Appel de Marine Le Pen : une décision à l’été 2026
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et déclarée inéligible, qui pourrait l'être ensuite définitivement. Un condamné ne devrait pas pouvoir échapper à sa condamnation en allant chercher une immunité électorale. On a eu cette même problématique aux Etats-Unis.
La justice allait-elle empêcher D.Trump de se présenter? Elle a finalement été trop lente et pas assez vigoureuse.
En France, le droit au recours n'est pas un droit acquis à la lenteur de la justice. Finalement, on a une justice plus rapide. M.Le Pen devrait pouvoir exercer tous ses recours d'ici à l'élection, mais sans garantie pour son avenir politique. - A.-E.Lemoine: Jouer la colère des Français plutôt que la colère des juges, c'est la stratégie du RN depuis lundi et ça va durer dans les semaines et mois à venir. - O.Beaumont: Les attaques contre les jugements, c'est la stratégie du RN depuis toujours.
On est dans discours victimaire, complotiste, sur lequel M.Le Pen et J.-M.Le Pen ont fait toute leur carrière politique depuis 60 ans. - A.-E.Lemoine: On avait assisté à la mise en place d'une stratégie de la cravate, de normalisation. - O.Beaumont: M.Le Pen considère aujourd'hui qu'elle n'a pas d'autres voies de recours. - O.Beaumont: Elle est condamnée à une exécution provisoire.
Elle a un mur face à elle. On est sur une ligne de crête. Tout son argumentaire repose sur le fait qu'elle ne prône pas la révolution.
Elle n'appelle pas ses électeurs, ses supporters à aller manifester devant l'Assemblée nationale, devant les grilles de l'Elysée. Elle dit qu'on va utiliser tous les moyens démocratiques et pacifistes en leur possession. L'utilisation de la pétition, l'organisation d'un grand rassemblement qu'ils vont organiser ce dimanche à Paris, et les outils politiques. - A.-E.Lemoine: Comment vous l'avez trouvée, hier, pendant l'entretien que vous avez eu avec elle? - O.Beaumont: Pas du tout abattue.
Elle est remontée tout de suite sur son cheval. A chaque fois qu'on a avancé des arguments, que ce soit juridiques et politiques, elle a réponse à tout. Quelque part, cette condamnation lui a redonné encore plus de jus.
On l'a sentie abattue au moment de l'annonce de la juge. Elle ne s'attendait pas à cette décision lourde, à une exécution provisoire. C'est là où on peut considérer qu'ils ont été très naïfs.
On rejoint la psychologie de M.Le Pen. C'est une figure qui s'est toujours construite dans le combat politique, dans l'opposition face aux autres.
Sa vie politique commence à 8 ans, quand l'appartement familial est dynamité par 5 kg de bâtons de dynamite devant leur porte. Pour elle, c'est une étape comme une autre. Elle dit: "C'est un combat comme un autre." - P.Cohen: D'où les parallèles qu'on fait avec les combats de son père.
Cette manifestation à Versailles en 98, une fois J.-M.Le Pen reconnu inéligible...
Est-ce qu'elle voit une issue judiciaire? - O.Beaumont: C'est ça qui est compliqué.
Elle n'a pas du tout l'intention de changer de stratégie. Elle considère qu'ils n'ont rien à se reprocher. Il n'y a pas eu d'enrichissement personnel.
On ne parle pas d'emplois fictifs. - A.-E.Lemoine: Qui lui ont été reprochés... - O.Beaumont: Je reprends ses propos.
Le MoDem de F.Bayrou, qui a été jugé pour les mêmes faits, n'a pas du tout adopté la même défense, en expliquant qu'ils avaient peut-être commis quelques erreurs, qu'il y avait eu des trous dans la raquette...
Le statut d'assistant parlementaire, ça rejoint le statut d'assistant dans les collectivités locales...
Tout le monde sait que les frontières sont très floues entre le mandat politique, le mandat militant...
Eux ont fait un peu amende honorable et ils ont eu des peines bien plus allégées. F.Bayrou a été relaxé. - P.Cohen: Cela va au-delà...
J'ai lu cet après-midi les motivations du tribunal. Cela va au-delà du déni ou de la proclamation d'innocence. Le tribunal reproduit des pages entières de déclarations de M.Le Pen disant: "Je ne reconnais pas la compétence de ce tribunal.
Je ne reconnais pas la légitimité du Parlement européen. Je ne reconnais pas la nature même des délits qui me sont reprochés." Elle reproduit ses déclarations dès l'ouverture du procès.
Le tribunal dit: "10 ans après le début de l'enquête, alors que toute la procédure a été validée plusieurs fois par la Cour de cassation, cette absence de prise en compte de la réalité nous fait craindre une récidive." C'est le raisonnement. - O.Beaumont: L'argument de la récidive, elle leur renvoie en expliquant que cette affaire remonte à 2016.
Depuis 10 ans, personne n'a eu quoi que ce soit à leur reprocher sur l'utilisation des deniers publics avec les assistants parlementaires. - P.Cohen: Il y a eu une condamnation sur le financement... - O.Beaumont: On est sur les assistants parlementaires du Parlement européen.
Elle considère que depuis 9 ans, ils n'ont pas été pris la main dans le pot de confiture sur ce sujet. - A.-E.Lemoine: Quand on l'interroge sur la réalité des menaces des juges qui sont menacés, sous protection judiciaire pour certains, M.Le Pen répond: "C'est scandaleux, mais c'est de plus en plus banal." - O.Beaumont: C'est le propre de notre société.
Ces menaces se font beaucoup sur les réseaux sociaux. Le soir même du verdict, le quartier, les environnements de l'appartement de la magistrate ont été mis sous surveillance policière. La stratégie de respectabilité, cette ligne de crête permanente...
Au moment de la condamnation, J.Bardella dit que la démocratie est exécutée. Ca excite tous les supporters de M.Le Pen, qui veulent crier vengeance et qui veulent des règlements de compte. - A.-E.Lemoine: Après 2 jours de silence, E.Macron a pris la parole ce matin en Conseil des ministres pour rappeler que la justice est indépendante.
Des propos rapportés ensuite par la porte-parole du gouvernement. - S.Primas: Il a rappelé 3 choses.
La première, c'est que la justice est indépendante et qu'il faut la respecter comme un pilier de notre démocratie. La seconde, pour rappeler que les menaces faites sur les magistrats sont absolument insupportables et intolérables. La 3e, pour rappeler que chacun a le droit à une justice équivalente.
Le droit est le même pour tous. - A.-E.Lemoine: C'est un rappel très général des principes sur la justice.
On sent qu'il ne pouvait pas aller au-delà. A l'Elysée, on s'inquiète des conséquences de ce jugement sur l'opinion française? - O.Beaumont: Forcément.
Les conséquences sont déjà là. Imaginez le scénario qui pourrait se produire. Patrick a évoqué le quantum de peine qui pourrait être revu à la baisse.
Elle pourrait être condamnée avec une peine d'emprisonnement de 1 an ou 2 ans, ce qui lui permettrait d'être candidate à l'élection présidentielle. Vous imaginez ce scénario, 7 mois avant la présidentielle? C'est un scénario à la Monte-Cristo, quelque part. "Le système a voulu m'empêcher, m'écarter de l'élection présidentielle, et malgré tout, j'arrive." Elle aurait un côté survivante de toutes ces épreuves.
Cette vague-là sera très difficile à contrecarrer. - A.-E.Lemoine: Un autre dossier que suit actuellement E.Macron, c'est l'Algérie.
L'écrivain B.Sansal a fait appel de sa condamnation à 5 ans de prison. Une annonce qui intervient 2 jours après un appel entre le président français et le président algérien pour relancer le dialogue entre les 2 pays, avec l'espoir de résoudre rapidement cette crise? - O.Beaumont: On voit bien que la situation évolue.
Il y a un canal de discussions qui s'est rouvert entre Paris et Alger depuis quelques jours. Il y a une reprise en main sur ce dossier d'E.Macron, avec un B.Retailleau qui, à ce stade, n'est plus considéré comme un interlocuteur pour le président algérien.
J'en veux pour preuve que c'est le ministre des Affaires étrangères qui se rend à Alger dimanche prochain et que G.Darmanin, ministre de la Justice, a annoncé qu'il allait se déplacer dans quelques jours à Alger. On a demandé à B.Retailleau de faire un peu retomber la température.
Mais c'est assez traditionnel, dans les relations entre Paris et Alger depuis toujours. Au milieu de l'année 2021, il y a eu des gros moments de tension sur le sujet des expulsions et de la non-application des OQTF. Le canal diplomatique était totalement rompu entre les 2 rives de la Méditerranée.
Ca s'était décanté après. Les choses évoluent après ce moment de crispation. Ce qu'attend E.Macron, c'est une grâce présidentielle du président Tebboune. - A.-E.Lemoine: Les dossiers étrangers accaparent tellement le président Macron qu'il n'a plus de bande passante pour quoi que ce soit d'autre.
C'est encore plus vrai depuis la dissolution, une dissolution qui lui fait dire: "Les Français ne voient pas tout ce que j'ai fait pour eux et ne m'aiment plus." - O.Beaumont: Cette confidence est faite à la fin de l'automne dernier, dans son bureau, auprès d'un interlocuteur.
C'était l'époque où E.Macron est au plus bas dans les sondages. Il ne se représentera pas.
Lui a jusqu'à ce sentiment d'injustice sur son bilan, sa personnalité, sur ce qu'il considère avoir fait pour les Français durant les grands moments de crise, particulièrement la crise covid. Cette confidence, qu'il prononce à l'automne, se concrétisera quelques semaines plus tard par des mots de la première dame, B.Macron, lors de l'opération de promotion des Pièces jaunes, qui, forcément, est interrogée sur le moral de son mari et qui reprend ces mêmes termes. "Il travaille beaucoup..." Les affaires étrangères occupent plus de 50 % de son activité.
C'est un canal qui occupe tout son emploi du temps. Il y a des entretiens avec les chefs d'Etat étrangers, les préparations de rencontres, les réceptions de chefs d'Etat à l'Elysée...
On l'a vu avant-hier encore. Parfois, ça paraît décalé. Le palais de l'Elysée est une enceinte militaire.
Le roi du Danemark...
Ce sont des images qui se heurtent avec la réalité. Mais cela fait aussi partie du quotidien de représenter la France, y compris au sein du palais de l'Elysée. - A.-E.Lemoine: Encore plus depuis qu'il ne gouverne plus car c'est F.Bayrou. - E.Tran Nguyen: Une coupure aussi due au lieu, le palais de l'Elysée.
Le président s'y sent seul. Il s'y est laissé enfermer. C'est pour ça que vous avez choisi ce titre, "La Tragédie de l'Elysée". - O.Beaumont: Tout le monde connaît l'Elysée, mais personne ne le connaît, en fait.
Je me suis rendu compte en enquêtant pendant un an et demi pour ce livre que je connaissais mal ce palais, qui est très mal fichu pour l'exercice du pouvoir au quotidien. Le bureau du président de la République est au milieu du bâtiment central, l'hôtel d'Evreux, construit en 1720. L'Elysée, c'est une succession d'ailes, d'appendices... - E.Tran Nguyen: 355 pièces au total. - O.Beaumont: 11 000 m2.
Le président est tout seul au premier étage, dans le salon doré, le bureau central. Il y a 2 seules personnes qui ont un bureau au premier étage, E.Macron et son secrétaire général, A.Kohler jusqu'à présent.
L'Elysée est un endroit qui enferme, qui isole, qui coupe du reste du monde et des Français. Cela favorise le phénomène de cour, qui est inhérent à la géographie du lieu, et qu'E.Macron entretient, car il reprend beaucoup de codes monarchiques dans sa fonction présidentielle.
Tous les rituels du quotidien... - A.-E.Lemoine: Il aurait pu s'en passer. - O.Beaumont: Il avait considéré déménager de l'Elysée.
Bercy est beaucoup plus fonctionnel, mais beaucoup plus froid. La chancellerie allemande a eu des nouveaux locaux il y a pas longtemps, qui sont très froids mais très fonctionnels. Au plus fort de la crise des "gilets jaunes", il y avait eu une réunion à l'Elysée et une conversation sur le fait d'envisager de quitter...
L'Elysée, c'est en plein coeur de Paris, 7e arrondissement, les beaux quartiers... 8e arrondissement, pardon.
Avec les boutiques de luxe. Ca ne colle pas avec les Français. Il y avait une réflexion pour déménager.
Ca a été très vite abandonné. Il aurait fallu des moyens de financement monstrueux. - A.-E.Lemoine: Pierre? - P.Lescure: Votre livre, c'est aussi le récit du cadre de vie d'un président, dans celui où le wi-fi, la télé tombent souvent en panne, où il faut parfois taper du poing sur la table pour avoir de l'eau chaude...
Mais un palais qu'E.Macron aime aussi faire visiter. Il avait fait cela en février dernier, pour un journaliste de CNN. ... ... - P.Lescure: Jolie formule, mais est-ce un lieu que le président aime malgré tout ou qu'il subit? - O.Beaumont: C'est un lieu qu'il aime beaucoup.
Les Macron ont beaucoup rénové le palais de l'Elysée depuis 2017. 40 millions d'euros investis pour la restauration de quasiment tous les salons de l'Elysée. Quand ils arrivent à l'Elysée, le palais est en très mauvais état, un état de décrépitude avancée, plus du tout aux normes électriques.
F.Hollande avait assumé...
Ce sont les rapports de la Cour des comptes qui le disent. - A.-E.Lemoine: Il avait assumé de ne pas faire de restauration. - O.Beaumont: Il considérait que les Français verraient d'un mauvais oeil le fait de dépenser des millions pour rénover l'Elysée.
E.Macron, cette visite, c'est son petit plaisir. C'est aussi un plaisir pour B.Macron.
A chaque fois qu'ils reçoivent des homologues étrangers, ils ont systématiquement le droit à leur petite visite. Ils ont beaucoup modernisé et rénové. Il y a beaucoup de pièces d'art contemporain qu'ils ont fait venir. 90 % vient du Mobilier national.
Ce sont des choses qui n'ont pas coûté d'argent aux contribuables et dont ils sont très fiers. Pour eux, c'est l'image de la France. Dans les premières semaines où il est arrivé à l'Elysée, E.Macron disait qu'il avait honte et quand il montait les marches de l'escalier Murat, car le marbre était fissuré, les rideaux détachés... "J'ai honte quand je reçois ici." - A.-E.Lemoine: "La tragédie de l'Elysée.
Dans l'enfer des quinquennats Macron", c'est signé O.Beaumont et ce sera disponible demain. Je vous conseille le chapitre 9, intitulé "Ca sent le président". - P.Lescure: Il faut vous expliquer, madame. - A.-E.Lemoine: C'est-à-dire? - O.Beaumont: E.Macron se parfume, beaucoup.
Une célèbre marque...
Il a une bouteille de parfum en permanence à disposition. On rappelait les codes de la royauté...
C'est devenu un attribut de son pouvoir. Cette odeur est très forte et prononcée. Ses collaborateurs savent quand il est passé, qu'il est là...
Notamment en Conseil des ministres. Plusieurs membres du gouvernement ont raconté qu'avant même que l'huissier ait annoncé "Monsieur le président
Marine Le Pen