François Bayrou, le début de la fin ?
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France Inter, Nicolas Demorand, Benjamin Duhamel, La Grande Matinale. Et avec Benjamin Duhamel, nous vous proposons une table ronde pour analyser le moment politique, alors que François Bayrou sollicite aujourd'hui un vote de confiance à l'Assemblée Nationale, vote qui risque fort de conduire à la chute du gouvernement. Trois regards ce matin, Benjamin. D'abord celui d'un politologue, Jérôme Jaffray, vous êtes directeur du Centre d'études et de connaissances sur l'opinion publique. Bonjour, et merci d'être avec nous. Le regard également d'une éditorialiste, Natacha Polony, vous venez de lancer la revue L'Audace. Merci d'être avec nous, Natacha Polony.
Et le regard d'un élu local, Boris Ravignon, bonjour. Merci d'être avec nous ce matin sur Inter. Vous êtes maire d'Hiver Droite de Charleville-Mézières. Voilà, Benjamin a dit bonjour, moi je dis bienvenue à tous les trois. On va analyser un paysage fracturé en quatre crises. Une crise politique, une crise institutionnelle. Le risque d'une crise économique et d'une crise sociale. Jérôme Jaffray, on commence avec vous. Sauf miracle, donc, François Bayrou ne sera plus Premier ministre ce soir. D'expérience d'analyste de la vie politique, avez-vous déjà vu une telle situation de blocage sous la Ve République ?
Ce qui est intéressant, c'est que vous avez dit sous la Ve République, ce qui nous renvoie donc aux 67 dernières années, ce qui commence à compter, même pour moi, vous le noterez. C'est que, effectivement, le déclenchement de l'usage de l'article 49.1 demandant l'engagement de responsabilité du gouvernement, ce qu'on appelle couramment la question de confiance. Et je note d'ailleurs que François Bayrou, dans sa conférence de presse du 25 août, avait déclaré « Je demande la confiance pour être tranquille cet automne ». Il sera tranquille, assurément.
C'est que cet usage du 49.1, consistant à demander un accord sur le diagnostic, c'est-à-dire qu'on est d'accord pour dire qu'il y a une dette énorme et qu'il faut faire un budget qui économise 44 milliards, n'a pas de sens en politique. Parce que, quand vous avez voté la confiance, c'est que vous soutenez le gouvernement, c'est que vous appartenez à son camp et demander aux oppositions. De soutenir le gouvernement et d'appartenir à son camp est un non-sens politique absolu, me semble-t-il.
J'ajoute que le bilan de l'affaire des trois semaines où Bayrou a mené campagne ardemment, c'est qu'il n'a pas réussi à convaincre, ni bien sûr les députés, on le verra ce soir, parce que là les partis ont pris position dès le début, mais les Français. C'est-à-dire que les sondages ont montré, alors qu'il espérait gagner l'esprit des Français pour dire « Oui, c'est ce qu'il faut faire, oui, il faut agir ». Bayrou disait « Nous allons, par les Français, obliger les élus à changer d'avis ». Eh bien, on n'a rien vu de tel. Ce qui conduit à une dévalorisation de la parole publique, à une dévalorisation de la puissance des gouvernants, donc les conséquences sont considérables.
Natacha Polony, il y a visiblement une volonté, notamment chez Emmanuel Macron, de minorer ce qu'on est en train de vivre. On lui dit « C'est seulement une crise parlementaire ». Quel mot est-ce que vous utiliseriez pour qualifier le moment politique que l'on vit ? Est-ce que c'est une crise ? Est-ce que c'est un blocage ? Est-ce que c'est une impasse ? Alors, je dirais que nous sommes, et que les Français ont l'impression d'être, du point de vue politique, dans le sketch de Raymond De Vos sur les sens interdits, c'est-à-dire qu'il n'y a pas de sortie.
Et je dirais qu'Emmanuel Macron minimise parce qu'il est largement comptable, non pas de l'ensemble de cette crise, mais de sa dimension institutionnelle, en ce sens qu'il a, depuis qu'il est au pouvoir, fragilisé un à un tous les outils des institutions. Simplement, je pense que François Bayrou, quant à lui, a voulu, comme l'esquissé Jérôme Jaffray, jouer les Français contre les partis politiques et acculer les socialistes à discuter sur le budget.
C'était ça, me semble-t-il, le but de la manœuvre, ce qui était une folie parce que c'était ne pas comprendre la colère immense des Français vis-à-vis de l'ensemble de la classe politique et le fait que l'ensemble de la vie politique est totalement bloqué. Et pourquoi ? Parce qu'on s'est habitués, les politiques français se sont habitués, à une démocratie minoritaire. Ils ont accepté depuis des années de gouverner en étant minoritaires. Un pays ne peut pas fonctionner comme ça. Boris Ravignon, vous n'êtes pas député, vous êtes maire, vous ne voterez pas tout à l'heure à l'Assemblée nationale, mais vous subirez sans doute les conséquences de l'instabilité politique.
Dans quel état d'esprit êtes-vous face à cette crise ? Est-ce qu'elle vous met en colère ?
Elle me met en colère, et comme je crois le sont effectivement nos concitoyens, les Français, et ce singulièrement ceux de Charles Ville-Mézières, parce que cette crise, personne ne comprend qu'elle a été provoquée par le Premier ministre dans ces conditions, vient s'ajouter déjà à un sentiment, à une exaspération qui est ancienne, qui est forte, qui m'en renvoie pour le coup des crises que nous traînons depuis longtemps sur le travail, qui ne paie pas, qui ne paie plus. Ces gens qui, même quand ils ont un emploi, n'arrivent pas à boucler effectivement leur fin de mois, d'une désillusion et d'une désespérance presque totale vis-à-vis de l'État sur ces missions régaliennes.
Je crois qu'il ne faut pas sous-estimer qu'il y a une dimension sociale, mais il ne faut pas tout réduire à la seule dimension sociale. Il y a aujourd'hui chez nos concitoyens aussi le sentiment que l'État ne fait plus ce qu'il doit faire, notamment sur la sécurité, qui est pour moi un sujet, je crois, tragique. On y met énormément d'argent, et il y a, je crois, des policiers, des gendarmes, des forces de l'ordre, y compris des magistrats qui essaient de gérer cette situation le mieux possible ou le moins mal possible. Et pour autant, les résultats sont assez largement catastrophiques.
C'est-à-dire que, pardon Boris Révinion, mais vous voyez au fond un décalage entre les sujets politiques, le pari, la façon dont François Bayrou a joué au dé, le sort du pays, et les sujets de préoccupation des Français au quotidien.
Mais bien sûr, et ils ont le sentiment effectivement que cette crise se rajoute de manière parfaitement évitable. On est vraiment sur cette décision, un peu comme on l'a été, je crois, d'ailleurs, sur la décision de dissolution, sur des décisions où on ne sait pas qu'on soit d'accord ou pas d'accord, c'est qu'on ne comprend pas quel était l'objectif de François Bayrou dans cette affaire. Ça s'adresse aux Français, mais ce sont effectivement les députés qui vont voter. La pédagogie, il l'a fait sur la dette, mais pour paraphraser le général Legault, il ne suffit pas de sauter comme un cabri sur sa chaise en disant la dette, la dette, la dette. Tout ça ne mène nulle part.
On a vraiment besoin d'avoir une pédagogie sur les solutions à essayer d'apporter à ce sujet. Et là encore, il y a eu peu de propositions.
Jérôme Jaffray, on va vous demander d'être dans un rôle très difficile, d'essayer d'anticiper ce qui peut advenir, puisque se pose désormais la question, quand François Bayrou sera tombé ce soir, non seulement du qui à Matignon, et pour faire quoi ? Que va-t-il se passer ce soir, Jérôme Jaffray ?
Ce soir, François Bayrou sera renversé. Il est chargé ensuite d'expédier les affaires courantes jusqu'à ce qu'un nouveau Premier ministre ou une nouvelle Première Ministre soit nommé. Le problème, c'est évidemment pour Emmanuel Macron que François Bayrou avait convaincu de le nommer à Matignon en disant qu'il le protégerait. C'est qu'Emmanuel Macron est mis en première ligne dans cette affaire et que la question de la démission forcée d'Emmanuel Macron se pose. Donc, réfléchissons du point de vue d'Emmanuel Macron, il a une hiérarchie. Ceux qui réclament sa démission, évidemment, aucune entente n'est possible avec eux.
Ceux qui veulent la dissolution, alors là, c'est LFI qui veut tout de suite aller à la présidentielle et même pas de dissolution. Ceux qui réclament la dissolution, qui aboutirait ensuite à la démission forcée du président ? C'est le Rassemblement National pour parler clair. Et ensuite, il y a ceux qui ne réclament ni dissolution ni démission. Cela intéresse énormément Emmanuel Macron parce que ça permet de créer les conditions éventuelles d'un front de stabilité politique et ça va des Républicains au Parti Socialiste. Mais le problème derrière, c'est que le paysage politique a énormément bougé dans ces 15 derniers jours grâce ou à cause de François Bayrou.
D'une part, le bloc central est en train de s'écrouler dans l'opinion publique pour ses leaders. Et s'il y avait des législatives, le bloc central Macroniste pèserait environ 15% des voix.
Oui, en baisse de 3 ou 4 points par rapport à il y a un an.
Vous êtes gentil. 32% en 2017, 26% en 2022, 20% en 2024 et 15% dans les sondages d'aujourd'hui. Voilà le bilan. C'est bien par rapport à il y a un an. Voilà le bilan. Donc, deuxièmement, les Républicains, LR est en division absolue. Je parle sous le contrôle de Boris Ravignon, qui était LR il y a quelques années, en division absolue. Et pas seulement de guerre picrocolline entre Wauquiez et Retailleau, mais maintenant de guerre de ligne politique. Une partie de LR, menée par Wauquiez, regarde clairement du côté du Rassemblement National.
Et le Parti Socialiste, enfin, lui, s'est complètement distingué du reste de la gauche et en particulier de la France Insoumise, en réclamant son accès à Matignon, en ne pesant que 66 députés sur 577. Mais c'est un virage réformiste qui change également la donne politique. Donc, le Président doit regarder tout ça. Le plus probable, dans l'affaire, et on prend des risques, mais c'est ça qui est amusant, c'est que je ne vois pas LR rester au gouvernement en tant que tel, et en tout cas pour ses grands leaders.
Et donc, leur bilan, c'est qu'on va réduire encore la base ministérielle qui sera nommée, puisque les socialistes n'accepteront pas d'y aller, sauf s'ils ont Matignon, ils ne l'auront pas. Et donc, c'est un bloc central réduit à pas grand-chose qui va continuer de diriger le pays. Ça ne va pas être terrible. Compliqué la perspective, hein, d'attacher à Polony.
Ça découle de ce que je vous disais, à savoir la question de la démocratie minoritaire. Jérôme Jaffray dit, le bloc central, les macronistes, 32% en 2017. C'est gentil, déjà, parce que c'était des votants. La question, c'est sur l'ensemble du pays, ce courant-là représente combien ? Et quelle politique a été menée ? À savoir, une politique qui faisait comme si ce courant-là était majoritaire, et qui rejetait dans les oppositions, et sans jamais faire de compromis, quiconque n'était pas d'accord. Mais tout ça vient, en fait, de très loin, cette démocratie minoritaire. C'est-à-dire que, petit à petit, on a des systèmes qui ont été mis en place, qui ont contourné la volonté des citoyens.
Pourquoi ? Parce que la dérégulation, qui était le grand mouvement général des pays occidentaux, s'est imposée, et il s'agissait de ne surtout pas demander aux citoyens ce qu'ils en pensaient. Donc, les citoyens ont exprimé leur colère par différents moyens, souvent des votes contestataires, qui sont devenus de plus en plus importants. Ça a donné, ici, Trump, là, le Brexit, en France, le vote Rassemblement National, et surtout, j'y insiste, une forme de sécession, c'est-à-dire le fait que de plus en plus de citoyens ne votent plus, et ce sont les plus pauvres, c'est-à-dire qu'on a réinventé le suffrage censitaire.
Tant qu'on ne met pas en place une offre politique majoritaire, c'est-à-dire qu'ils tiennent compte de tout ce que vient de dire Boris Ravignon. C'est-à-dire la demande de justice sociale, c'est-à-dire la demande de services publics, la lutte contre l'optimisation fiscale, parce que qu'est-ce qui vide l'État de son pouvoir d'agir ? C'est le fait que les grands groupes industriels, les grandes multinationales, peuvent échapper à l'impôt. Pourquoi ? Parce que, de toute façon, il suffit de se domicilier aux Pays-Bas, les règles européennes font qu'on peut parfaitement ne rien payer. Mais pardon, Natacha Polony, mais tout cela ne peut advenir qu'à l'occasion d'un débat présidentiel.
Donc, au fond, ce que vous êtes en train de dire, c'est que si l'élection présidentielle a lieu en 2027, il ne se passera rien et on vivra dans la même situation pendant encore un an et demi. En attendant, il faut de la responsabilité. C'est-à-dire que la France a besoin d'un budget, mais d'un budget qui tienne compte, justement, des forces en présence et des volontés des uns et des autres. C'est-à-dire que François Bayrou a insisté sur les 44 milliards. Mais pardon, insister sur les 44 milliards, c'était se couper volontairement des socialistes, donc ne pas faire passer ce budget. Il y a une trajectoire européenne qui demande à la France de faire 120 milliards d'économies sur 5 ans.
Ça fait 20 milliards par an. Peut-être qu'on pouvait discuter sur ce genre de base, aller le plus loin possible. Je vous dirais une chose. Je pense que la situation économique de la France est à la fois moins urgente que 44 milliards absolument cette année en rognant deux jours fériés, mais beaucoup plus profondément grave que ce que disent les politiques et François Bayrou lui-même. Alors, il y a la question qui et il y a la question pourquoi faire. L'équation budgétaire reste la même entre hier et demain. Des milliards d'euros d'économies à faire. Combien là-dessus les avis divergent ?
Les socialistes mettent sur la table un contre-budget avec hausse de la fiscalité sur les hauts patrimoines et les entreprises. Marine Le Pen formule quatre lignes rouges. Les macronistes ne sont pas prêts à renier les huit années d'héritage politique et fiscal du président. Boris Ravignon, comment imaginer une seconde qu'un futur Premier ministre, quel qu'il soit, puisse réussir à marier de tels contraires ?
Alors, c'est effectivement difficile d'imaginer que sur ces propositions-là il puisse y avoir un accord, en tout cas il y a un accord qui remporte à l'Assemblée nationale 290 députés, puisque c'est ce qu'il faudrait pour avoir simplement une majorité capable de survivre à un vote de censure sur le prochain budget. Mais moi, je voudrais qu'on reprenne un tout petit peu face à un pas de côté. Pourquoi est-ce qu'on en est là aujourd'hui ? Quelle est la crise qu'il y a finalement derrière ? Je l'évoquais déjà un peu tout à l'heure sur la sécurité. On a une vraie crise de l'État aujourd'hui, sur toutes nos politiques publiques.
On y consacre, et c'est pour ça qu'on est ici, parce qu'on a des dépenses, un niveau de dépense publique est extrêmement élevé. On consacre donc des moyens importants à ces politiques publiques. Il y a là encore, je crois, 5 millions de fonctionnaires dans notre pays qui ne font pas tous n'importe quoi, qui essaient aussi de faire de leur mieux. Et pour autant, on a des résultats qui sont misérables dans un certain nombre de domaines. Et quand je dis misérables, vraiment, en matière d'éducation par exemple, on voit avec les classements PISA, on voit la France dégrader et descendre très régulièrement. Mais la politique du logement est un drame pour notre pays.
La politique de la santé également, la sécurité j'en parlais. Bref, il y a un vrai sujet de réforme. Et donc je crois que si on est simplement à discuter de est-ce qu'on augmente un tout petit peu la taxation sur telle ou telle catégorie, en dressant naturellement les gens contre les autres, on ne va vraiment pas trouver de solution.
On passe à côté du sujet quand on parle de taxe Zuckmann, question de l'équité fiscale qui pourtant revient dans les revendications d'un certain nombre de conseils.
C'est un sujet. Sauf que la taxe Zuckmann, si vous la mettez en place simplement dans notre pays, la France, on sait ce qui va se passer. On sait que ce type de décision, moi j'y souscris plutôt, mais à ce moment-là, dans un cadre au moins européen, si ce n'est international. Sinon ça n'a aucun sens et on va faire passer. Mais je pense vraiment que moi, le point que je voulais, c'est qu'il nous faut en fait avoir une vraie proposition de réforme structurelle et notamment, à mon sens, de décentralisation. L'État aujourd'hui veut tout faire, il fait tout mal, tout le monde s'occupe de tout, plus personne ne s'y retrouve dans l'organisation institutionnelle. Cela nous coûte très très cher.
Je l'ai documenté d'assez près puisqu'on a chiffré, on est au moins à 7 milliards et demi de dépenses parfaitement inutiles, de coûts de coordination entre l'État, les différentes collectivités. Donc il y a vraiment, je crois, aujourd'hui à proposer, et c'est peut-être une base sur laquelle il serait plus facile d'essayer de réunir un groupe de députés significatif, de réforme de notre pays. C'est-à-dire que c'est précisément, parce qu'on est dans un moment difficile et tendu, qu'il faut justement regarder loin, viser loin, viser haut et viser par une réforme structurelle.
Jérôme Jaffray, toujours pour essayer de comprendre le moment que l'on vit, Jean-Luc Mélenchon, à ce micro, il y a quelques jours, disait que la France était à la fois en 1788 et en 1957, c'est-à-dire dans un moment pré-révolutionnaire et un moment d'épuisement institutionnel. Est-ce que la France d'aujourd'hui ressemble à la France de la fin de la 4ème République avec des institutions bloquées, des crises qui se multiplient ? La perspective après-demain du mouvement du 10 septembre, bloquons tout, est-ce que cette coagulation peut aboutir à une crise institutionnelle, voire crise de régime ?
Ce qui est vrai, si vous voulez, c'est qu'il y a un blocage politique de première grandeur et que la promesse de la 5ème République n'est plus tenue sur le plan politique par rapport au pays. Quelle est la promesse de la 5ème République ? C'est qu'il n'y a pas de distance entre le vote des Français et la gouvernance du pays. C'est que ceux qui gagnent des élections dirigent le pays, la possibilité de le faire, la stabilité politique, la capacité de régler les problèmes. Or ça, c'est cassé. C'est cassé parce que c'est ceux qui ont perdu les élections, pensent les Français, qui dirigent le pays.
C'est vrai qu'en réalité personne ne les a vraiment gagnés, mais nous avons une incapacité à construire les compromis dont parle Boris Ravignon et que souhaiterait également Natacha Polonier pour arriver à trouver des solutions par rapport à ça. Par exemple, l'échec de François Bayrou, le principal échec, c'est quand il essayait d'expliquer désespérément que la dette, ce sont tous les Français qui l'ont faite. Parce que ça, pour les Français, non. La dette, c'est d'abord la gabegie, le mauvais fonctionnement, la mauvaise administration du pays. Ce n'est pas eux dont les vies sont difficiles et qui ont du mal à s'en sortir.
C'est le sentiment d'injustice dont parle Natacha, très justement, parce que vous ne pouvez pas annoncer un programme d'effort si vous ne mettez pas au début un effort de justice vers ceux qui ont la possibilité davantage de le faire. Donc nous avons, et c'est ça qui est le plus inquiétant, une montée générale d'attitudes négatives.
Le mouvement « Bloquons tout » de mercredi prochain, ce mouvement, c'est François Bayrou qui en a été le chef en réalité, parce que le blocage politique d'abord, c'est lui, et s'il a choisi la session extraordinaire le 8 septembre pour tomber, c'est avant le 10 septembre, et ça n'est évidemment pas un hasard, c'est pour expliquer que ce mouvement n'est plus dirigé contre lui, puisque normalement un puissant mouvement de protestation demande le départ du gouvernement. Et là, nous créons un précédent absolument extraordinaire, qui est que donc un mouvement social est fait pour faire tomber un gouvernement, mais que le gouvernement décide de partir avant le mouvement social.
« Bloquons tout », ça devient la devise du pays. Et vous pensez que c'est un puissant mouvement social ? Alors, entendons-nous, c'est un mouvement de protestation et d'attitudes négatives. En ce sens, c'est ça dont il faut sortir en France, c'est sortir des attitudes négatives. Dominique de Villepin, qui vient parfois à votre micro, publiant un livre « Le pouvoir de dire non », qui renvoie évidemment à son célèbre discours. « Non à la guerre en arrière » Mais le pouvoir de dire non, mais nous aimerions le pouvoir de dire oui.
Les attitudes positives, et mon sujet d'inquiétude par rapport à ce que disait Benjamin Duhamel il y a un instant, c'est que la présidentielle de 2027 ne permet pas en réalité de poser le grand débat que vous souhaitez et de régler clairement les problèmes du pays.
Boris Ravignon, je rappelle que vous êtes maire de Charleville-Mézières, que vous avez notamment vu en 2018 croître le mouvement des Gilets jaunes. Qu'est-ce que vous voyez là dans votre commune quant au mouvement du 10 septembre, ce mouvement dont le mot d'ordre est « bloquons tout », est-ce que vous voyez des Français qui sont en train de s'organiser, qui s'apprêtent à bloquer, ou est-ce que c'est seulement un mouvement social noyauté par la gauche et l'extrême gauche ?
Non, ça va au-delà, on a effectivement depuis, d'ailleurs, ça a d'ailleurs commencé comme ça, sur les réseaux sociaux, on a d'abord eu des gens, je crois, assez peu affiliés à des partis politiques et qui expriment simplement cette colère, ce désarroi, ce sentiment d'abandon qu'on évoquait au début de notre échange, et qui, effectivement, voit peut-être, justement, avec un peu de circonspection, un parti politique ou un certain nombre de syndicats essayer de récupérer la mobilisation.
Donc, je me demande si, finalement, l'investissement qui est celui, aujourd'hui, d'Elefi, extrêmement fort, ils ont distribué des tracts tout le week-end sur les marchés pour inviter à participer au pot de départ de Beyrou et à la journée du 10, et pas, justement, en train, peut-être, de faire fuir une partie des gens qui auraient pu se mobiliser socialement, spontanément, simplement parce qu'ils se sentaient concernés. Donc, des capteurs que vous avez,
vous ne vous attendez pas à un mouvement social d'ampleur dans deux jours ?
Je pense qu'il y aura du monde, effectivement, qui sera mobilisé. Est-ce qu'il sera aussi important que les Gilets jaunes ? Je pose la question. En 2018, il y avait une mesure qui était l'augmentation de la fiscalité sur le diesel qui encourageait les gens à se mobiliser pour dire non, effectivement, comme Jérôme Jaffray le disait tout de suite. Aujourd'hui, on est vraiment dans un sentiment d'exaspération et est-ce que ça va les amener à être aussi nombreux dans la rue ? C'est encore une interrogation.
Sur la question du 10 septembre, Natacha Polony, j'ajoute la question de Gilles. Est-ce que la situation actuelle peut déboucher sur un mai 68 ? C'est sur l'application Radio France. Alors, je crois qu'il faut éviter de comparer avec mai 68, qui n'a rigoureusement rien à voir en termes de santé du pays. Les institutions étaient solides, l'économie fonctionnait, on n'en est absolument pas là. Là où Boris Ravignon a raison, c'est que le fait que les Insoumis aient tenté de capter ce mouvement, finalement, lui ôte de sa force, alors même qu'il est soutenu, et il est soutenu, les enquêtes d'opinion le disent, par une majorité de Français. Pourquoi ?
Parce qu'il est dans la continuité de cette colère, de cette impression de dépossession qu'ont les Français et qui ne se résoudra pas par des compromis. Ce que je disais tout à l'heure, ce n'était pas qu'il faut des compromis entre partis politiques. Ça, ça règle momentanément les choses. La seule chose qui peut régler la situation, c'est un débouché politique par une politique qui soit majoritaire dans le pays. Et pour ça, il faut regarder... Là, on est encore dans le court terme. Je pense qu'Emmanuel Macron risque de ne pas avoir le choix, tout simplement. Mais la question... De ne pas avoir le choix de dissoudre.
De dissoudre, s'il continue à avoir des premiers ministres qui n'arrivent pas à obtenir ce compromis entre partis. Mais ce n'est pas ça qu'attendent les Français. Ce qu'ils attendent, c'est avant tout que le pays respecte la souveraineté des citoyens, c'est-à-dire la capacité à décider librement de son destin. Pour ça, il faut en avoir les armes. En effet, il faut que l'État joue son rôle. Pour ça, il faut que l'État soit puissant et donc qu'il engrange des richesses. Ce qui manquait dans le budget de François Bayrou comme dans celui de Michel Barnier, c'est la question de la production. Nous ne sommes pas un pays qui dépense trop.
Nous sommes un pays qui ne gagne pas assez parce qu'il ne produit plus rien. parce que nos élites ont laissé désindustrialiser, détruire l'agriculture. Donc, une politique de production, ça peut se faire même dans la situation actuelle. Et à partir de là, méritocratie, justice sociale. Et là, je pense que les citoyens sont d'accord avec ce programme-là. Eh bien, merci Natacha Polony. Merci également à Boris Ravignon, maire d'hiver droit de Charleville-Mézières. Merci beaucoup à Jérôme Jaffray, politologue, directeur du CECOP. Il est 8h47, la revue de presse à suivre avec Nora Hamadi. Merci.