Budget 2026, armée, année blanche... L'interview en intégralité de François-Xavier Bellamy
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BFM TV, BFM politique, Guillaume Daré. Vous êtes bien dans BFM politique à quelques heures seulement du grand discours aux armées d'Emmanuel Macron. Discours qui doit annoncer une évolution, une refondation même justement du modèle de notre armée, de son financement face aux menaces qui pèsent sur la France et sur l'Europe. Notre invité, notre premier invité, François-Xavier Bellamy, député européen, merci d'être avec nous. Vice-président aussi des Républicains, avec moi pour vous interroger Amandine Attalaya, éditeur et vice-politique BFM TV, et Bruno Jeudy, directeur délégué de la Tribune. Bonjour Guillaume, il est à nos côtés.
On va vous interroger justement parce que vous êtes député européen. On disait que ces menaces planent aussi sur l'Europe. Emmanuel Macron va donc prononcer un discours très important ce soir à l'hôtel de Brienne au ministère des Armées. Ça intervient quelques heures, seulement après quelques jours, après la prise de parole du chef d'état-major des armées. C'est extrêmement rare. Ça a permis de remettre en perspective justement les enjeux pour l'armée française, mais aussi les menaces qui plaisent aujourd'hui sur notre pays ainsi que sur l'ensemble de l'Europe. On nous annonce justement des choses et des mesures extrêmement fortes, des mesures majeures de la part du chef de l'État.
On évoque notamment une hausse du budget des armées. Est-ce que vous soutiendrez cette hausse du budget des armées ? Est-ce que vous soutiendrez les mesures que le chef de l'État mettra sur la table ?
Oui, bien sûr. Nous soutiendrons tout ce qui permettra de donner à nos forces armées les moyens de leur mission. Aujourd'hui, grâce à nos soldats qui sont engagés pour, dans toutes les armes, défendre notre pays, nous avons la chance de pouvoir compter sur une des rares armées en Europe qui soit capable de se projeter dans le monde pour défendre la sécurité de notre pays qui peut être engagée parfois bien loin de nos frontières. Mais le fait est que cette armée, elle reste au regard de la réalité du retour des menaces de haute intensité. Elle reste trop peu dimensionnée.
Et nous avions déjà évoqué avec notre famille politique au moment des débats sur la loi de programmation militaire la nécessité de remonter en puissance. Pendant longtemps, les Européens et les Français aussi ont cru qu'ils pouvaient toucher ce qu'on appelait les dividendes de la paix. Ils ont cru que le recul des menaces qui pouvaient peser sur nous permettrait de moins investir dans notre sécurité, dans notre défense. Aujourd'hui, il faut regarder lucidement la réalité d'un monde qui devient plus dangereux que jamais et se préparer à faire face à la réalité de ces menaces dans leur nouvelle configuration.
Est-ce que vous y prenez votre part, au sens large, votre famille politique finalement à ce constat ? Et on le disait au fait qu'on a peut-être malheureusement réduit les moyens de l'armée ces 10, 15, 20 dernières années. Sébastien Lecornu, on reviendra sur ses propos sur son interview aujourd'hui dans la Tribune dimanche, évoque notamment le fait que dans les années 2000-2010, il y a 20 régiments supprimés, 10 bases aériennes fermées, 55 000 postes supprimées. Je ne vous cible pas vous directement, mais c'est une époque dans les années 2000-2010 où votre famille politique a été en partie au pouvoir. Est-ce que ça veut dire quoi ?
Ça veut dire qu'on s'est trompé sur les enjeux à l'époque géopolitique et on s'est dit que l'armée, ça ne sert pas à grand-chose ?
Ça a été un mouvement dans tout le monde occidental. Et la France est le pays qui a sans doute le moins participé en Europe. Toute l'Europe a cru qu'après la chute du mur de Berlin, on arrivait à ce que Francis Fukuyama avait appelé à l'époque la fin de l'histoire, c'est-à-dire le fait que les tragédies, les conflits passés allaient petit à petit s'effacer au profit de l'universalisation de la mondialisation libérale et qu'on allait maintenant faire du commerce entre les grandes régions du monde, ce qui éviterait de se faire la guerre à tout jamais. Eh bien, nous vivons aujourd'hui la fin de la fin de l'histoire. Et autre temps, autre constat, il faut maintenant qu'on s'équipe pour l'avenir.
On peut regarder le passé comme on voudra, mais ce qui compte maintenant, c'est de se tourner vers demain. Et notre famille politique, elle est en première ligne aujourd'hui pour réussir à réarmer le continent européen tout entier parce que c'est un enjeu global. Nous ne croyons pas demain du tout qu'il puisse y avoir une armée européenne. Ce sont nos armées nationales qui portent la responsabilité de la sécurité de nos pays. Mais nous devons, en Europe, garantir que la sécurité de notre continent soit mieux engagée, mieux assurée par les Européens eux-mêmes.
Aujourd'hui, c'est un constat que nous avons souvent partagé, les Européens sont massivement dépendants des États-Unis pour leur défense. L'an dernier, les Européens ont acheté 79% de leurs armements hors d'Europe, dont 63% aux États-Unis. Eh bien, le défi pour nous, c'est de renverser cette logique. Et avec le programme pour l'industrie européenne de défense, dont j'étais le rapporteur, que notre famille politique a porté, en particulier avec Raphaël Glucksmann, on a mené un combat français sur cette question déterminante, pour faire en sorte que précisément, nous puissions de nouveau imposer aux Européens une trajectoire d'autonomie.
Désormais, ce programme pour l'industrie défense, il financera des équipements s'ils sont produits pour au moins 70% de leurs composants en Europe, avec un design, une conception européenne, et avec une absence totale de contraintes juridiques extra-européennes. Quand les Américains vous vendent une arme, ils la vendent avec une licence qui s'appelle ITAR, qui fait que si vous voulez l'utiliser, même quand vous l'avez payé, vous devez demander l'autorisation du gouvernement américain. Eh bien, nous disons que cette dépendance-là, nous devons en sortir aujourd'hui.
Pas parce que les Américains ne seraient plus nos alliés, ils doivent, je le crois, rester nos amis, mais parce que nous ne devons plus être leurs vassaux, ils ne doivent plus être nos suivants.
Alors, dans un instant, on reviendra justement sur la façon dont on peut éviter d'être des nains diplomatiques et militaires, justement, en Europe, face aux Américains. Mais d'abord, évoquons effectivement l'armée française, puisque vous le dites, ce sont les armées nationales qui vont continuer de dominer, finalement, en Europe, même si on travaillera davantage ensemble. concrètement, comment on augmente nos moyens, comment on augmente nos budgets ? Je disais dans la tribune dimanche, grande interview de Sébastien Lecornu, ministre des Armées, qui met des propositions sur la table.
Oui, tout à fait, qui dit, Sébastien Lecornu, qu'il n'y aura pas de rétablissement du service militaire, mais qu'il y aura une réserve professionnelle et spécialisée dans certaines compétences pour venir épauler l'armée de métiers. Bonne idée, c'est utile selon vous, ça sert à quoi ?
Bien sûr, moi, je soutiens totalement cette proposition du ministre des Armées. Je crois que la réserve, qui existe déjà aujourd'hui, est le meilleur levier pour garantir une montée en puissance de nos forces armées. Le service national, c'est un modèle d'armée que nous avons quitté. Nous sommes rentrés dans une armée professionnelle. Mais cette armée, elle reçoit déjà aujourd'hui le concours de citoyens français. Et je pense à ceux qui, aujourd'hui, au moment où nous allons célébrer la fête nationale, sont engagés dans des préparations militaires pour venir se former et être disponibles pour soutenir nos forces armées dans tous les domaines.
D'un mot juste sur le service militaire, pour vous, c'est parce que l'armée est aujourd'hui professionnelle que c'est une mauvaise idée d'y revenir et puis parce que ça coûterait trop cher, c'est ça ? Parce que certains Français se disent, à notre époque, où on perd aussi parfois le sens de l'autorité, ça pourrait aider les jeunes à repartir sur la bonne voie. Pas pour vous ?
Je crois que le service national est aujourd'hui l'objet d'une grande ambiguïté. Et ceux qui disent le plus le regretté en parlent non pas pour des motifs de défense nationale, mais parce que le service national est devenu l'emblème d'une société où on s'engageait pour son pays. Et c'est cet engagement-là que nous avons perdu, ce sens de l'autorité, vous l'avez dit, ce sens des repères communs. Mais il me semble qu'on ne peut pas demander à notre armée aujourd'hui de faire deux métiers à la fois. L'armée, son rôle, c'est de défendre la sécurité du pays et pas de remplacer l'éducation nationale. La crise de notre école, c'est précisément le sujet auquel il faut se consacrer.
Parce que c'est aussi un enjeu de sécurité pour demain. C'est aussi un enjeu de cohérence et d'unité pour le pays. Et ce qu'on voit, c'est que les menaces hybrides auxquelles nous sommes confrontés exploitent toujours les failles de l'unité de la nation. Donc il faut reconstruire cette unité. Mais ça, ça suppose de reconstruire l'école. Et chacun a son métier. Et on ne peut pas demander à l'armée, en six mois, de faire ce que l'école a échoué à faire en 15 ans. Donc la crise de l'école aujourd'hui, c'est un enjeu majeur pour l'avenir de notre pays. Il faut le traiter en tant que tel. Mais ne pas demander à l'armée de venir réparer ce que l'école n'a pas su faire.
François-Xavier Bellamy, je voudrais revenir sur ce qui va être au cœur du discours du président de la République ce soir. Sébastien Lecornu fait un cadrage sur ce grand choix stratégique que la France doit faire. Et ce grand choix stratégique va coûter cher. C'est-à-dire qu'il y a une réévaluation de la loi de programmation militaire. Je fais simple, sans doute dans des proportions importantes. Est-ce que vous soutiendrez le président de la République s'il annonce une réévaluation ? On parle peut-être d'une quarantaine de milliards assez rapidement pour pouvoir tenir à la fois nos engagements vis-à-vis de l'OTAN.
On sait que le budget doit augmenter dans des proportions importantes jusqu'à 3,5% du PIB. Aujourd'hui, c'est 2. Est-ce que vous soutiendrez des annonces qui iraient dans ce sens ?
Oui, nous soutiendrons ce travail-là. J'ai des désaccords profonds avec la trajectoire que le président de la République et ses gouvernements successifs ont imprimé au budget de la France au cours des dernières années. Et je crois que la dette française est devenue un enjeu majeur, y compris un enjeu de sécurité et un enjeu de souveraineté. Et donc, il faut absolument sortir de cette inflation de la dépense publique qui a se fixé aujourd'hui la France. Mais dans cette dette, il y a la part des armées. Mais sur ce sujet-là, ce qui a créé aujourd'hui la faillite de notre budget, ça n'est pas l'État régalien en général.
Depuis des années, les dépenses consacrées aux missions régaliennes de l'État ont augmenté. n'ont cessé en proportion de se réduire. Elles ont augmenté, comme toutes les dépenses publiques.
Emmanuel Macron arrive en 2017, c'est 31 milliards. Aujourd'hui, au moins où nous parlons, c'est plus de 50 milliards, plus de 60 à l'horizon 2030. Donc ça a plutôt augmenté. Mais la proportion fait qu'aujourd'hui, la dépense qui a le plus augmenté
et qui pèse le plus lourd dans le budget de l'État de très loin, c'est la dépense sociale. On y viendra parce qu'il y a aussi une question du budget. Le vrai défi pour nous, c'est de réussir à faire en sorte de réarmer l'État régalien, pas seulement les armées, mais la police, la sécurité, la justice. Vous savez très bien que c'est l'armée qui va être la part la plus importante dans cet État régalien. Et l'armée fait partie de cet investissement. Mais encore une fois, c'est tout l'État régalien qu'il faut réarmer. Et pour ça, il faut réussir à affronter enfin les choix courageux qui nous attendent sur le plan de la dépense sociale. On va y venir.
François-Xavier Bellamy, Emmanuel Macron, c'est un bon chef des armées ?
Emmanuel Macron, c'est un bon chef des armées ? Je crois que dans sa responsabilité de chef des armées, il est absolument important que tout le monde reconnaisse sa légitimité. Je me borne à reconnaître que son mandat avait commencé en 2017 par le limogé du général de Villiers qui s'opposait à une nouvelle baisse dans le budget des armées. Et donc, dans son rôle de chef des armées, le moins qu'on puisse dire est que là aussi, malheureusement, en même temps, on aura parfois prévalu. Mais encore une fois, le moment n'est pas à la politique partisane. La seule chose qui compte, c'est que la France soit unie pour cette cause commune que doit être la sécurité du pays.
Je disais, le chef d'état-major des armées s'est exprimé vendredi. C'est extrêmement rare. Il met en avant le fait que, d'après lui, la Russie a désigné la France comme son principal adversaire en Europe. Est-ce que ça vous semble justifié ou est-ce que c'est démesuré ?
Ce qui est certain, c'est qu'il faut que tous les Français comprennent et que tous nos dirigeants comprennent aussi que la menace aujourd'hui, elle est multifactorielle. Il est clair, et le général Burkart le dit aussi, que la Russie ne va pas envahir demain la France. Avec des chars et des avions. En revanche... On est certain qu'il n'y aura pas...
Il y a 10 ans, on n'aurait pas dit qu'on serait dans la situation d'aujourd'hui. Vous êtes certain que dans 10-15 ans, il n'y aura pas de conflit militaire sur le sol français ?
La géographie fait que le conflit ne passe pas nécessairement par une opposition territoriale. Mais le conflit, il existe de bien des manières différentes. Le conflit, il passe aujourd'hui par la guerre informationnelle. Il passe aujourd'hui par les déstabilisations concrètes auxquelles nos militaires ont eu à faire face. sur le continent africain, par exemple. Il passe par l'arme migratoire.
Et laisser aujourd'hui nos pays vulnérables face à l'immigration illégale, c'est en réalité laisser des pays comme la Russie, comme la Biélorussie, mais aussi comme la Turquie, comme la Chine, utiliser la porosité de nos frontières pour alimenter des menaces de sécurité et la déstabilisation de nos sociétés. Et ça, les pays d'Europe centrale l'ont bien compris. J'ai été à la frontière entre la Pologne et la Biélorussie. Aujourd'hui, la Pologne, comme d'autres pays européens, ont construit des murs pour défendre leur territoire face à l'immigration illégale parce qu'ils savent que cette immigration irrégulière, elle est organisée par la Russie et la Biélorussie pour les déstabiliser.
C'est un outil de politique étrangère. Et donc, il faut qu'on prenne conscience que la sécurité, ce n'est pas seulement la question de la défense.
Est-ce que nous faisons le poids aujourd'hui, nous, la France ou l'Europe, si nous arrivons à nous entendre, face à ces prédateurs, à ces hommes très durs que sont Poutine et Trump aujourd'hui, qui, eux, utilisent la force sans vergogne, là où nous, parfois, tardons à nous imposer dans des conflits ?
Le problème n'est pas que nous ne fassions pas le poids. Le problème, c'est la naïveté de politiques qui sont aujourd'hui encore menées et qui désarment nos pays face à la réalité de cette agressivité. Je pense à un exemple en particulier. On parle beaucoup aujourd'hui de la Nouvelle-Calédonie. Quand vous pensez que l'Azerbaïdjan a organisé, à Nouméa, en Nouvelle-Calédonie, en visioconférence, un colloque sur, je cite, la décolonisation des Outre-mer français. Mais c'est une attaque territoriale. C'est une attaque sur l'intégrité nationale. C'est une attaque sur la souveraineté de la France. C'est une attaque contre notre démocratie et la sécurité de nos processus démocratiques.
Est-ce que nous avons réagi ? Est-ce que la France a réagi ? Est-ce que l'Europe a sanctionné l'Azerbaïdjan ? Est-ce que la France a demandé à l'Europe de dénoncer le contrat gazier entre l'Azerbaïdjan et l'Europe ? La réponse est non.
Aujourd'hui, c'est la loi du plus fort, François-Xavier. Il y a 15 jours, à votre place, le patron de votre parti, Bruno Retailleau, nous disait qu'il soutenait finalement les frappes de Donald Trump en Iran, disant que finalement, oui, OK, il n'y avait pas eu d'autorisation internationale, mais que l'Iran avait été le premier, d'après lui, à violer le droit international. Est-ce que finalement, on est dans un monde où aujourd'hui, le droit international n'existe plus ? C'est le règne de la force, vous vous en félicitez ?
Non, vous savez, pardon de revenir à mon métier, je suis prof de philo, Pascal a dit cette chose qui est déterminante. Blaise Pascal dit, on ne peut pas faire que la justice soit toujours forte, et donc il faut faire que la force soit juste. Et aujourd'hui, le rôle de l'Europe et le rôle de la France, c'est de reconstruire notre force, notre capacité d'action, d'intervention, pas seulement militaire, mais aussi sur le plan économique, commercial, diplomatique, pour garantir que demain, nous pourrons servir les causes justes qui nous attendent. Le vrai grand problème, c'est que...
Mais aujourd'hui, on ne nous écoute plus, bien souvent.
Mais je le redis...
Enfin, nous ne sommes pas partie prenante dans le dossier russo-ukrainien pour la finalisation. En Iran, l'Europe n'a pas été partie prenante non plus, Donald Trump a fait ce qu'il voulait, donc notre voix ne porte plus.
Je le redis, le problème n'est pas que nous ne fassions pas le poids, le problème, c'est que nous ne voulions plus. Il y a un problème aujourd'hui en Europe, un problème peut-être aujourd'hui en France, qui n'est pas seulement de pouvoir, mais qui est de vouloir. Et la question est, est-ce que nous voulons encore agir ? Est-ce que nous voulons nous en donner les moyens ? Est-ce que nous voulons encore vouloir d'une certaine manière ? C'est la grande question qui est posée aux Européens aujourd'hui.
Et parfois, quand je vois la faiblesse de nos réactions, y compris quand nos intérêts vitaux sont en jeu, je me dis qu'effectivement, nous avons un grand travail à faire pour retrouver la lucidité nécessaire pour, dans ce monde de prédateurs, assumer d'avoir des intérêts à défendre, des intérêts, des principes, des valeurs qui ne doivent pas être réduites au silence par notre impuissance d'aujourd'hui.
François-Xavier Bellamy, Bruno le disait, peut-être 40 milliards d'euros supplémentaires pour le budget des armées dans les années à venir. 40 milliards, c'est aussi ce que veut trouver comme économie François Bayrou, qui va dévoiler mardi les grandes lignes du futur budget. On sait que l'une des lignes rouges, ça a toujours été le cas pour votre parti Les Républicains, ce sont les hausses d'impôts. François Bayrou dit à ce sujet, interrogé il y a quelques jours, je cite, il pourrait y avoir ici ou là des efforts. Est-ce qu'une hausse d'impôts pour Les Républicains,
ce serait acceptable ? Non. La vérité, c'est que la France aujourd'hui est le pays où la pression fiscale est la plus élevée de tout l'OCDE. S'il suffisait d'augmenter les impôts pour sortir du déficit et de la dette, alors la France n'aurait ni déficit ni dette. La preuve est faite par notre pays depuis des années maintenant, malheureusement, que plus on augmente les impôts, plus on rentre dans cette spirale d'autodestruction qui conduit simultanément à creuser la dette, à animer nos entreprises, à asphyxier ceux qui travaillent, ceux qui produisent, ceux qui créent de la valeur. Et donc, la vérité, c'est qu'on ne s'en sortira.
Et on ne se sortira même de la crise de la dette que si on arrive à faire baisser la pression fiscale. Ça, ce sera l'enjeu du grand rendez-vous de 2027. Aujourd'hui, on sait très bien qu'il n'y a pas de majorité à l'Assemblée nationale suffisamment claire pour pouvoir faire les choix courageux qui nous attendent. Mais en attendant, ne pas augmenter la pression fiscale, ce serait évidemment absolument intenable.
Et si François Bayrou, malgré tout, décide d'augmenter les impôts, vous dites « ce n'est pas acceptable, ce n'est pas acceptable », donc au point que les ministres, les Républicains, quittent le gouvernement ?
Non, mais nous y travaillerons avec les parlementaires qui sont engagés aujourd'hui à l'Assemblée, au Sénat, et qui déjà font valoir ces principes fondamentaux. Nous travaillons aussi à proposer des pistes d'économie très concrètes. Je pense à ma co-lectrice... Oui, vous y travaillez, mais la question, c'est si néanmoins... Non, mais c'est très important. Non, mais elle est claire la question.
Si néanmoins il y a des hausses d'impôts, est-ce que les ministres à l'air doivent quitter le gouvernement ?
Ce sera le choix de notre famille politique. Je ne vais pas me prononcer sur une question qui n'est pas encore posée.
Vous avez des responsabilités dans cette famille politique, donc vous pouvez vous prononcer.
Autre souhait, c'est quoi ? S'il y a hausses d'impôts... Nous, on a la chance d'avoir un fonctionnement collégial. S'il y a hausses d'impôts... Je crois qu'on a toujours été très clair sur le fait que c'était pour nous une ligne rouge évidente. S'il y a certains sujets sur lesquels on baisse des impôts d'un côté pour faire porter la charge ailleurs, pourquoi pas ? Donc la réponse est assez évidente. La cohérence veut dans ce cas-là que vous soutenez le gouvernement
qui fait l'inverse de ce qu'est votre philosophie économique.
Mais pour nous, ce serait un problème majeur, évidemment. Et je peux difficilement être plus clair que je ne le suis. Donc vous nous dites que les Républicains ne participeront pas à un gouvernement qui augmente les impôts ? Mais notre philosophie est exactement l'inverse. Je viens de vous le dire. C'est assez clair.
Alors pour trouver de l'argent, il y a d'autres économies qui sont possibles. Et c'est vraiment là où il faut lire le dimanche matin. Il y a tout dans la tribune dimanche. Peut-être qu'on aura des réponses un peu plus claires, M. Bellamy. Je peux difficilement avoir été plus clair. Sur la table, il y a des mesures très concrètes. Supprimer le calendrier des jours fériés. Vous êtes pour ou vous êtes contre ? Pardon. Supprimer certains jours fériés. Certains jours fériés pour faire rentrer de l'argent dans les caisses. Comme le lundi de Pentecôte. Comme le lundi de Pentecôte. C'est une des propositions qui est sur la table, en tous les cas.
Une chose qui me paraît essentielle, ne jamais demander aux gens de travailler plus sans gagner plus. Parce qu'aujourd'hui, si c'est pour travailler pour l'État, travailler gratuitement pour que l'État remplisse ses caisses, ça c'est injustifiable. Aujourd'hui, il y a un grand problème en France. C'est que l'effort, il est très inégalement réparti. Il y a des gens qui bossent et qui bossent dur, et qui pourtant ont du mal à s'en sortir, précisément parce que c'est toujours au même...
Alors, autre proposition.
Autre proposition. Faire contribuer davantage les retraités les plus aisés. Vous êtes pour ou vous êtes contre ? Mais là encore, je le redis, on ne peut pas imaginer que ce soit en augmentant la pression fiscale d'une manière ou d'une autre qu'on va s'en sortir. Il va bien falloir trouver des solutions quand même. Mais j'en ai plein. La première question, Bruno, je dis, c'est comment on fait pour baisser la dépense publique. Le sujet, ce n'est pas comment les Français vont devoir...
Mais sur les économies...
Oui, mais vous commencez comme par hasard par demander toujours aux Français de veiller plus cher.
Mais il y a une autre idée, il y a aussi le crédit d'impôt, c'est-à-dire diminuer le crédit d'impôt... Ah, non, non, laissez-moi vous poser la question. Ça, c'est des économies. De 50% à 40%.
Non, non, non, Guillaume Daré. Laissez Amandine vous poser la question.
Diminuer le crédit d'impôt peut-être de 50% à 40% aujourd'hui et qu'il concerne moins de postes possibles. Par exemple, les gardes d'enfants seraient sécurisés, mais les jardiniers, que sais-je, aujourd'hui ne seraient plus remboursés par crédit d'impôt.
Ce ne sont pas des économies, ce sont des augmentations d'impôts. Et la vraie question, c'est comment est-ce que l'État baisse ses dépenses ? Pas comment est-ce qu'on prend plus d'argent aux Français.
M. Bélamine, ce qu'on vous propose là, ce sont des choses qui sont sur la table, qui sont à rendement immédiat. Or, le Premier ministre, il a besoin de choses à rendement immédiat pour boucler son budget de 2026. Mais encore une fois, l'idée... Ce que vous proposez, c'est éventuellement des économies, certes, il faut en faire, mais qui rapporteront dans quelques années.
Non, mais l'idée qu'on va éviter à l'État de creuser plus encore sa dette abyssale en prenant plus d'argent aux Français, cette idée est fausse. J'ai commencé par là et je le répète. Parce que plus on va augmenter la pression fiscale qui pèsera sur les Français, plus on va alimenter cette spirale qui décourage le travail, qui décourage l'investissement, qui décourage l'effort, l'énergie...
Donc première mesure pour vous pour faire des économies, c'est quoi ? Votre mesure demain ?
Mais il y en a plein, je le redis. Une mesure très concrète qui concerne la vie de déposer au Sénat. Une mesure pour faire faire des économies massives dans la multiplication des agences de l'État. Depuis des années, l'État a multiplié les agences des organismes... Et on trouve 40 milliards là-dedans ? On trouve 40 milliards là-dedans ? Des milliards d'euros d'économies potentielles qui non seulement permettent de faire baisser la dépense publique, mais qui en plus contribuent à libérer le pays.
Parce que n'importe quel chef d'entreprise, responsable d'associations, élu local, vous dira qu'aujourd'hui, le principal problème pour avancer, pour travailler, pour agir, c'est d'abord d'affronter ce maquis administratif qui est devenu absolument insurmontable.
Vous savez très bien que ce ne sont pas des rendements immédiats. La suppression des agences, certes, il faudra peut-être en supprimer, mais ça ne sera pas suffisant. Et surtout, les agences ne sont jamais que des émanations de ministères. Et une partie des attributs de ces agences reviendront dans les ministères.
Mais aujourd'hui, il faut bien voir la réalité de l'échec massif auquel nous sommes arrivés. L'État n'a jamais prélevé autant d'argent public. Les impôts n'ont jamais été aussi lourds pour les Français. La dette n'a jamais été aussi inquiétante et impressionnante. Et pourtant, tous les services publics essentiels semblent être aujourd'hui en faillite. Vous avez parlé de la dépense sociale. La vraie question, c'est effectivement comment on tire les leçons de cet échec plutôt que de continuer de l'alimenter en mettant toujours plus d'argent dans cet état dysfonctionnel. Et Bruno Jeudy, vous le savez, vous le voyez comme moi, en Europe aujourd'hui, on a le pays qui fait tous les records.
Le record des impôts, le record de la dette. Et pourtant, on n'en tire aucune leçon. On voudrait encore augmenter les impôts comme si c'était la solution. Ça n'est pas la solution. Et moi, pardon, je n'appelle pas supprimer des niches fiscales. Je n'appelle pas taxer les retraités. Je n'appelle pas aller chercher encore plus d'argent, quels que soient les patrimoines où on voudra le trouver. Je n'appelle pas ça des économies. J'appelle ça aller encore plus loin dans le délire de cet État qui n'a pas su se réformer. La vraie, la seule économie, c'est celle qui verra la dépense publique baisser. La dépense sociale,
vous souhaitez y toucher ou non ? Il y a question, effectivement, de ce qu'on appelle de l'année blanche. Ça serait de geler, vous savez, toutes les dépenses sociales, de ne pas les indexer sur l'inflation l'année prochaine.
L'année blanche, vous dites oui ou non ? L'année blanche, c'est une forme de paresse intellectuelle parce que ça consiste à ne pas aller regarder concrètement à quel endroit se trouve la mauvaise dépense. Et donc, d'une certaine façon, c'est tiré parti du fait qu'il n'y a pas de majorité très claire à l'Assemblée pour faire une espèce de gel général. Moi, je crois que le vrai sujet, c'est d'aller à l'essentiel. Mais autre rendement immédiat, je vous ai dit... Je me mets à la place des premiers ministres. Il faut du rendement immédiat.
Quand les députés, les républicains, proposent à l'Assemblée nationale de voter pour conditionner le RSA à 15 heures de travail hebdomadaire, il y a évidemment une manière de corriger un système social défaillant. Parce que vous avez dans ce pays des centaines de milliers d'emplois non pourvus. Et moi, partout en France, je rencontre des artisans, des commerçants, des chefs d'entreprise, des coiffeurs, des grands industriels qui me disent mon premier grand problème aujourd'hui, c'est que je n'arrive pas à recruter.
Le premier problème pour l'industrie de défense en France, ce n'est pas qu'elle n'ait pas les moyens de regarder vers l'avenir, c'est qu'elle n'arrive pas à trouver les bras pour pouvoir monter en puissance. Comment ça se fait qu'on ait des millions de gens qui, au sens de l'emploi, sont aujourd'hui au chômage et des centaines de milliers au bas mot d'emplois qui ne sont pas pourvus ? Conditionner le RSA à 15 heures d'activité hebdomadaire, c'est permettre aux gens de revenir vers l'emploi. C'est non seulement gérer une baisse de la dépense sociale, mais relancer l'activité. Ça, c'est notre proposition. Malheureusement, toute la gauche vote contre.
Malheureusement, le Rassemblement national vote contre. Mais nous, nous continuons de tenir à l'idée que si on veut sortir ce pays de la crise, c'est précisément en baissant la dépense publique et en remettant les gens au travail, ceux qui précisément aujourd'hui ne contribuent pas assez alors qu'ils le pourraient au fonctionnement de notre modèle, c'est comme ça qu'on va s'en sortir.
François-Xavier Bellamy, vous êtes député européen. Donald Trump a donc annoncé hier taxer à hauteur de 30% les produits venant de l'Union européenne à partir du 1er août. Ça doit être quoi la réponse de l'Europe ? Oeil pour oeil, dent pour dent ? La négociation encore ou la confrontation désormais ?
Les deux vont ensemble. La négociation et la menace de la confrontation. On voit bien qu'on ne peut pas se faire entendre si on ne montre pas qu'on sera sérieux au moment de mettre en œuvre des contre-mesures efficaces. La fin de cette discussion, c'est le 1er août. Et donc, on a encore quelques jours pour expliquer à nos partenaires américains que si vraiment ils tiennent à cet agenda, alors nous riposterons avec autant de détermination. Mais sur le fond, personne n'y a intérêt. Et notre volonté, c'est d'arriver à revenir à la fin de cette surenchère commerciale.
La négociation, c'est bien gentil.
J'allais dire, il nous prend pour des clowns, là, Donald Trump.
On négocie, on négocie, on négocie. On ne réussit pas à ce qu'ont réussi les Britanniques.
Pour l'instant, notre but, c'est de faire mieux que les Britanniques. Encore une fois, la fin, c'est le 1er août. Et personne n'est dupe du fait que cette lettre envoyée par le président Trump, elle a évidemment pour but d'intimider les Européens. Ce n'est pas le dernier mot de l'histoire. Et donc, nous, nous devons montrer que nous sommes sérieux et que nous n'allons pas nous laisser marcher sur les pieds. Et surtout, que nous n'allons pas marcher sur les pieds, de laisser nos entreprises se faire marcher sur les pieds. C'est ça, pour nous, le sujet majeur. Cette guerre commerciale, elle est absurde et elle sera aussi destructrice pour l'économie américaine.
Et donc, notre vraie réponse, ça doit être de dire que nous voulons mettre fin à cette surenchère, mais que nous sommes prêts, si les États-Unis ne renoncent pas, à aller au front, nous aussi.
Merci beaucoup, François-Xavier Bellamy,
d'avoir été notre invité. Sous-titrage ST' 501
François-Xavier Bellamy