les trouver, la spécialité maison, il faut avoir faim à 8h du matin, il n'y a que les habitués qui peuvent, la spécialité maison étant le célèbre, de toute façon, ils disent tout haut ce que tout le monde pense tout bas, l'immigration, ça va bien.

Bon, je préférerais qu'on m'offre un spéculoos, mais ça m'a fait réfléchir et je dois reconnaître que l'immigration politique est un problème, je veux dire l'immigration des politiques. Prenez l'exemple du Nord-Pas-de-Calais, mais ça suffit. Certes, comme le chante le poète Enrico Macias, les gens du Nord ont dans le cœur le soleil qu'ils n'ont pas dehors, mais ce n'est pas une raison. Le Nord et le Pas-de-Calais ne peuvent pas accueillir tous les réfugiés politiques du monde, ou plus exactement, tous les politiques réfugiés du monde. C'est vrai ce que disait Brice Hortefeux. Quand il y en a un, ça va, c'est quand il y en a beaucoup qu'il y a des problèmes.

Ça a commencé avec Jean-Louis Borloo, immigré parisien, il arrive à Valenciennes en 89, maire, député, évidemment, ça a créé un appel d'air en donnant des idées aux autres. Martine Aubry, immigrée parisienne, s'installe à Lille comme adjointe au maire en 95 et après, ce sont carrément des groupes entiers qui débarquent, venus d'endroits très différents. Jacques Lang, immigré du Loir-et-Cher, se fait élire députée du Pas-de-Calais en 2002. Marine Le Pen, immigrée de Saint-Cloud, devient conseillère régionale du Nord-Pas-de-Calais, puis députée. C'est inquiétant de constater que même des très jeunes sont tout prêts de suivre leurs aînés à 28 ans. 28 ans, rendez-vous compte.

L'inspecteur général des finances immigrées, ami et nos parisiens Emmanuel Macron, est approché par la droite locale en 2006 pour les municipales au Touquet. Mais ça ne marche pas toujours, parfois il y a des reconduites à la frontière de la région. Ainsi Jean-Luc Mélenchon, député européen de la circonscription Sud-Ouest, ancien sénateur de l'Essonne, a voulu s'installer, lui aussi comme tout le monde. Dans le Pas-de-Calais en 2012, il n'est pas régularisé, défaite au premier tour des législatives. C'est qu'à un moment, il faut dire stop, sinon il leur reste quoi ? Aux femmes et aux hommes politiques nordistes de souche ? Bah plus rien !

Et notre invité du jour sera donc sûrement d'accord avec le café d'en bas, puisque lui au moins c'est un vrai, né à Béthune, élu à Saint-Amand-les-Eaux. Mais pour décrocher son CDD de député en 2017, il a dû batailler au deuxième tour face à un front national immigré qui venait de Strasbourg et de Bruxelles. On est nulle part à l'abri de l'immigration des politiques qui oublient souvent encore qu'on est toujours l'immigré de quelqu'un d'autre. D'ailleurs, moi-même, je viens de demander en urgence un titre de séjour dans un autre café du quartier. Fabien Roussel, bonjour. Bonjour Arnaud Bousquet. Soyez le bienvenu dans Sens Politique, député de la 20e circonscription du Nord depuis 2017.

Vous êtes devenu il y a 4 ans, presque jour pour jour, le secrétaire national, autrement dit le numéro 1 du Parti communiste français. Vous avez représenté votre parti à la présidentielle du printemps dernier, rassemblant un peu plus de 800 000 électeurs, soit de 28% des suffrages. Votre vie, Fabien Roussel, se confond tellement avec une vie d'engagement au cœur de la galaxie communiste qu'on est en droit de se demander si votre premier cri n'était pas déjà un cri de révolte ou de revendication à Béthune en avril 1969.

Commençons par un long voyage au pays de l'adolescence et dans un pays où vous avez vécu une courte partie de celle-ci, le Vietnam, au mi-temps des années 80 auprès de votre père qui était correspondant du journal L'Humanité dans ce pays. A 14-15 ans, quel sens vous donnez à ce que vous voyez, à ce que vous entendez, à ce que vous ressentez dans ce pays communiste ?

4:13
Fabien Roussel

Quand j'étais là-bas, au Vietnam ? J'y ai passé deux années scolaires et je suis adolescent. Je me pose plein de questions, comme beaucoup d'adolescents, sur ma vie, sur la vie. Et je suis surpris de voir ce peuple qui sort de la guerre. Les Américains ont été chassés en avril 1975. Nous sommes en 1983-1984 quand j'y suis, donc quelques années après. Et le pays sort de plusieurs décennies de guerre. Les Français, les Américains, avant les Français, il y avait les Japonais. Et à cette époque-là, ils sont encore en guerre contre les Chinois, au Nord-Vietnam. Et donc, c'est la pauvreté, c'est la grande misère. Et pour autant, ce peuple est uni, fier. Il se bat, il se reconstruit.

Je vois des théâtres pleins, des cinémas archibondés. Une jeunesse qui vit, qui rigole, qui s'amuse. Et je me dis, mais ils sont incroyables, ils sont heureux. Et quand je rentre en France, je vois de la colère, je vois de l'énervement, je vois de la tension. Et ça m'interpelle, ça m'interroge. Voilà le souvenir que j'ai de cette période-là.

5:41
Présentateur

Aujourd'hui encore, le chef de l'État vietnamien est de droit. Le secrétaire général du Parti communiste vietnamien. Votre homologue, si je puis dire, Fabien Roussel. Sauf qu'au Vietnam, patron du PC, vous êtes automatiquement chef de l'État. Devant le président de l'État qui, lui, est élu. Alors, bonne gestion de la pandémie. Croissance économique de 2,4%. Ce qui en fait l'une des meilleures au monde. Pour autant, Fabien Roussel, est-ce qu'on peut aujourd'hui se satisfaire d'un pays où un seul parti politique est autorisé, en l'occurrence le PC ? Non.

6:12
Fabien Roussel

Non. D'ailleurs, quand je rencontre les dirigeants du Vietnam, comme ceux de Chine d'ailleurs, ça fait partie des discussions que nous avons. Et nous n'avons pas la même conception du rôle d'un parti politique, de la construction de la démocratie. Je ne conçois pas, moi, pour la France, l'idée d'un parti unique qui dirigerait tout. Pour la France, c'est le principe d'une dictature. Et donc, nous n'avons pas du tout la même histoire. Et donc, nous n'avons pas, comme nous n'avons pas la même histoire, nous n'avons pas la même conception de l'organisation, de la vie politique, de la vie démocratique de notre pays.

Et pour autant, les modes de développement qu'ils choisissent, eux, au regard de leur histoire, je peux le critiquer, je le fais d'ailleurs, mais en même temps, il faut respecter ces choix qui sont les leurs.

7:16
Présentateur

C'est respecter la souveraineté des peuples. C'est à cela que j'ai immédiatement pensé en lisant ce qu'on appellera vos impressions vietnamiennes. Vous avez cette expression, c'est un pays en souffrance, mais digne. Alors, parcourons 9000 kilomètres vers l'ouest, le bassin minier. Votre bassin minier, celui du Pas-de-Calais où vous êtes né, Lens et Nimbomont, Carvin, celui du Nord où vous êtes élu, Wallers, pas très loin, il y a Denain, Douchy, des députés Rassemblement National, Marine Le Pen à plus de 60% au deuxième tour de la présidentielle dans votre circonscription, Fabien Roussel. Considérez-vous aujourd'hui l'électorat RN comme un électorat en souffrance, mais digne ?

7:54
Fabien Roussel

D'abord, dans ma circonscription, comme vous l'avez dit, 60% des électeurs, effectivement, au second tour de l'élection présidentielle, ont choisi de voter Marine Le Pen. Et s'ils ont choisi de voter pour Marine Le Pen au second tour, il n'y avait le choix qu'entre deux bulletins, celui-là et celui du président de la République, Emmanuel Macron, c'est que d'abord, ils ont voulu rejeter la politique de Macron. Ces électeurs, et pour ceux qui votent, parce que beaucoup ne votent pas, et il y a plus de, je crois que c'était 55% d'abstention dans ma circonscription, donc c'est un sujet aussi, c'est pour moi le sujet d'ailleurs.

Mais parmi ceux qui votent à l'extrême droite, il y a des personnes qui font le choix aussi de voter pour ma candidature aux élections législatives, parce qu'ils jugent que je suis, peut-être, en tout cas c'est ce qu'ils me disent, celui qui permet de mieux défendre leur dignité, leur salaire, leur niveau de vie, leur pouvoir d'achat. Je discute avec eux, pour comprendre leur colère, les ressorts du vote extrême droite, comment on peut passer d'un vote d'extrême droite à un vote pour ma candidature, pour moi, et pour tout faire, pour essayer de redonner du sens à un vote de gauche, quoi.

Enfin, en fait, les frontières, aujourd'hui, les différences entre la gauche et l'extrême droite doivent être rappelées, remises au goût du jour, et les valeurs que nous portons sont tellement distinctes et différentes, et y compris les projets économiques sont tellement diamétralement opposés, qu'il y a besoin de beaucoup de débats, de beaucoup de discussions. En tout cas, les gens de chez moi, oui, ils souffrent, ils sont dignes, et je ne regarde pas et je ne leur demande pas ce qu'ils ont voté pour être à leur côté et les défendre.

9:47
Présentateur

Il y a ce qu'on appellera, le mot n'est pas joli, mais cette porosité d'un tour à l'autre ou d'une élection à l'autre entre les électeurs communistes et ceux du Rassemblement National, notamment dans le bassin minier. Est-ce que, de fait, ça enlève tout sens à ce qu'on appelle le front républicain ? Pas tant que ça. D'abord, quand on regarde finement... Ceux qui votent Le Pen au deuxième tour de la présidentielle,

10:12
Fabien Roussel

c'est ceux qui peuvent voter pour vous au premier tour. Oui, mais d'abord, je reviens sur le taux d'abstention qui est énorme et qui est extrêmement élevé. Et c'est aussi celle-là à qui je souhaite parler. Parmi ceux qui votent à l'extrême droite aujourd'hui, quand même, la grande partie de cet électorat vient de la droite. Ensuite, il y a certainement un électorat ouvrier qui a pu voter à gauche et qui se sent aujourd'hui abandonné. Et une grande partie d'entre eux font le choix de ne plus voter. Une petite partie d'entre eux vont voter à l'extrême droite. C'est à eux que je m'adresse et surtout à ceux qui ne votent plus.

10:52
Présentateur

Fabien Roussel, un arrière-grand-père républicain espagnol, mort de cette identité-là. Une grand-mère institutrice, neuf enfants, plus deux petits-fils, vous et votre frère cadet dont il faut s'occuper pendant que vos parents militent au PC. Vous avez à peine quatre ans quand votre père devient conseiller général communiste à Béthune. Vous êtes prénommé Fabien en hommage au colonel Fabien, résistant communiste, et c'est sur la place parisienne du même nom que le PC a bâti son siège historique. J'arrête là mon énumération, j'en ai probablement déjà assez dit. Pour justifier la question suivante, Fabien Roussel, aviez-vous le choix ?

11:25
Fabien Roussel

Bien sûr, mais j'ai toujours le choix, même aujourd'hui. Enfin quand même, on doit toujours douter, toujours s'interroger, toujours être éveillé, curieux, apprendre, s'interroger, toujours. Et donc je suis né dans un milieu ouvrier, paysan, à la campagne, et donc avec une certaine culture ouvrière, populaire. Et donc forcément, ça donne des prédispositions à être de ce côté-là. Mais vous savez, quand il y a un piquet de grève dans une usine, il y a ceux qui le franchissent et qui vont travailler, et il y a ceux qui s'arrêtent et qui s'interrogent et qui décident de le rejoindre. Et c'est ce choix-là qui est important. C'est de basculer du côté de l'engagement, de la résistance, du combat.

Et j'ai fait ce choix-là. Et aujourd'hui, le meilleur outil pour défendre cette dignité humaine, le meilleur outil politique, c'est le Parti Communiste Français. Et bien, je m'y sens bien. Et je pense que c'est un outil encore efficace et moderne.

12:47
Présentateur

Alors le hasard fait parfois drôlement bien les choses. À 15 ans, tandis que votre père continue sa vie de reporter pour l'Huma, à l'autre bout du monde, vous revenez en France. Il y a 35 000 communes en France. 35 000. Et bien vous, Fabien Roussel, vous atterrissez à Champigny-sur-Marne. Le député du coin est un petit jeune qui démarre. Il s'appelle Georges Marchais. Il est secrétaire général du PCF, candidat trois ans plus tôt à la présidentielle. Non seulement c'est votre voisin, mais vous vous retrouvez au lycée avec son fils, Olivier, qui devient votre ami et qu'il est toujours. Premier meeting et intimité intimidante, j'imagine, auprès des marchés.

Comment le vivez-vous et quel sens donnez-vous à ce Parti Communiste-là, incarné par cet homme-là ?

13:28
Fabien Roussel

Alors, effectivement, après avoir grandi à Béthune dans le Pas-de-Calais, et suite au divorce de mes parents, je suis ma maman et on vit plusieurs années à Champigny dans le Val-de-Marne. C'est là où je croise Olivier Marchais. Et par l'amitié qui nous lie, je me retrouve avec Georges et Liliane. On partage des moments ensemble avec Olivier quand il m'invite chez lui. Et moi, je commence mon engagement en politique. Forcément, je suis impressionné. Mais je me trouve devant le grand Georges Marchais et qui est à la maison un père, un mari, quelqu'un de marrant, hyper proche, accessible. Et donc, c'est impressionnant. J'en garde, en fait, un souvenir, comment dire...

Je crois que c'est tout simplement comme beaucoup de Français, j'ai beaucoup d'affection. Beaucoup d'affection pour Georges Marchais, pour ce qu'il a représenté pour le pays. Et puis parce que dans la vie, il était aussi comme ça. On a de l'affection pour Georges Marchais quand on l'a connu, mais aussi par ses interventions qu'il pouvait avoir à la télévision.

14:49
Présentateur

Dans l'une d'elles, en 89, Georges Marchais, au lendemain de la chute du mur de Berlin, et donc tandis que le rideau de fer rouille de toutes parts, il estime, je trouve la formule intéressante comme base de réflexion, que les pays de l'Est connaissaient une crise de développement, contrairement aux pays capitalistes frappés, eux, par une crise de système. Est-ce que vous comprenez, Fabien Roussel, le sens de cette analyse, et est-ce que vous la partagez ?

15:14
Fabien Roussel

Oui, c'est un peu ça. On peut revenir sur ce qui s'est passé, sur ce qui se passe au Vietnam, notamment ce qui s'est passé en Chine, qui a eu aussi sa crise de développement. Enfin, ils sont en plein développement aussi. Et donc, il y a une confrontation. On était surtout dans une période de bloc, à l'époque. Une période de guerre froide. et de confrontation. Et c'est bien que l'on n'en soit sorti, mais pour atterrir aujourd'hui à, si c'est la fin des blocs, la guerre froide, j'ai l'impression qu'elle existe toujours.

Et nous sommes toujours dans une période de confrontation, comme si les Etats-Unis avaient toujours besoin d'être en conflit, que ce soit avec la Chine, ou que ce soit avec la Russie, et il y a la guerre en Ukraine, et la responsabilité de Poutine. Enfin, les tensions contre la Russie, elles ne datent pas d'aujourd'hui. Vous êtes clair là-dessus. Vous dites que Poutine est un dictateur de droite, et même d'extrême droite. C'est un dictateur nationaliste, et clairement d'extrême droite. Ça, c'est clair.

16:25
Présentateur

Comment le Parti communiste que vous représentez doit se positionner sur la recherche d'une solution en Ukraine ? Et question subsidiaire, est-ce que vous approuvez sur le fond, comme sur la forme d'ailleurs, la position d'Emmanuel Macron sur le dossier qu'on appellera russo-ukrainien ?

16:38
Fabien Roussel

Les dernières déclarations, notamment faites par le Président de la République d'il y a quelques jours, il s'est exprimé à Charmelchec de mémoire, dans lequel il appelle à ce qu'il y ait des négociations pour aboutir à un cessez-le-feu. Ça paraît plein de bon sens, mais s'il le dit, c'est parce que ce n'est pas à l'ordre du jour. Et je partage cet avis, que ce n'est pas à l'ordre du jour. Et je le regrette profondément. Comme lui, je le regrette profondément.

Il y a besoin de mettre à l'ordre du jour l'ouverture de négociations, de vraies discussions, permettant d'aboutir à un cessez-le-feu le plus rapide, parce que des vies humaines sont en jeu, parce que la menace nucléaire est présente, et qu'il ne faut pas attendre qu'elle tombe sur nous, cette bombe nucléaire, pour qu'on puisse se dire, stop, maintenant il faut discuter. Et donc, il faut mettre à l'ordre du jour ces négociations. Et je sais que beaucoup de pays en Europe, comme aux Etats-Unis, ne le souhaitent pas, et veulent aller jusqu'au bout pour faire la punition à la Russie.

17:53
Locuteur 7

France Culture, sens politique. Arnaud Bousquet.

17:57
Présentateur

Fabien Roussel, chaque semaine, pour illustrer le sens de l'engagement, le sens du parcours politique, et les choix de vie personnels de nos invités, nous partageons une sélection d'archives sonores, certaines que nous choisissons, dans l'équipe de Sens Politique, et puis une autre que nous apporte notre invité, et donc vous n'êtes pas venu, les mains vides, Fabien Roussel, je vais vous laisser nous la présenter, cette archive. Avant cela, j'aimerais juste préciser, pour que chacun prenne la pleine mesure de votre choix, qu'il s'agit là peut-être de la première cause qui vous a emmené carte du PCF en poche dans les grandes manifestations à Paris, et qui vous a emmené aussi au commissariat.

Fabien Roussel, on vous écoute.

18:34
Fabien Roussel

C'est le discours d'investiture du président de la République, Nelson Mandela, et c'est un moment fort, parce qu'après avoir passé 27 ans dans les geôles, il s'exprime, mais on va l'écouter.

18:50
Locuteur 8

Nous nous engageons à construire une paix durable, juste et totale. Nous avons triomphé dans notre effort pour insuffler l'espoir dans le cœur de millions de nos concitoyens. Nous prenons l'engagement de bâtir une société dans laquelle tous les Sud-Africains, blancs ou noirs, pourront marcher la tête haute sans aucune crainte au fond de leur cœur, assurer de leurs droits inaliénables à la dignité humaine, une nation arc-en-ciel en paix avec elle-même et avec le monde.

19:24
Présentateur

10 mai 1994, Nelson Mandela, héros national de la lutte contre l'apartheid, et premier président noir de l'Afrique du Sud, devant 60 000 personnes.

19:41
Fabien Roussel

Pourquoi ce choix, Fabien Roussel ? Rien qu'à l'écouter, j'ai encore des frissons. Il me donne des frissons. Ce discours est d'une force. Il a passé 27 ans en prison. Emprisonné par un système d'apartheid et par une minorité blanche qui exerce un régime raciste. Et quand il accède au pouvoir, il appelle à la réconciliation. Les mots qu'il emploie, c'est une paix durable, une paix juste, une société où blancs et noirs marcheraient ensemble, une nation arc-en-ciel, la dignité humaine pour tous. C'est-à-dire qu'il accède au pouvoir sans esprit de revanche, mais plus que ça, il appelle à la réconciliation.

Entre ceux qui se sont battus, entre-déchirés, à coups d'attentats, de luttes armées, l'ANC faisait la lutte armée, et de l'autre côté, une police, une armée blanche qui, elle, a torturé, a fait des exactions, a pendu, enfin, c'était l'horreur. Et il arrive au pouvoir et il appelle à la réconciliation nationale. Pour moi, c'est le plus grand chef d'État de ce XXe siècle parce qu'il a cette force-là et il amène son peuple et il amène les combattants de l'ANC à demander pardon avec Desmond Tutu à l'époque qui devient le chef, le président de la commission Réconciliation et Vérité.

21:20
Présentateur

Nous avons triomphé dans notre effort pour insuffler l'espoir dans le cœur de millions de nos concitoyens dans ce monde. Elle a insufflé l'espoir si on le ramène au sens de votre engagement et de vos responsabilités. C'est ça, j'imagine, insufflé l'espoir. Qu'est-ce qu'on fait de l'espoir insufflé, de l'espoir généré pour Nelson Mandela vous avez partiellement répondu mais une fois que l'on est aux responsabilités comme député d'opposition, comme ministre d'un gouvernement pluriel comme ça a été le cas pour l'EPC en 81

21:48
Fabien Roussel

et en 97.

C'est parce que moi je suis après chacun ses goûts en politique mais c'est parce que moi je suis imprégné de ce combat-là de cette manière de faire de la politique que je pense je suis moi plutôt un adepte de la bienveillance en politique on a des affrontements mais ces affrontements doivent être idéologiques ça doit être une bataille d'idées et on doit créer les conditions de se convaincre l'un l'autre et d'avancer ensemble de trouver les moyens de réconcilier de réconcilier la nation je sens j'entends trop en France dans mon pays un peuple qui se déchire qui se divise au nom de la religion au nom de la couleur de peau un peuple qui se déchire qui se divise entre ceux qui travaillent et ceux qui ne travaillent pas d'où le débat que j'ai lancé un peuple des hommes des femmes qui se déchirent aussi entre ceux qui souffrent de l'exploitation de ce système économique et ceux qui en profitent il nous faut nous avons besoin d'un grand discours qui nous réconcilie qui nous mobilise ensemble parce que nous avons des défis immenses à relever des défis immenses à relever des défis sociaux et écologiques

23:16
Présentateur

la bienveillance et la réconciliation ça a passé donc pour le PC par des participations au gouvernement en 80 et en 97 97 pour bien comprendre il faut préciser que vous avez commencé une carrière de journaliste tout en militant au PCF vous avez travaillé à l'UMA mais pas à la rédaction puis pour France Télévisions notamment en filmant les Kerguelen pour le magazine Thalassa et aussi paradoxal que cela paraît c'est Jacques Chirac qui va vous permettre de devenir un professionnel de la politique comment ?

on dit seulement l'Assemblée Nationale victoire de la gauche plurielle gouvernement Jospin des communistes notamment Michel de Messines en charge du tourisme comment Fabien Roussel le sens de votre vie va alors changer définitivement et pourquoi ce choix radical ?

24:01
Fabien Roussel

mais moi je travaillais en 97 j'étais journaliste je faisais des reportages en freelance non je travaillais à France 3 Lorraine Champagne Arden d'ailleurs à l'époque et effectivement des ministres communistes arrivent au gouvernement Michel de Messines ministre du Nord chargé du tourisme secrétaire d'Etat ne me connait pas mais on lui propose on lui souffle mon nom et elle me fait venir à son bureau un matin où elle venait d'être nommée et le lendemain de sa nomination je crois et je ne suis pas reparti et avec Michel c'est une longue histoire qui nous unit et nous sommes toujours complices on se parle régulièrement j'ai travaillé donc très longtemps avec elle au ministère mais aussi comme attaché parlementaire comme assistant auprès d'elle quand elle a été adjointe de Pierre Moroy vice-présidente à la communauté urbaine de Lille en charge du Grand Stade bref et j'ai appris beaucoup de choses et je ne suis pas devenu un professionnel de la politique je récuse monsieur Wusquet ce mot que je n'aime pas on n'est pas des professionnels de la politique mais monsieur Roussel vous devenez quand même

25:06
Présentateur

patron du PC du Nord sans avoir été élu à quoi que ce soit donc c'est quand même une forme de professionnalisme

25:11
Fabien Roussel

non parce que d'abord quand je suis quand on est secrétaire fédéral donc dirigeant premier dirigeant ou comme aujourd'hui secrétaire national sachez que beaucoup d'entre nous qui exerçons ces responsabilités nous le faisons écoutez bien nous le faisons de manière bénévole de manière militante je ne perçois aucune ressource pour exercer ce mandat de secrétaire national d'autres le font pas nous pas moi et il y a aujourd'hui et comme c'était le cas à l'époque des secrétaires nationaux des secrétaires départementaux des responsables fédéraux qui ont une activité professionnelle à côté nous ne sommes pas des professionnels de la politique et je le dis idem quand on est élu parce que quand on est élu c'est toujours sur un mandat c'est un CDD et si les gens ne veulent plus de nous et bien ils nous mettent à la porte si on a fait si on a si on n'a pas été correct si on n'a pas défendu des positions qui correspondaient à leurs attentes et donc on est toujours sur un siège éjectable et c'est pour ça que ce n'est jamais un métier et ceux qui veulent en faire un métier et qui font tout pour être élus quitte à retourner à leur veste ceux-là justement font du mal à la politique

26:25
Présentateur

Michel Demessine qui vous choisit comme conseiller en communication et vous allez incarner un nouveau style pour l'EPC le grand public vous a découvert pendant la campagne présidentielle qui vient de se terminer il parle cash grande gueule décontracté pour ça vous n'avez pas attendu ni 2022 ni 97 deuxième archive de l'émission alors je suis désolé Fabien Roussel parce qu'il paraît qu'on vous la resserre en boucle mais là on va essayer d'aller un petit peu plus loin que d'habitude on va prendre le temps de se poser pour saisir le sens de votre initiative vous avez deviné

26:58
Fabien Roussel

vous avez deviné

27:01
Présentateur

de quelle archive je parle c'est la campagne des élections cantonales de 2004 Fabien Roussel a 35 ans il est candidat communiste sur le canton populaire de l'île sud-ouest le sortant s'appelle Patrick Cannaire futur ministre et aujourd'hui président du groupe PS au Sénat et votre campagne cantonale Fabien Roussel vous vaut les honneurs du journal télévisé de 13h s'il vous plaît du 2 mars 2004 sur France 2 présenté par un Daniel Bilalian pas commode

27:30
Locuteur 9

l'élection cantonale et régionale ne provoque guère la passion des citoyens français alors c'est peut-être pour réveiller leurs ardeurs que le candidat communiste à l'île a présenté une affiche provocante et grossière Marianne Mas Dominique Mas

27:45
Locuteur 6

un point levé sur fond d'usine avec un message sans équivoque c'est le cri de colère qu'a voulu porter ce jeune candidat au cantonal à Lille pour réveiller une campagne somnolente et remobiliser sur les luttes sociales

27:56
Fabien Roussel

on s'adresse aux salariés qui sont jetés comme des kleenex après avoir été utilisés on s'adresse à ceux qui en ont marre de ce qui se passe en ce moment et qui ont envie de mettre un coup de pied à l'establishment aux institutions qui ne servent à rien

28:12
Locuteur 6

l'affiche est une initiative personnelle de Fabien Roussel et ne fait pas partie de la compagne officielle du parti communiste tirée à mille exemplaires elle s'arrache déjà comme un collector et fait réagir

28:23
Locuteur 3

mes arguments sont peut-être plus polis ou plus polissés mais le but est le même à savoir que le peuple de gauche se réveille et qu'il vote qu'il vote fortement dans ses élections cantonales et régionales

28:33
Locuteur 6

mobiliser les abstentionnistes c'est aussi le message à droite mais pas à n'importe quel prix

28:38
Locuteur 2

à ce rythme-là la politique va devenir difficile à vivre si chacun affiche qui emmerde l'autre on peut multiplier comme ça les petits mots les petites vulgarités je crains que ce soit vraiment pas une grande chose pour la démocratie en tout cas

28:53
Locuteur 6

l'affiche aura au moins le mérite de faire parler dans le landerneau politique lillois parce que les électeurs n'ont pas l'air de l'avoir encore remarqué

29:00
Présentateur

le suspense est à son comble Fabien Roussel on vous a entendu dans ce reportage télé ainsi que le candidat socialiste Patrick Caner et l'UMP Loïc Lecère mais qu'aviez-vous donc imprimé comme affiche pour que Daniel bille Allian en cause dans son journal

29:14
Fabien Roussel

cette affiche c'était écrit au-dessus d'un dessin d'usine avec un point levé je vote communiste et je t'emmerde un gros mot c'est pas bien communiste ouais mais mais d'abord c'était inspiré d'un dessin fait par Charb qui avait fait ça avant pour Charlie Hebdo et regretté Charb que j'ai beaucoup côtoyé notamment à ce moment-là parce qu'on en a parlé de cette affiche et j'avais remis au goût du jour un dessin qu'il avait fait et ça lui a fait ça a fait une grosse publicité à ce dessin et donc d'abord hommage à Charb d'abord et à Charlie Hebdo mais ensuite je rappelle que ce qu'il y avait décrit au-dessus de ce gros mot je vote communiste et je t'emmerde c'était écrit 10 000 licenciements en un an nous sommes en pleine période où en France on subit une vague de délocalisation terrible et les usines ferment les unes derrière les autres et on n'en parle pas pas d'un mot rien et moi ça me fout en rage et j'ai envie effectivement de taper un gros coup de poing sur la table et on a à Lille l'usine Altadis qui produit des cigarettes à ce moment là la Seita qui ferme et qui met plusieurs centaines de gars sur le carreau et ben non voilà et donc oui c'était un peu raide c'était un peu raide mais bon

30:42
Présentateur

mais est-ce que c'est pas finalement le slogan simplement de votre vie ce que vous voulez dire malgré mon jeune âge malgré l'URSS d'autrefois malgré un score divisé par trois entre les présidentielles de 95 et 2002 ben oui je suis communiste et je t'emmerde

30:58
Fabien Roussel

non parce que je me retrouve plus dans la seconde affiche que j'ai faite avec Sharp derrière où on voit deux personnes qui se tiennent la main et où on a écrit je vote communiste et je t'aime et je préfère ça quand même je préfère qu'on s'aime plutôt qu'on s'insulte mais c'est vrai que des fois oui on peut pousser un coup de colère et des fois les coups de colère bon ben prennent cette forme là mais vous savez je pense aussi aux gilets jaunes je fais pour moi c'est le mouvement des gilets jaunes ça a été un coup de colère aussi du peuple un coup de colère des français qui ont exulté à un moment donné parce qu'il y avait la taxe carbone parce qu'il y avait les prix qui augmentaient parce que tous les salaires restaient au plus bas et ce coup de colère il a pris cette forme là alors on peut le critiquer on peut dire c'est pas bien on peut dire c'est pas comme ça mais à un moment donné il faut que ça sorte et ben moi je l'ai fait à travers une affiche les gilets jaunes l'ont fait aussi à leur manière et il faut l'assumer on va prendre une minute

31:59
Présentateur

promettez-moi pas plus à bien ou celle pour rester sur la forme et pour évoquer une autre figure communiste on parlait de Georges Marchais tout à l'heure votre mentor Alain Boquet pour le sourire 39 ans député du Nord il est toujours le maire de Saint-Amant-les-Eaux pour situer la sortie de Valenciennes en direction de Lille bassin minier par excellence vous avez succédé à Alain Boquet comme député et c'est peut-être lui qui vous a initié à l'humour et à la provoque en politique je ne résiste pas à l'envie de lui rendre hommage à travers le titre de deux de ses livres et c'est pas une blague un Marx et ça repart et puis coécrit avec son frère le sénateur du Pas-de-Calais Eric Boquet sans domicile fisc ouvrage consacré vous l'aurez compris à l'évasion fiscale Fabien Roussel quel est le sens de ce dont vous avez hérité politiquement et humainement de l'historique Alain Boquet

32:52
Fabien Roussel

en une minute Alain Boquet c'est effectivement mon père spirituel avec qui je continue de grandir depuis maintenant une quinzaine d'années Alain Boquet c'est un un élu de terrain un militant communiste qui a consacré sa vie et qui consacre sa vie à sa ville et à son pays et je retiens une chose de lui dans son engagement politique il y a une phrase qu'il disait toujours pragmatique mais pas dogmatique c'est à dire être toujours à l'écoute apprendre savoir même changer d'avis jamais dogmatique mais pragmatique et il n'a rien lâché de ses convictions mais il a toujours su rassembler et c'est ça que je retiens de lui

33:40
Locuteur 7

France Culture Sens Politique Arnaud Gousquet

33:44
Présentateur

Dernière de nos archives sonores aujourd'hui sur France Culture j'ai voulu Fabien Roussel vous faire entendre le seul secrétaire général du parti communiste qui comme vous est né là-haut au pays des mines à Noyel Godot précisément tout près de Lens voilà pour vous Maurice Thorez il est le numéro 1 du PCF député de la Seine nous sommes le 12 avril 1945 la guerre n'est pas encore terminée

34:07
Locuteur 1

le relèvement de la France qui exigera de nous tous un effort tenace et prolongé ce n'est pas la tâche d'un seul parti non plus que de quelques hommes d'état c'est la tâche des millions de français et de françaises c'est la tâche de la nation tout entière le parti communiste le parti de la main tendue qui est aussi le parti de la laïcité n'admettent aucune exclusive à l'égard d'aucun bon français il ne devrait y avoir pensons-nous qu'un seul grand mouvement de la renaissance française une grande union de toutes les forces démocratiques et nationales nous voulons constituer avec nos frères socialistes un seul parti des travailleurs un grand parti ouvrier français dont les principes les méthodes les formes d'organisation seront naturellement définies en commun sur la base des enseignements du socialisme scientifique françaises et françaises s'unir combattre et travailler voilà notre loi à tous

35:09
Présentateur

Fabien Roussel tout d'abord votre réaction à ce discours solennel vous l'entendez marseillaise à l'appui de Maurice Thorez

35:19
Fabien Roussel

moi je suis un fan de Maurice Thorez il m'est arrivé quand j'étais secrétaire départemental dans le nord d'imprimer le discours qu'il a prononcé en avril 34 dans lequel il lance le front populaire et où il tend la main à tous les français le parti de la main tendue et j'ai imprimé ce discours je l'ai distribué je ne sais pas combien de fois parce que pour moi c'est un discours fondateur de ce que nous devons être et c'est le parti de la main tendue mais c'est aussi celui qui en 45 et c'est le discours qu'il prononce et c'est à ça que je faisais référence tout à l'heure parce que je pense qu'on est dans la même période aujourd'hui on a besoin d'un discours mobilisateur qui arrive à unir l'ensemble d'une nation pour relever le pays pour relever les défis qui sont devant nous autant le défi climatique que pour réparer les dégâts sociaux issus et de cette pandémie mais aussi de ces 40 années de désindustrialisation d'abîme pour notre pays et donc un discours mobilisateur où on parle à tous les français où on arrête de les opposer les uns aux autres où on donne du sens au travail où on dit qu'on va reconstruire ensemble pour moi on en est aujourd'hui au même niveau et d'ailleurs à cette époque les communistes participent au gouvernement présidé par le général 1945 ça ne dure pas longtemps mais ce que l'on arrive à faire en quelques mois c'est énorme et on a encore des beaux restes aujourd'hui je pense notamment à la sécurité sociale qui a été créée à ce moment là je pense à EDF et GDF créés par Marcel Paul qui a été cassé depuis et qui fait qu'aujourd'hui on a une facture d'électricité et de gaz qui est multipliée par 10 par 20 parce qu'on a complètement cassé ses acquis de 1945 et bien on vit aujourd'hui une période qui nécessiterait le même élan le même appel à l'union du peuple de France

37:08
Présentateur

et c'est pour ça que vous auriez été prêt selon le projet à participer à un gouvernement d'union nationale si Emmanuel Macron l'avait souhaité au lendemain des législatives si tout simplement

37:20
Fabien Roussel

il y avait une volonté de la part d'autres dirigeants de relever le gant c'est-à-dire de mettre un haut niveau d'ambition pour notre pays mais on ne peut pas participer à un gouvernement d'union nationale dont les objectifs sont dictés par l'union européenne et les traités européens d'aujourd'hui qui nous demandent d'allonger l'âge de départ en retraite de continuer de faire des économies dans nos services publics et notamment dans des ministères réganiens enfin on ne peut plus continuer à assécher les finances de notre pays à laisser l'évasion fiscale pourrir l'économie moi je suis prêt nous sommes prêts à participer à un gouvernement de coalition un gouvernement de rassemblement mais avec des objectifs ambitieux sur lesquels on doit réussir à se mettre tous d'accord parce que l'urgence elle est là

38:10
Présentateur

On ne va pas Fabien Roussel reprendre thématique par thématique vos différentes prises de position remarquées car peut-être inattendues jusqu'à maintenant chez un responsable communiste mais il y a la défense des policiers la gauche du travail plutôt que la gauche des allocs pas de vote de la dernière motion de censure contre le gouvernement une révolution sociale oui mais écologique comment à partir de tout cela Fabien Roussel vous résumeriez le sens de ce nouveau parti communiste dont vous avez la responsabilité la responsabilité de le faire survivre et puis ensuite de se lancer pour de bon dans son siècle

38:48
Fabien Roussel

On a un pays qui est abîmé je viens de le dire et on a besoin donc que la gauche et moi je souhaite pouvoir incarner en tout cas cette gauche là remettre à l'ordre du jour des grandes questions des grands sujets de préoccupation pour les français bien sûr la gauche elle est présente pour parler des services publics et du pouvoir d'achat mais ça ne suffit pas et c'est pour ça que j'ai souhaité m'approprier des sujets qui sont importants vous avez parlé de la défense des policiers c'est plus que ça ce que je veux c'est que l'on puisse garantir à chacun la sécurité et la tranquillité publique que l'on mette les moyens pour lutter contre les trafics et notamment les trafics de drogue qui sont ceux qui nous pourrissent la vie et quand j'entends Darmanin ou le président de la république dire qu'aujourd'hui 50% des cas de délinquance viennent des personnes immigrées ou étrangères je préfère dire moi que 50% des causes de la délinquance proviennent des trafics de drogue alors on s'attaque à qui ?

aux immigrés ou aux trafiquants de drogue et c'est ça le sujet quand je parle de la république et de la république laïque qui est chère à la gauche je ne ça m'insupporte que ce soit la droite et l'extrême droite qui nous donnent des leçons là-dessus tellement eux ils l'abîment la république laïque et c'est donc à nous la gauche justement de défendre ces principes-là avec force avec conviction et sur l'énergie ben oui c'est quand même incroyable que je sois le seul à gauche à défendre l'énergie nucléaire comme étant indispensable pour répondre aux défis de notre pays et aujourd'hui peu le conteste d'ailleurs

40:28
Présentateur

Maurice Thorez parlait d'un parti de la main tendue sans exclusive dans le genre plus récemment il y a eu l'ANUP PC plus insoumis plus PS plus écologiste un seul candidat NUP aux législatives 6 mois après cette union Fabien Roussel parce que le U dans NUP c'est union est-ce que cette union a encore un sens ?

40:51
Fabien Roussel

Mais l'union a toujours du sens l'union elle est indispensable elle est nécessaire ce que je souhaite ce que je souhaite et c'est toutes les discussions que nous devons avoir ensemble avec les forces de gauche mais pas qu'avec les forces de gauche avec toute la société avec tous les français c'est que cette union et ce rassemblement soient populaires et qu'ils parlent à tout le monde ce que je souhaite c'est que l'on conserve ce que nous avons gagné en étant unis mais que l'on aille gagner tous ceux que l'on n'a pas convaincus aujourd'hui il faut dépasser ce plafond de verre qu'a atteint la gauche en étant unis pour devenir majoritaire demain c'est le plus beau des chantiers c'est de réussir à être majoritaire pour pouvoir gouverner

41:30
Présentateur

Fabien Roussel nous allons refermer ce sens politique que chacun peut retrouver et réécouter à sa guise grâce au site franceculture.fr et à l'appli Radio France je vous remercie d'être venu évoquer avec nous pour France Culture ce parcours personnel lié depuis votre naissance un parcours politique je dirais même un parcours communiste de Béthune à Oshimine et de Waller Sarambert à la place du colonel Fabien avec une petite escale à Champigny sur Marne je signale la parution l'an dernier donc en amont de la campagne présidentielle de votre livre Fabien Roussel dont le titre Ma France sonne comme celui d'une chanson de Jean Ferrat autre militant communiste Ma France heureuse solidaire est digne édité au Cherche Midi un bouquet de quatre remerciements également livré à Noé Chaban Marie-Claire Oumabadi à la technique Anne-Claire Bazin pour la préparation et Martin Desclozo pour la réalisation de Sens Politique à la technique