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Podcast / conversationRCF — L'Invité de la Matinale (sur Site radio)· 2 juin 2024 14 minComplaisantPortrait personnelCulture, médias & sportNumériqueInstitutions & élections

"Bernanos est un prophète pour notre temps" selon Mgr Patrick Chauvet

Source d'origine 2 locuteurs

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

Analyse automatique

Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 95 %Attaque 3 %Défensif 2 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 2:00OuverteRéponse directe

    Pourquoi Bernanos est-il un homme entier ?

  • 3:13OuverteRéponse directe

    En quoi la pensée de Bernanos est-elle moderne ?

  • 5:10OuverteRéponse directe

    L'homme de 2024 est-il plus libre que celui du XXe siècle ?

  • 6:43OuverteRéponse directe

    Comment Bernanos pouvait-il anticiper l'IA en 1945 ?

  • 8:13OuverteRéponse directe

    Relire Bernanos est-il passéiste face à la technologie ?

  • 9:23OuverteRéponse directe

    Bernanos était-il cléricaliste ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 7:08InvitéFait
    « Bernanos a souvent critiqué la modernité et la société de son temps. »

Temps de parole

  • Présentateur71 %
  • Invité27 %

0 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Invité

Ce programme est disponible grâce aux dons de nos auditeurs. Pour diffuser un message d'espérance, rendez-vous sur rcf.fr.

0:15
Présentateur

L'invité de la matinale, Pierre-Hugues Dubois. Ce matin, Pierre-Hugues, votre invité est Mgr Patrick Chauvet, curé de la paroisse de la Madeleine à Paris et ancien recteur archi-prêtre de la cathédrale Notre-Dame de Paris.

0:30
Invité

Sa plume a marqué une génération, marquée par le retour de la guerre, la première guerre mondiale. La génération de la première moitié du XXe siècle qui fut traversée de crises existentielles. Largement connue pour journal d'un curé de campagne, on peut citer d'autres oeuvres de l'écrivain Georges Bernanos comme La liberté, pourquoi faire ? ou encore La France contre les robots. Livre d'une étonnante modernité, pensée d'une étonnante modernité, même plus de 75 ans après sa mort. Bonjour Mgr Patrick Chauvet. Bonjour. Vous publiez donc Bernanos sans concession, c'est chez Fayor.

Alors, Bernanos sans concession, car Bernanos était un homme absolument entier, assez peu enclin au relativisme, il n'était pas homme à faire des concessions.

1:08
Présentateur

C'est vrai, parce que je pense que Bernanos, oui comme vous dites, c'est un homme entier. C'est un homme qui avait du caractère. C'est un homme qui n'a jamais voulu être enfermé. Je veux dire par là que c'est très difficile, on pourrait dire qu'il était monarchiste, oui, monarchiste, pourtant il était fidèle au pape, révolutionnaire, oui, c'était un révolutionnaire. Je rappelle qu'il a refusé quand même d'être ministre, quand de Gaulle lui a proposé d'être ambassadeur, d'avoir la Légion d'honneur. Pourquoi ? Pourquoi ? Pour garder sa liberté. Et peut-être d'abord sa liberté de parole.

Et c'est ce que j'aime chez Bernanos, c'est que c'est un homme entier, qui ne cache pas pour lui la vérité, qui ose dénoncer des choses qu'il voit, que tout le monde voit. Mais il n'y a que lui qui ose dire, ben voilà les conséquences.

2:00
Invité

En préparant cette interview, je pensais à une expression « pensée mainstream ». C'est ce qu'on utilise pour dire la pensée ambiante aujourd'hui. Et je me suis dit qu'aurait pensé Bernanos des éléments de langage de la pensée mainstream.

2:13
Présentateur

Oh, je crois qu'il aurait hurlé. Il aurait hurlé en disant peut-être, voilà, France, que deviens-tu ? Mais il n'aurait pas, parce que ce n'est pas un homme du passé, donc il n'aurait pas dit « Ah, de mon temps ». Surtout pas. Mais il aurait dit, voilà, qu'est-ce qu'on peut répondre, comment on peut répondre à tout ce que nous voyons bouger, ces points de repère qui bougent, cette morale qui apparemment est en train de s'écrouler, l'Église qui va, on ne sait pas dans quel sens, le pape. Et donc il aurait au moins donné quelques éléments de réponse, voilà, pour essayer d'avancer.

2:55
Invité

Là, on est en train de faire une dystopie en se demandant ce que Bernanos aurait fait aujourd'hui, mais peut-être revenons-en un peu en arrière, parce qu'il a dit des choses. Je pense notamment à « La liberté pour quoi faire ». C'est un recueil dans lequel il y a pas mal de ses conférences, nombreuses de ses conférences, et il dit un petit peu ce qu'il pense de sa génération avec une pensée d'une étonnante modernité. En quoi est-elle très moderne, cette pensée à l'époque ?

3:16
Présentateur

Eh bien, elle est moderne dans le sens où, d'abord, c'est quelqu'un qui regarde. C'est-à-dire, un homme qui voit. Quelqu'un des faits. Exactement. On part des faits. Et il essaye, effectivement, de donner une interprétation de ce qui se passe. Et c'est vrai que son enjeu, c'est la liberté. C'est-à-dire, quid de la liberté aujourd'hui ? Et si on transfère 80 ans après, je pense que Bernanos nous dirait, voilà, comment vis-tu cette liberté ? Est-ce que tu as encore une liberté ? La liberté intérieure, ce n'est pas la liberté de faire ce que je veux. Lui, quand il parle de la liberté, c'est vraiment l'orientation de ce pour quoi il a été créé. Donc, l'orientation de l'homme.

Est-ce que tu as été créé pour tuer ? Est-ce que tu as été créé pour cette haine ambiante ? Ou est-ce que tu as été créé pour la paix ? Voilà. Et donc, il va montrer que, progressivement, nous sommes en train de perdre notre liberté. Alors, il prend différentes choses. Il ne parle pas de la guerre. Il a subi, lui, les deux guerres. Mais, il se dit, voilà, par rapport aux deux guerres, comment avons-nous réagi ? Est-ce que ça, j'allais dire, a changé quelque chose ? Eh bien, moi, je vous dirais, après les deux mois de confinement, la Covid, qu'est-ce que ça a changé ? Moi, je me suis dit, c'est quelque chose d'extraordinaire. D'abord, tout le monde fait deux mois de retraite.

Ça, c'est la première fois que je vois la population française faire une retraite, enfermée. Voilà, si on avait le droit à faire un petit peu de jogging. Mais, se dire, mais ça va changer quelque chose. Notre relation au temps, notre relation à la consommation, notre... Eh bien... Tout est revenu comme avant. Tout est revenu comme avant. Rien n'a changé. Et pourtant, notre président avait dit, il y aura des changements. Ah ben, le changement, je ne le vois pas pour l'instant.

5:10
Invité

Pour autant, l'homme de 2024 n'est-il pas plus libre que ne l'était celui du début du XXe siècle quand Bernano s'est né ?

5:18
Présentateur

Eh bien, ça, je n'en suis pas convaincu. Au niveau de la liberté intérieure, je pense que nous sommes beaucoup plus emprisonnés par notre monde. Le monde de la consommation, c'est incroyable, cette surconsommation. le monde du numérique. Je n'ai rien contre le numérique. Au contraire, je vois bien tous les trucs. Mais je me dis, on est tous esclaves de notre portable. Voilà. Esclaves de nos écrans. Esclaves de... Alors, je ne suis pas contre tout ça. On a bien besoin. C'est comme la France contre les robots. C'est ce que j'allais dire. Que dit-il Bernanos dans la France contre les robots ? Eh bien, justement, l'enjeu, c'est cette liberté. Est-ce que le robot va prendre la place de l'homme ?

Et donc, c'est l'homme qui va devenir... Donc là, il faut le dire

6:06
Invité

aux auditeurs, quand même. On est en 1945-46. Et Bernanos écrit La France contre les robots dans lequel il dit, en fait, qu'il faut que l'homme reste totalement libre par rapport à la technologie.

6:17
Présentateur

Et voilà. C'est-à-dire qu'il n'est pas contre la technologie. Mais il montre que le monde des machines, par exemple, ça nous robotise. C'est nous qui sommes devenus des robots. Et donc, on voit bien comment on est devenus des robots. On ne peut pas se passer de prendre son portable. Je suis dans le métro, on ne peut même plus dire bonjour aux gens parce que personne ne vous regarde. Ils sont tous arrivés sur leur écran. Et de dire, bon, voilà, est-ce que... Quelle est ma liberté là-dedans ?

6:44
Invité

Mais comment, en 1945-46, Georges Bernanos pouvait-il voir ça ? Est-ce qu'il n'y avait pas de téléphone portable ? L'iPhone, à l'époque de Bernanos, ce n'était pas ça.

6:52
Présentateur

Alors là, c'est son côté prophète. Moi, je pense qu'ils voyèrent... Et Bernanos a un côté prophète. Ah oui. Oui, oui, c'est un prophète pour notre temps. Et il dénonçait des choses à partir de machines. C'était les usines. Mais comme il dit, ce n'est pas ça qui va faire grandir notre humanité.

7:08
Invité

Et d'ailleurs, Georges Bernanos a souvent critiqué la modernité et la société de son temps. Aujourd'hui, on a l'intelligence artificielle, Tchad GPT. Il faut relire la France contre les robots aussi pour comprendre combien il y a un enjeu de liberté intérieure.

7:22
Présentateur

Ah, ça, je crois. Par exemple, l'intelligence artificielle, je dirais, bien meilleure et bien pire. Bien meilleure parce que ça va nous aider au niveau de la science, au niveau de la médecine, au niveau de... Je lis un peu ce qu'elle peut apporter. Mais aussi, attention, est-ce qu'on va penser avec l'intelligence artificielle ? Non. Vous savez, la pensée, c'est prendre un crayon, un papier et essayer d'écrire un paragraphe. Si je prenais le philosophe Alain, il dirait un paragraphe de 45 lignes. Voilà. Tu montres, tu démontres et tu fais une chasse. Tchad GPT sait faire ça. Ah ben, il sait faire ça, mais nous, pendant ce temps-là, on ne pensera plus.

Et je me dis, mon Dieu, si nous ne pensons plus, je pense que toutes les énergies du mal peuvent revenir.

8:13
Invité

Est-ce que relire la France contre les robots, j'incitais à l'instant les auditeurs à le faire, mais je vais revenir un peu sur ce que j'ai dit. Est-ce que ce n'est pas aussi avoir une vision un peu passéiste de tout ce que la technologie peut nous apporter ? Quand même, Tchad GPT, c'est un outil absolument incroyable. Vous êtes prêtre. Peut-être que vous avez certains de vos confrères qui se permettent d'écrire certains paragraphes de leurs homélie avec Tchad GPT.

8:35
Présentateur

Je n'en suis pas sûr. Je le crains. Je le crains. Vous voyez, parce que j'aime mieux que ça sorte du cœur que de cette intelligence artificielle. Non mais, moi, personnellement, je ne suis pas compte de cette intelligence artificielle. Il ne faut pas non plus mettre une croix sur tout ce que... Oui, mais il y a un enjeu de liberté. Il y a un enjeu de liberté là. Mais voilà. Donc, quel est le critère de discernement pour pouvoir se servir d'un outil en prenant le recul nécessaire ? Et que dit Bernanos ? Quel est le critère ? Pour lui, le critère, c'est d'abord qu'est-ce que moi, en tant qu'être humain, qu'est-ce que je pense ? Voilà.

Comment j'arrive à mettre ma pensée sur un bout de papier et à réfléchir ? Est-ce que nous réfléchissons ? Ou est-ce qu'on nous supprime cette liberté de réfléchir et on devient esclave ?

9:23
Invité

Georges Bernanos a souvent mis en avant la figure du prêtre. Est-ce qu'on pourrait aujourd'hui le taxer de cléricaliste ?

9:30
Présentateur

Ah, je crois qu'il aimait beaucoup la figure du prêtre. Des prêtres ? Parce qu'il y a beaucoup de prêtres dans ses romans. Mais cléricaliste, sûrement pas. Parce qu'il y a des pages très dures sur l'Église. Sûrement, sur ces curés médiocres qui resteront médiocres, voilà, sur ces monsignors au Vatican qui se prennent pour des diplomates. Non, non, il est très, très dur sur l'Église. Et pourtant, et pourtant, c'est quelqu'un de fidèle. Vous voyez, quand le pape a condamné Maurras, il n'était pas Maurrasien. Enfin, il était plutôt dans tendance. Tout de suite, il a pris la distance en disant je ne veux pas être en désaccord avec le pape, je resterai fidèle à l'Église jusqu'au bout.

10:16
Invité

Ça, c'est intéressant parce qu'aujourd'hui, l'Église est traversée de beaucoup de divisions, notamment contre le pape François, en particulier en France. Beaucoup de catholiques français peuvent être parfois opposés, ou en tout cas prendre leur distance avec le pape. Il est important de rappeler que Georges Bernanos se tenait d'être toujours en communion. Le mot communion, il peut paraître étonnant.

10:37
Présentateur

Oui, mais je pense que c'est vraiment, lui, ce qu'il souhaitait. On n'est pas obligé de partager toutes les idées du pape François, par exemple, mais il n'empêche qu'on essaye. Et je pense qu'il faut essayer de comprendre ce qu'il veut, ce qu'il dit, et puis de se dire que c'est le pape. Et si c'est le pape, on essaye, on pense qu'il a la plénitude de l'Esprit Saint et que c'est l'Esprit qui conduit son Église. Eh bien, notre ami Bernanos est pareil. Et il est quand même accompagné par Mgr Pézeril juste avant quand même de mourir.

C'est lui qui l'a accompagné dans cette agonie qui lui faisait peur parce qu'il voulait se dire comment je vais faire pour mourir, comme tous ces personnages de Bernanos. La question de la mort, se dire mais comment vais-je faire pour mourir ? Voilà. C'est la question de la petite Thérèse. Il était très lié aussi à la petite Thérèse de l'enfant Jésus. Et donc, il a mort comme chacun d'entre nous. C'est-à-dire, on fait ce qu'on peut comme on peut.

11:34
Invité

Et on est tous égaux face à la mort. Il y a quelques semaines à ce micro, on était avec Sadek Beloucif pour évoquer la fin de vie et il disait que nous ne sommes jamais autant égaux que 15 secondes avant notre mort.

11:44
Présentateur

C'est vrai. C'est vrai. Et là, on passera tous par ce passage.

11:48
Invité

Revenons à à Georges Bernanos et à sa postérité. Aujourd'hui, nombreux sont les Français qui lisent Bernanos. Mais y a-t-il encore des Bernanos aujourd'hui ? Y a-t-il encore des penseurs chrétiens en France ?

12:02
Présentateur

Quelle belle question. Moi, je suis persuadé qu'il faut vraiment que nos littéraires puissent vraiment travailler. Il y a un manque ? Je pense qu'il y a un manque. C'est clair qu'il y a un manque. On a tous des missions, tout chrétien, tout baptisé à des missions. Il y a une mission, j'allais dire, royale. La mission royale, on est prêtre, prophète et roi. La mission royale, c'est transformer ce monde en royaume d'amour. Eh bien, je pense que la littérature, la littérature, l'art, a un rôle très important. Comment nous allons, par, à travers des œuvres qu'on va écrire, redonner un peu le goût, la saveur, la lumière, l'espérance. Parce que Bernanos est l'homme de l'espérance.

12:53
Invité

L'espérance, c'est le désespoir surmonté, disait-il. Oui.

12:57
Présentateur

Et il dit que la plus grande tentation, il écrit ça il y a 80 ans, est celle du désespoir.

13:03
Invité

Alors, une dernière question, puisque dans six mois, je crois presque jour pour jour, Mgr Chauvet, on rouvrira les portes de Notre-Dame. Ça, pour vous,

13:10
Présentateur

c'est votre espérance ? Ah ben, c'est une très grande espérance. D'abord, de pouvoir découvrir la cathédrale, debout, refaite à neuf, si je puis dire. Elle sera belle, elle sera très belle. J'aurais jamais pu imaginer voir la cathédrale aussi belle. C'est-à-dire, cette couleur blanche qui n'existait plus, les peintures qu'on retrouve. Et quand j'étais sur le parvis, à le moment de l'incendie, où j'ai vu la cathédrale, qui a failli s'écrouler, je me suis dit, mon Dieu. Mais vous voyez, le lendemain, quand j'étais seul sur le parvis, avec les pompiers qui surveillaient encore l'édifice, j'ai pensé à Bernanos. Bernanos, il me disait, voilà, qu'as-tu fait ? Qu'as-tu fait ?

Enfin, non pas responsable de l'incendie, il n'allait pas croire que c'est moi qui ai allumé le feu. Mais, c'est ça, France, réveille-toi. France, réveille-toi. Eh bien, l'ouverture de la cathédrale, la réouverture, ça sera, oui, la France s'est réveillée.

14:08
Invité

Désespoir surmonté. Bref, l'espérance. Merci beaucoup, Mgr Chauvet. Effectivement, je rappelle que vous avez été recteur archi-prêtre de cette cathédrale Notre-Dame de Paris, aujourd'hui curé de l'église de la Madeleine, et vous publiez Bernanos sans concession. C'est chef ailleurs. Merci d'avoir été l'invité de la matinale. Merci beaucoup.