Stéphane Travert "est un politicard de première" qui "veut que les distributeurs augmentent" les prix, dénonce Michel-Edouard Leclerc
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Questions et réponses
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- 0:29OuverteRéponse directe
Qu'est-ce qu'il représente à vos yeux Charles Aznavour ?
- 2:51OuverteRéponse directe
Pourquoi cette loi alimentation est une arnaque selon vous ?
- 4:04RelanceRéponse partielle
Le relèvement du seuil de vente à perte sur certains produits ?
- 4:42OuverteRéponse directe
Stéphane Travers vous accuse de vouloir augmenter les prix, que répondez-vous ?
- 6:30RelanceRéponse directe
La logique de ce texte est que les marges augmentées sur les grandes marques financeront les agriculteurs, non ?
- 7:08OuverteRéponse directe
Pourquoi vous êtes le seul distributeur en guerre contre cette loi ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 3:29InvitéFait
« La loi alimentation vise à donner plus de revenus aux agriculteurs en leur permettant de déconnecter les rémunérations du marché français du marché international. »
- 4:10InvitéFait
« On a donné les consignes d'acheter en préférence française et à des prix plus élevés. »
- 5:46InvitéFait
« Il veut que les distributeurs augmentent les articles de grandes marques, pas les produits agricoles. »
- 10:29PrésentateurChiffre
« 1 milliard. »
- 11:00InvitéChiffre
« 2700 articles vendus dans les hypermarchés qu'on appelle les produits d'appel et qui vont augmenter de 1 à 10%. »
- 11:43InvitéChiffre
« C'est 1 euro par mois par consommateur pour que les producteurs gagnent leur vie. »
- 12:32InvitéChiffre
« Il y a 110 milliards de subventions qui ont été mises sur l'agriculture en disant que les chiffres ne sont pas de moi, sont de la Cour des comptes. »
- 16:54InvitéFait
« On a distribué de l'argent gratis à nos salariés. »
Temps de parole
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- Invité 42 %
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L'invité de France Info ce matin dirige une célèbre enseigne de la grande distribution qui pèse 43 milliards d'euros de chiffre d'affaires. Il dirige 120 000 salariés et c'est Renaud Delis qui l'interroge pour la première question.
Bonjour Michel-Edouard Leclerc. C'est impressionnant de commencer le petit déjeuner avec deux gars comme vous.
C'est nous qui sommes impressionnés par vos chiffres. On va commencer par une autre actualité ô combien impressionnante et émouvante. Évidemment la disparition de Charles Aznavour. Qu'est-ce qu'il représente à vos yeux Charles Aznavour ? Michel-Edouard Leclerc, vous l'avez connu, vous l'avez rencontré ?
J'ai rencontré plusieurs fois. Je n'étais pas très proche. Je l'ai rencontré sur des plateaux de télé. Je l'ai rencontré à des fêtes pour les Arméniens. Si j'avais un mot à dire, je dirais la tendresse. Il est l'expression de l'amour. Il est l'expression de la gentillesse. Il avait son côté cabotin. Il pouvait être sans doute un caractère assez fort. Je l'ai vu donner des ordres. Il ne fallait pas trop que ça discute. Mais c'est un type extrêmement généreux.
C'est une certaine image de la France, si j'ose dire, aussi à vos yeux. C'est un monument. Il fait partie du patrimoine national.
Oui. Vous vous rendez compte ? Si on avait aujourd'hui, au lieu du mot turc, le mot arménien, on aurait des Aznavour à qui on dirait tu ne rentres pas chez nous. Alors qu'aujourd'hui on fête Aznavour. C'est pour montrer comme ça avec du recul qu'Aznavour, c'est quand même le symbole non seulement d'une France ouverte, mais ça veut dire aussi qu'on a été capable d'aimer, d'accepter, d'intégrer, de vivre avec des gens venus d'ailleurs. Et Aznavour, pour ça, c'est une formidable ambassade.
Et c'est l'histoire d'une famille partie d'Arménie qui devait partir aux Etats-Unis, qui s'est installée pour quelques semaines à Paris, on est dans les années 20, et qui reste parce qu'ils n'arrivent pas à décrocher de visa pour les Etats-Unis et ils sont devenus Français d'adoption par amour de Paris parce que la ville avait su les accueillir.
Oui, ils étaient nombreux là-dedans. Parce que je me souviens de conversation avec lui. Mais même, vous avez un journaliste aussi qui s'appelait Bilalian. Enfin, il y a tout un groupe, une communauté d'Arméniens dont les parents étaient dans la fringue, dans la NIP. Et ils ont trouvé le boulot, un peu comme d'autres, aller au sentier. Et au fond, ils se sont reconstruits, ils ont gardé le lien communautaire. Mais ils ont été des formidables symboles d'une France au travail, d'une France qui voulait être heureuse. Et d'une France perdue à vos yeux ? Non, mais c'est bien de rappeler ces modèles-là. Ou est-ce qu'elle existe encore ? C'est bien de rappeler ces modèles-là.
Il est encore moderne, ce modèle ? Ah ben oui, moi j'aspire à ce modèle-là. Aznavour nous dit qu'on peut être heureux avec des gens différents. et qu'on peut avoir comme héros des gens qui ne sont pas de ma Bretagne, de ma Normandie. Enfin, moi je suis breton, mais moi je suis très fier que la France ait accueilli et produit, si je puis dire, la culture Aznavour. Et il y en a tellement d'autres comme ça.
Michel-Edouard Leclerc, la loi alimentation contre laquelle vous bataillez depuis des semaines sera votée officiellement aujourd'hui par le Parlement. Vous expliquez depuis plusieurs semaines que c'est de l'arnaque, que c'est de l'enfumage. Est-ce qu'on peut essayer d'être très pédago et nous expliquer en deux minutes pourquoi, selon vous, c'est une loi qui ne marchera pas ?
Alors, dans la loi, il y a plusieurs dispositions. Les trois quarts, je suis pour. J'insiste, parce que mes adversaires voudraient dire justement que je suis...
Le grand principe, pardon, je vais la résumer la mode, c'est moins de promos en supermarché et des meilleurs prix pour les producteurs. Ça, c'est ce qui est affiché par le gouvernement.
Non, non, non, non, non. Ce qui va être... Ça, c'est deux ordonnances contre lesquelles je suis. Mais la loi alimentation vise à donner plus de revenus aux agriculteurs en leur permettant de déconnecter les rémunérations du marché français du marché international. Donc, je suis pour. Je suis pour que Leclerc, Carrefour, Auchan, mais aussi Danone, Nestlé, on se mette d'accord avec les paysans sur des indicateurs de coûts sociaux de production et qu'on ne descende pas en dessous. Entendez ça, je suis pour ça. Je suis pour que les producteurs participent aux négociations avec les industriels. Parce que, comme vous le savez, Carrefour n'achète pas à la ferme, Intermarché n'achète pas.
Pareil, nous passons par des industriels. Et donc, pour ça aussi. Et puis, je suis aussi...
Mais vous êtes contre le seuil de... Le relèvement du seuil de vente à perte sur certains produits.
Et je... Pourquoi ? En fait, tout ce qui concerne l'agriculture, je suis pour. Et même si on me demandait de vendre plus cher ou d'acheter plus cher avec des prix imposés des produits agricoles, je suis pour. Et d'ailleurs, pour les prochaines négociations commerciales, on a donné les consignes d'acheter en préférence française et à des prix plus élevés. Point barre, c'est clair. Sur l'autre volet. Je ne suis pas anti-agriculteur. Qu'est-ce qui vous va pas ? Et les salopards qui veulent me transformer en anti-agriculteur, je les renvoie à leur niche, à leur case. Qu'ils soient ministres, qu'ils soient syndicalistes, je suis pour promouvoir l'agriculture française.
Puisque vous évoquez d'un mot, Michel-Édouard Leclerc, puisque vous l'évoquez d'un mot, le ministre de l'agriculture Stéphane Travers, on va l'écouter. Il a parlé de vous hier chez nos conférences d'LCP.
Je me souhaitais bien que vous alliez me le mettre dans les pattes. On l'écoute et vous allez réagir juste après. Quand Michel-Édouard Leclerc dit que les prix vont augmenter, pas du tout. Il s'agit de ne pas prendre les consommateurs en otage, comme il veut le faire. Il s'agit aujourd'hui uniquement des marges, les marges des distributeurs. Aujourd'hui, nous demandons aux distributeurs de relever leur seuil de marge à 10% sur les produits alimentaires. Donc ça pèse 6% aujourd'hui sur les produits alimentaires. Et faire en sorte que ces marges soient diminuées sur les produits agricoles. Pour faire en sorte que demain, nos agriculteurs soient mieux rémunérés.
Michel-Édouard Leclerc, vous prenez les consommateurs en otage, dit le ministre.
Est-ce que vous avez compris ce qu'il a dit ? Honnêtement, honnêtement. Est-ce que vous avez compris, j'en appelle à vos auditeurs, est-ce que vous avez compris ce qu'il a dit ? En fait, lui-même ne comprend pas ce qu'il dit. Je vous assure, c'est un politicard de première. Mais qu'est-ce qu'il veut faire ? Il veut, à côté de la loi sur l'agriculture, il veut que les distributeurs augmentent les articles de grandes marques, pas les produits agricoles. C'est-à-dire le Vittel, le Perrier. On peut citer des marques ici ? Allez-y, allez-y. Les produits à base de chocolat, à base de thé, à base de café, le Nutella.
Et sous prétexte que si ça m'enrichit parce que je vendrai plus cher, ça va ruisseler vers les agriculteurs. Mais c'est du délire. Est-ce que vous imaginez que le conseil d'administration de Carrefour ou de Ter-Marché, parce qu'on leur permet de vendre des grandes marques internationales plus chères, va dire à ses salariés, non, non, c'est pas pour vous, c'est pas non plus pour nos actionnaires, c'est pour les agriculteurs français. C'est du délire.
La logique de ce texte, effectivement, c'est que si vous augmentez vos marges, dit le ministre, sur ces produits-là, ces produits de consommation que vous évoquiez, ces marques, etc., vous allez baisser vos marges sur d'autres produits, notamment les produits alimentaires, la viande, et que ça permettra de conforter le revenu des agriculteurs. C'est ça la logique de ce texte.
Alors, vous avez du bon sens, augmentons les produits agricoles et obligeons les distributeurs à acheter plus cher ces produits agricoles. Ça fait sens. Mais là, expliquez-moi pourquoi je vais aller enrichir des sociétés multinationales comme Nestlé. Quelle garantie vous avez qu'en augmentant les viands et le perrier, ça va augmenter la marge des distributeurs qui vont acheter plus cher à Nestlé et à Danone ? Quelle garantie vous avez que ça va retourner à l'éleveur du Finistère ? Ça n'existe pas.
Pourquoi vous êtes le seul distributeur en guerre contre cette forme ?
Parce qu'en fait, cette disposition, en fait, c'est issu d'une bagarre entre distributeurs qui vise à faire remonter les prix des gens qui étaient les moins chers. C'est fait pour remonter les prix de Lidl, d'Intermarché et de Leclerc au principal.
Il y a un complot aujourd'hui contre vous et contre les locaux pour faire remonter les prix.
Vous en avez parlé ici, vous avez oublié. Vous n'allez plus après la page 3 de Google, les mecs. Refaites votre boulot. Allez-y, page 4, page 5. Avant même la nomination de ce gouvernement, il y a eu une alliance entre les industriels de l'agroalimentaire, et les distributeurs de la Fédération du Commerce et de la Distribution, je cite, Neymanschheim, Carrefour, Casino, Auchan, pour obliger les distributeurs à prendre des marges minimales. Comme ça, il n'y aura plus les mecs qui pètent le profit, etc. C'est ça. Et c'est venu s'intégrer dans le dispositif de la loi de l'alimentation. C'est un sujet complexe, Michel-Édouard Leclerc.
Toutes les organisations de consommateurs... Oui, mais c'est important. Oui, mais on va reprendre cette discussion là où on la laisse à l'instant même, si vous voulez bien nous interrompre. Toutes les organisations de consommateurs sont contre. C'est complexe, mais on va prendre le temps qu'il faut. Merci, Michel-Édouard Leclerc. On jette un coup d'œil à l'actualité à 8h41 avec David Daubat. Et on reprend donc cette interview tout de suite avec vous.
Charles Aznavour aura-t-il droit à un hommage national ? Eh bien, c'est ce que réclament ses fans. Mais c'est à sa famille désormais de donner son accord. Hier soir, Paris lui a rendu hommage avec une tour Eiffel couleur or et des portraits diffusés sur écran géant. Il reste au gouvernement, critiqué pour son intention de briguer la mairie de Lyon. Gérard Collomb a présenté sa démission. Hier, elle a donc été refusée par Emmanuel Macron qui, par ailleurs, lui, renouvelle sa confiance. Les enfants plus exposés à la pollution de l'air que les adultes. Résultat d'une étude de l'Alliance européenne pour la santé publique. Elle a été réalisée en Allemagne.
L'air a été mesuré à 2 mètres et à 1 mètre du sol. Et dans ce cas précis, on note la présence de 37% de polluants supplémentaires par mètre cube. Il nie catégoriquement les faits. Une Américaine de 34 ans accuse Cristiano Ronaldo de l'avoir violée dans un hôtel de Las Vegas. C'était en juin 2009. Il lui aurait fait signer sous la pression un accord financier pour la contraindre au silence. Et puis, c'était une figure historique de l'émission Téléfoot sur TF1 dans les années 90. Aux côtés de Thierry Rolland, une des premières femmes journalistes sportives, on a appris hier le décès, de Marianne Macau. Elle avait 54 ans.
Michel-Edouard Leclerc. On va poursuivre sur cette loi alimentation. On a compris que vous nous expliquiez que les produits de grandes marques allaient augmenter. Si cette loi s'applique, est-ce qu'il y a d'autres prix en revanche qui vont baisser dans les rayons de vos supermarchés ?
D'abord, ça, c'est inflationniste. J'insiste. Ça, ce n'est pas pour les agriculteurs. Ceux qui croient ça, ils se font enfumer.
Le coca, les viands, tout le monde avait compris que ça n'allait pas dans la poche des agriculteurs français.
Posez-vous la question et interrogez les députés. Demandez-leur par quel mécanisme le conseil d'administration de Nestlé, qui est en Suisse, va sortir cet argent pour le remettre sur les éleveurs de Vendée ou de Normandie. Si vous n'avez pas la réponse, acceptez qu'il n'y a pas de réponse. Par contre, c'est évident qu'aujourd'hui, si c'est applicable au 1er janvier, j'ai écrit au Premier ministre hier, je vous le donne, j'ai écrit au Premier ministre au moins qu'il ne fasse pas la connerie d'appliquer ça au 1er décembre, avant les fêtes de Noël. C'est incroyable.
Non seulement ils veulent encadrer les promotions, donc ça veut dire que les gars qui font du foie gras, qui font du chapon, etc., si ce n'est pas vendu le 20 décembre et qu'on leur dit qu'ils ne peuvent pas baisser leur prix, c'est catastrophique. Et même tous les catalogues des distributeurs sont faits. Vous avez chiffré la hausse du panier moyen.
Oui, 1 milliard. 1 milliard, ça ne veut tout dire et pas grand-chose, sur un panier moyen à 100 ou 150 euros, c'est combien de pourcents d'augmentation ?
1 milliard, c'est énorme. Je ne conteste pas au gouvernement de prendre des dispositions pour le pouvoir d'achat, mais là, il les remballe. C'est-à-dire que rien que ce qui passera par les hypermarchés et qui va augmenter par les hypermarchés, qui ne sont pas des produits agricoles, je ne calcule pas l'augmentation des produits agricoles, ça va coûter 1 milliard au consommateur.
Pour le consommateur, pas pour chaque consommateur 1 milliard, donc vous n'avez pas le panier moyen que ça représente pour un consommateur de chez le cœur.
Il s'agit de 2700 articles vendus dans les hypermarchés qu'on appelle les produits d'appel et qui vont augmenter de 1 à 10%. 1 à 10% d'augmentation sur ces produits-là. Ils vont nous obliger à prendre une marge de 10% sur chacun de ces articles, sur les viands, sur le bonbon Mars, enfin, vous voyez, tout ce truc-là.
Vous avez répondu à Stéphane Travers des agricultures. Vous expliquez qu'il y a un accord, en fait, de beaucoup de distributeurs dans votre dos pour soutenir cette disposition. Mais cette disposition, donc, de relèvement du seuil de vente à perte, elle satisfait aussi les agriculteurs. Je vous propose d'écouter Christiane Lambert, la patronne de la FNSEA. On l'écoute.
On a fait le compte, et ce n'est pas les chiffres insensés qu'évoquent les charlatans de la grande distribution quand ils exagèrent tout pour ne pas que ça passe. C'est 1 euro par mois par consommateur pour que les producteurs gagnent leur vie. Est-ce qu'on ne peut pas sauver le soldat agriculteur en mettant juste 1 euro de plus par mois et par habitant ? C'est ça la question. Mais si M. Leclerc s'énerve autant, il y a un loup. C'est quand même qu'il n'a pas envie de le faire parce qu'il sait bien qu'il va devoir pratiquer plus éthique dans sa distribution. Il y a un loup, M. Leclerc. Vous voyez que cette espèce d'obsession, on est éloigné du revenu des agriculteurs, là.
Donc, en fait, dans la réalité, ce qui va compter pour les agriculteurs, c'est qu'on leur achète plus cher, mais c'est aussi qu'on réorganise les marchés, que la petite dame qui se fait passer pour la mère Thérésa des pauvres de l'agriculture et qui est co-responsable de l'échec de la politique agricole, elle est co-gestionnaire avec son syndicat. Il faut qu'elle voit quand même comment on répartit les subventions. Il y a des pauvres dans l'agriculture. Il y a 110 milliards de subventions qui ont été mises sur l'agriculture en disant que les chiffres ne sont pas de moi, sont de la Cour des comptes. Qu'on rentre des comptes, qu'on refasse tout ça, qu'on réorganise les marchés.
Le sort de l'agriculture ne dépend pas du directeur d'un magasin Carrefour ou d'un magasin... On a notre part de responsabilité, donc on achètera plus cher, mais pour le reste, ce n'est pas la peine. Moi, je pense qu'il faut réconcilier le consommateur et l'agriculteur. Tout ce qui sera pris dans le dos du consommateur ne va pas nous aider à aller sur le nouveau modèle alimentaire.
Comment on fait pour défendre à la fois le consommateur et le producteur ? Et comment est-ce qu'on fait pour construire un prix acceptable par le producteur ?
D'abord, il faut qu'ils s'organisent, eux, pour pouvoir se mettre...
Donc c'est de leur responsabilité, par exemple, d'abord de la FNSE, vous les invitez à battre leur coup.
Non, mais la loi prévoit que, par exemple, ils se mettent d'accord entre eux au niveau de l'interprofession. Nous, on n'y est pas, ils ne veulent pas de nous. Mais qu'ils se mettent d'accord entre eux pour faire des prix minimum en dessous duquel ce ne sera pas vendu. Moi, je suis d'accord avec ça. Ils ont un problème juridique, le gouvernement ne se mouille pas, M. Travers ne se mouille pas, mais en soi, ça m'est égal. Acheter plus cher, mais ne pas me faire griller par Carrefour ou Lidl, moi, ça ne me gêne pas, c'est la position concurrentielle qui importe. Donc je suis prêt à payer plus cher.
D'ailleurs, aujourd'hui, j'ai souscrit, sans eux, sans tous ces gens-là, 10 000 accords avec des producteurs qui s'appellent les alliances locales. Vous pouvez aller sur Internet, il y a le site avec tout le nom des producteurs. C'est direct de Leclerc à ces producteurs. Mais on paye plus cher et on s'y engage. Et les consommateurs savent que ce sont des produits locaux. Et au fond, nous sommes un petit peu le canal par lequel les consommateurs vont accepter de payer plus cher des produits sans OGM, des produits de meilleure qualité, etc. Il faut arrêter de flinguer les distributeurs qui font le job. C'est étonnant. Ils ne s'en prennent pas aux gens qui prennent des marges.
Ce qu'on reproche aujourd'hui, c'est de vendre moins cher. Mais avouez que s'il y a un loup, c'est ça. Il y a quelque chose de bizarre. On veut empêcher les gens de vendre moins cher. Or, nous sommes à l'heure du pouvoir d'achat, avec l'imitation des promos au 1er janvier, avec l'augmentation de ces 2700 articles, avec le prix du gaz et de l'électricité qui va augmenter, plus tous les résultats des négociations commerciales dont on nous annonce qu'il doit être à la hausse. Pour les consommateurs qui déjà se sont mis sur le bio 30 à 40% plus cher, ça va faire une facture énorme. Et vous savez quoi ? La consommation, là, elle n'est pas bonne. Vous le voyez dans vos supermarchés déjà ?
Je vous l'annonce, avant tout le monde, là, on est en train de nourrir les statistiques, au mois de septembre, c'est presque moins 3%. De consommation dans vos supermarchés ? Dans tous les hypermarchés français, c'est moins 3%. Alors, il y a un effet calendaire qui accentue l'effet, mais même si c'est moins 1, moins 2, vous voyez...
Les Français consomment moins, pourquoi ? Parce que c'est trop cher ? Parce qu'ils sont en train de changer de mode d'achat aussi ?
Peut-être un peu des deux, pour être objectif, mais en tout cas pour l'économie française, alors que c'est la consommation qui tire la croissance, c'est-à-dire que le mois d'été n'a pas été bon, le mois de septembre est très mauvais, et en fait, nous n'avons jamais vu autant dans les magasins le public venir avec des catalogues, avec des promotions, acheter des prix bas. Est-ce qu'il y a un problème ?
J'ai dit au Premier ministre, on s'est vu vendredi, là, tous les professionnels, je lui ai dit, peut-être que moralement, peut-être que économiquement, tous ces systèmes de promos, ça ne sont pas bons, mais avant de casser la machine, faites gaffe, parce que vous, vous prétendez que vous allez faire une croissance à 1,8, mais au rythme où ça va, ces prévisions de hausse de prix sont très très mauvaises pour la consommation.
La question des carburants, Michel-Edouard Leclerc, est-ce que c'est trop cher en France ? Est-ce que vos marges sont trop élevées ?
Non, il n'y a pas de marge sur les carburants, c'est des taxes. Il y a 0 centime sur un litre ? 0,0 et quelques. Donc on ne pourra pas baisser plus ? Non. Chez vous, en tout cas ? Non, non.
Et c'est la moins chère chez vous ? C'est moins chère chez vous, chez Leclerc ?
Après, on va vous dire que je fais ma pub, donc allez voir. Je crois qu'on n'est pas mauvais, oui.
Mais en l'occurrence, est-ce que ces hausses de taxes, notamment sur le gasoil, ce n'est pas des hausses civiques ? Il y a aussi une mention.
Mais quelle que soit l'origine de la hausse, que ce soit pour les agriculteurs, pour l'écologie, etc., le problème, c'est que pour le cochon de payant, à la fin, il faut sortir de l'enveloppe les bifetons. Vous voyez, je parle comme Bernard Tapie maintenant, mais c'est pour ceux qui connaissent les Bernard Tapie. Donc vous voyez qu'il y a quand même quelque chose d'ennuyeux. La question n'est pas qu'il n'y ait pas de débat...
Mais il n'y a pas une pédagogie de certaines hausses à faire, y compris de votre part, justement ?
Mais écoutez, je ne sais pas de combien vous avez été augmenté sur France Info, mais pas plus chez Leclerc qu'à France Info. On a distribué de l'argent gratis à nos salariés. Donc il faut faire avec le pouvoir d'achat. Et moi, je crois que les EGA, c'est la loi sur les états généraux, ouvre une belle narration pour la reformation du modèle alimentaire français. Moins de sucre, moins de sel, manger mieux, etc. Mais il faut faire les choses avec le pouvoir d'achat de ceux qui achètent. Et si on fait contre, les gens ne vont pas acheter ce qui est bon, parce que ce sera trop cher. Et on dira, le bio, c'est pour les bobos. On dira, ça, ce n'est pas pour nous.
Donc il faut, aujourd'hui, remettre le consommateur au centre du dispositif. Et je ne le dis pas par démagogie, mais c'est juste parce que c'est mon métier.
Michel-Edouard Leclerc, invité de France Info jusqu'à 9h. On jette un oeil à l'actualité à 8h50. Et on poursuit cet entretien. D'abord, David Doba.
Une opération antiterroriste ce matin. 200 policiers mobilisés à Grande-Synthe, c'est dans le Nord, pour perquisitionner le siège de l'association Centre Zara France. Les domiciles des dirigeants ont également intéressé les enquêteurs à des responsables qui affichent, selon la préfecture, un soutien marqué à plusieurs organisations terroristes. 11 personnes ont été interpellées. Dans ce contexte, Emmanuel Macron renouvelle sa confiance à Gérard Collomb et lui demande de rester concentré sur la sécurité des Français. Le ministre de l'Intérieur a présenté sa démission. Hier soir, elle a finalement été refusée.
De Paris à Los Angeles, de son domicile dans les Alpilles, à Erevan, de nombreux fans se sont rassemblés cette nuit pour rendre hommage à Charles Aznavour. Beaucoup de questions désormais autour de ses obsèques. Il pourrait être enterré à Montfort-la-Maurice et dans les Yvelines. Il y avait fait construire un caveau familial. Et puis cette vive tension hier soir à Barcelone, des échauffourés qui ont opposé militants indépendantistes radicaux et forces de l'ordre. Elles ont éclaté à la fin de la manifestation, marquant le premier anniversaire du référendum d'autodétermination qui avait été interdit, on s'en souvient, par Madrid.
Michel-Édouard Leclerc, le prélèvement de l'impôt à la source, c'est dans deux mois. Est-ce que vous êtes prêt chez vous, chez Leclerc ?
On est prêt. Parce que justement, on anticipe quand même qu'il y aura de l'anxiété. On va prendre des initiatives commerciales pour rassurer. Alors je ne vais pas vous les balancer là, parce que par vous, Carrefour et mes concurrents entendraient ça. Mais le politique... Des initiatives, pardon, pour les consommateurs qui viennent dans vos rayons
ou pour les salariés de Michel-Édouard Leclerc ? Les deux. Vous évoquiez le fait que la consommation flanchait. Est-ce que vous redoutez un effet psychologique du prélèvement à la source, justement, qui contribuerait à faiblir un peu plus la consommation ?
Si le gouvernement arrive à mieux vendre ses dispositions de baisse des allocations et d'augmentation du pouvoir d'achat ciblé, ça peut compenser l'anxiété actuelle. Mais oui, je suis...
Le prélèvement à la source, ça vous inquiète là-dessus, sur la consommation ? Il va y avoir un effet sur la consommation ?
Oui, je crois. Et alors, les ministres nous regardent, ou les députés nous regardent en disant « Mais non, mais non. » Mais parce qu'ils résonnent en comptable, ils résonnent en macroéconomiste. En fait, il va suffire, d'ailleurs, que vous-même, dans les médias, vous en fassiez un sujet, ça se dit, vous en fassiez un sujet, et bien, voilà, il va se générer des questions. Et donc, ça va être au mois de janvier. Alors, vous savez, le plus gros chiffre d'affaires, je suis très pragmatique, le plus gros chiffre d'affaires, le moment du chiffre d'affaires d'un hypermarché... C'est Noël ? Non, non.
C'est au moment des allocations, le versement des allocations, les deux jours qui suivent, et c'est le moment du versement des payes.
La consommation, il est immédiate.
Voilà, donc on aura à la fin janvier une température de la réaction des salariés. On verra si l'effet positif est bon. Je reviens à ce que vous nous avez dit il y a deux minutes. Mais pour nous, c'est une anxiété.
Qu'est-ce que vous allez faire pour les clients de vos supermarchés ? Je vous ai dit que vous n'allez pas vous le dire. Vous avez dit aussi, vous avez commencé à le dire. C'est pour ça que je retente ma chance.
Non, mais voilà, au mois de janvier, les augmentations de prix qu'on nous prépare. Il ne faut pas oublier que sur le gaz et l'électricité, on nous en prépare aussi. Et pas forcément, il est légitimement. Les énergies fossiles, il faut aller vers les énergies propres. Donc, on va taxer les énergies fossiles. Mais le consommateur paye ça. Les malus sur les voitures, c'est le consommateur qui le paye. Donc, tout ça au mois de janvier, ça va faire des factures. Et donc, pour nous qui sommes sur le front de vente, pour nos salariés, pour nos caissières, pour nous, c'est un sujet d'anxiété de voir la manière dont les consommateurs vont réagir.
C'est-à-dire que vous allez faire le job des impôts et expliquer ce qu'il y a un petit peu sur la feuille des impôts. Qu'on reçoit, le brut c'est ça. Vous allez refaire ça vous en caisse.
Mais ça c'est dit, je fais déjà le job des impôts pour le carburant. Je vends des taxes. Je fais déjà le job des impôts pour la TVA. Je suis le plus gros. Leclerc doit être en France le plus gros collecteur de TVA. Personne ne se pose cette question-là.
Ça veut dire que Bercy, ça ne marche pas en fait ?
Si ça permettait de faire des économies de dépenses publiques à Bercy, ce serait de bonnes économies. Ils l'auraient transférée et ça aurait été malin. Mais je n'ai pas l'impression que pour autant, ils ont diminué beaucoup leur coût de production.
Il y a un autre dossier que le gouvernement envisage de rouvrir, Michel-Édouard Leclerc. C'est le travail le dimanche. Je vous propose d'écouter le ministre de l'économie et des finances, Bruno Le Maire.
Je suis ouvert à une réflexion l'année prochaine sur ce sujet. Je vois bien qu'il y a beaucoup d'endroits, notamment les zones touristiques, où le dispositif est encore trop compliqué et pas cohérent. Le travail le dimanche, il faut aller plus loin ? Nos salariés ne sont pas demandeurs. On a déjà fait des sondages par magasin. Nos salariés ne sont pas demandeurs. Et même pas mal de nos chefs d'entreprise croient à la nécessité d'avoir un jour de la vie familiale, concentré sur soi, avec les enfants, etc. Donc, nous ne courons pas après. La législation actuelle nous va très bien.
Simplement, si aujourd'hui d'autres magasins ouvraient le dimanche, évidemment, on se tirait d'une balle dans le pied si on ne suivait pas. Donc, aujourd'hui, nous sommes pour la situation actuelle. Si c'est ouvert, nous ouvrirons aussi. Mais je ne crois pas à l'effet positif cumulé de toutes ces ouvertures.
La concurrence, par exemple, d'Amazon qui livre 7 jours sur 7 et parfois en moins d'une heure, elle ne vous fait pas peur ?
Non, d'abord, ils ne livrent pas tellement que ça le dimanche parce qu'ils n'ont pas les relais. Et peut-être que les relais, ce sera chez nous, d'ailleurs, pour vous teaser quelque chose. Non seulement... Si, si, si, tout le concurrent...
Il y a un accord entre Amazon et Leclerc ? Ce serait une possibilité ?
Mais en fait, toutes les enseignes de distribution qu'on appelle de la vieille économie sont en train de devenir Amazon. Carrefour a créé son service de vente à domicile. Et vous ? Vous avez créé un service. Et nous aussi, sur Paris, là. On a ouvert il y a un mois et on prend... On sert 1000 clients par jour. Aujourd'hui, ce n'est encore pas beaucoup, mais ça grandit, ça grandit.
Mais si Amazon vient vous voir demain matin ?
Oui, il est déjà venu, il est déjà venu. Et alors ? Et alors, on s'est dit qu'en tant que Leclerc, même si le... On est David Leclerc contre Amazon l'américain. Pour le moment, oui. Vous avez dit non à Amazon ? On a l'impression que... Vous voyez, on réussit à résister au ministre de l'Agriculture et à Mme Lambert. On devrait arriver à résister à Amazon.
Vous avez dit pour le moment. Donc s'il revient à la charge, peut-être que vous finirez par s'adé.
Mais ils vont tous venir nous voir. Google, Alibaba, Facebook. Le monde est en train de changer. Mais ils ont des savoir-faire, médias, logistiques, ça. Mais ils n'ont pas la promesse commerciale. Moi, je représente une promesse commerciale qui a 60 ans et qui a un rapport particulier avec les consommateurs. Si je l'incarne, parce que ça porte mon nom, justement, moi, je ne veux pas faire du commerce pour faire du commerce. Je veux rester Leclerc. Je veux rester dans l'utilité sociale de mon histoire. Et donc, si Amazon, c'est juste pour aller faire du pognon, je n'irai pas. Michel-Édouard Leclerc.
Par contre, moi, je veux essayer de faire du Leclerc, même sans Amazon, pour pouvoir continuer à vendre moins cher et continuer à être très produit français.
Un tout dernier sujet important, l'emploi, Michel-Édouard Leclerc. Et on se souvient d'Emmanuel Macron conseillant à un jeune, mi-septembre, de traverser la rue pour trouver un boulot. Est-ce que vous, vous avez du mal à recruter dans la grande distribution ? Oui, oui. Parce que vous ne payez pas assez bien vos salariés ?
Sa réponse était maladroite, parce qu'en plus, ça concernait l'articulteur.
Pourquoi est-ce que vous avez du mal à recruter ? Parce que vous ne payez pas suffisamment bien vos salariés ?
Non, non. Probablement, historiquement, c'est des professions qui n'ont pas assez payées, qui ne rémunéraient pas assez, les professions de bouche et tout ça. Mais aujourd'hui, je pense que beaucoup d'enseignes, beaucoup de magasins seraient prêts à payer très cher, des bons chefs bouchers, des bons pâtissiers. Et j'invite les jeunes à y aller parce que c'est des métiers qui vont très, très vite se développer. La digitalisation du commerce, le pâtissier ne va pas devenir digital. C'est des vrais pâtissiers. Et donc, on manque beaucoup, on manque chez Leclerc, on manque des milliers de postes, faute de trouver, parce que les écoles ne forment plus, il n'y a plus le compagnonnage.
Donc, nous sommes obligés de former nos propres apprentis. Nous faisons beaucoup d'apprentissage et nous sommes pour la loi sur l'apprentissage. Il y a vraiment des métiers dans les métiers comme ça de l'alimentation.
Merci Michel-Edouard Leclerc, l'homme qui dit non à Amazon, était ce matin l'invité de France Info. Merci à vous.