THÉÂTRE DE L'ODÉON OCCUPÉ : BACHELOT SOMMÉE DE ROUVRIR LES SALLES DE SPECTACLE
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- 20:00NadègeFait
« Je suis sans revenu fixe en fait. C’est la catastrophe. »
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Jeudi 4 mars 2021, à midi, artistes et techniciens, intermittents du spectacle et de l’emploi se sont rassemblés Place de la République. Ils demandent la réouverture des lieux de culture et la prolongation de leur droit au chômage. C’est une mobilisation de la culture qui s’appelle « culture en danger », par rapport à la situation des artistes et des techniciens aujourd’hui qui est socialement dramatique.
Les artistes et les techniciens ne travaillent pratiquement plus depuis le mois de mars 2020. Les musiciens en tout cas, statistiquement l’UNEDIC a bien mis en évidence que c’était sans doute les plus impactés du secteur culturel. Ce qu’on déplore c’est un abandon de la culture.
Les salles ne rouvrent pas alors qu’on nous a dit que c’était un lieu où la maladie ne se transmettait pas. La ministre Bachelot a dit dans les premiers jours au mois de janvier que l’année blanche des intermittents du spectacle allait être prolongée, mais quelques jours après elle écrivait le contraire dans une lettre de mission. Les manifestants reprochent au ministère de la Culture son manque de clarté et le manque de visibilité quant à une éventuelle reprise.
Nous avons eu encore hier, une réunion au ministère de la Culture où le sujet était l’emploi artistique. Et le message qu’on nous donne c’est qu’à l’heure actuelle on n’a pas un euro à y consacrer. Il n’y a pas un centime pour les aider à répéter, pour travailler, pour faire du salaire, donc aujourd’hui il y a des gens qui ne sont pas indemnisés.
Il y a des gens qui sont indemnisés mais qui ont divisé leurs salaires par deux, depuis un an. Donc il faut aussi tenir le coup avec ça et qui vont être mis au placard le 31 août. Il y a l’année blanche qui a été actée le 6 mai l’année dernière et qui va jusqu’au 31 août cette année.
Mais étant donné qu’on n’a pas plus de visibilité que ça et qu’on sait très bien que les festivals qui vont fonctionner cet été, ça va être des formules réduites, il y en a plein qui sont annulés, etc, donc le travail il va être encore extrêmement dégradé et encore bien après le 31 août. A 14h30 la manifestation est partie en direction de Madeleine. En musique et en dansant, le monde de la culture crie son désarroi devant l’impossibilité de pouvoir travailler et d’avoir un salaire décent.
On est fermés au public. Depuis de nombreux mois. Ce qui est rompu aujourd’hui c’est l’offre culturelle.
C’est l’offre artistique en direction de la population. C'est-à-dire que toutes les œuvres qui sont créées ne sont pas vues. C’est là où nous on demande d’avoir un calendrier clair pour une reprise de notre activité.
Ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. C’est clair qu’il y a déjà des pertes de revenu. Elles vont s’amplifier parce que même si le système de l’intermittence du spectacle est maintenu, néanmoins il y a des personnes qui ne vont pas pouvoir reconstituer leurs heures et qui ont d’ores-et-déjà des pertes de revenu.
Je n’ai absolument plus de contrat jusqu’à fin juin parce que la plupart des organisateurs ne savent pas du tout où on va et quelle est la marge de manœuvre par rapport à l’ouverture des salles. Il y a plein de concerts qui étaient prévus notamment à la période de Noël, et même en janvier, qui ont été annulés et d’autres qui ont été reportés et qui sont même ajournés parce qu’il n’y a aucune visibilité. Alors moi j’ai la chance d’avoir fait suffisamment d’heures et d’avoir beaucoup travaillé cet été et en septembre-octobre, avec les concerts qui vont venir en juillet et août l’été prochain ça devrait tenir mais je sais qu’il y a d’autres personnes qui sont très inquiètes de ce qui peut leur arriver.
Il y a pas mal de personnes qui vont se retrouver en grande précarité. Pendant que le cortège principal continuait sa marche vers Madeleine, un groupe de manifestants a choisi de bifurquer vers le 6ème arrondissement. Aux alentours de 15h, ils se sont introduits et ont occupé le théâtre de l’Odéon.
A un moment donné on a eu un déclic et on est tous partis par petits groupes pour arriver ici et pour faire quelque chose d’assez discret, pour pouvoir rentrer au théâtre de l’Odéon. C’est un lieu emblématique. Ça représente la culture.
Tu vois, c’est marqué : « culture sacrifiée ». Et à l’intérieur c’est vide depuis des mois et des mois. On est là pour montrer qu’il faut bien que la culture retrouve ses lettres de noblesse.
Nous avons pu rejoindre les manifestants, à l’intérieur du théâtre. Nous y avons rencontré Nadège. Elle a perdu son statut d’intermittente pendant le premier confinement.
Elle n’est pas concernée par l’année blanche, et n’a plus aucun droit au chômage. Quand on n’est pas déjà intermittent, la possibilité de faire ses heures, elle n’existe quasiment pas. Je suis sans revenu fixe en fait.
C’est la catastrophe. Par chance j’ai trouvé un petit remplacement à faire, dans un établissement. Donc j’ai ça mais quand ça va s’arrêter, je n’aurai plus de revenu et ça, ça va faire plus d’un an que c’est comme ça.
J’ai un métier, j’aimerais bien l’exercer. Je suis ouverte pour faire d’autres choses mais je ne vois pas pourquoi je ne pourrais pas exercer mon métier et que je n’aurais pas le droit de le faire en fait. Les manifestants ne comptent pas interrompre l’occupation du théâtre tant que le ministère de la Culture n’aura pas répondu à leurs revendications.
Denis Gravouil, secrétaire général CGT Spectacle, qui venait de s’entretenir par téléphone avec le ministère, a tenu un point presse. Nous avons des contacts avec la ministre de la Culture et nous exigeons qu’elle réponde à toutes nos revendications : sur le fait d’accompagner une vraie réouverture, d’accompagner la reprise. On demande de pouvoir travailler et on demande de pouvoir produire et montrer des spectacles parce que ça nous paraît possible, y compris dans le respect des conditions sanitaires.
Évidemment nous n’avons pas envie de voir notre public attraper le COVID en venant aux spectacles mais on peut le faire. Pour l’instant aucun arbitrage n’a été rendu en notre faveur. C’est bien pour ça qu’on met la pression pour essayer de gagner un petit peu de temps et que ça s’améliore.
Il faut que tous les intermittents et tous ceux qui sont concernés par la précarité soient prolongés, y compris les entrants, les jeunes qui ont été complètement oubliés par la première prolongation de l’année blanche. Samedi, la ministre de la culture Roselyne Bachelot a rendu visite aux occupants du théâtre. Selon le communiqué de la CGT Spectacle, la ministre ne semble pas disposée à répondre aux revendications des travailleurs de la culture.
A l’heure actuelle, le théâtre est toujours occupé, dans l’attente que soit prolongée l’année blanche et que les salles de spectacle, musées et librairies puissent enfin rouvrir.