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interviewfranceinfo — 8h30 franceinfo· 29 mars 2021 25 min

Confinement, commerces autorisés à ouvrir, donations, aides à Air France... Le "8h30 franceinfo" de Bruno Le Maire

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:01
Présentateur

Bonjour Bruno Le Maire. Bonjour. Des contaminations qui bondissent partout en France, nos voisins européens qui nous classent les uns après les autres en zone rouge, et des médecins désormais qui disent qu'ils vont devoir bientôt faire le tri entre les malades. Est-ce qu'on va droit dans le mur ?

0:18
Bruno Le Maire

On va vers une aggravation, on le voit bien, de la situation sanitaire. Je pense que chacun l'a constaté. Je crois que le président de la République a été extrêmement clair ce week-end en disant que s'il y avait des mesures supplémentaires à prendre, ces mesures seraient prises. Je crois que si on prend juste un tout petit peu de recul pour bien comprendre la méthode qui était celle du gouvernement, c'est d'adapter en permanence les dispositifs à la réalité de la situation sanitaire. Essayer de conjuguer vie économique, vie sociale et protection contre le virus et adapter les dispositifs en fonction des résultats sanitaires.

C'est ce que nous faisons depuis maintenant plusieurs semaines avec la volonté à la fois, parce que c'est la priorité absolue, de protéger la sécurité sanitaire des Français, mais de tenir compte aussi de ce que sont les conséquences économiques, les conséquences sociales, je dirais aussi les conséquences morales de la fermeture des commerces, d'une économie qui ne tourne pas à plein régime. Tout ça a des conséquences sur les Français, sur leur vie sociale, sur l'emploi et nous devons aussi en tenir compte. Mais est-ce qu'aujourd'hui, l'économie n'a pas pris le pas sur tout le reste et surtout sur le sanitaire ? Absolument pas. Mais vraiment, je vous dis très clairement, absolument pas.

Parce que ce n'est pas comme ça que nous réfléchissons avec Olivier Véran, avec le Premier ministre, avec le Président de la République. Il n'y a pas un camp contre l'autre. Il n'y a pas l'économie contre la santé. D'abord, ce serait stupide et ce serait irresponsable. Quand je fais des recommandations comme ministre de l'Économie et des Finances au Premier ministre, au Président de la République, c'est en tenant compte aussi de la sécurité sanitaire des Français. Quand Olivier Véran fait des recommandations sanitaires, il a aussi à l'esprit qu'elles peuvent avoir des conséquences économiques et que ces conséquences économiques peuvent être dramatiques.

Il y a un seul gouvernement, une seule majorité qui essaye de concilier sécurité sanitaire et maintien d'une activité économique qui est vitale pour une nation comme la France.

2:12
Invité

Bruno Le Maire, on a beaucoup entendu ces derniers jours dans la bouche de l'exécutif qu'un jour de non-confinement, c'est un jour de gagné. Vous le dites ce matin, encore aujourd'hui ?

2:20
Bruno Le Maire

Je dis qu'éviter aux Français le confinement, éviter la fermeture des écoles aussi longtemps que c'est possible, oui, c'est une bonne décision. Quand les enfants ne sont pas scolarisés...

2:32
Invité

Il n'y a pas d'empêtement de la part du Président de la République.

2:33
Bruno Le Maire

Tous ceux qui ont des enfants le savent parfaitement. Ce n'est pas la même chose d'avoir ces enfants chez soi. C'est pénalisant. C'est pénalisant pour les parents. C'est difficile de leur faire court. Le cours par visio, c'est très bien, mais chacun sait que c'est un pisalet, que c'est beaucoup mieux qu'ils puissent être à l'école. Chacun sait que les enfants les plus défavorisés sont ceux qui prennent le plus de retard lorsqu'ils ne vont pas à l'école. Donc oui, je pense que c'est un choix responsable de dire que tant que nous pouvons faire autrement que prendre des mesures de confinement strictes et fermer les écoles, il faut faire autrement.

C'est le choix qui a été fait par le Président de la République et je pense que c'est un choix responsable.

3:06
Présentateur

Donc l'exécutif aujourd'hui ne s'interdit rien, Bruno Le Maire, en fonction de l'évolution de l'épidémie. Tout est sur la table, y compris le confinement version 1, version printemps 2020.

3:17
Bruno Le Maire

Mais toutes les options sont sur la table pour garantir la sécurité sanitaire des Français. Il faut juste s'assurer que c'est efficace. Parce que je vois beaucoup de conseils qui sont donnés par les uns et par les autres qui vous disent qu'on aurait dû faire ceci, on aurait dû faire cela. Enfin, je regarde aussi ce qui se passe dans d'autres pays européens. Je vois qu'il y a des choix différents qui ont été faits, de confinement d'ailleurs plus ou moins strict, de confinement régionaux, de confinement nationaux, avec des résultats qui sont malheureusement, reconnaissons-le, décevants. Avec un coût qui est élevé et des résultats sanitaires qui sont décevants.

On le sait tous, la seule solution, il n'y en a pas deux, c'est la vaccination de masse. Et c'est dans cette course-là que nous sommes engagés, accélérer la vaccination, essayer de limiter le plus possible des mesures qui, je le redis, quand on ferme une école, quand on ferme des commerces, quand on ferme l'activité économique, ont des conséquences sociales, morales, de long terme sur la nation française.

4:07
Invité

Justement, un mot sur les écoles. Que va-t-il se passer pour les parents dont les enfants verront leur classe fermée ?

4:13
Bruno Le Maire

Je ne suis pas ministre de l'Éducation nationale, donc il faudra poser la question à Jean-Michel Blanquin. Mais oui, rien que la question que vous posez montre à quel point il y a à chaque fois des conséquences en chaîne. Et tous ceux qui vous expliquent que c'est très simple, c'est très facile, ils ont la solution toute faite.

4:28
Invité

Chômage partiel, c'est possible de l'envisager.

4:30
Bruno Le Maire

Et ne mesure pas à quel point cela a des conséquences qui sont lourdes pour nos compatriotes.

4:34
Présentateur

La liste des commerces fermés, Bruno Le Maire, a-t-elle vocation à changer dans les jours qui viennent ? Tout le monde vous a donné le même exemple ces derniers jours. Pourquoi les vendeurs de chaussures sont fermés quand les cordonniers, eux, sont ouverts ? Pourquoi les coiffeurs sont ouverts quand les visagistes sont fermés ? Est-ce que tout ça est gravé dans le marbre ou est-ce que tout ça peut encore bouger ?

4:52
Bruno Le Maire

La liste des commerces fermés ou autorisés à ouvrir ne changera pas. Cette liste des commerces, nous l'avons arrêtée avec le président de la République et le Premier ministre il y a plusieurs jours. Je ne dis pas que c'est une liste parfaite. On peut prendre chacun des exemples. Je ne vais pas me lancer dans les explications techniques. Pourquoi est-ce que les cordonniers sont ouverts ? Parce qu'ils sont dans le code des réparateurs et que les réparateurs sont importants pour les outils informatiques, par exemple. Mais la liste des commerces ne changera pas. Pourquoi ?

Tout simplement parce qu'il y a une dégradation de la situation sanitaire et que je pense qu'il ne serait pas compréhensible qu'au moment où la situation sanitaire se dégrade, où c'est difficile pour les soignants, c'est difficile pour les personnels hospitaliers, nous envoyons un message d'ouverture d'autres commerces. Je sais à quel point c'est dur pour les commerçants, c'est pénalisant. Je sais qu'il y a des incompréhensions. Je suis à leur contact et je les écoute tous les jours, tous les jours, tous les jours avec mon ministre délégué au PME, Alain Griset.

5:45
Invité

Donc même si les mesures de réflexion devaient durer, cette liste ne bougera pas ?

5:48
Bruno Le Maire

Non, cette liste ne bougera pas. Je pense qu'aujourd'hui, lancer le signal que nous rouvrons des commerces, alors même que la situation sanitaire se dégrade, ça n'est pas l'intérêt général du pays. L'intérêt général du pays, c'est bien faire comprendre que la situation sanitaire n'est pas satisfaisante, qu'il faut tous que nous respections les gestes barrières, que nous soyons responsables. Moi, je veux dénoncer l'irresponsabilité totale de ceux qui font des carnavals à Marseille ou à Sète, qui pensent qu'ils font la révolution. Ils ne font en fait que menacer la santé des autres. C'est tout.

Et je trouve que c'est une attitude qui est fortement condamnable parce qu'elle touche la santé de leurs proches. Donc au moment où cette situation sanitaire se dégrade, une fois encore, il ne serait pas compréhensible de modifier la liste des commerces. Moi, je suis à disposition de tous les commerçants.

6:34
Présentateur

Ni dans un sens, ni dans l'autre, Bruno Le Maire. Pas de fermeture supplémentaire et pas d'ouverture.

6:36
Bruno Le Maire

En tout cas, vous m'interrogez sur est-ce qu'on va élargir la liste des commerces qui sont autorisés à ouvrir ? La réponse est clairement non. Les Français ont besoin de clarté. Je préfère assumer cette décision, le dire clairement à tous ceux qui nous écoutent, dire aussi aux commerçants que, comme toujours, ma porte est ouverte pour regarder comment les protéger, comment les indemniser, notamment sur la question des stocks sur lesquels nous avançons bien avec Alain Griset. Mais les choses doivent être claires. Nous n'ouvrirons pas de nouveaux commerces.

7:01
Présentateur

C'est-à-dire sur les stocks, est-ce qu'on pourrait autoriser les commerçants à organiser des soldes exceptionnels cet été, par exemple, en dehors des périodes classiques ?

7:09
Bruno Le Maire

On peut les autoriser à faire des soldes exceptionnels, à liquider leurs stocks. Je crois surtout que ce que nous proposons, c'est qu'il y a un inventaire qui soit fait au moment où les commerces rouvriront, que cet inventaire, pour éviter tous les abus, soit fait par un tiers de confiance, et que sur la base de cet inventaire fait par un tiers de confiance, il y ait une indemnisation des commerçants qui sont concernés, avec une priorité, je le dis, vous avez cité les magasins de chaussures, pour l'habillement, et pour tous les magasins d'habillement, les chausseurs en particulier, parce que c'est eux qui sont aujourd'hui les plus pénalisés par la fermeture des commerces.

7:41
Présentateur

Le fil info à 8h40, et on vous retrouve dans un instant, Bruno Le Maire. Voici Mélanie Delonnet.

7:47
Invité

Au lendemain des manifestations pour réclamer une vraie loi climat, ce texte, inspiré des travaux de la Convention citoyenne, arrive à l'Assemblée, mais trop de propositions ont été détricotées, regrette la gauche et les écologistes. 7000 amendements ont été déposés. Dans les 19 départements quasi reconfinés, de nouvelles règles en cas de Covid, à l'école, un seul test positif, et c'est la classe qui fermera. Pour les commerces, la liste de ceux qui y sont fermés ne changera pas, le ministre de l'économie Bruno Le Maire vient de l'annoncer sur France Info.

Près de 4,5 millions d'euros de promesses de dons pour lutter contre le SIDA, c'est le bilan du week-end du SIDAction, et c'est presque autant que le record d'il y a deux ans. Les manœuvres de remorquage sont en cours dans le canal de Suez pour débloquer le navire qui empêche la circulation depuis six jours maintenant, le porte-conteneurs presque remis dans la bonne direction. Près de 400 bateaux attendent de chaque côté que la circulation reprenne. France Info.

8:41
Présentateur

Le 8.30 France Info, Myriam Ancawa, Marc Fauvel.

8:47
Invité

Toujours avec Bruno Le Maire, ministre de l'économie et des finances, on va parler du plan de relance français, européen. Mais d'abord, quand est-ce que le quoi qu'il en coûte va s'arrêter ?

8:57
Bruno Le Maire

Il s'arrêtera quand la crise économique sera derrière nous. Ce n'est pas au moment où la situation sanitaire se tend que nous allons expliquer aux commerçants qui sont fermés, aux restaurateurs, aux hôteliers qui souffrent, aux touristes qui, au monde du tourisme, que nous allons retirer les soutiens. Nous verrons, mois après mois, comment la situation évolue. Ce que je veux garantir à tous ceux qui bénéficient des aides, c'est que nous ne retirerons aucune aide brutalement. On ne va pas perdre en quelques semaines le bénéfice de tout ce que nous avons gagné sur 14 mois, c'est-à-dire protéger les salariés, protéger les compétences et protéger les entreprises.

La deuxième garantie que je veux donner, qui est très importante, c'est qu'il pourra être nécessaire de poursuivre le soutien à certains secteurs. Je pense en particulier au secteur de l'industrie aéronautique, aux sous-traitances, un secteur qui ne va pas redémarrer du jour au lendemain. C'est une affaire de deux ou trois ans. S'il faut par exemple prolonger le fonds qui permet aux PME de l'industrie aéronautique d'investir au-delà de début 2022, puisqu'il doit s'arrêter début 2022, moi je suis prêt à regarder avec les acteurs de l'aéronautique s'il est nécessaire de prolonger ce fonds.

Parce que derrière, c'est toute la puissance économique du pays qui est en jeu, c'est des territoires, c'est des emplois, c'est des PME industriels, et il est hors de question de perdre ces compétences.

10:13
Invité

Il y a d'autres secteurs à part l'aéronautique ?

10:15
Bruno Le Maire

Dans les secteurs industriels qui sont aujourd'hui les plus fragilisés par la crise, il y a l'industrie aéronautique. Et puis je pense aussi à tous les secteurs qui aujourd'hui vont faire l'objet de transitions très brutales et qu'il faudra accompagner. Prenez l'industrie automobile, le passage à la voiture électrique qui s'accélère va entraîner des transitions qui peuvent être brutales sur certains territoires. Qu'est-ce qu'on fait des fonderies ?

Moi je propose que nous ayons un tour de table avec l'ensemble des acteurs des fonderies qui font des fonderies à partir de pièces de fonte qui sont très menacées ou très fragilisées par la disparition des moteurs thermiques qui est prévue d'ici à quelques années et qu'on regarde comment accompagner les salariés, comment accompagner les ouvriers. Nous en avons discuté avec le secrétaire général CGT, Philippe Martinez. Je trouve que c'est une idée intéressante.

11:01
Invité

Accompagner les salariés, c'est de la relance dans les secteurs stratégiques, industriels notamment. Beaucoup estiment que le plan de relance au fond est mal calibré. François Bayrou estime que vous lésinez sur l'investissement. 60 milliards pour le plan de relance français.

11:16
Bruno Le Maire

Je pense que c'est une mauvaise critique et je pense que ce n'est pas voir les vrais enjeux de la relance. Le vrai enjeu de la relance, je veux dire, c'est que l'argent aille à ceux qui en ont besoin, à ceux qui sont fragilisés par la crise, aux entreprises, aux industries, aux territoires. C'est ce qu'il y a de plus difficile. Je suis allé par exemple à Fausse-sur-Mer la semaine dernière, près de Marseille, on a investi 15 millions d'euros dans l'acierie ArcelorMittal pour qu'elle se décarbone. Mais là, on va voir un projet concret, une usine qui va être décarbonée, de l'argent qui va être décaissé et des emplois pour les ouvriers au bout du compte.

Ça, c'est très concret, mais il faut des semaines pour trouver ce projet, pour le financer, pour monter le montage financier et s'assurer que l'argent crée bien de la relance économique. Donc mon défi pour 2021, et ce n'est pas que mon défi, c'est le défi de tous les Français, de tout le monde économique, c'est s'assurer que l'argent est décaissé, qu'il va, là on a besoin, qu'il crée de la croissance et de l'emploi. Quelle est la proportion du temps de relance qui a déjà été utilisé ?

C'est simplement très clairement à François Bayrou, s'il est nécessaire, au bout de l'année 2021, au début de l'année 2022, on se dit, voilà, on a accéléré la relance, on a bien décaissé, il faut plus d'argent pour tel ou tel projet, on regardera à ce moment-là. Mais c'est à ce moment-là seulement qu'il faudra faire le point.

12:25
Présentateur

Donc pourquoi pas une rallonge au plan de relance,

12:29
Bruno Le Maire

si je vous suis bien ? Parce qu'aujourd'hui, une rallonge...

12:31
Présentateur

Non, non, je reprends vos propos, ce n'était pas une nouvelle question, j'interprétais vos propos.

12:34
Bruno Le Maire

Si nous voyons au début de l'année 2022 qu'il y a d'autres projets qui doivent être financés, et que la relance ne suffit pas très bien, mais aujourd'hui, on a 100 milliards d'euros qui sont disponibles. On en a décaissé 26. Je vise en décaissé 40 en 2021. Si on arrive à décaisser plus que 40 en 2021 et qu'on voit qu'il y a d'autres projets qui restent sur la table qui ont besoin de financement, on fera le point à ce moment-là. Mais si on ne veut pas s'en mêler les pinceaux, je veux dire les choses très clairement, il faut procéder avec méthode. On a bâti le plan, on le décaisse, et on verra fin 2021 si des moyens supplémentaires sont nécessaires.

13:07
Présentateur

Le plan de relance, Bruno Le Maire, c'est 100 milliards d'euros. Vous avez rappelé le chiffre. Dans le même temps, les Français les plus aisés ont mis de côté depuis le début de la crise un peu plus de 130 milliards d'euros. Ça grimpera même à 200 milliards si l'on en croit les prévisions de la Banque de France. Est-ce que vous allez taxer cet argent ou inciter les Français qui ont de l'épargne à la retirer ?

13:23
Bruno Le Maire

D'abord, je vous arrête tout de suite. Ce n'est pas les Français les plus aisés. C'est tous les Français qui ont épargné. Il y a une minorité de Français qui sont en grande difficulté et que nous soutenons avec tous les moyens qui ont été mis dans le plan de relance. Mais c'est une grande majorité de Français qui ont pu mettre de l'argent de côté, d'ailleurs volontairement ou non.

13:41
Invité

Mais ce ne sont pas les plus modestes, tout de même, vous le reconnaissez, qui ont épargné.

13:44
Bruno Le Maire

Mais c'est la majorité des Français. Mais nous faisons des choses pour les plus modestes. Il ne faut pas oublier non plus les classes moyennes. Il ne faut pas oublier ceux qui travaillent et qui ont pu épargner. Il faut s'occuper de tous les Français, sans exception. En tout cas, ça a toujours été ma ligne de conduite. Et à tous les Français, sans exception, je veux dire des choses très claires, nous ne taxerons pas leur épargne. Ce serait profondément injuste alors qu'ils ont mis de l'argent de côté pour faire face à des dépenses imprévues pendant la crise. Et ce serait totalement inefficace parce que ça empêcherait, justement, la relance économique.

14:13
Présentateur

Alors, vous lisez la presse comme nous. Vous voyez les papiers qui fleurissent depuis plusieurs semaines. Sur l'angle, Bruno Le Maire veut favoriser les donations, favoriser les parents pour qu'ils donnent de l'argent à leurs enfants, les grands-parents. Est-ce que c'est exact ? Et est-ce que vous allez le faire ?

14:26
Bruno Le Maire

Oui, c'est exact. Je suis favorable. Qu'est-ce que nous pouvons faire de cette épargne ? Ces 200 milliards qui représentent quasiment le double du plan de relance lui-même et donc qui vont être très précieux pour la relance d'activité économique. D'abord, permettre aux Français d'investir dans l'économie, dans les PME, dans les entreprises. Ils le font. 800 000 PEA qui étaient ouverts depuis deux ans. Le plan d'épargne retraite que nous avons mis en place dans la loi PAC qui fonctionne remarquablement bien.

Les propositions de développement de l'actionnariat salarié qui ont été faites notamment par Jean-Noël Barraud, on a réussi à développer l'actionnariat salarié en baissant les taxes sur cet actionnariat salarié. S'il faut aller plus loin, là aussi, nous sommes ouverts parce que l'actionnariat salarié, c'est une très belle ambition et que nous sommes un peu en retard par rapport à d'autres voisins européens. Et sur les donations. Et puis, il y a un deuxième aspect, c'est dire, mais soyons très concrets, vous avez un enfant de 20, 22 ans, il n'a pas pu faire son stage, il n'a pas eu son contrat, il n'a pas eu la rémunération sur laquelle il comptait.

Est-ce que vous ne trouvez pas que ce serait juste de permettre à sa grand-mère, à son grand-père, peut-être à ses parents, de lui donner quelques milliers d'euros sans aucune taxe, sans aucun impôt, de façon à lui permettre de passer les mois qui viennent sans trop de difficultés pour les dépayer son loyer. C'est déjà le cas aujourd'hui, Bruno Le Maire, on peut donner 115 000 euros tous les... Je parle des grands-parents, ce n'est pas 115 000 euros pour les grands-parents, c'est beaucoup moins.

Et je pense que permettre à des grands-parents de soutenir leurs petits-enfants, de soutenir les jeunes qui sont ceux qui ont probablement le plus souffert de cette crise économique et de cette crise sanitaire. Moi, ça me paraît juste. Est-ce que c'est une politique pour les riches ? Mais enfin, dans quel pays est-ce qu'on vit ? Donner quelques milliers d'euros à son petit-fils ou à sa petite-fille, pour moi, ce n'est pas une politique pour les riches, c'est une politique de justice pour les classes moyennes, pour la solidarité entre générations qui est si importante.

C'est une manière de dire que nous sommes tous dans la même nation, que nous sommes tous solidaires et qu'il faut permettre à ceux qui sont plus âgés d'aider ceux qui sont plus jeunes. Jusqu'à quel plafond on pourrait donner sans être taxé ? Je vais être très clair là aussi, ce sera un plafond réduit. Parce qu'évidemment, si vous faites des plafonds qui sont trop élevés, je ne vais pas vous donner de chiffres précis aujourd'hui, mais quand je dis quelques milliers d'euros, ce n'est pas quelques dizaines de milliers d'euros. C'est un millier d'euros avec zéro taxe dessus. C'est clair sur le montant que ça pourrait représenter.

16:38
Présentateur

Une fourchette peut-être.

16:39
Bruno Le Maire

Zéro taxe, zéro impôt, quelques milliers d'euros, pas plus. Il ne s'agit pas de faire sauter les plafonds et de faire une politique qui est effectivement, pour le coup, là, bénéficierait uniquement en catégorie les plus aisées de la population française, de façon à marquer la solidarité entre générations, le soutien aux jeunes et la possibilité pour les grands-parents d'aider leurs petits-enfants sans aucune taxe et sans impôt. Pour être parfaitement précis, uniquement pour les petits-enfants ?

Non, ça peut être les enfants ou les petits-enfants, mais je pense que ceux pour lesquels c'est le plus judicieux, même si on peut laisser les choses totalement ouvertes, c'est pour les grands-parents où là, le plafond est plus bas.

17:11
Invité

Elle est arbitrée, cette mesure, cette proposition que vous faites ce matin par l'Elysée ?

17:16
Bruno Le Maire

Mais elle sera arbitrée dans les jours qui viennent, mais j'ai l'habitude de défendre ce en quoi je crois. Et comme je crois à la solidarité entre générations et que je pense que ce principe de donation, s'il est limité et qu'on n'a pas un plafond trop élevé est une bonne chose, j'ai l'habitude de défendre les idées dans lesquelles je crois.

17:31
Présentateur

Le ministre de l'Économie, Bruno Le Maire, invité de France Info jusqu'à 9h, le fil Info à 8h50 avec Mélanie Delaunay et on poursuit dans un instant.

17:39
Invité

Plus de 3200 classes fermées en fin de semaine dernière et sûrement davantage dans les jours qui viennent. Dans les départements réconfinés, à partir d'aujourd'hui, si un cas de Covid est détecté dans un établissement, c'est toute la classe concernée qui fermera. La liste des commerces autorisés à ouvrir ne changera pas lancer le signal que nous rouvrons des commerces alors même que la situation sanitaire se dégrade. Ça n'est pas dans l'intérêt général du pays, explique l'invité du 8h30 France Info, le ministre de l'Économie, Bruno Le Maire. Plus de 10 ans après les révélations sur le scandale du Mediator, c'est ce matin que le tribunal de Paris rend sa décision.

Les laboratoires serviers sont accusés d'avoir dissimulé la dangerosité de cet antidiabétique détourné comme coupe-fin. Les partis civils réclament 1 milliard d'euros de dommages et intérêts. Les débats seront animés et c'est tant mieux, dit le rapporteur général Climat, 7000 amendements déposés. Les députés commencent aujourd'hui à en discuter aux lendemains de manifestations pour réclamer une vraie loi climat. France Info.

18:39
Présentateur

Le 8h30 France Info, Myriam Ancawa, Marc Fauvel.

18:43
Invité

Bruno Le Maire, dans le dossier Air France, Bruxelles réclame des contreparties au plan de sauvetage. Est-ce qu'on est prêt d'un accord ?

18:50
Bruno Le Maire

Oui, nous sommes sur le point de conclure un accord avec la Commission européenne sur le dossier Air France. Je pense que c'est une très bonne chose. La négociation aura été longue et difficile. Elle n'est pas encore totalement achevée, mais elle est sur le point de s'achever. Ensuite, la Commission européenne devra adopter définitivement cette décision. C'est une affaire de jour pour moi, parce que maintenant, le temps presse. Et puis, cette décision devra être soumise au conseil d'administration d'Air France.

19:16
Invité

Alors, quelles sont les contreparties aux aides d'État ? Est-ce qu'Air France va devoir fermer des lignes, supprimer des postes ?

19:23
Bruno Le Maire

Il ne s'agit pas de fermer des lignes ou de supprimer des postes. Il y a des contreparties qui sont demandées pour maintenir une concurrence, qui soit une concurrence loyale entre Air France et les autres compagnies aériennes. On a beaucoup et longuement négocié. Pourquoi ? Parce que je ne voulais pas que les décisions qui soient demandées à Air France puissent affaiblir cette grande entreprise nationale que précisément nous voulons soutenir. Ça aurait été totalement contradictoire. Je pense que nous approchons d'un règlement qui est juste, qui sera protecteur pour Air France, qui garantira nos intérêts dans le respect du droit de la concurrence.

19:57
Présentateur

Et qui passera par une hausse de la participation de l'État. Aujourd'hui, c'est 14%. L'État dans Air France,

20:02
Bruno Le Maire

ce sera beaucoup plus à la sortie ? Je ne vais pas vous donner de chiffres là-dessus tant que la décision n'est pas définitivement arrêtée par la Commission et validée par conseil d'administration d'Air France. Là aussi, respectons la méthode et respectons les étapes. Mais le fait que nous approchions d'une solution définitive pour Air France est une très bonne nouvelle pour Air France.

20:21
Présentateur

Un mot sur une réforme qui va rentrer pleinement en vigueur dans quelques mois. Le 1er juillet, c'est la réforme de l'assurance chômage. Les dernières prévisions de l'UNEDIC, le régime qui gère les indemnisations chômage, disent qu'un million cent mille demandeurs d'emploi vont y perdre et qu'en moyenne, la perte sera de 17%. Ce qui n'est pas négligeable. Est-ce que vous soutenez cette réforme avec le même enthousiasme que vous avez soutenu la réforme des donations il y a quelques instants ?

20:45
Bruno Le Maire

C'est le même UNEDIC, je crois, qui nous avait annoncé 900 000 suppressions d'emplois en 2020. Il y en a eu 330 000. Donc je prendrai les estimations de l'UNEDIC avec beaucoup de précautions. C'est une réforme

20:58
Présentateur

qui va faire des économies à la fin, ça on le sait, non ? C'est une réforme surtout qui va mettre

21:01
Bruno Le Maire

de la justice. Vous trouvez ça juste, vous, que lorsque vous êtes en permettant, c'est-à-dire lorsque vous enchaînez les CDD, vous êtes mieux internisé que lorsque vous êtes en travail à temps partiel ? Vous trouvez ça juste que le temps moyen du contrat à durée déterminée en France soit passé de 10 à 5 jours ? Vous trouvez ça juste qu'on emploie 10 fois plus de CDD en France que dans les autres pays européens ? Vous trouvez ça juste cette précarité organisée ? Vous trouvez ça efficace d'avoir 40 milliards d'euros de dettes du régime de l'UNEDIC ?

Et à un moment donné, il faut simplement que l'on dise la vérité aux Français et qu'on arrête de considérer comme négligeable des réalités qui vont se rappeler à nous. Avoir un régime d'assurance chômage déficitaire de 40 milliards d'euros, ce n'est pas bon et c'est une préoccupation pour tous ceux qui sont menacés par le chômage. Donc il y a bien des économies à faire. Il y a des économies à faire mais il y a surtout de la justice à mettre dans le dispositif. Il y a de plus en plus de contrats à durée déterminée et ils sont de plus en plus courts.

Donc mettre en place un bonus-malus pour favoriser ceux qui développent des contrats longs et au contraire sanctionner le recours excessif aux contrats courts.

22:07
Invité

Bruno Le Maire, Laurent Berger de la CFDT estiment que cette réforme est un non-sens. Vous ne pouvez pas inciter au retour à l'emploi au moment où il n'y a pas d'emploi. Qu'est-ce que vous lui répondez ?

22:16
Bruno Le Maire

Je ne suis pas d'accord avec cette analyse parce qu'on a le sentiment que l'économie française serait aujourd'hui sans aucune perspective. C'est exactement l'inverse que je crois. Je crois qu'il y aura en 2021 le retour à une croissance forte. Je pense que l'économie française a monté, je maintiens le chiffre de 6% de croissance pour 2021. Ça doit être notre objectif collectif. Je pense que nous arriverons à recréer des emplois dans les prochains mois. D'ailleurs, je rappelle qu'il y a une clause de retour à meilleure fortune qui protège dans l'application de cette réforme. Mais je vous dirais la même chose aussi de la réforme des retraites. Regardons la réalité en face.

Vous savez, la politique, ce n'est pas se mettre la tête sous le sable et ignorer des réalités. Nous ne pouvons pas avoir un régime d'assurance chômage structurellement déficitaire. Nous ne pouvons pas continuer à avoir un système de retraite par répartition si nous ne savons pas le financer correctement parce que c'est prendre une responsabilité écrasante vis-à-vis des générations qui viennent. Quand vous dites ça, Emmanuel Macron, c'est dire la vérité, voir les réalités en face et apporter des solutions justes et efficaces aux Français. Quand vous dites ça, Emmanuel Macron, il faut faire la réforme des retraites, qu'est-ce qui vous répond aujourd'hui ?

Ces discussions entre le président de la République et son ministre des Finances ne regardent que le président de la République et son ministre des Finances. Il faut juste savoir, si nous voulons garantir à nos enfants, à nos petits-enfants, le même niveau de vie, la même prospérité que celle que nous avons eue. Et moi, je sens que c'est notre responsabilité collective. Il ne s'agit pas de faire des choses brutales. Il s'agit juste de dire que si nous voulons protéger un système de soins, un système de protection sociale qui est un des plus généraux au monde, il faut aussi que nous acceptions tous collectivement de travailler davantage.

Le moment venu, je ne vous dis pas qu'on va la faire demain ou après-demain, cette réforme. Je dis simplement que lorsque la croissance sera de retour, lorsque le pays ira mieux, lorsque nous nous remettrons à créer des emplois, cette question des retraites, comme aujourd'hui la question de l'assurance chômage, reviendra au premier plan.

24:13
Invité

Mais quand précisément, avant la fin du quinquennat ?

24:15
Bruno Le Maire

Je ne suis pas Mme Soleil, je ne suis pas Mme Irma. Je ne peux pas vous dire au jour près ou à la semaine près quand est-ce que nous recréerons des emplois et quand est-ce que la croissance redécollera vraiment. Je pense que c'est pour la fin de l'année.

24:28
Présentateur

Vous allez nous dire 6% cette année.

24:29
Bruno Le Maire

Je pense que c'est pour la fin de l'année. Mais tout ça se joue à la semaine ou au mois près. Donc attendez de voir ce qui se passera. Je dis simplement sur le long terme que les Français aient confiance. L'économie française sortira plus forte, plus juste, plus décarbonée de cette crise. Merci Bruno Le Maire. Merci à vous. Et bonne journée à vous.