Antoine Vermorel-Marques, député LR de la Loire | La politique et moi
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
-On dit souvent qu'en politique, il faut savoir faire et faire savoir. "Agir et communiquer", c'est le leitmotiv de mon invité, qui compte incarner la relève de la droite à l'Assemblée. Générique ...
Bonjour, Antoine Vermorel. -Bonjour. -A l'adolescence, à 14 ans, quand la plupart des ados tentent de faire pression sur leurs parents pour sortir le samedi soir, vous, vous avez supplié votre père pour aller à un meeting de Nicolas Sarkozy à Clermont-Ferrand.
C'est ça ? -Exactement. C'était le premier meeting de ma vie.
C'était un meeting sur la ruralité. On était en 2007, c'était la pleine folie sarkozyste. On croyait en l'homme.
Mon père n'était jamais allé à un meeting électoral... -Vous l'y avez emmené ? -Je ne pouvais pas conduire, donc il fallait qu'il m'emmène. -Vous avez aussi fait votre stage de 3e chez le député de votre circonscription. -Avec Yves Nicolin, une semaine.
Il a été député de ma circonscription de 1993 à 2017. -On dirait que vous saviez que vous feriez de la politique. -J'avais ça en moi, mais je sais pas d'où ça vient.
Dans ma famille, on n'a jamais fait pas de politique, on n'a jamais été encarté ou élu, et pour autant, mon premier souvenir politique reste 2002. J'avais 9 ans et... -Le 21 avril 2002, Jean-Marie Le Pen au second tour de la présidentielle.
Comme vous ne pouviez pas vous présenter avant vos 18 ans, vous êtes allé vers l'engagement associatif. Vous avez fondé et présidé plein d'associations, notamment un réseau social d'entraide territorial, L'annuaire roannais. Vous avez mis en place un réseau d'aide aux devoirs pour des demandeurs d'asile à Dijon, et assigné Bouygues Télécom pour publicité mensongère sur son taux de couverture 4G dans votre département, afin que la couverture du réseau mobile soit améliorée.
Qu'est-ce qui a lancé cette frénésie d'action aussi jeune ? C'était quoi, votre moteur ? -Je suis fils d'éleveur laitier, j'ai toujours habité à la campagne, j'ai aussi vu les injustices territoriales qui sont aujourd'hui flagrantes dans le pays.
J'ai voulu, à mon échelle, m'engager. J'ai été délégué de classe. Des engagements modestes, humbles, des professeurs qui m'ont montré cette voie de l'engagement associatif, qui font que j'ai pensé : "On peut essayer de changer les choses "à notre échelle, par les associations." C'est pour ça que je me suis engagé dans certaines avant d'en créer qui sont encore d'actualité. -Votre principal "fait d'armes" dans ce domaine, c'est la création d'un collectif, Touche pas à ma bourse, je la mérite, contre la suppression de la bourse au mérite en 2014.
Ca vous a valu de faire votre première télévision. *-Antoine Vermorel a désormais un peu de mal à joindre les deux bouts. *-Je suis fils d'éleveur laitier, d'un milieu modeste.
J'ai eu mon baccalauréat avec 18,3 de moyenne et j'avais une bourse de 1800 euros par an, 200 euros par mois pendant l'année universitaire. *-Depuis cet été, la mobilisation a grossi : courriers aux députés français, pétition sur Internet intitulée "Touche pas à ma bourse, je la mérite". Enfin, sur le plan européen, Antoine et ses amis souhaitent créer une bourse européenne et doper ainsi la mobilité. -Cette guerre contre la ministre de l'Education de l'époque, elle a été gagnée.
Vous avez obtenu l'annulation de la circulaire en allant devant le Conseil d'Etat. Cette victoire a changé des choses, dans votre vie ? -Ca a été fondateur de mon engagement politique, car je suis passé de l'associatif au politique.
Là, je me rends compte que l'engagement peut avoir de vrais résultats, car si avec mes collègues, on n'avait pas attaqué cette décision au Conseil d'Etat, la bourse aurait disparu. Elle a été rétablie grâce à cette décision. Ca m'a permis d'assumer pleinement qui j'étais, d'où je venais, pourquoi j'étais engagé en politique.
Ce que certains avaient pu me faire voir, notamment à Sciences Po, comme une sorte de difficulté sociale, le fait de venir d'un milieu où l'on fait très peu d'études supérieures, ça m'a permis de dire que j'étais fier d'où je venais. Je reste très fier de mes racines agricoles, malgré ce mépris social qu'on peut avoir parfois. J'ai fait de cela une force. -Vous n'avez jamais envisagé de reprendre la ferme de votre père, je crois. -Non.
Pour autant, j'aidais. J'ai toujours ce souvenir-là...
A la maison, c'était les devoirs d'abord, et une fois terminés, mon père m'emmenait à l'extérieur et je l'aidais à la ferme. C'est un métier très dur. La traite, c'est matin et soir.
Les repas de famille, le dimanche midi, on en rentrait plus tôt, car mon père avait la traite. Et puis, il y a eu cette crise de 2009, la crise laitière. Malgré le travail fourni, vous n'avez pas de revenus suffisants pour nourrir votre famille.
Ces raisons ont fait que...
Je suis content que mon père ait trouvé un successeur. C'est une vraie richesse familiale. -Ce milieu social où vous avez grandi, ça nourrit votre engagement politique, aujourd'hui ? -Oui, parce que j'ai aussi vécu cette forme de déconnexion de certains élus, le reproche que mes parents peuvent faire à des élus, et je fais attention de ne pas leur ressembler, mais c'est toujours un risque, quand on est à Paris, d'oublier d'où l'on vient.
La dernière promesse de campagne qu'on avait avec ma suppléante, c'était : "Quoi qu'il arrive dimanche, on se souviendra d'où l'on vient." Je pense que c'est une belle promesse qu'on peut faire à tous ceux qui nous font confiance. -Cette lutte pour le maintien de la bourse au mérite vous a fait rencontrer des responsables politiques de la droite, comme Eric Ciotti, Laurent Wauquiez, Michel Barnier, dont vous êtes resté assez proche, politiquement.
Ca vous a aidé à vous lancer en politique ? -Oui, cette rencontre avec Michel Barnier, qui est resté aujourd'hui un ami, que j'ai accueilli chez moi pendant le congrès LR...
Encore aujourd'hui, on déjeune et on se voit régulièrement. Son expérience est une source d'enrichissement très importante. Ca a été l'occasion de rencontrer aussi les élus, la droite que je suivais depuis longtemps, évidemment, mais à un moment où on se dit : "Tiens, pourquoi pas moi ?" -En 2017, vous devenez collaborateur parlementaire de deux députés LR, Robin Reda et Damien Abad.
Damien Abad, qui est devenu, quelque temps plus tard, président du groupe à l'Assemblée. Vous prenez du galon en devenant collaborateur de groupe. Ces années ont dû vous permettre d'apprendre sur le fonctionnement du Parlement.
Au-delà de ça, quelles leçons vous en avez tirées sur le mandat de député ? -Cette nécessité qui est à la fois, pour les députés de l'opposition, de faire des propositions, de faire vivre le débat public, et aussi cette importance d'être enraciné localement. Damien et Robin sont deux députés qui ont fait d'autres choix que moi... -Qui sont maintenant dans la majorité présidentielle. -...qui restent très proches de leur circonscription, et j'ai appris ça de leur part, en plus de mon engagement personnel. -Vous avez dû patienter avant de vous lancer, mais ensuite, c'est allé très vite.
Vous avez été élu adjoint au maire de Renaison en 2020, puis vice-président de l'agglomération de Roanne. Conseiller départemental, également. Ca donne l'impression qu'il y a un petit côté homme pressé, chez vous. -C'est ce que mes opposants disent, mais les habitants voient mon dynamisme, ma volonté de faire bouger les choses. -Pressé d'agir, mais pressé quand même.
Il y a une impatience. -Oui, j'ai envie de faire, j'ai envie de faire bouger les lignes, qu'une autre génération arrive. Je me félicite.
Au département, il y a des élus de l'opposition jeunes comme moi, avec la volonté de faire bouger les lignes, peut-être différemment, mais il y a une volonté d'y aller et c'est plutôt une bonne chose, vu le taux d'abstention, le désintérêt de la jeunesse sur de la politique. -Pendant les législatives, vous vouliez absolument vous rendre dans chacune des 91 communes de votre circonscription. Vous l'avez fait savoir en posant devant les panneaux à chaque fois.
On sent que la communication en politique, qui n'est pas toujours très bien vu, vous, vous l'assumez. -Oui, je considère que c'est un gage de transparence, aussi. C'est ce qu'on me dit : "On sait ce que vous faites." Après, on n'est pas toujours d'accord avec moi ou mes votes, mais je ne cache pas ce que je fais, ce que je porte.
Je pense que c'est important. Vous savez, Victor Hugo disait : "La communication, "c'est le fond qui remonte à la surface." Et donc, l'enjeu, c'est pas de communiquer pour communiquer, mais d'abord de faire, puis faire savoir.
C'est mon objectif dans mes mandats. -On a pas mal parlé de vous au début de votre mandat, car vous teniez vos permanences dans un camping-car, pour aller à la rencontre de vos concitoyens. Là aussi, ça peut faire un peu gadget, peut-être ?
Communication à bon prix ? -C'est pas gadget. J'ai pas de permanence physique.
C'est un choix personnel. Mon bureau fait 3 mètres par 3. Mes collègues ont des bureaux plus grands, c'est un autre choix.
Ma circonscription, du nord au sud, d'est en ouest, elle fait 1h30. Je sais d'avance que dans mon mandat, je ne pourrais pas voir tout le monde. Je ne suis pas le seul à faire ce choix, d'autres députés le font.
Je rencontre même des chefs d'entreprise qui ont vu la permanence mobile, qui viennent non pas pour me demander des choses, mais m'en proposer. -Donc, ça vous permet... -De rencontrer et d'affirmer cet enjeu de la proximité. -Vous êtes pressé d'agir, d'avoir des résultats.
A l'Assemblée, vous avez déposé 12 propositions de loi en 10 mois, ce qui est plus que ce que la plupart des députés présentent en 5 ans, mais combien ont été mises à l'ordre du jour de l'Assemblée ? -Il faut se battre pour qu'elles soient intégrées dans les textes... -Mais elles n'ont pas été étudiées, donc, ça sert à quoi ? -La première chose, c'est que c'est un acte politique fort.
J'en ai fait une sur la suppression des allocations aux parents maltraitants, qui m'a fait rencontrer Charlotte Caubel et qui m'a dit qu'ils y penseraient pour le projet de loi de finances de la Sécurité sociale. Il y a des propositions... -C'est de la communication au service de l'action. -J'en ai déposé une sur la nationale 7 à Mably, un sujet local qui m'intéresse, et qui est un moyen de pression vis-à-vis du gouvernement.
Pour moi, la proposition de loi, et on le voit, dans les niches, c'est un outil politique au service d'une cause. Je l'envisage comme ça, et c'est pour ça que j'utilise cet outil, comme tous ceux à ma disposition. -Un dernier point m'a intéressé : vous ne voulez pas laisser le monopole de l'écologie à la gauche.
Vous êtes en charge de l'écologie dans le contre-gouvernement mis en place par Eric Ciotti chez LR. Vous pensez que c'est un enjeu que la droite a longtemps négligé ? -Oui, et on n'arrête pas de dire que nous sommes "un parti de gouvernement".
Gouverner, c'est prévoir. Si on ne prévoit pas la crise climatique, sera-t-on encore un parti de gouvernement en 2027 ? Il faut que la droite puisse porter une voix différente de celle de la gauche radicale sur la question de l'écologie, pour défendre aussi l'industrie décarbonée, le made in France, et notre mode de vie qui est en train de changer.
Il faut s'adapter aux changements, répondre à la question des sécheresses, du manque d'eau, de l'acidification des océans...
On a déjà porté des choses. Georges Pompidou a créé le premier ministère de l'Environnement, Nicolas Sarkozy a lancé le Grenelle...
C'est à nous de mettre ces forces historiques et de nouvelles propositions pour incarner quelque chose en 2027 sur le sujet. -On passe à notre quiz, si vous le voulez bien. Je vais commencer une phrase et vous allez devoir la compléter. "Les réseaux sociaux et moi." -Favorable pour le contact avec les habitants.
Pour Twitter, un peu plus sceptique. -"Quand les gens me parlent "de mon âge..." Ca vous énerve ? -Ca m'énerve, ça m'agace, autant que ça m'agacera quand j'aurai 70 ou 80 ans.
J'ai pas forcément à m'occuper que de la jeunesse, comme une femme n'a pas à s'occuper que de l'égalité des sexes. Quand vous êtes jeune, vous devez porter tous les sujets, pas ceux seulement liés à votre âge. -"Si j'arrête la politique, "je me lance dans..." -La création d'une ONG.
J'y ai déjà pensé, c'était déjà dans mes plans. C'est mon engagement associatif d'avant qui reviendra le jour où j'arrêterai. -Merci d'être venu dans notre émission. -Merci à vous.
SOUS-TITRAGE : RED BEE MEDIA
Antoine Vermorel-Marques