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interviewPublic Sénat· 2 juin 2026 27 min

Macron : le succès de la « start-up nation » ?

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Emmanuel Macron qui a donc organisé hier à Versailles le sommet Choose France, le dernier de son quinquennat. Un sommet qui a permis de récolter 93 milliards d'euros d D'investissements étrangers pour notre pays, mais ces annonces centrées sur l'intelligence artificielle cachent-elles un bilan industriel plus terne pour le président de la République ? C'est le débat du jour.

Et pour en parler, j'accueille Elisabeth Martichoux. Bonjour, bonjour. Bonjour à vous.

Vous êtes éditorialiste politique pour Public Sénat, j'accueille également Louis-Samuel Pilser. Bonjour. Bonjour.

Vous êtes maître de conférences et enseignant à Polytechnique et auteur du livre intitulé « Souveraineté économique analyse et stratégie », un livre disponible aux éditions Economica. Et puis j'accueille Anne-Sophie Alzif. Bonjour.

Bonjour. Vous êtes chef économiste et associée au cabinet BDO France. Alors on va écouter Emmanuel Macron qui s est félicité de ce dernier sommet de Choose France, de son quinquennat et de ce record d'investissements étrangers.

Cette édition de Choose France à elle seule va permettre de cristalliser un montant record de 93 milliards d'euros d'investissements confirmés pour plus de 15 000 emplois. C'est évidemment de très loin une édition record et c'est historique. Ce sont 93 milliards d'euros d'investissement dans les data centers et dans l'IA bien sûr.

Ces 93 milliards d'euros d'investissements étrangers dans notre pays sont la preuve concrète de l'attractivité de la France pour la septième année consécutive, première destination des investissements étrangers en Europe. Elisabeth Martichoux à ses sommets tous France depuis 2017, ça illustre politiquement une méthode Macron pour essayer de valoriser l'image du pays ? Oui, quand on fera le bilan, on va bientôt le faire.

Des dix années de macronisme, il y a une chose qui restera effectivement, c'est ce volontarisme. C'est le président qui s'est fait élire sur la promesse de la start-up nation. C'est effectivement un fermant du macronisme.

Et on ne peut pas enlever au président Macron ce volontarisme effectivement qu'il a affiché, beaucoup d'énergie. Après le bilan industriel il est ce qu'il est et on va en parler avec des Les chiffres documentés, vous avez laissé entendre dans votre question qu'il était plus contrasté, mitigé, discutable que donne cette impression de pluie de dizaines de milliards qui tombe sur la France, le ruissellement en termes d'industrialisation structurelle de solde net en emploi. Vous nous le direz bien mieux que moi mais effectivement c'est beaucoup plus compliqué parce qu en même temps des industries traditionnelles perdent du terrain.

Mais je voudrais juste dire qu'en termes d'image, il y a l'attractivité de la France effectivement elle est réelle. Par ailleurs Emmanuel Macron là où la contradiction est majeure, c'est que c'est lui-même qui a provoqué l'instabilité politique avec la dissolution et que l'instabilité politique elle est difficilement compatible avec une politique économique qui sécurise le monde économique. Louis-Samuel Pilser, est-ce que vous diriez qu'en deux quinquennats Emmanuel Macron a rendu le pays plus attractif économiquement ?

Alors c'est toujours une bonne nouvelle quand on a des dizaines de milliards d'euros d'investissement en France, donc 93 annoncé hier. Je pense qu'il faut regarder le détail, notamment, vous l'avez dit sur les annonces qui ont été réalisées hier, l'essentiel de ces investissements sont des data centers. Donc on a 45 milliards avec SoftBank, une seule annonce qui crée 350 emplois, 45 milliards, 350 emplois.

Il faut remettre ça dans un contexte, c'est des investissements qui sont à la fois assez importants pour notre souveraineté mais qui créent au final assez peu d'emplois sur le sol national et les compétences que nous arrivons à constituer en installant ces datacenters ne sont pas inintéressantes, électricien de l'entretien de datacenter et un peu de compétence sur le logiciel également. Donc en fait c'est beaucoup de communication C'est beaucoup de communication. En fait quand on décompose, je pense que les investissements industriels à proprement parler dans ces 95 milliards c'est à peu près une dizaine de milliards avec quelques investissements sur la santé, sur l'agroalimentaire.

Ce n'est pas inintéressant mais quand on regarde le bilan on voit très clairement que le pays recommence depuis deux ans à se désindustrialiser. On a fermé en solde net, on a fermé 15 usines 2024, 63 usines en 2025 et cette année on voit bien que les plans sociaux se multiplient et qu'on continue à dégringoler. – On va parler de cette réalité industrielle qui est bien plus terne que ne laisse entendre le président de la République, mais quand même Anne-Sophie Alzif, quand on regarde les chiffres depuis 7 ans, la France est le premier pays en termes d'accueil d'investissement étranger en Europe, ça veut dire qu'il y a quand même une réalité en termes d'attractivité. – Oui, il y a une véritable attractivité de la France parce qu'on a véritablement des atouts, on en a parlé, on a des infrastructures, on a une main d'oeuvre qui est très qualifiée et puis surtout on a un élément très important qui est notre énergie décarbonée.

Souvent on le met de côté, c'est assez étonnant parce que nos partenaires, par exemple italiens et allemands ne parlent que de ça et nous on le met très très peu en valeur, alors que aussi c'est un des éléments qui explique pourquoi on a aussi autant de data centers, parce qu'on a cette énergie en effet décarbonée, robuste et de très bonne qualité qui nous permet d'être très attractifs et très compétitifs. Et dans un monde où on ne veut plus de souveraineté et de moins dépendance d'énergie fossile, je pense que d'être très bien positionné sur des énergies décarbonées, c'est un véritable atout et un véritable avantage comparatif. Donc souvent on dit concrètement qu'est-ce que ça veut dire ?

Là vous le voyez dans les chiffres, c'est grâce à ça qu'on attire. Donc en effet je pense que sur ce point notamment de l'énergie, c'est vraiment quelque chose qui est très positif pour la France. C'est un atout finalement qui est historique pour la France avec cet investissement dans l'énergie nucléaire.

Ce n'est pas forcément que Emmanuel Macron ? Non, non, non. C'est en effet quelque chose qui est historique.

Mais souvenez-vous, on a eu cette filière nucléaire qui a été mise en œuvre pour justement avoir une indépendance énergétique sur le long terme. Ensuite, on est revenu en arrière. Maintenant, on revient justement à ce type d'énergie nucléaire.

Mais pas seulement. C'est aussi l'éolienne, c'est aussi le solaire. Donc c'est un mix d'énergie décarbonée.

Et aujourd'hui plus que jamais, on veut être de plus en plus autonome face à l'énergie fossile. Donc c'est vrai que d'être bien placé sur ce type d énergie, je pense qu'en termes d'attractivité, c'est absolument essentiel. Et quand vous écoutez les investisseurs, c'est un des premiers éléments qui explique pourquoi ils choisissent la France plutôt que l'Allemagne ou le Royaume-Uni.

Alors l'énergie nucléaire est un des atouts de la France qui explique l'attractivité économique et ses investissements étrangers. Mais pour Emmanuel Macron, l'une des raisons aussi, c'est ces réformes et l'environnement économique qu'il a créé en deux quinquennats. On l'écoute.

C'est le principal moteur de ces nouvelles initiatives. Nous avons réussi collectivement à construire un environnement favorable aux entreprises. Nous avons très tôt entrepris de nombreuses réformes du droit du travail et la meilleure preuve de leur Efficacité, c'est que personne ne me parle plus des questions sociales lors de mes entretiens bilatéraux.

Elisabeth Martichoux, on l'entend. Emmanuel Macron est en train d'écrire son bilan et finalement l'histoire d'un président réformiste. Oui, alors il y a quelque chose de, comment dirais-je, je vais dire touchant, c'est pas tout à fait le mot, mais Emmanuel Macron, il se rend compte à la fin de la 9e année de mandat de tout ce qu'il aurait pu faire en 9 ans et il essaye dans la dernière année d'en rattraper un peu le temps perdu.

Et il y a quelques semaines, on en avait parlé, vous savez, il est allé inaugurer 150 projets industriels sur le modèle de Notre Dame. Et l'idée de Notre-Dame, c'était effectivement de surmonter ou de faire des dérogations aux normes et aux règlements pour pouvoir mettre en oeuvre plus rapidement des chantiers. Et c'était finalement une critique de la réglementation française qui est trop tatillonne, trop normée, disent les chefs d'entreprise.

Évidemment aussi trop chargés. Mais il y a aussi des questions de réglementation. Et donc on est dans cette contradiction.

Mais c'est vrai que si vous me permettez, on a envie de comprendre pourquoi, dans le fond, tous ces investissements qui qui se comptent par dizaines de milliards au fil des ans, depuis 2018, n'ont pas permis de créer un ferment de réindustrialisation profond. C'est-à-dire qu'on a l'impression que oui, il y a des investissements, mais qu'il n'y a pas structurellement de réformes ou de transformations qui permettent vraiment d'avoir une réindustrialisation plus solide. Et on se dit qu'est-ce qui a manqué dans le fond ? – Alors déjà ce qui manque c'est une vision très long terme.

Quand vous voulez vous réindustrialiser, ce n'est pas en 2-3 ans, c'est minimum 15-20 ans. Donc, c'est du temps très long, surtout quand vous voulez revenir sur de l'énergie, sur des secteurs qui sont qui demandent beaucoup de capitaux et beaucoup d'investissements. Donc déjà, il y a vraiment l'idée d'une planification et d'avoir une vision du temps long, d'avoir un objectif, de s'y tenir et de ne pas changer.

C'est vrai qu'on a vu ces derniers temps, c'est très compliqué d'avoir cette vision-là. L'autre élément, c'est quand vous décidez de vous réindustrialiser, vous pouvez dire on a cet objectif-là, mais vous ne pouvez pas le décréter. Donc vous avez au niveau international plusieurs choses, vous avez déjà une compétition internationale qui est très vive, notamment asiatique, et on voit aujourd'hui les pays qui sont les plus touchés par la désindustrialisation de la compétition.

C'est beaucoup plus l'Allemagne que la France parce qu'il y a cette concurrence asiatique qui est excessivement forte. Donc c'est aussi très compliqué de dire même si si vous avez la vision, même si vous avez les investissements, on va se réindustrialiser comme ça parce que vous êtes dans un monde ouvert où aujourd'hui vous avez des géants, notamment les Etats-Unis et la Chine qui ont une politique industrielle très agressive. On l'a vu avec les Etats-Unis, droit de douanes, et on a vu la Chine qui est aujourd'hui la première puissance industrielle qui n'a jamais produit autant depuis la Seconde Guerre mondiale.

Donc dans ce monde-là, il faut en effet, à mon sens, se réindustrialiser, se réindustrialiser aussi sur tous les éléments de la chaîne. À mon sens, parfois, on dit oui, il faut réaliser dans certains secteurs ou que dans telles entreprises. Non, il faut vraiment se réindustrialiser partout, autant les petites entreprises, les fameuses entreprises de taille intermédiaire et les très grandes.

Pourquoi ? C – C'était votre question. Parce que quand vous créez un emploi dans l'industrie, c'est trois dans les services.

Et la France est très bien positionnée dans les services aux entreprises. Donc c'est ça qu'il faut regarder en termes d'emplois. Ce n'est pas l'industrie demain qui va créer des millions d'emplois comme dans le passé parce qu'il y a la robotique, Par contre, ça crée un écosystème favorable et ça crée des emplois pas seulement dans l'industrie, mais dans les services et sur l'ensemble du territoire.

Mais ça prend 20 ans. – Louis-Samuel Pilser, quand on fait le bilan industriel d'Emmanuel Macron, est-ce qu'il a vraiment créé cet écosystème cet environnement favorable aux investissements industriels dans notre pays ? – Il y a un vrai problème de méthode.

En fait, ce qu'on peut faire comme bilan, c'est d'abord le fait que les baisses d'impôts et ce que Macron appelle l'environnement social plus favorable, ça n'a eu aucun impact industriel. La vérité c'est que les data centers comme la Diane-Sophie s'installent parce qu'on a une énergie qui est abondante, on est excédentaire, on vend tous les ans notre excédent énergétique à l'Allemagne, donc notre électricité, qui par ailleurs est plutôt plus chère que celle qu'on trouve aux Etats-Unis ou en Chine. Elle attire parce que quand des data centers doivent s'installer sur le sol américain, ils ont de grandes difficultés pour se raccorder au réseau électrique et pour obtenir les puissances énergétiques nécessaires pour faire tourner ces data centers.

Donc la plupart installent même des usines sur site pour avoir l'énergie dont ils ont besoin pour tourner. En France, on a une énergie qui est disponible et ça les attire beaucoup même si c'est un peu plus cher. Sur l'industrie, je pense en effet qu'on a fait un peu la moitié du chemin.

On a des investissements. France 2030, 54 milliards, c'est énorme. On a des investissements étrangers par ailleurs qu'on attire mais ce sont des gros investissements sur des grands projets.

Le problème, c'est que le consensus, c'est que les deux tiers de notre potentiel de réindustrialisation se trouvent dans des territoires et dans des petits projets de PME qui étendent une usine. Ces projets ne trouvent pas leur compte dans les politiques qui ont été mises en place actuellement pour accompagner ces grands projets d'envergure, ces gigafactories, etc. Et pourquoi ?

Parce qu'on a centré nos politiques industrielles sur des des très grands projets d'envergure sur lesquels on met un milliard, sur des investissements internationaux qu'on attire en dizaines de milliards. C'est très bien, c'est utile parce qu'il nous faut ces gigafactories de batteries, ces productions de panneaux solaires, etc., qu'on a besoin d'attirer et de mettre en place en France, mais ça ne fait pas tout le chemin.

Il faut aussi qu'on arrive à accompagner les territoires dans leur reconstruction industrielle qui nécessite de construire des filières, d'aménager du foncier, mettre en place des infrastructures, des formations. Ça, on l'a insuffisamment fait ces dernières années. – Anne-Sophie Elzif, vous voulez y réagir ? – Oui, il faut faire aussi attention.

Là, on parlait d'un bilan. C'est vrai que depuis deux ans, on ferme plus d'usines qu'on en ouvre, mais on a aussi un contexte international qui n'est pas forcément favorable et notamment concernant les masses d'investissements qui sont absolument énormes en intelligence artificielle aux états unis et en transition écologique en chine quand vous regardez en europe on a ce choc d'investissement mais reste quand même beaucoup plus faible en volume par contre quand vous regardez sur les 10 ans, deux années où en effet on ferme plus d'usines mais au tout début, il a quand même remis cette politique de l'offre au début alors qu'on n'était pas vraiment dans cette politique -là et on a eu des ouvertures d'usines quand même assez importantes et de la recréation d'emplois industrielles, ce qui n'était pas arrivé depuis longtemps. Donc bien évidemment il y a ce contexte-là.

Là aussi il faut faire attention de se dire « Ah ben voilà, depuis deux ans on ferme des huiles, donc on va laisser de côté ». Il ne faut surtout pas faire ça, il faut surtout continuer parce que par rapport à ce qu'on a dit avant, si on veut se réindustrialiser c'est sur très long terme donc ce n'est pas parce que deux ans on a des chiffres moins bons qu'il faut dire on met de côté la réindustrialisation surtout pas Oui c'est intéressant ce que dit Manu Alcif parce que précisément on a deux ans devant nous, très incertains politiquement. Et qu'on se dit l'année 2026, elle est compliquée, 2027, on ne sait pas s'il va y avoir un sommet de choses France dans un an.

Qui sera à l'Elysée ? Est-ce que le successeur ou la successeur d'Emmanuel Macron sera dans la même logique ? Quand on écoute les discours, et ceux qui aujourd'hui sont donnés gagnants à l'Elysée, on se dit que ce n'est pas sûr, c'est pas certain.

Et les industriels, et là je parle sous votre contrôle, les industriels, ils le savent ça quand même. Ce climat politique en France, il est terrible. On se dit mais c'est presque un miracle que les investisseurs viennent encore en France d d'abord parce qu'effectivement, il y a eu des avancées.

La politique de l'offre, d'abord de François Hollande puis d'Emmanuel Macron, effectivement on fait en sorte que ça rende plus attractive la France, on l'a bien vu en termes de social, de coût, de ce que représente le travail en France mais bon c'est quand même pas encore extraordinaire du point de vue du patronat et puis politiquement on est quand même depuis depuis 2024, dans une situation, dans un marasme total. – Politique très incertaine. – Mais totale et une incertitude qui va perdurer encore pendant au moins deux ans.

Donc vous disiez deux ans, c'est très important justement politiquement c'est très chaud oui c'est très chaud mais regardons aussi on dit la france vous regardez royaume unis ont énormément de problèmes pour garder l'allemagne ce que je veux dire c'est qu'il y a des tensions politiques vu qu'on est en face à beaucoup de transitions, on va en avoir en France, on en aura dans d'autres pays et ça va continuer. Donc la question c'est de se dire de toute façon ça c'est toujours l'Espagne regardez qui est la première aujourd'hui moteur de croissance en Europe qui n'a pas de budget. Et ce n'est pas pour ça ils ont quand même plus de 2 % de croissance en Espagne.

Donc vous dites que c'est décorrélé ? Ce que je veux dire, ce n'est pas du tout décorrélé mais ce que je veux dire c'est que c'est tout à fait possible malgré les crises, malgré les chocs, de conduire si on a la volonté politique en effet une politique d'offre, une politique de Donc c'est possible, si vous voulez, de garder un cap même s'il y a des changements politiques. Par contre il faut avoir la volonté politique et c'est là où vous avez raison On ne sait pas Alors Emmanuel Macron a attiré les investissements étrangers mais le bilan industriel reste plus mitigé.

Les avis sont assez critiques. On va écouter celui de la secrétaire générale de la CFDT Marie-Élise Léon qui était hier sur ce plateau. On est loin du compte en matière de réindustrialisation.

Sur 2025, on a 200 000 emplois industriels qui ont été détruits. Alors d'autres ont été créés en attendant mais je pense qu'on a une véritable problématique de maintien de l'industrie en France. Et les investissements qui sont annoncés, la création d'emplois qui sont annoncées notamment pour les data centers en Haute-France, c'est une bonne nouvelle pour le territoire, c'est une bonne nouvelle pour l'emploi.

Mais le bilan de la CFDT, il n'est pas aussi réjouissant. Louis-Samuel Pilser, il y a quand même certaines filières industrielles qui sont en souffrance aujourd'hui dans notre pays, malgré ces annonces. Oui, en fait, le problème de de la France, c'est qu'on a mis en place des politiques industrielles qui permettent de reconstruire.

Mais en même temps, on n'a pas fait l'ensemble du chemin. C'est-à-dire qu'on accompagne avec des subventions, des grands projets industriels, des gigafactories, etc. Mais on est incapable, au niveau français mais surtout au niveau européen, de se protéger contre la concurrence internationale extrêmement féroce à laquelle font face les acteurs qui sont sur ces filières.

On a entendu la semaine dernière que des projets comme ceux de Vercors, ACC, les projets du gigafactory de batterie qui étaient des emblèmes du quinquennat Macron étaient en difficulté parce que Renault, Peugeot estimaient que c'était plus cher d'acheter une batterie fabriquée en France que de prendre une batterie fabriquée en Chine. Évidemment, c'est beaucoup plus cher si on ne met pas en place les barrières douanières et les politiques de protection de nos entreprises nécessaires. Donc au niveau européen, on n'a pas réussi à impulser ce changement de fonctionnement qui permettrait de protéger les filières qu'on essaye de reconstruire sur le sol national et sur le sol européen, de la concurrence chinoise notamment. – Donc il y a une question de souveraineté aussi dans ce débat. – Oui, exactement.

En fait, il Il faut, quand on essaie de reconstruire une filière, qu'on soit cohérent. Si on veut reconstruire une filière des batteries, eh bien on se protège. On arrête d'importer des voitures électriques chinoises qui sont effectivement beaucoup moins chères.

Et beaucoup moins chères parce qu'elles sont dumpées, parce que les Chinois subventionnent leurs exportations en Europe pour couler nos filières et ils l'assument quasiment. Et ça, c'est juste pour compléter pourquoi c'est très important la réindustrialisation. La Chine aujourd'hui a plus de 1 000 milliards d'excédents.

Quasiment tout ce que vous consommez autour de c'est à plus de 30%, c'est chinois et donc c'est en effet de l'argent que vous donnez, enfin vous consommez à ce pays. Quand vous avez autant d'argent, bien évidemment, vous pouvez après massivement subventionner des filières et être en concurrence avec l'Europe. Si demain vous vous réindustrialisez, si demain vous avez de nouveau une base industrielle qui est beaucoup plus importante sur votre sol européen, un, vous avez plus de souveraineté, mais aussi vous avez de la valeur ajoutée qui est créée.

Parce que souvent vous parlez en termes d'emploi. Sur le quinquennat Macron, en effet, on a baissé le taux de de chômage, il y a eu beaucoup d'emplois créés. Mais il y a eu beaucoup d'emplois aussi dans le secteur des services qui avaient moins de gains de productivité et donc moins de création de valeur.

Donc c'est ça aussi l'idée, c'est d'avoir plus d'industrie pour créer plus de richesses et arrêter de se paupériser. Alors sur cette question, la souveraineté et les des investissements étrangers, je voudrais qu'on écoute François Ruffin ce matin qui dit attention il ne faut pas faire trop de danse du ventre, c'est ce qu'il va dire. Vous allez l'écouter face à tous ces investisseurs notamment chinois mais il faut mobiliser l'épargne des Français.

On a une épargne nationale qui est gigantesque, qui est à hauteur de 19%. C'est 2 000 milliards d'assurance-vie. Et sur ces 2 000 milliards d'assurance-vie, il n'y en a que 3 à 4 % qui va vers les PME.

Donc la priorité, ça ne doit pas être de faire la danse du ventre devant les capitaux étrangers, mais ça doit être de se demander comment on mobilise cette épargne nationale. Et on vient avec des réponses en disant qu'il y a une Première chose à faire, c'est puisque c'est un produit partiellement défiscalisé, l'assurance vie, eh bien on le flèche. On le flèche en particulier en direction des PME. – Elisabeth, on a les moyens en France de financer cette réindustrialisation ? – Alors justement, on l vous mettez sur la table un point majeur, c'est le problème du budget.

Les caisses sont vides. Par parenthèse, il y a comme un petit malaise à entendre cette expression de François Ruffin, les capitaux étrangers, comme si c'était sale. Que la France investisse, que les pays étrangers investissent en France, c'est quand même une bonne nouvelle.

Après, les caisses publiques sont totalement vides et la question que, si vous me permettez, j ai aussi envie de poser à vos invités, c'est le moteur de l'industrialisation aussi, mais peut-être que je me trompais, c'est l'innovation. Et en France, on a l'impression que les investissements, en fait, ils pleuvent sur des secteurs qui existent déjà, qu'on n'arrive pas vraiment à innover, à créer, nous, des nouveaux secteurs industriels d'avenir. Mais pourquoi, dans le fond ?

Pourquoi on n'y arrive pas ? On a l l'électricité, on a des chercheurs, on a des ingénieurs, on a des emplois qualifiés. Et ça, on n'y arrive pas.

Alors en effet, c'est la question du financement. On a absolument tout, vous l'avez dit, pour pouvoir créer. Par contre, en effet, on a des problèmes de financement.

Quand vous avez une entreprise et que vous avez besoin d'être financée à plus de 2-3 milliards d'euros, on le voit derrière les dix dernières années, notamment dans les secteurs des technologies. À 75%, vous pouvez être rachetés par des entreprises américaines. Donc ça, c'est un vrai sujet de souveraineté, c'est un vrai sujet.

Et en effet, c'est tous les débats qu'il y a sur le fléchage de l'épargne, etc., même si l'épargne finance déjà l'économie réelle et les entreprises. Ce n'est pas l'épargne qui financerait à l'assurance-vie qui finance déjà les entreprises, mais c'est de dire comment on peut faire pour que toutes ces entreprises qui sont en effet créées en Europe puissent se développer en Europe.

Et ça, c'est vraiment une vraie question de souveraineté. Ça pose également la question de la taille des entreprises. Oui, d'avoir des géants européens dans énormément de secteurs.

Vous le voyez aujourd'hui que pendant 20 ans, mais ce n'est pas la faute de l'Europe. L'idée, c'était d'avoir un territoire, un marché unique et pas forcément un grand marché de producteurs, plutôt de consommateurs. Donc ça, il faut revoir ça.

Donc c'est vrai qu'un petit peu tous les fondamentaux du marché qui avait été créé pour en effet être un marché ouvert de consommateurs et d'augmenter notre pouvoir d'achat. Aujourd'hui, il faut le revoir, être beaucoup plus sur la production et moins sur la consommation. Et quand on a été biberonné à la la consommation pendant des dizaines et des dizaines d'années, ce n'est pas facile de revenir à cette production. – Louis Samir, vous êtes d'accord, il faut utiliser cette épargne française, cette épargne européenne, qui parfois d'ailleurs peut partir à l'étranger aux États-Unis, il faut l'utiliser pour notre production industrielle.

Oui c'est vrai qu'on a un paradoxe en fait l'épargne des français elle finance la tech américaine et derrière nos startups quand elles veulent lever des fonds elles sont contraintes d'aller aux états-unis pour faire leur tour de table. Notre épargne finance la tech américaine 300 milliards d'euros d'épargne européenne qui part aux Etats-Unis. Oui, c'est massif.

C'est énorme. Oui, exactement. Ça fait partie des conclusions du rapport Draghi et c'est un des gros problèmes de notre économie.

Ensuite, d'un côté, Les Français financent l'étec américain. De l'autre, les investisseurs américains mettent de l'argent en France pour ouvrir des data centers, des sites industriels. Et les start-up françaises doivent être financées aux États-Unis parce qu'on n'a pas d'industrie du venture capable de participer à des tours de table, 100 millions, 500 millions, etc., qui se font aujourd'hui sur certains secteurs.

Donc je pense que ce paradoxe doit être résolu ensuite sur ce sujet de… – Quelle est la solution pour vraiment utiliser notre épargne pour notre industrie En réalité, sur le financement des startups, je pense qu'on a fait de sérieux progrès depuis 15 ans. En fait, depuis la mise en place de BPI, les plans, les programmes d'investissement d'avenir, on a construit une vraie industrie du capital risque qui permet aujourd'hui de de participer à la plupart des tours de table alors c'est vrai que sur notamment les rachats en fait on a un problème parce que quand une start-up travaille sur de l'IA, de la cybersécurité, du logiciel en fait c'est très compliqué de lui dire non tu ne vas pas te faire racheter par Apple, par Google et tu vas aller chez Renault. C'est vrai que quand on regarde les perspectives pour une start-up qui se développe en France sur ces filières elles sont quasi inexistantes pour des rachats français, européens donc elles sont contraintes sur les étapes les plus avales de leur développement, de passer côté américain.

Je pense qu'il faut qu'on arrive à structurer des vraies filières numériques en Europe pour offrir des débouchés à nos start-up. Justement sur la filière numérique et sur l'intelligence artificielle, je voudrais qu'on écoute le patron du groupe japonais SoftBank, qui est l'un des principaux investisseurs de ce dernier sommet Choose France avec 75 milliards d'euros annoncés d'investissement, notamment dans un méga data center dans les Hauts-de-France. On va l'écouter sur l'enjeu de l'IA en Europe.

En fait, il y aura deux types d'emplois. Des emplois directs que nous allons créer et puis des emplois indirects. Il y a besoin de beaucoup de composants, de matériaux.

Il va falloir produire et puis il faudra évidemment construire ces sites. Ça correspondra à plusieurs dizaines de milliers de personnes. Et ça va aussi permettre d'augmenter la croissance en France, d'augmenter les parce que toutes ces personnes embauchées vont consommer davantage.

Donc ça va contribuer à faire tourner l'économie. d'État présidentiel. Non, non.

Amélie essaye d'être convaincant, Anne-Sophie Halzit. Est-ce qu'il faut le croire, ce patron du groupe SoftBank ? Est-ce que l'IA, au final, va créer des emplois ou en détruire ?

Au final. Les deux, ça a toujours été le Les dernières années, les transitions éco-technologiques ont toujours créé et détruit de l'emploi. C'est tout à fait normal.

Après, la question, c'est de savoir où c'est créé, où c'est détruit et quel pays, on va bénéficie de ces innovations et c'est aujourd'hui pour ça qu'on a une course effrénée sur l'intelligence artificielle notamment entre la chine et les états unis parce qu'en effet si vous allez être le leader sur ces nouvelles transitions et bien c'est vous qui en fait vous allez plus bénéficier des retombées positives donc c'est pour ça qu'on a en effet ces investissements qui sont absolument colossaux donc c'est très important que la france se positionne et en effet c'est un investissement qui est d'une qui est très positif pour le territoire français après on l'a dit l'idée c'est vraiment d'avoir une réindustrialisation globale donc pas se concentrer là dessus et de vraiment sur tous les pans de la chaîne mais sans la vue c'est pas qu'au niveau français c'est aussi au niveau européen que ça joue avec des protections avec une politique industrielle commune Louis-Samuel Pilser est ce que sur le fonds de l'emploi sur l'intelligence artificielle et ses conséquences il faut être inquiet alors sur ces data centers je pense qu'il faut souligner que ce sont des projets qui sont très peu créateurs d'emplois 350 emplois le projet de softbank c'est très très peu par ailleurs quand on regarde l'investissement 45 milliards en fait les deux tiers c'est un installation de ce qu'on appelle de GPU, de cartes graphiques des composants électroniques qui sont fabriqués aux Etats-Unis ensuite c'est terminé rapidement non peut-être juste pour revenir sur l'intelligence artificielle je pense qu'il ne faut pas qu'on rate cette révolution c'est une vraie révolution technologique qu'on est en train de vivre on a raté la révolution de la robotique on est en retard face à l'Allemagne, face à la Chine aux Etats-Unis il faut réussir la révolution de l'IA merci merci à tous les trois d'avoir participé à ce débat merci à tous et d'avoir suivi cette émission et on se retrouve demain pour une nouvelle édition de bonjour chez vous très bonne journée sur public sénat public sénat en partenariat avec la presse

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