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interviewFrance Inter — L'invité de 6h20· 20 mars 2024 7 min

Nicolas Mayer-Rossignol : interdire les véhicules Crit'Air 3 "aurait été une bombe sociale absolue"

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Présentateur

Il est 6h21, la qualité de l'air s'améliore en France. Aujourd'hui, il n'y a plus que deux grandes agglomérations qui continuent régulièrement de dépasser les seuils européens. Paris et Lyon, il y en avait dix il y a trois ans. Le gouvernement allège donc l'un des principaux dispositifs mis en place pour réduire cette pollution. Les ZFE, ces zones où la circulation des véhicules les plus polluants est restreinte. L'agglomération de Rouen est directement concernée. Je reçois ce matin le maire socialiste de Rouen, Nicolas Maillard-Rossignol. Bonjour. Bonjour. Le gouvernement vous autorise à ne pas aller plus loin, à ne pas renforcer les restrictions actuelles dans ces ZFE. Vous êtes content ?

C'est ce que vous vouliez ?

0:45
Nicolas Mayer-rossignol

Nos efforts ont payé, on partait de loin, il faut être honnête. Rouen, comme d'autres territoires, vous en avez cité certains, faisait partie de ceux où la qualité de l'air n'était pas bonne et qu'il fallait améliorer. C'est hyper concret, ça veut dire des morts. C'est des centaines sur la métropole rouennaise, c'est à peu près 500, évidemment ça variait chaque année, morts par cancer notamment, liés à la mauvaise qualité de l'air. Et donc on partait de loin, et donc on a mis en place une politique très massive en fait, pour tout ce qu'on appelle les alternatives à la voiture autosoliste, y compris le covoiturage, y compris évidemment les transports en commun, les vélos, etc.

Et aujourd'hui les résultats sont là.

1:23
Présentateur

Donc Rouen est sorti par le gouvernement du dispositif de ZFE, comme Marseille et Strasbourg, qui sortent aussi. Vous êtes maintenant qualifié de territoire de vigilance, ça change quoi exactement ?

1:33
Nicolas Mayer-rossignol

Alors, il y a une conséquence juridique très importante, c'est qu'il n'y a plus, et c'est ce que la loi prévoyait, d'obligation légale d'exclure ce qu'on appelle les critères 3 au 1er janvier 2025. Qu'est-ce que ça veut dire concrètement ? Aujourd'hui, sur Rouen, comme dans beaucoup d'autres métropoles, ce sont les critères 5 et 4, c'est-à-dire que des diesels d'avant 2006, qui sont exclus. C'est déjà beaucoup, ça fait déjà 10% des véhicules. Mais si on avait eu l'obligation d'exclure les critères 3, c'est un peu technique, mais ça aurait rajouté en gros de l'ordre de 20% en plus des véhicules. Donc 20% en 10%, au total, ça faisait près d'une voiture sur 3.

Et là, il faut dire les choses là aussi, ça aurait été une bombe sociale absolue. Donc on se serait retrouvé coincé, et voilà, c'est ce que j'allais dire, entre l'enjeu écologique, environnemental et de santé, et l'enjeu social. Et moi, je suis social-écolo. Donc évidemment, il faut trouver des outils pour à la fois avancer sur l'amélioration de la qualité de l'air, c'est ce qu'on a fait, et en même temps, permettre, et en particulier à nos concitoyens qui ont les revenus les plus modestes, de pouvoir changer de mode de déplacement ou changer de véhicule.

2:37
Présentateur

Mais aujourd'hui, le gouvernement dit donc, vous n'êtes pas obligé d'intégrer ces voitures critères 3 dans les ZFE, mais vous avez la possibilité de le faire. D'ailleurs, l'agglomération de Strasbourg, qui est dans la même situation que vous, elle, elle n'a pas l'intention de changer son calendrier.

2:51
Nicolas Mayer-rossignol

Mais de toute façon, il y a ce qu'on appelle un taux de renouvellement naturel des véhicules pour des raisons d'ancienneté. Critères 5 et 4, je vous dis, aujourd'hui, c'est avant 2006. Critères 3, ils sont aussi anciens en réalité.

3:03
Présentateur

C'est 19 ans pour les voitures à essence, 14 ans pour les diesels.

3:05
Nicolas Mayer-rossignol

Exactement. En fait, en fonction de la motorisation, de toute façon, vous avez un taux de renouvellement. Les véhicules vont se renouveler. La question, c'était quand et est-ce qu'on le fait d'une façon imposée, autoritaire, ce qu'on appelle parfois un peu l'écologie punitive, en fait, ou est-ce qu'on le fait d'une manière plus souple ? Et grâce aux efforts, mais c'était vraiment parce qu'il y a eu des efforts et qui sont visibles scientifiquement, c'est-à-dire qu'on voit vraiment...

3:27
Présentateur

C'est-à-dire qu'il y a une étude qui montre le lien entre cette ZFE et l'amélioration de la qualité de l'air ?

3:32
Nicolas Mayer-rossignol

Bien sûr. Alors, pour être précis, pas uniquement la ZFE, mais la ZFE plus ce qu'on a fait, nous, on augmente l'offre de transport en commun, la gratuité des transports, ce qu'on a fait, y compris les jours, évidemment, de pique de pollution, ou les jours de forte affluence comme le samedi. On explose les vélos. On n'a jamais vu autant de vélos à Rouen, si vous venez à Rouen. Et pourtant, je peux vous dire que ce n'était pas historiquement notre culture. Alors, le covoiturage, etc. Et tout ça, ensemble, donne des résultats qui nous permettent de, si j'ose dire, desserrer les taux. Mais c'est toujours une ligne de crête. Et les efforts ne sont de toute façon pas terminés aujourd'hui.

Pourquoi ? Parce que les interdictions précédentes continuent de s'appliquer. Et d'autre part, il y a des évolutions, des normes, pour améliorer encore. Parce que la qualité de l'air s'est améliorée, mais elle est loin d'être parfaite.

4:10
Présentateur

Et puis, elle s'est améliorée selon les critères de l'Europe. Parce que pour l'Europe, le seuil, c'est 40 microgrammes de dioxyde d'azote par mètre cube d'air. Il faut être très précis. Pour l'OMS, Organisation mondiale de la santé, c'est 4 fois moins. Il faudrait être autour de 10. Donc, finalement, on n'est peut-être pas assez exigeant en Europe.

4:25
Nicolas Mayer-rossignol

C'est pour ça qu'il faut continuer. Alors, est-ce que la France est le meilleur élève de la classe européenne ? Pas du tout. Je ne veux pas rentrer dans la polémique. Mais enfin, je rappelle que la France a été condamnée pour son inaction en la matière. Je rappelle qu'il y a d'autres pays qui sont précurseurs, qui ont mis en place des feux ou des équivalents depuis longtemps. Mais qui, surtout, ont compris qu'il ne faut pas juste le bâton. Il faut le bâton et la carotte. En France, je vous donne un exemple concret.

On nous a parlé de leasing social, c'est-à-dire de capacité pour quelqu'un qui n'en aurait pas les moyens d'avoir un véhicule électrique, par exemple, sans trop débourser d'argent ou simplement en payant un leasing à un coût très faible. Bon, c'est déjà le dispositif qui était national. Il est déjà fermé. On ne peut plus déjà l'utiliser. C'est là où ça ne va pas. Il faut, certes, des normes qui sont nécessaires pour des questions de santé et d'écologie. Mais il faut aussi des aides beaucoup plus importantes. Aider les collectivités, par exemple, en donnant du financement et de la fiscalité pour améliorer les transports en commun.

Je rappelle que la fiscalité pour les collectivités aujourd'hui, elle est bloquée. Elle ne nous permet pas d'avoir plus de moyens financiers pour, par exemple, développer les transports en commun ou la gratuité des transports.

5:28
Présentateur

Alors, hier, le ministre de la Transition écologique, Christophe Béchut, pour te rappeler, l'État tient à rappeler qu'il aide les collectivités pour diversifier les offres de transport. Il y a le plan vélo, le plan covoiturage, le fond vert pour les territoires concernés par ces ZFE. Vous en avez reçu beaucoup, vous, à Rouen ?

5:43
Nicolas Mayer-rossignol

C'est vrai qu'il y a des aides sur l'investissement, mais sur le fonctionnement. Si vous voulez plus de bus tous les jours, il faut payer le chauffeur. Et bien voilà, vous avez tout résumé. Et le problème, c'est qu'aujourd'hui, et toutes les collectivités locales vous le diront, tout ça, c'est financé par une fiscalité qui s'appelle le versement mobilité. Et vous avez peut-être M. Béchut qui dit ce que vous venez de dire, mais dans le même temps, vous avez M. Le Maire qui dit qu'il n'est pas question de toucher à cette fiscalité. Et même, on va demander aux collectivités de faire encore plus d'efforts. Sauf que là, c'est contradictoire.

Sur des territoires comme le mien, qui sont des territoires populaires, industriels, où on a besoin d'aider nos concitoyens qui ont les revenus les plus modestes. Nous, on demande quoi ? On demande qu'on nous donne les moyens de mettre en place les alternatives à la voiture. Parce que c'est bien beau de dire aux gens, tu n'as plus le droit de te déplacer avec ton vieux véhicule, mais si vous ne fournissez pas d'alternative, ni sur le train, ni sur les bus, ni sur les vélos, vous faites comment ? Aucune alternative ne sera suffisante pour tout le monde. Il faut un spectre, il faut un paquet.

6:39
Présentateur

Merci Nicolas Maillard-Rossignol, maire de Rouen, invité du 5-7. Et dans le journal de 7h, nous serons à Strasbourg, donc l'une des autres villes concernées par cette réforme des ZFE. Et vous verrez que les réactions sont un peu différentes. Merci. Merci.

6:51
Locuteur

Merci. Merci. Merci. Merci. Merci. Ce n'est pas une autre vidéo. Merci. Merci. Merci. Merci. Merci. Il y a des قالes.