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interviewFrance Inter — L'invité de 6h20· 25 juin 2024 7 min

Militants kanaks transférés en métropole : le FLNKS dénonce une décision "inacceptable, anormale, ubuesque"

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Présentateur

France Inter, 5-7. Il est 6h21, des barrages se sont reformés cette nuit en Nouvelle-Calédonie. De nombreuses routes sont coupées par des arbres, des branchages, des lampadaires au sol. Nouvelle flambée de violence après le transferment de 7 militants indépendantistes en prison en métropole à 17 000 km de leur île. Ils sont accusés d'avoir fomenté les émeutes du mois dernier et ont été placés en détention provisoire. Bonjour François Roux.

0:32
Alexandre Roux

Oui, bonjour.

0:32
Présentateur

Vous êtes avocat au Barreau de Montpellier, avocat notamment du FLNKS qui défend la cause indépendantiste. Pour vous, c'est une décision politique ?

0:41
Alexandre Roux

Alors c'est évidemment d'abord une décision rendue par des juges, donc on ne peut pas le dire comme ça. Ce qui est certainement une décision politique, ce sont les poursuites après les décisions judiciaires. Elles sont rendues par des juges après des débats avec des avocats que je veux d'ailleurs saluer parce que les prévenus ont été défendus par des avocats qui ne partagent pas forcément leurs opinions. Mais les avocats ont fait leur travail. Et je tiens à le souligner, ils ont défendu jusqu'au bout et essayé d'empêcher cette déportation en France. Déportation, carrément ?

C'est une déportation en France pour laquelle depuis hier je suis revenu au Barreau de Montpellier grâce à la célérité de mon bâtonnier qui m'a réinscrit au Barreau alors que j'étais avocat honoraire depuis quelques années. Donc je reprends du service pour défendre dans une situation complètement inacceptable, anormale, presque je dirais ubuesque si ça n'était pas tragique en fait.

1:36
Présentateur

Alors situation inacceptable, anormale, mais est-ce qu'elle est illégale ?

1:40
Alexandre Roux

Eh bien écoutez, les juridictions en décideront, et notamment la Cour Européenne des Droits de l'Homme que nous ne manquerons pas de saisir après avoir fait tout le parcours puisqu'il faut d'abord passer par toutes les juridictions nationales pour ça. Mais la Convention Européenne des Droits de l'Homme dit qu'on ne peut pas soumettre qui que ce soit à des traitements inhumains ou dégradants. Transférer en métropole deux mamans d'enfants en bas âge qui n'ont pas commis elles-mêmes de violences et les mettre à 17 000 kilomètres de leur famille après 96 heures de garde à vue, 20 heures de voyage dans un avion militaire, c'est pour moi des conditions inhumaines et dégradantes.

C'est inacceptable.

2:19
Présentateur

François Roux, les faits reprochés sont graves, notamment complicité de tentative de meurtre. Le procureur à Nouméa a justifié cette mesure en raison, dit-il, de la sensibilité de la procédure et afin de permettre la poursuite des investigations de manière sereine. Ce n'est pas recevable comme argument, ça, pour vous ?

2:34
Alexandre Roux

En tout cas, nous allons le contester devant la Cour d'appel de Nouméa, puis devant la Cour de cassation, puis devant la Cour Européenne des Droits de l'Homme, parce que non, ce n'est pas acceptable. Aucun des accusés n'a de sens sur les mains. La CCAT avait organisé des manifestations...

2:51
Présentateur

La CCAT, juste, je fais une petite parenthèse, c'est l'huile de coordination des actions de terrain, c'est une émanation du UFLNKS.

2:57
Alexandre Roux

Tout à fait. Ils avaient organisé des manifestations parfaitement pacifiques pendant plusieurs semaines, voire moins, pour demander qu'il n'y ait pas de dégel du corps électoral, c'est-à-dire qu'ils rendraient les canaques minoritaires dans leur propre pays. Jusqu'au jour où l'Assemblée nationale, après le Sénat, a voté le dégel du corps électoral, et là, effectivement, il y a eu un certain nombre de manifestations, dont beaucoup ont échappé, d'ailleurs, à la CCAT, mais c'est une révolte du peuple canaque.

Et je veux redire ici que quand on a signé les accords de Matignon et de Nouméa, accords auxquels j'ai participé en tant qu'avocat à l'époque, dans le préambule d'accords de Nouméa, il y a cette phrase « Les canaques ont été repoussés aux marges géographiques, économiques et politiques de leur propre pays, ce qui ne pouvait, chez un peuple fier et non dépourvu de traditions guerrières, que provoquer des révoltes. Lesquels ont suscité des répressions violentes, aggravant les ressentiments, les incompréhensions. On revient 40 ans en arrière, c'est absolument incroyable ce qu'a fait notre gouvernement.

4:00
Présentateur

Mais comment finir alors avec cette crise ? Est-ce qu'il est possible de réconcilier loyalistes et indépendantistes ? Ou est-ce que c'est allé trop loin, là ?

4:07
Alexandre Roux

Je pense que c'est allé très loin, mais vous savez, les juristes, nous avons l'habitude de dire bien poser un problème, c'est à moitié le solutionner. Le problème de la Nouvelle-Calédonie est un problème de décolonisation. Je vois que le président de la République a encore dit hier que la colonisation était contraire au droit international. En Algérie, il avait même dit que c'était un crime contre l'humanité. La Calédonie est dans une situation de colonisation. Il faut en sortir. Alors, ce que j'espère, c'est qu'on puisse créer une commission vérité et réconciliation, comme il y en a eu en Afrique du Sud, avec des résultats tout à fait positifs.

4:44
Présentateur

Ça servirait à quoi, par exemple ?

4:46
Alexandre Roux

Je crois que tout est dit dans l'intitulé « Commission vérité et réconciliation ». On s'assit autour de la table, on voit qui a fait quoi, qui a dit quoi, et qui a mis en place quoi en Nouvelle-Calédonie pour parvenir à la décolonisation. Et après, en tout cas, pour ma part, je rêve à ce que Edgar Pisani avait proposé, il y a déjà plus de 40 ans, un État associé avec la France. Une indépendance-association. Je crois que tant qu'on ne sera pas arrivé à cela, la Calédonie ne sera pas tranquille. Nous aurons d'autres révoltes, des révoltes qui existent depuis le grand chef à Taille.

5:24
Présentateur

Même si par trois fois, par trois référendums, le non à l'aide d'indépendance l'a emporté. L'indépendance pour vous est inéluctable.

5:30
Alexandre Roux

Oui, le troisième est à part. Le troisième référendum doit être mis à part. Il est critiqué, il est contesté en droit international. Or, là, nous parlons de droit international. Ce troisième référendum, oubliez-le, il n'existe pas matériellement, puisque les Canaques l'ont boycotté. On était en situation de Covid. Donc, il faut arrêter avec ça. Non, on peut s'asseoir autour de la table si on fait cette commission vérité-réconciliation, si on pose réellement ce qui s'est passé, comme ça s'est fait aux accords de Nouméa. Il y avait eu tout ce travail qui avait été fait. Il faut tout refaire, il faut tout reconstruire. C'est fatigant afin de voir l'aveuglement du gouvernement français.

Il faut savoir, pour vos auditeurs, que grâce à la Nouvelle-Calédonie et à toutes nos colonies, la France est la deuxième puissance maritime mondiale. Et c'est ça qui fait que tout est pollué, tout est perturbé. Mais posons les choses, asseyons-nous, posons les choses et retrouvons vite le chemin de la paix.

6:26
Présentateur

Merci beaucoup François Roux, avocat historique du FLNKS. Vous étiez en direct sur Inter.