Face à Face : Christophe Prudhomme - 30/06
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
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Questions et réponses
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- 0:32OuverteRéponse directe
Les conseils, les gestes, les réflexes à avoir, la France est-elle prête avant ces journées et cet épisode inédit de canicule ?
- 0:57OuverteRéponse directe
Est-ce que tu as réussi à dormir ? Comment notre corps réagit ?
- 2:25OuverteRéponse directe
Boire ? Combien ? Quand ? Un peu tout le temps ? Quels sont vraiment les conseils de base que vous pouvez nous donner ?
- 3:30OuverteRéponse directe
Les enfants et les plus âgés, est-ce qu'aujourd'hui, malgré l'inadaptation des chambres d'hôpital, on a appris à faire attention ?
- 3:56OuverteRéponse directe
Qu'est-ce que vous voyez-vous dans vos urgences ?
- 5:27RelanceRéponse directe
La canicule, elle est comme le révélateur des difficultés qu'il y a déjà ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:31InvitéFait
« Le problème que nous avons en France, c'est que nos logements sont complètement inadaptés. »
- 1:44InvitéFait
« Vous savez qu'on a des chambres d'hospitalisation qui sont exposées au soleil et où il fait 35 degrés dans les chambres. »
- 4:27InvitéFait
« On n'a pas de lit. »
- 4:40InvitéFait
« Les plans blancs sont déclenchés en période normale tout au long de l'année. »
- 5:06InvitéChiffre
« Entre 1500 et 2000 personnes d'essais évitables aux urgences. »
- 6:25InvitéChiffre
« Une surmortalité de 9% tous patients confondus, de 30% pour les patients les plus graves. »
- 8:37InvitéFait
« Il y a un manque de recettes. On ne compense pas toutes ces exonérations de charges. »
- 10:05InvitéFait
« On sait que ça serait au détriment des services publics, et en particulier des services publics de santé. »
- 14:25InvitéFait
« En 2003, beaucoup de gens qui étaient à la rue sont morts. »
- 15:00InvitéFait
« On a énormément de malaise, d'appel au SAMU pour les gens qui n'ont pas diminué leur dose de médicaments pendant les périodes de grande chaleur. »
- 18:11InvitéFait
« Il faut qu'on irrigue le territoire pour que chaque citoyen soit à moins de 30 minutes d'un hôpital ouvert 24 heures sur 24. »
- 19:26InvitéFait
« Une perte de chance par défaut de moyens. »
Temps de parole
- Invité69 %
- Présentateur31 %
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Vous écoutez RMC, RMC jusqu'à 9h, Apolline Matin, face à face, Apolline de Malherbe. Vous êtes bien sur RMC et BFM TV, bonjour Christophe Prudhomme, merci d'être avec moi ce matin pour répondre à nos questions. On a beaucoup de questions à vous poser parce que vous êtes médecin urgentiste à Bobigny en Seine-Saint-Denis et vous êtes porte-parole de la MUF, c'est l'association des médecins urgentistes de France. Les conseils, les gestes, les réflexes à avoir, la France est-elle prête avant ces journées et cet épisode inédit de canicule ? L'hôpital aussi est-il prêt ? 84 départements donc en alerte canicule, un épisode inédit qui va encore s'amplifier d'ici mercredi.
D'abord des questions très précises sur notre état physique, on ressent pour beaucoup d'entre nous une certaine fatigue. La première question, je l'ai bien vue ce matin, c'est est-ce que tu as réussi à dormir ? Comment notre corps réagit ?
C'est comme si on faisait des efforts soutenus, être confronté à cette chaleur. Dès que la température dépasse 20 degrés la nuit, on récupère moins bien. Et puis, on a un mode de vie qui n'est pas adapté. Il va falloir changer notre mode de vie et adapter les habitudes qui sont celles des habitants du bassin méditerranéen. C'est-à-dire se lever peut-être plus tôt le matin, faire la sieste l'après-midi et avoir des activités le soir. Et changer aussi nos modes vestimentaires. Le problème que nous avons en France, c'est que nos logements sont complètement inadaptés.
C'est-à-dire qu'on a fait beaucoup d'efforts sur les économies d'énergie, mais on ne s'est pas préoccupé des problèmes de chaleur l'été. Dans tous les bâtiments, y compris dans les hôpitaux. Vous savez qu'on a des chambres d'hospitalisation qui sont exposées au soleil et où il fait 35 degrés dans les chambres. Comment vous voulez qu'une personne qui vient d'être opérée puisse supporter cette température ? C'est encore pire pour les gens qui sont, par exemple, à Paris sous les toits. Les toits en zinc, c'est une catastrophe. Donc voilà, il y a à se préoccuper de cette question de l'habitat. Et dans l'habitat, vous savez, c'est les plus pauvres qui souffrent le plus. Et c'est un vrai problème.
Et parmi les plus pauvres, il y a une partie de la population âgée qui cumule à la fois le fait qu'ils soient âgés et qu'ils sont fragiles et qu'ils ont des conditions d'habitat qui sont inadaptées.
L'habitat, les habitudes, les réflexes, les gestes, des questions d'abord toutes bêtes, docteur. Boire ? Combien ? Quand ? Un peu tout le temps ? Quels sont vraiment les conseils de base que vous pouvez nous donner, d'abord pour tout le monde ? Et ensuite, je vous poserai des questions plus spécifiques sur les enfants et les besoins.
Un des rares progrès qu'on a fait depuis 2003, c'est qu'on a diffusé beaucoup de conseils qui sont adaptés. Vous faites le relais dans les médias. Donc voilà, il faut effectivement boire. Alors, boire pas que de l'eau. Parce que quand on suit, on perd aussi des sels minéraux. Dans du sel, il suffit de passer son doigt sur sa peau et de le mettre à la bouche et on verra que c'est salé, la sueur. Donc, il n'y a pas besoin d'acheter des choses très très chères. Il suffit de couper votre eau avec un petit peu de jus de fruits et puis de mettre une cuillère à café de sel avec le sucre du jus de fruits.
Vous voyez, vous mettez 10 ou 15% de jus de fruits, de l'eau, un petit peu de sel et ça vous fait une solution de réhydratation complètement adaptée.
Ce n'est pas forcément très bon ? Ah si, c'est bon, c'est bon.
Vous ne sentez pas le sel, vous ne sentez pas le sel du tout. Et donc, c'est très bon. C'est bien mieux que, je ne vais pas citer de marques, que des marques de solliciers. C'est fabriqué maison, c'est pas cher. C'est fabriqué maison, voilà, que les solliciers de réhydratation qui sont très chères et vous pouvez le faire à la maison sans aucun problème.
Les enfants et les plus âgés, vous citiez évidemment la grande canicule de 2003. C'est la grande question, c'est la grande inquiétude, c'est nos personnes âgées, la question du pic de mortalité des plus âgés. Est-ce qu'aujourd'hui, malgré ce que vous disiez pour commencer, c'est-à-dire l'inadaptation, y compris parfois des chambres d'hôpital, est-ce qu'il faut faire plus attention ? Est-ce qu'on a appris un peu plus à faire attention ? Qu'est-ce que vous voyez-vous dans vos urgences ?
Le problème des urgences aujourd'hui, c'est que nous sommes en situation de crise permanente. Et là, c'est un vrai problème. Parce que vous savez, le problème des urgences, on s'est beaucoup attardé sur les gens qui viendraient pour rien. C'est pas le problème du flux qui nous handicap aux urgences. Vous savez, la personne, elle vient, elle peut attendre, elle repart sur ses deux jambes. C'est pas un problème avec une ordonnance. La question pour nous, c'est les personnes qu'on doit hospitaliser. Et en particulier, dans cette période, forcément, les personnes âgées souffrent plus. Elles vont avoir ce qu'on appelle, elles vont décompenser leur maladie chronique.
Vous voyez, il y a une insuffisance respiratoire, une insuffisance cardiaque. Et on a besoin de les hospitaliser. Et on n'a pas de lit. On a encore moins de lit pendant l'été. Parce que nous sommes à flux tendu sur le personnel. Et qu'aujourd'hui, les directeurs d'hôpitaux ferment des lits. Parce qu'il faut que le personnel parte en vacances. Parce qu'on a déjà tiré la corde en permanence. Vous savez, on parle beaucoup des plans blancs. Mais les plans blancs sont déclenchés en période normale tout au long de l'année. Donc déclencher un plan blanc l'été, on n'aura pas de personnel supplémentaire. Donc le problème, il est là.
C'est-à-dire qu'on va avoir cet été des gens qui vont être sur des brancards. Pendant 24-48 heures, dans les locaux complètement inadaptés. Et ça, c'est source de surmortalité. C'est source de surmortalité. Et ça, c'est catastrophique. Vous savez qu'on a chiffré la surmortalité du haut dysfonctionnement des services. Vous savez, le fait qu'on doit appeler le 15, le fait qu'il n'y a pas de véhicule du SAMU. Entre 1500 et 2000 personnes d'essais évitables aux urgences.
Évitables. C'est-à-dire que c'est des gens qui ne devaient pas mourir.
C'est des gens qui ne devraient pas mourir parce que, vous savez, vous en venez de dire quelques-uns. Des personnes qui meurent sur des brancards ou des personnes qui ont trouvé un service d'urgence fermé qui font des dizaines de kilomètres. Vous savez, là, il commence à y avoir une colère de la population très importante.
Ça veut dire qu'au fond, la canicule, elle est comme le révélateur. C'est-à-dire qu'elle exacerbe les difficultés qu'il y a déjà.
On n'a rien appris de la canicule, on n'a rien appris de la crise Covid. C'est-à-dire que là, vous voyez, qu'est-ce qu'on nous demande ? On nous demande de faire 20 milliards d'euros d'économie. Comment voulez-vous faire ? Moi, je suis médecin. Moi, je dis au gouvernement, si effectivement il faut qu'on fasse 20 milliards d'euros d'économie, il faut nous dire les patients qu'il ne faut pas soigner. Voilà. Et ça, c'est un débat avec la population. Est-ce qu'on va mettre plus d'argent dans l'hôpital ou plus d'argent dans l'armée ?
En fait, vous mettez les pieds dans le plat, mais vous dites, on se retrouve aujourd'hui à devoir parfois prioriser. On ne va pas dire sélectionner, on va dire prioriser. Mais c'est au fond une manière de dire, c'est-à-dire qu'il y a des gens qu'on va laisser tomber.
Alors, notre travail d'urgentisme, c'est le tri. Mais le tri, ça doit être en fonction du degré d'urgence, pour ceux qui doivent passer en priorité et ceux qui peuvent attendre un petit peu. Aujourd'hui, on trie en laissant des gens dans des conditions qui sont inadmissibles. Une personne qui est sur un brancard aux urgences, qui n'a pas de lit, c'est une surmortalité. C'est une surmortalité de 9% tous patients confondus, de 30% pour les patients les plus graves. Voilà, parce qu'on n'a pas de lit, simplement parce qu'on n'a pas de lit.
Mais est-ce que ça veut dire, Christophe Podhomme, que ceux qui nous écoutent, qui ont dans leur famille peut-être des personnes âgées un peu fragiles, qui se disent potentiellement, dans les 24 heures, il va falloir que je les emmène aux urgences, est-ce qu'il vaut mieux qu'ils les gardent chez eux, qu'ils s'en occupent, qu'ils les rafraîchissent à la maison ? Ou est-ce qu'on peut quand même prendre le risque, j'allais dire, d'aller aux urgences ?
Non, la question, ce n'est pas prendre un risque d'aller aux urgences. La question, c'est d'avoir un soutien médical. Le premier soutien, c'est effectivement d'appeler le 15, pour pouvoir déjà essayer de débrouiller un petit peu l'affaire. Et s'il y a besoin d'aller à l'hôpital, il faut aller à l'hôpital. Vous savez, une des causes de la surmortalité, c'est le retard à la prise en charge. Donc, quand il y a des signes de gravité, vous appelez le 15, et s'il y a des signes de gravité et qu'on vous dit qu'il faut aller aux urgences, soit vous vous emmenez la personne vous-même, soit c'est une ambulance ou les pompiers, mais il ne faut pas retarder la prise en charge.
Tout retard à la prise en charge, c'est de la surmortalité.
Donc, allons aux urgences dès qu'il y a besoin. Vous allez nous dire dans un instant les signes auxquels il faut être attentif. Je voudrais juste vous citer l'un de vos confrères, Eric Thibault, il est chef des urgences à Colmar, qui est un département en vigilance orange comme la plupart des départements de France aujourd'hui. Le mois de juin, c'est déjà le plus gros mois d'actualité que j'ai connu en 15 ans de service. Ce mois, la vague de chaleur a joué évidemment un rôle, et la perspective d'un été caniculaire est déjà dans tous les esprits. Les vagues de chaleur entraînent plus d'hospitalisation sur des durées qui peuvent être assez longues, parce que les récupérations sont difficiles.
Vous redoutez l'été qui vient ?
On redoute l'été qui vient ? Vous savez, le problème qui se pose aujourd'hui, c'est qu'à chaque crise, à chaque été, on perd du personnel, parce qu'on n'a pas de reconnaissance. Donc, on va s'investir. Et là, à la rentrée, vous allez avoir des médecins qui vont démissionner des urgences, des infirmières, des aides-soignantes. C'est catastrophique, parce qu'on ne priorise pas. Vous savez, aujourd'hui, on nous parle de quoi ? On nous parle... Il faut faire en permanence des efforts. Mais des efforts pour qui ? Vous voyez ? Est-ce que ce qui compte aujourd'hui, ce sont les entreprises du CAC 40 ou nos services publics ? Moi, je pense que...
Là, c'est aussi l'élu syndical.
Oui, mais parce qu'on parle d'argent. Donc, la question aujourd'hui, c'est que... Vous savez, moi, je pense qu'il n'y a pas de déficit à la sécurité sociale. Il y a un manque de recettes. On ne compense pas toutes ces exonérations de charges. Et vous voyez, il y a un problème aujourd'hui. Dans notre société, qui est le mieux reconnu comme métier ?
C'est la question de la reconnaissance, et on le sent très bien. C'est une question que je vous pose d'ailleurs régulièrement, à vous ou à vos confrères, au fond, depuis le Covid. Depuis qu'à nouveau, on a redit combien vous nous étiez absolument essentiels.
Mais oui, mais aujourd'hui, il vaut mieux faire une école de commerce et faire trader à la défense que faire réanimateur néonatal ou médecin urgentiste. Et ça, c'est un problème dans notre société. C'est une question de valeur, vous voyez ? Parce que ça, c'est la vraie politique. Quelle valeur on défend dans notre société ? Est-ce qu'on donne les moyens à un service de santé de fonctionner correctement ? Alors effectivement, ça ne peut pas être à guichet ouvert. Mais quand même, le problème, c'est que nos moyens ont diminué ces dernières années. Nos moyens ont diminué au regard de l'augmentation des besoins.
Quand vous avez une population qui vieillit, et des progrès médicaux qui font qu'aujourd'hui, un certain nombre de cancers deviennent des maladies chroniques, il faut mettre les moyens plus sur la santé et moins sur d'autres secteurs. Autrement, ça veut dire que c'est une société qui régresse.
Donc effectivement, c'est à ce moment-là qu'arrive ce genre de pic de crise sur un hôpital dont vous nous dites qu'il est déjà totalement...
Et ça nécessiterait un vrai débat politique avec la population. Est-ce qu'on met plus d'argent dans la santé et moins dans d'autres secteurs ? Parce que quand j'entends des politiques, un certain nombre d'éditeurs réalistes sur vos plateaux qui expliquent qu'il va falloir faire des efforts pour passer à 5% de dépenses dans l'armement, il y a quand même un problème. Parce qu'on sait que ça serait au détriment des services publics, et en particulier des services publics de santé.
Et quand je reçois ici les généraux, ils me disent l'inverse de vous. Ils me disent... Oui, mais vous savez, moi, je commence à avoir les cheveux blancs.
On nous parlait des chars soviétiques en 1981 qui viendraient à Paris. Aujourd'hui, on nous fait peur avec... Il arrive un moment donné, il faut qu'on fasse des choix. Oui, on a sûrement besoin d'une armée. Oui, on est dans un pays... On ne passera pas d'armée immédiatement. Mais la question, c'est est-ce que ça doit se faire au détriment de qui doit faire des efforts aujourd'hui ? Est-ce que c'est le service de santé ?
Vous avez le sentiment d'avoir déjà beaucoup fait ? Je vais vous poser aussi la question tout à l'heure de ce que dit le patron de la Sécurité sociale, qui lui aussi regarde la question des sous, puisqu'on en vient toujours au nerf de la guerre, et qui, effectivement, veut faire des économies sur un certain nombre de points. Mais j'en reviens au conseil très pratique d'aujourd'hui. On parle beaucoup aussi de ceux qui travaillent dans la chaleur, y compris vous, dans les hôpitaux, y compris les malades eux-mêmes, qui remontent parfois du bloc opératoire et qui sont épuisés. On nous dit qu'il y a un numéro vert. Est-ce que ça vous paraît utile ? Qu'est-ce qui est le plus utile aujourd'hui ?
Appeler le SAMU ou appeler le numéro vert ?
Non, s'il y a un problème de santé, si la personne ne va pas bien, son état de santé s'est dégradé, il faut appeler le 15. Vous aurez quand même la possibilité de pouvoir dialoguer avec un médecin et de pouvoir détecter des signes de gravité nécessitant une prise en charge ou simplement avoir des conseils pour pouvoir rester à la maison. Vous voyez, le centre 15 donne énormément de conseils. Vaut mieux appeler pour rien, enfin pour rien. On n'appelle jamais pour rien. Et puis pouvoir être rassuré et rester à la maison. Mais par contre, effectivement, je vous dis, le 15, comme les urgences, c'est le tri.
Il faut qu'on puisse individualiser les personnes qui nécessitent une vraie prise en charge. Parce que, je le répète, tout retard à la prise en charge, c'est de la surmortalité.
On a parlé des personnes âgées, je dirais qu'on parle des enfants. Il y a eu cette question, faut-il ou non faire des sortes de vacances anticipées, ne pas envoyer les enfants à l'école ? Finalement, Elisabeth Borne, la ministre de l'éducation, a tranché en disant que seules quelques écoles, au cas par cas et en fonction vraiment de la situation, seraient fermées. Au final, c'est 200 écoles qui seront fermées sur 45 000 en France. Est-ce qu'effectivement, il y a celles qui sont fermées et il y a celles qui ont quand même envoyé des mails à tous les parents en disant, si vous avez les moyens, gardez vos enfants chez vous. Est-ce que vraiment, ils seront mieux chez vous ?
Non, c'est une erreur. Il faut que les enfants aillent à l'école parce que ceux qui n'iront pas à l'école et qui sont dans des familles en général pauvres, dans des logements inadaptés, ils sont mieux à l'école que chez eux.
Oui, parce que vous parliez à l'instant de la question des habitats et des bouilloirs thermiques et de la question aussi de la précarité.
Et donc, vous vous rendez compte, on fait reposer sur les parents qui ont souvent un travail, etc. Donc, qu'est-ce qu'ils vont faire les enfants ? On va lui dire, ils traînent dans la rue. Vous voyez, parce que M. Ratailleux va lui dire, les enfants traînent dans la rue. Oui, ils traînent dans la rue parce qu'ils ne sont pas à l'école. Vous voyez, c'est la même chose sur la cantine à l'école. Ça, c'est un problème de santé publique. Il faut que tous les enfants mangent à la cantine un vrai repas. À leur faim. À leur faim, parce qu'un certain nombre d'enfants, c'est le seul vrai repas adapté qu'ils vont manger. Voilà, donc l'école, ça doit être ouvert tous les jours.
C'est un service public essentiel et qui est essentiel pour rétablir...
Vous faites conscience aux professeurs pour adapter la situation ?
Oui, il faut pouvoir adapter. Après, il faut aussi que tout le monde fasse des efforts. C'est-à-dire qu'on adapte aussi les écoles, qu'on les rénove. Les îlots de fraîcheur dans les écoles, c'est qu'on termine avec ces cours bétonnés et qu'on remette des arbres dans les cours d'école. Voilà, il faut qu'on change. Le tournant n'a pas été pris. Vous savez, le tournant n'a pas été pris sur le fait qu'on va avoir des étés de plus en plus chauds.
Et donc, il va falloir mettre le paquet pour rénover l'habitat, pour rénover les villes, pour créer des îlots de fraîcheur, pour que les gens puissent, quand ils sont chez eux dans des logements complètement inadaptés, ils puissent aller dans un endroit frais, sous les arbres, avec un petit peu d'air. Ça, c'est important aussi, proche de chez eux.
Christophe Podhomme, je le rappelle, vous êtes médecin urgentiste. À Bobigny, en Seine-Saint-Denis, vous êtes aussi porte-parole de l'Association des médecins urgentistes de France. Est-ce que nos enfants courtent un danger avec la chaleur ? C'est-à-dire qu'on parle beaucoup du danger du froid. On parle d'ailleurs, chaque année, de plans grands froids. Est-ce que la chaleur est désormais considérée comme un risque à peu près comparable et pour lequel il faudrait un plan grand chaud ?
Pour les gens qui sont à la rue, c'est la même chose que le froid. Il faut les mettre à l'abri. Or, on se préoccupe de l'hiver et pas du chaud. En 2003, beaucoup de gens qui étaient à la rue sont morts. On a parlé beaucoup des personnes âgées, mais il y a tous les patients qui ont des troubles psychiatriques de santé mentale et qui prennent des médicaments pour cela. Or, ces médicaments, ce qu'on appelle les psychotropes, font très mauvais ménage avec les grandes chaleurs. Donc, il faut les surveiller plus particulièrement.
Et puis, il y a aussi le fait qu'il faut que les médecins traitants fassent le tour de leurs patients, en particulier tous ceux qui ont des traitements lourds, des traitements à visée cardiaque pour éventuellement diminuer les doses parce qu'on a énormément de malaise, d'appel au SAMU pour les gens qui n'ont pas diminué leur dose de médicaments pendant les périodes de grande chaleur. Vous voyez, en particulier les antihypertension, les médicaments font chuter la tension. Votre tension chute quand il y a des grandes chaleurs parce que, vous savez, on a les veines qui apparaissent, ce qu'on appelle une vasodilatation. Et donc, il faut adapter le traitement.
Et ça, c'est le rôle des médecins de passer un petit coup de fil à leurs patients pour leur dire comment vous allez, est-ce que vous avez vérifié votre tension ? Peut-être, pendant la période de chaleur, il faudra diminuer votre dose de médicaments où vous venez me voir si vous n'allez pas bien.
Ça veut dire aussi que vous alertez tous ceux qui nous écoutent, qui prennent par exemple des psychotropes. Il faut qu'ils appellent leur médecin. Si le médecin ne vient pas à eux, qu'ils aillent vers le médecin.
Surtout ceux qui ont des médicaments à visée cardiaque. Pour les psychotropes, il faut que les médecins les informent, les patients, des signes de gravité. S'il y a effectivement...
C'est quoi les signes de gravité ? À quels signes faut-il être particulièrement attentif ?
On ne suit plus. Le premier signe, c'est que si on n'a plus de transpiration, c'est une catastrophe. Ça veut dire qu'on est déjà déshydraté. Et puis, il faut surveiller sa température. Dès que la température augmente alors qu'il fait chaud à l'extérieur et qu'on est au-dessus de 38,5, il faut effectivement prendre des mesures. Des mesures qui peuvent être prises à la maison par l'entourage pour faire diminuer la température. Mais si vous avez des troubles cardiaques, respiratoires, c'est mieux d'avoir un avis médical au moins au téléphone.
Donc, c'est très important ce que vous nous dites. Au fond, si on transpire, c'est bon signe. Ah oui, c'est bon signe. C'est si on ne transpire pas que c'est très mauvais signe. Voilà.
Le message, dès qu'on ne transpire plus, on est déjà déshydraté. Et si on est déshydraté avec un organisme qui est déjà fatigué parce qu'on a une maladie chronique, eh bien, c'est un signe de gravité.
Pourrons-nous faire face à d'éventuelles épidémies ? On parle de la question de l'arrivée du chikungunya, y compris en métropole. La question du moustique-tigre qui pourrait en être l'un des vecteurs. Est-ce qu'on a les moyens ? Je vous repose aussi la question de cet hôpital qui craque, évidemment. Mais est-ce qu'on aurait les moyens de faire face à cette épidémie ?
Non, on n'a plus les moyens aujourd'hui à l'hôpital de faire face à toute augmentation ponctuelle d'activité. Vous voyez, que ce soit la grippe l'hiver, les pics de chaleur l'été. On est déjà sous tension tout au long de l'année. Et donc, il va falloir s'en préoccuper parce que là, le système est en train de s'effondrer. Quand vous avez des départements comme les Alpes-de-Haute-Provence, vous avez les soirs où tous les services d'urgence sont fermés. Il faut appeler le 15. Il y a une maman qui a témoigné. Il a fallu qu'ils aillent jusqu'à Aix-en-Provence.
Et encore à Aix-en-Provence, il y a une maman qui s'est émue du fait qu'Aix-en-Provence, ce n'est pas une petite ville, les urgences étaient fermées. On lui a dit d'aller à l'hôpital Nord à Marseille pour son enfant. Donc, il arrive à un moment donné. Moi, je n'accepte pas mes collègues médecins qui disent « Ah, mais ce n'est pas grave. Finalement, ce n'était pas aussi grave que ça. La personne n'est pas morte. » Enfin, voilà. Je vous dis, on compte les morts évitables aujourd'hui. Et si c'était que pour les urgences. Je vais vous donner un autre chiffre pour vos auditeurs. On a une mortalité des enfants en France qui est catastrophique. On a régressé ces 20 dernières années.
La mortalité infantile est remontée en France.
C'est une catastrophe. Si on avait les mêmes taux de mortalité que la Finlande, il y aurait 1200 bébés. 1200 bébés qui ne mourraient pas chaque année en France. Donc, ça, c'est une urgence. Voilà. Donc, la question, ce n'est pas toujours plus de moyens. Il y a besoin de réorganiser le système de santé. Vous savez, aujourd'hui, la liberté d'installation des médecins, la médecine libérale, on a besoin de centres de santé pluriprofessionnels. On a besoin d'hôpitaux dans le cadre de l'aménagement du territoire. Il ne faut pas qu'on concentre les moyens dans les métropoles.
Il faut qu'on irrigue le territoire pour que chaque citoyen soit à moins de 30 minutes d'un hôpital ouvert 24 heures sur 24, pas avec un service d'urgence fermé la nuit. Vous voyez, parce que c'est abandonner la population. Des départements comme les Abdelhobe-Provence, l'Orne, la Mayenne, mais c'est une population qui a abandonné l'Aisne. Enfin, voilà, ce n'est pas possible qu'on continue comme ça. Le rôle de l'État, et c'est un principe constitutionnel, c'est d'assurer l'égalité de traitement de tout citoyen, quel que soit son lieu de résidence sur le territoire. Or, aujourd'hui, l'État, c'est-à-dire le gouvernement, ne remplit pas sa mission.
Vous nous dites qu'aujourd'hui, à l'aube de ces trois jours de canicule, il y a des gens qui n'ont pas les mêmes soins suivant l'endroit où ils habitent en France.
Tout à fait. Si vous avez la malchance d'être dans des zones... Alors, ce n'est pas que la campagne. Vous voyez, en Seine-Saint-Denis, nous avons beaucoup moins de moyens que dans l'Ouest parisien. Alors qu'on a une population qui nécessiterait plus. Parce que vous avez moins de cliniques privées, parce que... Parce qu'on a moins d'hôpitaux, on a moins de lits, etc. Il y a moins de services publics. Il y a moins de services publics en Seine-Saint-Denis que dans les Hauts-de-Seine ou dans les Yvelines. Voilà. Donc, ça, c'est une réalité. Et puis, vous avez des zones de campagne qui sont complètement abandonnées. Abandonnées, où il faut faire une heure de route pour arriver à l'hôpital.
Une heure de route pour arriver à l'hôpital. Même si vous avez appelé le Centre 15 qui vous a donné des conseils. C'est prendre des risques. Et ça s'appelle une perte de chance par défaut de moyens. Une perte de chance par défaut de moyens. Eh bien, moi, je dis aujourd'hui aux citoyens français qui ont vécu cette situation, qui portent plainte au moins pour la bonne cause, pour que l'État soit mis sous pression. Pas pour qu'on cherche le bouc émissaire qui seront les professionnels de santé, mais pour qu'au moins on pousse l'État à remplir ses responsabilités. C'est-à-dire donner les moyens au système de santé de traiter les gens correctement dans un pays riche et développé.
Merci beaucoup Christophe Prédome,
médecin urgentiste passionné à Bobigny en Seine-Saint-Denis et puis porte-parole de l'Association des médecins urgentistes de France.