Solitude : le mal du siècle ? | Chaque voix compte - 05/06/26
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
[musique] Bonsoir à tous et bienvenue dans chaque [musique] voix compte sur LCP. C'est vendredi et comme chaque vendredi puisque chaque voix compte, c'est à vous que nous donnons la parole pour une émission consacrée ce soir à un sujet qui nous touche tous mais pas de la même façon et qui commence aussi à s'imposer aux candidats à la présidentielle de l'année prochaine. Je veux parler de la solitude. 17 millions de Français disent souffrir aujourd'hui.
Alors on pense à ces personnes âgées qui peuvent rester des jours sans parler à personne. et la solitude, c'est [musique] aussi l'étudiante qui vient d'arriver à Paris, le parent séparé une semaine sur deux, le cadre en télétravail sans aucune interaction sociale directe dans la journée et si finalement la grande fracture du moment n'était ni sociale, ni [musique] territoriale, ni générationnelle, mais relationnel. Bonsoir Anne Swiris.
Bonsoir. Vous êtes sénatrice [musique] écologiste de Paris. Vous avez écrit il y a quelques jours avec Marine Tondelier lutter contre [musique] la solitude, c'est un livret thématique de campagne de la candidate écologiste à la présidentielle.
Merci d'être là au côté du professeur Antoine Pellissolo. Bonsoir. Vous êtes psychiatre [musique] à l'hôpital Henry Mondor de Créteil.
Vous êtes également premier adjoint au maire de Créteil et conseiller départemental. Merci d'être là. Et je salue également Jean-François Ser.
Bonsoir. Bonsoir. Vous êtes membre du CE, le Conseil économique, social et environnemental, et vous êtes aussi et surtout à l'origine de Monalisa, la mobilisation nationale contre l'isolement social des personnes âgées.
Merci à tous les trois sincèrement d'avoir accepté de vous prêter ce soir au jeu des questions [musique] réponses avec notre public. Chacun ici a une histoire de solitude ou d'isolement à nous [musique] raconter. Ce soir, on va consacrer une heure à ceux qui reliit ou ne relient plus les Français.
Et ce n'est pas un détour, ce n'est pas un pas de côté, c'est le cœur de tous les sujets en réalité. Alors, installez-vous confortablement, que vous soyez seul ou bien accompagné chez vous. Chaque [musique] voix compte.
C'est parti. D'abord tiens une petite anecdote. Quand on a lancé l'idée de cette émission sur la solitude avec l'équipe de chaque voix compte, j'ai assisté à une scène amusante voire étonnante.
Chacun s'est mis à chanter une chanson sur la solitude. Alors, j'ai eu droit à Léo Ferré, à Laora Paosini, à Gilberbeco, à Barbara, à Laurent Voul, à Alain Souchon. Tout y est passé comme s'il fallait des notes de musique pour adoucir ce mot ou peut-être pour l'éloigner de nous comme s'il fallait isoler la solitude.
Parce qu'elle se chante, c'est vrai, mais elle se chiffre aussi. Et ça, c'est Marion Becker qui s'en charge. [musique] Un français sur qu se sent seul.
C'est le constat d'une étude de la Fondation de France. Une solitude qui s'invite dans les programmes de campagne à moins d'un an de la présidentielle. Marine Tondelier vient d'annoncer 30 propositions.
J'ai décidé de m'en emparer, de mettre ce sujet sur la table parce que oui, la solitude c'est politique et que dans le débat politico-médiatique, on n parle quasiment jamais. François Hollande, lui en a fait l'objet de l'un de ces podcasts. Cette solitude, elle a aussi des conséquences politiques.
Quand on a plus aucun lien avec l'autre, et bien on cherche une tutelle, une autorité et ce sont les extrêmes qui finissent par l'emporter. En 2025, Gabriel Atal voulait en faire une grande cause et Jean-Luc Mélenchon en dénonçait les ravages. Aujourd'hui, 750000 Français sont ultra isolés, dont 14 % des personnes qui vivent à la campagne, là où les transports sont limités et les liens sociaux se font plus rares.
Ils sont 9 % en agglomération. Un isolement et un sentiment de solitude renforcé par la précarité. 16 % des personnes au revenus modestes sont isolées.
C'est trois fois plus que les haut revenus. Aujourd'hui, toutes les générations sont touchés à l'air des réseaux sociaux. Jamais les interactions n'ont été aussi nombreuses et pourtant la solitude progresse.
Un tiers des jeunes actifs ressentent un sentiment de solitude deux fois plus que les plus de 60 ans. Jean-François Serre, là on vient de donner plein de chiffres, mais comment est-ce qu'on mesure ? Comment est-ce qu'on calcule précisément la solitude d'un individu ?
C'est qu'il y a deux façons de la de la mesurer. Il y a une une façon qui est de mesurer le nombre de relations que la personne a, la diversité de ses relations, la densité des relations. Donc ça ça se mesure et ça on appelle ça l'isolement social.
Et puis il y a une mesure qui est plus subjective, c'estàdire on demande aux personnes, comme vous venez de le dire dans le reportage, est-ce que vous vous sentez régulièrement tous les jours seul ? Est-ce que vous en souffrez ? Et là la réponse c'est un/art des Français qui qui disent qu'ils se sentent seuls.
C'est le sujet de votre vie, l'isolement, la solitude. Est-ce que les Français sont vraiment plus seuls qu'avant ou est-ce qu'on est juste plus sensible à cette question ? Alors, je crois que c'est un peu des deux, mais je je malgré tout les les observatoires qui sont pas très anciens puisqu'on a 20 ans de de recul sur cette questionlà ou pas tellement plus, montre qu'il y a quand même une intensification de l'isolement social.
L'observatoire des petits frères des postes sur l'isolement profond des personnes âgées montre qu'il y a vraiment une ça s'intensifie, ça s'élargit. Donc oui, on est davantage seul, on est plus seul qu'avant mais oui aussi on en souffre davantage qu'avant parce que précédemment en fait on disposait davantage de relations, j'allais dire qui était données. On vivit dans des communautés, dans des villages, dans des familles qui étaient moins dispersées et donc on a été plus contenu dans la société, j'allais dire.
Alors aujourd'hui, on est tous en fait des individus libres certes et ça c'est une grande victoire mais j'appelle ça un peu flottant. En réalité, la société nous lâche et donc à chacun d'entre nous d'aller chercher les relations dont il a besoin. Alors pour ceux qui sont agile pour se trouver des relations, c'est une grande liberté mais pour ceux qui le sont moi, c'est vraiment beaucoup plus difficile.
C'est exactement le sujet de ce soir. Un mot Anne Swiris, on l'a vu dans le sujet, les politiques sont en train de s'emparer du sujet ou certains l'ont fait depuis plus longtemps que d'autres. Marine Tondelier en fait donc une priorité de sa campagne présidentielle.
On a vu Édouard Philippe, Gabriel Atal, François Hollande, Jean-Luc Mélenchon s'y mettre aussi. En quoi est-ce que c'est une question éminemment politique ? Vous savez, c'est d'abord une question qui touche tout le monde.
C'est c'est pas juste les personnes âgées ou juste les personnes qui sont à la campagne ou juste les personnes qui sont qui ont un handicap et qui ont des difficultés à sortir de chel. En réalité, on s'est aperçout que toute vraiment toutes les catégories sociales étaient touchées par phénomène. Il y a il y a vraiment aussi un sujet qui est arrivé qui est très fort qui est que on a un des réseaux sociaux, internet de plus en plus avec le Covid ça j'ai augmenté cette situation là.
C'estàd que les gens ont plus communiqué par les réseaux sociaux et finalement le télétravail est arrivé. enfin de choses comme ça qui finalement peuvent être d'ailleurs du mieux parfois je veux dire il y a pas que du pas bien mais qui ont encore un petit peu plus couper les gens de leur leur environnement avec une une facilitation et en plus quelque chose d'invisible. C'est une solitude invisible.
Il y a l'isolement social dont vous parliez qui est quantifiable et puis il y a la solitude qui est pas toujours quantifiable. Donc ça c'est un deuxième sujet. Et le 3è, c'est la question de la précarisation, hein.
Par exemple, la question des étudiants. Euh j'y pense parce que vraiment c'est euh c'est c'est énorme. On voit le le nombre de jeunes qui vont à la soupe populaire maintenant qui a explosé depuis le Covid et ça c'est une réalité.
Et ça veut dire beaucoup de choses ça. Ça veut dire que ils peuvent pas sortir de chez eux parce que ils peuvent pas aller boire un verre avec les copains, ils ont pas d'argent. C'estàd qu'ils habitent très loin de l'université, donc ils peuvent ils ont pas le temps de revenir, ils ont ils ont pas d'espace.
Ils vont pas pouvoir faire de sport par exemple. Bon, on a cette questionlà. Enfin, en fait, quand on regarde de près, on a une société qui était en train d'aller vers ce cette solitude sans le savoir de manière assez invisible.
Et soudain, il y a eu avec le Covid une manifestation et je crois que il est temps maintenant d'en faire une politique publique majeure, pas simplement et qui qui doit être dans tous les domaines et qui et qui doit être au-dessus de tous les domaines parce que sinon on n'y arrivera pas. Et c'est ça tout l'intérêt de de ce travail. J'espère d'ailleurs que tous les politiques vont s'en vont s'enf s'en occuper et et en parler pendant cette campagne.
Je voudrais donner la parole à Annieque et Muriel. [rires] Annique et Muriel. Peut-être qu'Annique peut prendre un micro.
Vous est-ce que vous avez un micro ? Oui. Alors, bonsoir Annique.
Est-ce que je peux dire votre âge Annique ? Oui, j'ai 77 ans. Vous avez tenu à être là ce soir pour nous raconter vous votre expérience de la solitude et comment vous comment vous la combattez en fait.
À quel moment est-ce que vous vous êtes senti seule ? Je me suis sentie seule bon j'avais j'avais une amie, c'est tout simple, avec qui je m'entendais vraiment très bien. C'était pratique, c'était vraiment fusionnel.
Je savais qu'elle était malade et que bientôt elle allait nous quitter. Et évidemment, elle est morte dans mes bras. Et quelques temps j'ai réussi, je dis je vais y arriver.
Comme je suis assez mobile, j'ai compensé ça par des sorties théâtre, cinéma, concert mais pas de dans tout ça. Je me suis rendu compte que il me manquait quelque chose, c'est-à-dire la parole, le contact. Et comme j'avais envie de de faire un atelier d'écriture, j'ai demandé à une amie qui m'a indiqué un endroit et se trouve que ce lieu et le carrefour des solidarités.
Là, je suis actuellement depuis 2016. Je C'est ça. Vous êtes devenu bénévole dans cette association.
Vous êtes d'abord allé Oui. Comme bénéficiaire puisqu'on a les deux termes bénéficiaires, ceux qui arrivent qui ont qui bénéficient des de des animations et cetera. offerte par le Carrefour et après il y a eu un petit changement de direction et je suis devenue bénévole parce que j'ai un peu les deux casquettes.
Je suis je suis toujours bénéficiaire mais en même temps bénévole. Je suis plus bénévole maintenant. Voilà.
Et cette association et votre activité au sein de cette association, vous considérez que c'est ce qui vous a sorti de votre état de solitude ? Oui, au départ c'était pas forcément le public que que j'avais envie de côtoyer parce que j'avais pas trop pensé qu'essentiellement ce serait des personnes âgées et et puis en fait, j'ai trouvé goût à cette à ces à ce genre de personnes. Vous êtes fait des copains et des copines et voilà, j'en ai fait des amis et petit à petit c'est là qu'on va vers eux, on les aide et cetera et cetera, on les raccompagne chez eux, on fait tout ça comme ça et c'est un peu pour ça qu'on devient peut-être bénévole aussi.
On a ce le sens de l'autre. Mais d'ailleurs, c'est là-bas que vous avez rencontré Muriel qui est à côté de vous. Voilà Muriel, on a mis je connaissais pas.
Bonsoir Muriel. Vous voulez prendre le micro Muriel ? À votre tour.
Vous aussi vous êtes arrivé dans dans cette association où est bénévole désormais Annique. Euh comment vous vous êtes arrivé jusqu'à cette association ? Qu'est-ce qui vous y a poussé ?
Ben moi, je suis arrivée au Carrefour de Solidarité parce que je me suis trouvé vraiment toute seule. C'est j'ai perdu deux filles et j'ai perdu mon compagnon en 2020 du Covid. Oui.
La vie ne vous a pas épargné. Voilà. Donc la vie elle m'a pas gâté et je me suis arrêtée travaillé.
J'ai pris ma retraite en 2007 et là vraiment depuis à peu près 2020, depuis le décès de ma dernière fille, je me suis sentie vraiment seule, isolée. J'ai un fils qui est dans le sud de la France, j'ai ma famille qui sont un petit peu dans le sud, mais moi je me suis trouvée vraiment toute seule du jour au lendemain alors que j'avais une famille comme tout le monde et j'ai découvert le c'est justement le carrefour de solidarité. D'ailleurs, je les remercie parce que c'est grâce à eux, j'ai commencé un petit peu à sortir, à dialoguer un petit peu avec certaines personnes.
Vous avez dû vous faire violence, vous avez dû vous forcer à un moment. Oui. Prendre sur vous.
Au début, je je voulais vraiment j'avais du mal à aller jusqu'à découverte les associations et ils m'ont beaucoup aidé enfin au Carrefour de Solidarité aussi bien l'équipe, le les bénévoles, le responsable, ils sont vraiment très à l'écoute. Je les remercie infiniment et maintenant je me sens pas complètement euh Ça va mieux ? Non, pas du tout parce que je me remets pas.
Mais je me sens quand même assez beaucoup mieux parce que j'ai quand même l'occasion de les d'aller plus souvent depuis quelques temps de faire des sorties avec eux et de faire des copines panique. Et j'ai pas mal de copains et de copines maintenant qui sont bénévoles au Carrefour de Solidarité qui nous aident énormément. Je crois que vous aviez des questions à poser justement à nos invités de de ce soir, en particulier sur bah sur les associations et puis je crois aussi sur la dématérialisation des démarches qui fait qu'aussi les personnes bah qui qui ont commencé la vie sans internet, disons les choses, ont un peu du mal et se retrouvent bien souvent seul aussi dans les démarches qu'il faut entreprendre.
Alors, je sais pas si Annieque veut poser une question en particulier. Oui, pardon. Oui.
Euh je trouve aussi euh euh moi la première d'ailleurs euh la numérisation euh isole encore plus euh les personnes hein parce que euh quand elles savaient remplir leur leurs feuilles euh leur déclaration d'impôt ben n'en savent plus. Euh elles viennent nous voir ell comprennent même pas ce que l'on fait. a toujours peur qu'on ne retranscrive pas ce qu'elle demande parce qu'on peut les aider pour remplir leur leur on fait ça bien sûr d'une façon tout à fait gracieuse mais bon c'est déjà je trouve une une source d'isolement et puis il y a également les personnes qui n'osent plus trop sortir seul même pour venir au carrefour même si elles sont à 500 m et c'est là qu'on a souvent besoin d'aller les chercher. et que on voit qu'il y a beaucoup de soit des stagiaires de l'association parce que nous avons des stagiaires qui viennent aussi nous donner un coup de main, soit les travailleurs sociaux en général ont besoin accompagnent toutes ces personnes.
Mais An vous vous avez peur de sortir ? Pourquoi ? Euh ben moi de j'arrive à sortir euh sans trop de difficulté, sauf que quand même j'ai un peu peur maintenant sur le trottoir dans la mesure j'ai eu la mauvaise idée me de me faire renverser par deux fois 2 ans d'intervalle, une fois par un vélo, une fois une trottinette.
J'avoue que j'ai un Oui, j'ai j'ai un peu abusé de des deux roues et je un peu de mal à ressortir dans la rue parce que le il y a il y a trop d'agitation par moment. J'ai pas encore voilà. Antoine Péolo.
Ouais, j'avais envie d'un peu de réagir. Euh dans vos deux histoires, moi j'entends un peu le moment important de la retraite, hein. J'imagine que ça été un peu une une zone de rupture de rupture. et et après la retraite où on a plus son environnement professionnel permanent, très souvent on retombe un peu dans sa dans son tempérament et certains tempéraments, je crois que monsieur Ser disait tout à l'heure, on n pas tous facilement la sociabilité, on a tous besoin de du social mais on n pas tous facilement cette démarche là.
Alors là, vous parlez de peur par exemple pour sortir à l'extérieur, mais il y a aussi beaucoup de gens qui ont des peurs euh relationnelles comme on pourrait dire, de l'anxiété sociale. Et euh il faut trouver un moyen de dépasser ça. Il faudrait collectivement, on arrive justement à faciliter les choses.
C'est pas simple dans notre vie où tout est plutôt euh un peu dans la performance individuelle, dans le combat des uns avec les autres. Et donc typiquement le milieu associatif clairement sert à ça et je crois que c'est excellent euh tout ce qui peut être fait pour aller vers les autres pour les faire venir. Donc vous vous avez fait la démarche d'y aller toute seule mais il y a sûrement des gens qui voilà n'ont pas cette euh n'ont pas cette capacité à surmonter la peur de l'inconnu dans qu'est-ce qu'on va penser de moi enfin et donc ça c'est malheureusement un des facteurs un des freins qui a toujours existé hein parce que c'est vieux comme l'espèce humaine la psychologie humaine.
Il y a des tempéraments extravertis introvertis mais malheureusement ça se rajoute avec ce que vous dites. qu'il y a plus le lieux qui d'habitude on allait à la poste. Alors c'était casse pied de faire la queue pour retirer les colis ou faire les les démarches mais au moins c'était l'occasion de voir du monde de parler alors que maintenant si on peut tout faire à distance ben on a plus de raison de sortir effectivement.
Jean-François Ser je je rejoins ce que disait le professeur Pisolo. Mais ce qui me frappe dans les récidaniques et Muriel c'est qu'on n'est pas venu les chercher. Elles ont fait la démarche d'aller vers une association en l'occurrence.
Oui, c'est vrai. Mais c'est dans dans l'histoire, c'est vrai que dans les associations, il faut prétexte à relation quelque part. Donc les activités ont été un prétexte à relation.
Pour certaines personnes, il faut aller jusqu'à les rejoindre là où elles sont quand elles sont très isolées et ce que font les équipes citoyennes euh qui sont de du dans le réseau Monalisa, qui sont toutes ces équipes qui en fait ont cette préoccupation de lutter contre l'isolement. Une des premières questions, c'est comment identifier les situations, les personnes vraiment en situation d'isolement parce que ces personnes-là sont tellement invisible que parfois euh elles peuvent même mourir sans qu'on s'en rende compte pendant des des jours. Bon, ce que moi ce que je voulais dire parce que c'est vrai que le constat sur l'isolement social, euh il est il est lourd, mais il faut aussi dire que il y a des solutions et que en fait il y a des il y a il y a des il y a des possibilités.
Et je voulais réagir sur la question de la numérisation et et de parce que on dit habituellement et on a raison. Bah oui, mais ça crée de l'étrangeté, ça crée de de voilà de ça. Moi je regrette assez peu en fait les guichets du de la pause.
Je regrette assez peu [rires] d'aller chercher mes billets de du train dans et faire la queue. Je regrette assez peu les relations très administrées dans les guichets. Par contre, oui, il faut réinventer des autres espaces. où on est ensemble.
C'est pour ça que c'est politique. Absolument. Oui, tout à fait.
En fait derrière ça, moi il me semble que c'est la question du sens de ce qu'on fait quoi. C'estd que quand on est à la retraite, parler de la retraite tout à coup le sens qu'on avait dans son travail de se lever le matin, on avait une souvent on a une famille à la maison puis après ils vont travailler ailleurs. Enfin euh voilà, ils sont plus chez vous et du coup il y a un p de sens qui manque dans dans sa vie aussi.
Ça c'est une réalité. Sauf que c'est ça aussi c'est politique. On peut se dire mais ça c'est complètement psychologique, ça ne concerne pas le politique.
Mais si ça concerne le politique, le sens c'est aussi de se dire que tout n'est pas consommation. Tout n'est pas seulement aide sociale. Par exemple, vous avez là vous faites appel à une association où vous êtes bénévole, c'est vous êtes active toutes les deux.
Vous n'êtes pas seulement repé seulement de d'une aide ou de quelque chose. Vous êtes aussi euh des deux femmes qui allaient peut-être aider d'autres ou aller vers d'autres personnes qui ont qui ont des problèmes et qui du coup vous retrouvez du sens. Enfin, je je pense qu'on est dans une société aussi où la dématérialisation a tout à coup gommé le sens et où on a on c'est difficile de le retrouver.
Et donc c'est ça, nous on a un rôle là-dessus euh je pense à aider les associations aussi et puis aussi à aider par exemple tous les lieux intergénérationnels, l'habitat participatif, le fait justement de de voir comment non seulement on peut aider les personnes âgées, évidemment il faut faut aider les personnes âgées surtout quand il commence à une perte d'autonomie mais aussi comment on leur redonne un rôle dans la société et ça on doit le faire ça doit changer vous disz une nouvelle offre politique et on doit réfléchir autrement. C'est vraiment ça qu'il faut arriver à faire. Je pense qu'il y a une grosse demande maintenant et moi je je compte beaucoup sur 2027 pour avoir des propositions.
Vous savez par exemple au Japon, il y a un ministère de la de la solitude et il y a des équipes qui vouume aussi il y a un secrétat d'État. Il a arrêté mais oui absolument. Et en fait ce qui ce qui s'est passé c'est que en fait ils ont mis des équipes qui vont voir les gens aussi pour aussi faire des nouvelles politiques.
Oui. Oui. Tout à fait.
Et c'est pas l'idée est pas seulement de se dire on va faire quelques petites aides pour colmat, c'est vraiment d'avoir une nouvelle idée. Et juste pour finir euh la machine souvent elle a tendance à remplacer l'humain, ce qui fait que euh par exemple, je pense à l'hôpital puisque vous travaillez notamment à l'hôpital, mais à l'hôpital on pense bah on manque de personnel. Alors, on va mettre peut-être qu'on va mettre des robots.
On va mettre des robots qui pourraient, je vous assure que je l'ai entendu, hein. Donc ça ça existe. Il y a déjà des robots qui opèrent, mais a priori le contact humain pendant une opération préfè pas en avoir.
On a aussi une politique où on doit mettre des ratios en disant non, les êtres humains doivent être accompagnés de robot mais en aucun cas ça doit substituer. Et on est un un endroit un tournant actuellement là-dessus. Et je pense que c'est ça aussique de dire non, il va falloir des ratios de quer en général, c'estàd de prendre soin que ça soit aussi pour l'école.
Il faut pas que les enseignants disparaissent au profit et on a une petite tendance, on le voit arriver avec le distantiel qui remplace le présentiel puis après pourquoi pas. Bah oui, on est sur le chemin du remplacement là pour le coup complet et et là nous on doit opérer un tournant pour imposer nous les politiques en général pour imposer de l'humain là où la machine pourrait arriver avec pourquoi pas mais pas sans pas à la place de Je voudrais me tourner vers Lilou. Lilou il faut se saisir d'un micro.
Lilou vous avez 23 ans. C'est ça [grognement] vous avez grandi dans le sud de la France et vous êtes venu faire vos études à Paris au moment du Covid. Enfin vous êtes arrivé juste avant.
Le Covid est arrivé juste après. Est-ce que dans votre cas on peut parler d'un d'un choc de solitude ? Ah ouais, là c'était c'était un choc de solitude.
Ouais. C'estàd que du jour au lendemain, vous quittez le sud ensoleillé et vous arrivez à Paris. C'est ça.
En fait, je suis arrivé Ouais. Je suis arrivée en plein milieu du Covid, donc le premier confinement était passé et je suis arrivée juste avant le deuxè confinement. Donc j'avais tout juste 18 ans et j'ai quitté donc mon sud et je suis arrivée à Paris et j'ai fait une semaine à la fac et ensuite on nous a dit bah voilà vous allez faire une semaine sur qu en présentiel à la fac et le reste ce sera à distance et du coup on a enfin on a repris la fac en présentiel tout le temps à partir de mars quelque chose comme ça plus tard ouais c'est ça donc la période octobre à mars a été a été pas mal terrible parce que ben il y avait en même temps la charge de travail Moi, j'étais dans une double licence donc c'était beaucoup beaucoup de travail et tous les jours de 8h à 22h devant l'ordi et voilà quoi et des interactions qui ne sont plus que virtuelles.
Et tout à l'heure, vous parliez notamment de la place des réseaux sociaux et de la place du virtuel dans tout ça. Et je pense que ça a été là où notre génération à nous, il y a eu un tournant un peu où en fait on s'est réfugié là-dedans et surtout les réseaux sociaux, on connaît leur tendance à relayer que le négatif. Et du coup, on s'est je pense il y a eu un Ouais. un puit un peu sans fond de ma génération en tout cas à moi qui est tombé dans cette solitude et dans cette ces interactions virtuelles.
Donc ouais, ça a été c'était assez compliqué. C'était et à la sortie du confinement, vous avez réussi à aller vers les autres ? Vous avez réussi à à bah vous faire des amis à Paris ou est-ce que vous gardez même encore aujourd'hui des j'allais dire des séquelles de cette période ?
Ouais, il y a des séquelles surtout que moi du coup c'était des études du spectacle vivant. Je faisais du théâtre du coup et donc c'est difficile d'être de faire çaellement [rires] quand même. Voilà le spectacle il était plus mort à l'époque donc c'était un peu compliqué.
Euh ce que j'ai fait, c'est en fait finalement chez moi, ça a créé un déclic de euh de me lancer plus vite là-dedans. [grognement] Euh du coup, j'avais à peine 20 ans, j'ai enfin 19 ans, j'ai créé ma compagnie. Je suis entrée dans une école de théâtre et cetera.
J'ai rencontré des gens mais c'est vrai que j'ai senti vraiment que j'avais un décalage par rapport aux autres en fait que ma génération à moi, on avait un décalage. Il y avait tous les gens que j'ai rencontré à l'école de théâtre, ils avaient des amis sur Paris des fois depuis plusieurs années et moi j'avais que eux et il y avait quand même et j'ai toujours senti même encore aujourd'hui ce truc de génération sacrifiée, de la génération qui n'a pas pu se faire d'amis en fait et qui a un an de retard en fait par rapport aux autres. Il y a un truc un peu de de retard et on a on prend le contrepied comme on peut surtout quand on est dans les arts du spectacle pour essayer de d'aller chercher les gens.
Mais professeur Pedisolo, est-ce qu'on mesure encore aujourd'hui 5 ans plus tard les ravages de cette période Covid sur la santé mentale des jeunes ? Oui, alors c'est pas généralisé évidemment hein, mais euh en tout cas nous en consultation, on reçoit beaucoup de jeunes au tranche d'âge qui ont souffert beaucoup, qui en général ont progressé quand même depuis vont un peu mieux, mais euh ne sont pas complètement rétablis parce que ça a été un il y a eu une année voire deux années vraiment d'isolement où les courses s'étaient arrêtées, où certains sont sortis de la route complètement, n'ont pas pu revenir sur leur trajectoire et oui, il y Il y a sûrement quelque chose qui qui va marquer encore longtemps, mais après tout dépend de des capacités justement à se rebondir comme on dit avec un objectif de vie qui doit être celui de retrouver des liens sociaux et et je pense à dans le cas de Lilou, on sent presque une urgence à la sortie de de du Covid et de ses études de de vivre à fond quoi. C'est ça, Lilou.
Ouais. Oui, c'était c'était totalement ça. Et je sais que comme vous dites, ça a pas été le cas de tout le monde.
Moi, j'ai je pense une facilité aux liens sociaux et j'ai plein de gens de mon entourage très proche qui ne l'avaient pas et qui aujourd'hui sont encore vivent encore dans cette solitude post Covid, même 5 ans après quoi. Ouais. et pardon mais malheureusement des habitudes ont été prises par tout le monde et malheureusement dans nos organisations.
Moi, je suis professeur de médecine. Donc, on a plein d'étudiants parce que bon, c'est des filières qui sont très très importantes et on a pris on a gardé l'habitude du distantiel et il y a des il y a des il y a plus quasiment plus de cours collectif en présentiel comme on dit. Et ça aussi c'est une malheureusement c'est une mauvaise habitude parce que on voit des jeunes qui travaillent en plus pour des concours, donc qui travaillent quasiment jour et nuit mais seuls qui sortent chez eux et qui se rencontrent pas.
Enfin, ça c'est vraiment une mauvaise évolution. Liloup, vous aviez une question à poser ? Euh oui, moi je je voulais aussi parler de justement cette prise en charge de des soins de santé mentale pour les jeunes.
Euh on sait aussi que les étudiants et jeunes actifs. C'est pour ça je j'inclus vraiment les jeunes actifs aussi dedans parce qu'ils sont touchés par la précarité comme vous en avez parlé Anne tout à l'heure de de cette précarité et en plus de ça il y a une détérioration de la santé mentale à cause de la solitude. Les jeunes ne sortent plus parce que c'est trop cher ou des trucs comme ça. et il y a eu le mon parcours psy qui a été mis en place justement juste après le Covid.
Donc moi, j'ai pu j'ai eu la chance d'en bénéficier. Mais aujourd'hui, on constate quand même que ça vachement c'est limite ce mon parcours PSI. Déjà, il y a pas tous les ps qui le mettent en place.
Les délais pour avoir des rendez-vous des fois sont super longs. Des fois, il y a aussi il faut avancer les frais qui ce qui n'est pas toujours possible d'avancer 70 € une une consultation pour des jeunes qui sont dans la précarité. une difficulté aussi à cause des déserts médicaux à trouver des médecins traitants pour faire une ordonnance.
Et ma question c'est est-ce que aujourd'hui on devrait pas essayer de faire en sorte que tous les soins liés à la santé mentale ne soient pas entièrement remboursés au même titre que les autres soins physiques ou autres quoi ? Et ben oui 100 % d'accord. Alors effectivement, cette période a quand même marqué un petit changement puisque nous ça faisait des années des décennies qu'on demandait quand même le la prise en charge des psychothérapies qui était pas du tout remboursé jusqu'à il y a il y a 5 6 ans et il y a eu quelques étapes.
Donc en effet d'abord pour les étudiants mon parcours psy maintenant il y a quelque chose qui s'appelle mon soutien psy pour toute la population qui est un progrès quand même parce que ça permet pour certaines personnes de trouver des psychologues mais il y en a comme vous dites pas assez parce que c'est pas tout à fait bien construit ce modèle. Alors, il y a plus besoin de voir un généraliste maintenant. Vous pouvez y aller directement.
Le nombre de séances a un peu augmenté, les tarifs ont un petit peu augmenté mais passés. Donc, c'est vraiment un objectif là aussi politique très important parce qu'il y a un besoin euh majeur parce que ce que vous disiez c'est dans les deux sens. Euh la souffrance psychique euh aggrave la solitude et la solitude aggrave aussi la souffrance psychique.
C'est vraiment un cercle. Anneis, c'est c'est quelque chose qui est en train de se discuter en vérité dans au parlement he que ça soit au Sénat ou à l'Assemblée nationale. Cette question revient systématiquement, vous savez que c'était l'année de la santé mentale et deux années même.
Donc pourtant bon pas beaucoup de choses ont vraiment évolué mais enfin bon en tout cas toujours est-il que cette question là vraiment de dire que le soin mental doit rentrer dans le soin tout court et que ça doit rentrer dans le budget de la sécurité sociale de plein droit parce que effectivement là il y a un nombre il y a un nombre c'est c'est actuellement c'est 12 je crois on est à 12 séances il faut que ça soit des soins légers enfin bon il y a beaucoup de de mai et donc il faut arrêter que ça nous on l'avait fait. Moi, j'étais adjointe à la santé pendant le Covid et on a mis en place, on a commencé à faire quelque chose comme ça juste juste avant en fait pour que avec nos centres de santé en faisant des équipes qui qui pouvaient le faire. Ça a été rempli dans la seconde évidemment parce que il y a un grand manque mais je pense que ça c'est quelque chose d'important mais ça peut pas suffire pour pour combler la solitude he cela dit ça c'est quand même un révélateur euh cette question là du soutien du besoin de soutien psychologique beaucoup plus important même si ça faisait longtemps qu'il existait qu'il était pas comblé mais néanmoins qui il va falloir aussi le réfléchir socialement pas seulement en soin faire aussi de la prévention je veux dire c'est oui il faut le faire Mais il va falloir aussi réfléchir comment on évite de continuer à laisser les gens ou à s'enfoncer dans ces questions de solitude.
Il y a quand même des raisons à la fois économiques, à la fois sociologique et euh et la place dans la société. On parlait des des seiors pour leur le côté actif, c'est-à-dire comment ils peuvent retrouver du sens mais aussi les jeunes. Je dire c'est pas c'est pour ça que il faut aussi penser à vous parce que euh là pour l'instant chacun est dans son silo et effectivement plus les réseaux sociaux les jeunes s'en servent beaucoup plus que les personnes âgées et et c'est un piège absolu parce qu'effectivement on peut tout faire en fait quand on est jeune.
C'est d'autant plus piègeux Jean-François Ser que on se dit cette hyper connexion elle ne nous isole pas au contraire elle nous ouvre un autre monde. Et pourtant on s'est jamais senti aussi seul que dans ce monde hyper connecté. Oui parce que en c'est le contact le c'est le pot à peau qui nous manque.
C'est être connecté ne signifie pas être en relation. Alors si vous avez des bonnes relations, être connecté ça les conserve parce que vous les aviez déjà avec vos enfants, avec vos amis. Mais pour créer des relations, il faut il faut les corps.
Il faut il faut être là, il faut être présent là. Il faut réincarner les relations, c'est très important. Et je pour réagir à ce que à ce que vous disiez, c'est vrai que à la fois on on sent aussi votre énergie, votre comment dire votre sensibilité à cette question et on a besoin de cette génération de jeunes qui s'engagent sur ces questions relationnelles et à la fois vous en avez souffert, à la fois vous pouvez en être une héroïne.
Donc je vous je [rires] vous y invite et je je le dis parce que par exemple comme politique publique, le service civique euh le service civique qui permet à des jeunes de passer 8 mois 10 mois de faire une saisure dans dans leur dans leur vie dans leur étude et qui font des missions de solidarité qui se jouent j'allais dire dans des associations dans des collectivités territoriales qui rencontrent en fait de dans la vraie vie vraiment en quoi leur contribution volontaire à la relation auprès de personnes vulnérables ou bien dans l'éducation, dans dans la culture, peu importe, transforme ces jeunes, c'est impressionnant et on a lancé le engagez-vous en fait c'est ça que vous engagez-vous oui parce que on a fait une mesure d'impact parce qu'on a on a lancé le service civique Solidarité senior qui permettait de de faire que des jeunes s'engagent auprès de personnes âgés isolés. On regardait si ça marchait, c'est que les personnes âgées étaient moins isolés et en fait on a on a vérifié que le niveau d'isolement des jeunes qui allit était plus élevé que le niveau d'isolement des personnes âgées pour qui le et que l'impact sur l'isolement des jeunes était extrêmement puissant. parce que pourquoi les jeunes se sont retrouvés en équipe à mener des projets ensemble, ont rencontré des maires des des collectivités territoriales, des associations, ils ont vu les enjeux de la société tout d'un coup et très rapidement se sont sentis comme vous le disiez utiles dans leur contribution.
On redonne du sens et on refait société. Mais oui et autour en fait d'une pratique de l'engagement relationnel parce que c'est c'est ça ressemble aussi aux associations de murial et complètement les dynamiques, je veux dire d'associativité c'est ce qui associe les gens et quand vous le disiez je j'étais bénéficiaire je suis devenu bénévole bah grosso modo il y a une comment dire une un prétexte à recréer des relations et après tout est réciproque. Bah voilà, ça va dans tous les sens.
La solitude, c'est pas qu'une histoire individuelle, c'est aussi une histoire de lieux qui disparaissent. En France, 62 % des communes rurales n'ont plus aucun commerce, zéro. Mais au-delà du manque de service, c'est aussi bien souvent un facteur qui va aggraver l'isolement dans ces communes souvent rurales.
Alors, certains habitants font le paris bah de rouvrir des cafés par exemple à la campagne. Et c'est le cas dans cette commune de l'Orne, Eugon, où le petit bar qui était l'unique commerce du village vient de rouvrir après une longue fermeture. Reportage de Nicolas Fleuri et Julianne Roland sur le terrain. [musique] La place du village a retrouvé son unique commerce.
À Eugon, 190 habitants, la réouverture de ce café après 5 ans de rideau baissé avait quelque chose d'inespéré. On est content que ce soit Mier et Sarah Lab ont fait le pari de relancer le bar du village. Boire un verre, dîner, retrouver son club de lecture ou même jardiner.
À chacun son activité. Ce qui m'a frappé en venant ici, c'est qu'il y avait tous les âges et toutes les sortes de populations. Moi, j'habite à 15 km d'ici, une petite commune qui s'appelle Raisonlieu où on est 150 habitants, quoi.
Il y a rien, pas de commerce, rien du tout. On se croise pratiquement jamais quoi. Donc ça fait plaisir de retrouver des gens et de l'animation quoi.
Recréer du lien social à la campagne pour les nouveaux gérants, c'est un enjeu essentiel. Des milieux comme ici, c'est des endroits qui sont quand même très fragiles parce que il y a quand même une précarité qui est pas visible. Il y a quand même une mobilité à avoir aussi qui est quand même très importante.
On veut acheter du pain, on fait 5 km. On veut aller au marché, on fait 10 km. On veut aller au supermarché, on fait 20 km.
Et en fait, tout cumuler, ça pour nous, on trouve ça essentiel quand même que les gens puissent se rassembler à un endroit. De ces années sans aucun commerce, Nellie et Serge ont gardé un souvenir morose et l'habitude de prendre soin de leurs voisins. Ça va ma Monique ?
Monique B vit seule. Elle a du mal à se déplacer. Alors lorsque le bar a fermé, plus d'école, plus de commerce.
Ça y est, le village est mort. On voyait personne. Elle s'est sentie plus isolée.
Avant les gens qui venaient à l'épicerie ou au café, il passaient par la maison, il venaient me voir un coucou. Voilà. Puis après, bon ben il y a il y a plus rien nu.
Donc personne venait au bourg. Ah oui, c'est difficile. Aujourd'hui, le village a retrouvé son bar, mais son plus gros défi, c'est la rentabilité.
Bonjour, ça va ? Après un an d'exploitation, les bénéfices restent faibles. Le café va donc devenir associatif et la mairie juge nécessaire de l'aider financièrement.
Ça sera jamais viable, ça coûte trop cher. On est là pour ça. On est là pour alors on n pas non plus aussi des moyens exceptionnels.
Donc on va faire par rapport à ce qu'on peut faire nous et on sera là toujours pour les aider. Une cinquantaine d'habitants de Gon et des villages d'alentour s'est porté volontaire pour faire vivre la future association. Jean-François Ser, quand on se demande ce qui a pu casser nos liens, l'urbanisme y a contribué aussi et notamment la disparition de ces petits bars, de ces petits commerces de village.
Oui, ben c'est certain, mais en en réalité, c'est vrai que c'est c'est c'est des tendances de fond extrêmement extrêmement longues, hein. C'est vraiment c'est toute l'individualisation des modes de vie qui petit à petit vont transformer nos nos modes d'organisation. Et puis c'est vrai qu'il y a une culture de l'anonymat dans les grandes villes.
Faut quand même se rappeler que dans les communautés, dans les villages, moi je sais que mon père par exemple, la génération de mon père, son rêve c'était de partir des villages, de sortir du candiraton, de l'enfermement, d'aller à la ville, d'aller Oui. et et de de s'ouvrir, j'allais dire à des relations complètement différentes de celles qui étaient seulement celles des communautés. Donc l'émancipation qui est une grande victoire de nos sociétés euh a nous a émancipé des communautés enfermantes.
Donc il s'agit euh aujourd'hui de se rendre compte que cette émancipation ben forcément a a a fait en sorte que un certain nombre de communautés qui tenaient bah ne tiennent plus vraiment. Donc l'enjeu aujourd'hui c'est de réinventer et réinventer dans une société où on n'est plus les mêmes. On est des individus émancipé beaucoup plus libre et qu'on on veut rester libre, on veut pas reconstruire.
Moi je je défends que que la question de la solitude n'est pas une nostalgie d'un temps passé qui aurait été un temps heureux parce que en réalité il y avait vrai ces communautés mais il y avait pas que du bonheur dans ces communautés. et de l'oppression, [rires] il y avait de la domination et euh la libération notamment des femmes hein qui étaient dans des rôles prescrits. Euh euh c'est quand même une grande victoire.
Donc aujourd'hui, c'est très intéressant des cafés, c'est des tierslieux en fait qui se construisent, des lieux nouveaux où c'est plus seulement le commerce, c'est mais c'est aussi des prétextes à lien à relation et ça c'est l'invention. C'est pour ça j'invite les jeunes à à se lancer dans ces inventions. Il y a à réinventer la façon dont on peut faire communauté dans la proximité.
Donc des cafés, oui, mais pas les cafés d'entends. Les cafés, les cafés où les hommes venaient taper le carton pendant que les femmes restaient à la maison. C'est ce que vous voulez dire en fait.
Et boire beaucoup d'alcool. Beaucoup d'alcool. C'est quand même qu'on boit moins de Denis, tout ça, ça vous parle forcément.
Je sais pas si vous avez un micro près de vous Denis. Denis, vous vous avez été le maire pendant 25 ans d'un village du Pas de Calais qui s'appelle Ramcour. C'est ça ?
Oui. Oui. 340 habitants.
Oui. Et vous ? Alors là-bas, vous avez vu l'isolement progresser à mesure que les commerces reculaient.
D'abord en tant qu'élule local, vous ne l'êtes plus mais vous avez été quand même maire pendant 25 ans. Est-ce qu'à un moment vous vous êtes senti responsable ? Ben, c'est-à-dire, on a vu l'évolution qui avait de moins en moins d'occasions de se rencontrer, les commerces de proximité qui diminuent, la boulangerie.
Euh bon euh des petits exemples, mais chez le coiffeur avant euh maintenant c'est sur rendez-vous, avant ça discutait parce qu'on attendait. Non, mais c'est des c'est tout des petits détails et euh tous ces bavardages, nous on a considéré que je reprends un peu votre mot, il fallait des cours, c'est-à-dire que les gens manquent un peu d'humanité. On n' pas le même échange.
Le le en quand il y a une présence, il y a plus de spontanéité. Les échanges sont plus riches que par exemple avec internet et tout ça. Sans compter que j'ai l'impression moi que ça diminue quand même les choses.
Donc nous, on a été moins ambitieux que ce qui est passé. Mais qu'est-ce qu'on a fait ? On a dit ben si on veut augmenter la les possibilités de rencontre.
Bon, au niveau de l'urbanisme de la commune, c'est de faire de la centralité. C'est-à-dire que les gens ont une raison de venir au centre pour se croiser parce que nous, il y a quand même énormément d'animals de compagnie. Donc, je dirais en boutade que les chiens ils se parlent puis après les maîtres ils se parlent, hein. [rires] Bon, et donc il y a une voix piétonnière où les gens prennent un peu l'air et ben ils se croisent.
Bon, ça c'est au niveau de l'urbanisme et au niveau de on a fait un un chalet d'accueil qui un chalet, c'est pas très grand hein, c'est 12 m² mais euh où il y a des bénévoles qui ouvrent une heure par semaine et qui offrent le café. Ouais, on a mis des abonnements journaux parce que ça permet d'alimenter les conversations. À la rigueur, tout le monde peut pas se payer le journal.
Donc bon, c'est une occasion de venir. Bon, faut avouer que bon, budgétairement bien sûr, on n pas de problème, hein. Ça nous coûte pas cher.
Ouais. Mais on a accroché oui un certain nombre de personnes qui vient et puis là ça a quand même débouché sur l'initiative de ces gens-là sur euh un club de de gymnastique de remise en forme pas dire de gymnastique de remise en forme sur une après-midi de de jour de carte. Donc voilà, c'est pas mais budgétairement ça colle et voilà.
Alors nous on a 4 % vient qui vient dans votre dans votre chalet d'accueil là. Bon c'est quand même du moins au niveau des permanences, il y a une mixité. C'est-à-dire que par exemple le samedi, on a des jeunes, on a des gens qui travaillent mais quand c'est en semaine, c'est plutôt des personnes âgées, des retraités quoi, hein.
Bon, c'est sûr que pour se déplacer, il faut encore qu'ils aient un peu de mobilité. Enfin bon, mais euh et donc ben ça on on trouve qu'on a apporté quelque chose et donc voilà. Oui.
Du café et de la fraternité et du café, des journaux et de la fraternité. Oui. Bon, il y a un kiosque.
Il y a un kiosque à à libre aussi hein. Bon, voilà. Donc, mais c'est surtout nous ce qu'on a remarqué, c'est surtout de la présence de l'humanité.
Euh et alors, on n'apporte pas on n'aborde pas des sujets extraordinaires dans les conversations, hein, mais euh bah c'est les sujets d'un milieu rural. Il y a aussi une base d'échange et d'entraide qui se fait. Euh bon qui a trop de légumes ou trop de fruits, bon mais là on prend ou bien qui a un problème numérique, il y en a qui savent.
Bon voilà, on va lui filer un coup de main. C'est pas des grandes choses mais c'est du basique. Voilà, c'est l'essentiel en même temps.
Ouais. Vous je crois que vous aviez des questions précises à poser hein à nos invités. Euh [rires] là tout de suite, je vais réfléchir.
Moi je voulais dire quelque chose sur l'économie parce que vous il y a des causes, il y a l'exode rural, il y a le fait de s'émanciper qui on fait que les villages se sont effectivement dépeuplés. Mais c'est pas que ça, il y a quand même des raisons aussi économiques et et très fortes. Il y a il y a aussi les hypermarchés qui se sont qui ont dépeuplé les centre-ville en terme de de petit commerce et le fait que du coup les vienens ne viennent plus faire leurs courses dans les centres même les petites villes ou les ou les ou les villages et bien euh ça fait que plus personne n'y habite, ça devient des dortoirs. aussi ça et il y a une responsabilité majeure quand même de cette nouvelle organisation nouvelle qui commence à dater mais qui est maintenant après le pas surtout plus il y a de problèmes de de fin de mois plus les gens vont en hypermarché donc en réalité ça s'est amplifié c'est quelque chose qui s'est amplifié et je dis ça parce que nous ce qu'on propose dans notre petit livret c'est de dire ces cafés il faut qu'il soient aidé parce qu'effectivement il y a un problème de modèle économique.
Alors, il peut y avoir du bénévolat, il peut y avoir de l'engagement, mais parfois ça ne suffit pas pour il faut quand même un petit peu mettre la main à la poche et c'est pas le maire qui est capable de le faire pour plein de raisons parce que bon voilà, les petites villes, les petits villages, ils ont pas forcément beaucoup d'argent à pouvoir dépenser et donc la proposition que nous faisons, c'est que les hypermarchés mettent la main à la poche. Il y a il y a une taxe possible. Absolument.
Et en fait, c'estàd que vous voulez vous voulez lancer avec les écologistes, avec Marine Tondelier, un grand plan national de sauvegarde des cafés que vous financez avec une taxe payée par les hyper. C'est ça. Absolument.
Qui une taxe qui existe déjà qui qui s'appelle le TASCOM et qui est une taxe qui est qui est qui va la aux communautés de commune pour tout ce qui est justement bien commun, j'allais dire. Donc mais c'est une petite taxe et on a dit il faut en rajouter une petite partie de cette taxe uniquement pour pouvoir faire en sorte qu'on ait des cafés dans les villages, des cafés épicerie aussi parce que parfois aussi ça permet un petit peu et qu'il y a un petit modèle économique qui commence à à se mettre en place de manière systémique partout parce que il y a des gens qui formidables qui mettent qui arrivent à tous se mettre ensemble pour arriver à faire un petit modèle mais ça va pas être partout Et là, il faudrait vraiment revenir à quelque chose où on continue pas dans ce sens. Soit on est en ville d'ailleurs isolé d'une autre manière hein et surtout avec les livraisons à domicile.
Moi je pensais que ce problème s'aggrave aussi maintenant en ville puisqu'il y a plus de commerce autant qu'avant à cause des Absolum et que ça devienne aussi l'endroit où on puisse que ça puisse faire aussi un petit peu service public ou où justement on n'est pas obligé d'avoir une livraison chez soi mais on peut venir le chercher dans ce café et avoir un moment de discussion. Enfin, voyez, c'est vraiment C'est intéressant ce que vous dites Antoine Péolo parce qu'il y a aussi un moment où on déplore évidemment la fermeture des petits cafés mais beaucoup ont fermé parce qu'il y avait plus personne qui y allait aussi. C'est-à-dire que on déplore la solitude alors qu'on s'est-même isolé.
C'est ce que vous dites. Oui, mais c'est malheureusement c'est les paradoxes humains. C'est c'est la la facilité de de se faire livrer le déjeuner chez soi.
Mais c'est on sait que dans ces cas-là, il y aura une souffrance secondaire et c'est un il faut reconstruire des choses. Mais il y a plein d'exemples ce que vous donnez. C'est vraiment des bons exemples.
Moi je pense aussi beaucoup pour parler à la fois des jeunes et des plus anciens. Vous parliez du jeux de cartes. Moi, je vois beaucoup de jeunes dans vos générations qui passe beaucoup de temps à faire des jeux de société maintenant mais vraiment en vrai quoi.
C'est pas en virtuel. Et ça, je trouve que c'est une bonne manière de de redonner envie de de se retrouver que ça peut être au dans les les lieux comme ça commun. Ça peut être les Prenez le micro de Prenez le micro de Denis Lilou un instant si vous voulez parler.
Je je voulais aussi parler parce que ça m'a fait penser à ça, ce que vous avez fait des comités des fêtes. Moi je sais que je viens d'un tout petit village et on a un comité des fêtes. On l'a repris il y a 2 ans notamment avec mon papa et avec d'autres personnes du village.
Et de plus en plus en 2 ans, il y a plein de jeunes qui sont venus et en fait on organise des fêtes tout leour des balles. Oui. Et on organise des fêtes où bah il y a tout le village qui vient et aussi des villages alentours et cetera et on fait vivre aussi le village avec le comité des fêtes et tout.
Après le souci c'est toujours voilà comment on finance aussi bah voilà ce qu'on ce qu'on fait d'animer les villages mais nous on a réussi à créer un comité des fête où il y a et des jeunes il y a c'est vraiment intergénérationnel quoi et on crée des voilà des moments où tout le monde peut se retrouver aussi autour de l'emblème du village. Donc Jean-François Serre je sens que ça vous inspire. Oui parce que en en réalité c'est vrai que que on va quand même vers une société où tendantiellement on pourrait vivre tout seul chez soi en ayant tout en fait. on pourrait se faire livrer, on peut se faire soigner, on peut consommer de la culture, enfin et donc on va quand même vers une société qui est comme ça.
Et parallèlement à ça, c'est ça moi qui me donne beaucoup d'espoir. En réalité, il y a une dynamique qui vient de des citoyens eux-mêmes qui reconstruire des formes de convivialité et c'est tout à fait ça. avec des parfois en se en en se ressécisant en en reprenant en fait bah des associations des des clubs des lieux mais il y a pas forcément besoin de lieux on peut faire ça les uns chez les autres [raclement de gorge] et donc je veux dire la convivialité enfin la salle des fêtes c'est toujours mieux que son salon si s'il y a tout le village qui vient danser hein c'est sûr mais les deux les deux sont complémentaires. de complémentaires parce que je veux dire le voisinage et le fait de s'inviter les uns chez les autres, c'est aussi des éléments extrêmement importants, extrêmement utiles parce qu'on peut avoir la fête de la salle des fêtes, mais il y a peut-être les trois familles qui viennent jamais.
Bon euh donc il y a toujours des complémentarités à avoir. Place de village aussi dans les petits villages français. Il y a ces trucs de place de village.
Nous on a vraiment à chaque fois on investit la place de village et ce qui fait que tout le village entend le sang qui vient de la place de village et du village. Vous faites des repas de des repas partagés. Voilà.
Ça c'est des choses qui qui vient. Et donc la convivialité en fait, vous parliez tout à l'heure de sens d'utilité en fait une contribution volontaire citoyenne dans la convivialité dans la relation interpersonnelle qui est une contribution essentielle en fait à la résilience de la société à faire qu'on fasse société ensemble qu'on qu'on soit solide qu'on soit en bonne santé et qu'on soit aussi dans l'invention démocratie démocratique et qu'on soit j'allais dire que qu'on se ressaisisse en en fait de de nos vies et on sent ce mouvement et ce mouvement il peut s'essouffler facilement parce qu'en fait il a besoin de d'un peu de soutien et c'est pour ça que les politiques doivent être là et c'est c'est pour ça que c'est formidable de parler et de que ça devienne un sujet politique. Donc il va falloir mettre les comités des fêtes aussi sur la liste avec les cafés en fait.
Ah ben avec plaisir. Non non mais en fait c'est pas exhaustif ce qu'on a fait. C'est dire là où il y a besoin de pousser, de soutenir.
Quand ça marche nous on accompagne mais voilà, on accompagne content, on est content. Mais mais la question c'est quand ça ne se passe pas, quand les fac on a de plus en plus de distantiel et qu'on voit que ça continue, ça continue et que s'il se passe rien, ben il y a aucune raison que ça s'arrête. Or, il y a des des étudiants, ils arrêtent leurs études parce queils ne peuvent pas continuer comme ça.
Euh voilà, c'est comme ça. Il y a même moi j'ai j'ai vu une première année de fac à Paris où pour faire médecine toute l'année était en distantiel. Moi je je sais pas comment c'est pour moi c'est inhumain.
Enfin complètement distantiel. C'est c'est inhumain. Voilà.
Donc il faut changer ça. Ça ne devrait pas être par exemple la loi devrait interdire le fait qu'il y ait des années entières de distantiel euh pour des étudiants. Beaucoup beaucoup d'étudiants mais euh il faut l'organiser parce que je voudrais entendre je voudrais vous entendre Valentine à présent.
Valentine si vous pouvez euh saisir un micro celui de Denis par exemple. Bonsoir Valentine. Bonsoir Valentine.
Vous avez 41 ans. Vous viez près de Paris à Boulogne. Pardonnez-moi. 40 ans. 40 ans.
Chaque année compte. Bon, vous les faites pas hein. Chaque année compte comme chaque voix compte.
Bon, la vôtre aussi, je voulais l'entendre ce soir. Vous vivez près de Paris à Boulogne Biencours. Tout à fait.
Et vous êtes la maman d'une petite fille qui a 1 an et demi maintenant. Tout à fait. Que vous élevez seul.
Vous êtes en reconversion professionnelle. Euh, on parle de solitude depuis presque une heure maintenant. Vous vouliez être là pour pour en parler.
Elle ressemble à quoi votre solitude à vous ? La solitude au quotidien ou le parcours en général à la fois votre quotidien et à la fois ce que vous ressentez. Moi ce que je ressens c'est que ben donc en tant que maman célibataire euh la solitude je l'ai rencontré à partir du moment où j'ai voulu tomber enceinte en fait à partir du moment où on a eu ce projet bébé.
J'étais en couple depuis 7 ans. On est on était fiancé, on allait se marier, on voulait on voulait un enfant et malheureusement on n pas pu en avoir un naturellement. Donc comme beaucoup à ma génération, on a fait appel au FIV et tout ce traitement là.
Et dans cette partie- làà parce que je je voudrais parler de ces solitudes, ces moments de solitude en fait qui qui traverse tout le parcours et et dans ces moments-là effectivement euh moi je me suis sentie très seule face à un système hospitalier qui était pas du tout adapté face à un milieu professionnel où on n'adapte pas non plus pour les femmes qui essayent d'avoir un enfant. Euh et après euh donc après 4 années de traitement et cetera, je suis tombée enceinte et donc c'était absolument merveilleux et euh mais malheureusement du jour au lendemain, je bah je me suis retrouvée toute seule. J'étais à 4 mois de grossesse et mon fiancé m'a quitté.
Euh et donc là cette solitude aussi a été très violente euh totalement inattendu. Et là moi, j'ai découvert ce que c'était d'être seul enceinte. Et c'était pas mon choix parce qu'il y en a qui le choisissent.
Moi j'avais pas du tout choisi ça. Et ce que j'ai découvert c'est que moi je vis en ville. En l'occurrence c'est pas la campagne mais je pense que l'isolement en fait il est exactement pareil.
C'est que quand on est enceinte al lucre j'avais une grossesse à risque donc je pouvais pas vraiment bouger. Donc l'isolement il est de fait on est isolé en fait. Il est médical.
Il est médical. Euh on est seul face à une énorme peur qui est euh bah qui est il y a quand même un risque en fait quand vous êtes enceinte ou vous allez accoucher. Tous les 4 jours euh une femme meurt pendant sa grossesse ou à l'accouchement.
Et on est en 2026 hein, je parle de Paris, on n'est pas dans un désert. Le risque il est là. Et en fait, je trouve que enfin moi, je me suis sentie hyper seule pendant toute la grossesse parce que je peux saluer effectivement les associations, les PMI, mais ça les c'est c'est ouvert en semaine, c'est pas c'est pas ouvert le soir, c'est pas ouvert le weekend.
Euh et ensuite la solitude, je l'ai connu euh à l'accouchement parce que j'ai j'ai accouché seule pendant 18h euh qui avait pas de de voilà aucun moyen de me enfin j'ai dû payer un taxi. Enfin ça paraît bête hein, mais il y avait pas de moyen de transport économique. Ça c'est un vrai sujet. de transport la mise à disposition de transport pour les femmes enceintes qui qui d'ailleurs présentent des problèmes ne peut pas ne peuvent parce que on considère qu'il y a forcément quelqu'un qui va pouvoir les amener en fait mais parce qu'en fait on considère que bah voilà c'est normal de voir une femme enceinte c'est comme si c'est un impensé voilà c'est dans l'esprit collectif bah oui une femme enceinte c'est normal mais en fait ce que moi j'aimerais dire c'est que devenir mère c'est dangereux c'est un c'est un investissement on on donne la vie au bah voilà au futur de la France et sauf que bah la France, moi je me suis sentie totalement abandonnée et je trouve ça voilà, on parle de réarmement dographique et je j'entends le le ton militaire parce que c'est vrai qu'un pays qui perd bah qui vieillit, un pays qui meurt comme le Japon par exemple et donc je ne comprends pas à quel moment où où les femmes qui qui qui s'investissent autant physiquement, psychologiquement et professionnellement parce que évidemment la perte de salaire, elle est énorme quand on [raclement de gorge] quand on Oui, c'est-à-dire que après votre votre fille est née et là encore une autre solitude, c'est-à-dire que vous devez vous débrouiller avec votre enfant, avec votre boulot.
Et alors effectivement le boulot, je je me suis dit en fait en fait la solitude professionnelle c'est que j'ai dû al j'ai le le père a voulu reconnaître l'enfant, je tiens à le préciser hein, reconnaître l'enfant et voilà quand il m'a quitté à 4 mois de grossesse pour pour quelqu'un d'autre, il m'a il m'a annoncé aussi que il voulait quand même reconnaître l'enfant et s'en occuper après l'accouchement. Donc moi, j'avais cette solitude face à la justice parce que je ne savais pas quel était mon avenir de maman parce que j'entendais que en fait les mamans étaient séparées de leur bébé de plus en plus tôt aujourd'hui que la garde alternée elle était donnée de plus en plus tôt. Je rappelle que en France il interdit de séparer un châton de sa maman en fait les premiers mois.
Mais bon, nous les mamans, voilà, euh moi, je me suis retrouvée seule avec aucun euh aucune certitude, aucune instance politique. Et aujourd'hui, que votre fille, elle a un an et demi, euh combien de temps pour vous sur une semaine ? Combien est-ce que combien de temps est-ce que vous arrivez à vous consacrer à vous quand on est maman solo, quand on travaille ?
La question, elle est vite répondue comme dirait ce grand intellectuel. J'en ai pas. Ouais, en fait ou c'est juste enfin voilà, comme des millions de de femmes et de de mamans, de pères.
Je je me lève quand quand ma fille se réveille. Tout dépend de son la nuit qu'elle a passé. C'est la crèche, le métro, le boulot.
Je pars à 17h15 pour être à 18h à la crèche. Et ça c'est un vrai sujet aussi, c'est que à quel moment vous voulez que les femmes enceintes, les femmes qui ont donné la vie, les femmes qui ont réarmé la France, comment voulez-vous qu'elles se réintègre socialement si déjà elles ne peuvent pas se réintégrer professionnellement ? Parce que sans boulot, bah pas de boulot, pas d'argent.
Pas d'argent, pas de relais. Pas de relais pour nous aider et pas de relais, c'est l'exclusion. La solitude des femmes, celle d'aujourd'hui, elle est particulière.
Bah moi ce quand j'entends, c'est vrai d'abord ça me ça me touche beaucoup. Donc je veux dire ma je veux dire mon amitié et vraiment parce que je en vrai, on a envie de faire un câlin à Valentin. Oui, exactement.
Mais mais d'ailleurs c'est bien ça parce que vous parliez d'un pensé de cerc en réalité et en même temps ce que je me dis c'est que euh si face à cette ce manque que vous avez ressenti, on attend que l'institution réponde à tous, on va pas y arriver. Euh moi je trouve que par exemple à l'hôpital, il devrait y avoir en fait euh une là, je veux dire des équipes citoyennes dans les hôpitaux. C'estàd qu'en fait quand vous êtes une femme enceinte, vous devriez avoir une capacité de de parler avec quelqu'un qui est là pour vous.
Et évidemment, on va pas pouvoir payer des infirmières pour à faire ça. C'est pas possible. Mais par contre cette contribution relationnelle des citoyens qui est une contribution essentielle pour lequel plein de gens sont prêts à faire ça et qui nécessite d'être soutenu parce qu'évidemment faut les aider, faut faire en sorte qu'ils soient accueillis, faut articuler ses équipes avec les équipes soignantes pour que ça marche.
Moi je dis il y a il devrait pas y avoir d'hôpital, pas y avoir des pads, pas y avoir de de d'endroits de soin et d'hébergement sans qu'il y ait partout une équipe de citoyens pour être auprès des auprès des gens. Et de l'empathie aussi, c'est important. Juste juste de l'empathie.
Mais c'est ça. Mais l'empathie, elle est apportée. Voilà, c'est une femme enceinte, c'est elle est seule et d'accord.
Mais il devrait y avoir aussi une aide plus structurée quand même des services publics parce qu'on a quand même une désérance des services publics qui fait qu'il y a de moins en moins, vous parler des PMI tout à l'heure. Alors à Paris, on est quand même plus riche qu'ailleurs pour avoir fait des PMI hein, ça c'est quand même clair. Mais malgré tout, on devrait encore plus faire des efforts.
C'est qu'on devrait avoir des PMI, vous dites qu'elles sont pas ouvertes le weekend, mais il devrait y avoir des sortes d'astreintes, d'aide, de réflexion et pourquoi pas avoir d'ailleurs quelques bénévoles avec. Enfin, il pourrait y avoir des des des équipes mixtes, mais en tout cas que ça soit repensé comme un service public nécessaire, c'estàd que c'est pas seulement un guichet à un moment donné. Donc je dis pas que c'est ça nos PMI parce qu'elles sont quand même on a 86 % des familles qui vont dans les PMI parisiennes, ce qui est déjà exceptionnel.
La plupart des villes n'ont pas les moyens de le faire. Donc je surtout je suis pas en train de critiquer parler là-dessus, mais quand même c'est c'est un un une réalité. Et oui, vous devriez avoir euh vous auriez dû avoir une aide au fur et à mesure même de retour chez vous.
C'est ça la question. Le mot de la fin pour le docteur Péolo. [rires] Euh bah je crois qu'on il faut voir les choses positivement pour euh continuer à avancer et donc euh on a tous envie d'aller vers les autres et je pense qu'il faut oser aller vers les autres.
Je crois que c'est ça le plus dur, c'est oser. Mais même chez quelqu'un bon qui qu'on sent isolé parce que dans votre situation c'était particulier d'aller vers vous. Je pense que ça aurait pu venir aussi de alors sûrement du service public et des professionnels mais aussi je pense de la la société générale.
Osons aller vers les autres. Je voulais juste dire que vraiment le point commun de de tous vos invités, c'est que les les êtres humains qui vraiment sur qui réussissent, c'est pas les plus intelligents, les plus forts, c'est surtout ceux qui s'adaptent et je trouve que c'est une qualité de bon nombre de gens seuls. Voilà.
En tout cas, merci infiniment d'être venu tous ce soir faire cette petite foule sentimentale sur le plateau de chaque voix compte. Merci à vous chez vous de nous avoir suivi. Cette émission est rediffusée à 23h30 tout à l'heure et vous la retrouvez aussi en replay à tout moment sur lcp.fr et etfrance.tv.
Merci à tous les trois aussi d'être venus répondre à notre public. Si vous souhaitez vous aussi assister à l'émission ou y participer, vous pouvez flasher le QR code qui va s'afficher. Je vous attends.
Soyez les bienvenus. Lundi, vous avez rendez-vous avec Francis Leetellier pour lundi ses politiques à 19h30. Son invité sera Jean-Pierre Farandou.
C'est le ministre du travail et des solidarités. J'espère qu'il aura regardé notre émission les amis hein. Chaque voix contre revient mardi en direct à 19h30. passer une belle fin de semaine à mardi.
Anne Souyris