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InterviewFrance Culture — Sens politique (sur Site radio)· 2 janvier 2021 29 minContradictoireActualité / polémiqueÉducation & rechercheSantéÉconomie & entreprisesNumérique

Frédérique Vidal, ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche : "Notre objectif est de faire en sorte que les étudiants retrouvent leurs enseignants"

Source d'origine 4 locuteurs

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 75 %Attaque 10 %Défensif 15 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 73 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 1:36OuverteRéponse directe

    Que va-t-il se passer lundi pour les étudiants ?

  • 2:45RelanceRéponse partielle

    Ce recensement est-il délicat pour les étudiants vulnérables ?

  • 4:55RelanceRéponse partielle

    Face au risque de décrochage, n'aurait-il pas été plus sage d'assurer un suivi dès le reconfinement ?

  • 6:14OuverteRéponse directe

    Passer de 10% à 20%, 30% jusqu'à 100% ?

  • 8:04OuverteRéponse partielle

    Votre ministère a-t-il des statistiques sur la hausse des suicides chez les étudiants ?

  • 9:41OuverteRéponse directe

    Qu'a fait votre ministère pour aider les étudiants en situation économique dégradée ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 1:54Invité politiqueFait
    « la décision a été prise de pouvoir faire revenir de manière très progressive et très encadrée les étudiants dès le 4 janvier »
  • 2:20Invité politiqueFait
    « les étudiants en situation de handicap, de précarité numérique »
  • 6:00Invité politiqueChiffre
    « on estime qu'il y avait un flux journalier dans les universités qui correspondait à peu près à 10% des étudiants »
  • 8:29Invité politiqueChiffre
    « une hausse du nombre de consultations en psychologie qui peuvent aller parfois jusqu'à une augmentation de 30% »
  • 9:52Invité politiqueFait
    « nous avons doublé les capacités de psychologues employées par les établissements »
  • 10:22Invité politiqueChiffre
    « nous avons monté le fonds d'aide d'urgence à plus de 50 millions d'euros »
  • 12:19Invité politiqueChiffre
    « presque 22 000 emplois étudiants créés dans les établissements au mois de décembre »
  • 19:04Invité politiqueChiffre
    « c'est un investissement de 25 milliards d'euros sur les 10 prochaines années »
  • 19:14Invité politiqueChiffre
    « Sur ces 5 milliards d'euros supplémentaires par an, qui seront donc budgétaires, 1 milliard sont consacrés à l'ANR »
  • 24:01Invité politiquePromesse
    « plus 10% de budget dès l'année prochaine »
  • 24:05Invité politiqueChiffre
    « plus 18 millions d'euros sur le budget de l'Inserm dès le budget 2021 »
  • 28:13Invité politiqueChiffre
    « On a ouvert 600 emplois supplémentaires sous plafond pour l'ensemble de la recherche »

Temps de parole

  • Invité politique58 %
  • Présentateur31 %
  • Invité7 %

0,7 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

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0:17
Présentateur

Bonjour, bienvenue dans Politique. Notre invité aujourd'hui, Frédéric Vidal. Bonjour Frédéric Vidal. Bonjour. Vous êtes ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation, biochimiste de formation. Vous avez présidé l'université, avant vos fonctions ministérielles, l'université de Nice, Sofia Antipolis. Les chiffres sont trompeurs. Passer de 2020 à 2021 ne change rien au fond. La crise sanitaire est toujours là.

Une crise que subit de plein fouet le monde universitaire, non pas parce qu'il est particulièrement exposé à la dangerosité du virus, mais parce que les conditions dans lesquelles se déroulent les études, à distance le plus souvent depuis le reconfinement, perturbent la scolarité et fragilisent un grand nombre d'étudiants, lesquels vont encore devoir attendre pour retrouver les bancs de la fac, mais combien de temps ? Par ailleurs, quel impact cette crise peut-elle avoir sur ce monde universitaire ? Et sur celui des chercheurs, dont une partie de la communauté conteste la loi de programmation de la recherche, qui vient tout juste d'être promulguée. C'était le 24 décembre dernier.

Et voilà de quoi nous allons parler au cours de la prochaine demi-heure en votre compagnie, Frédéric Vidal. Mais évidemment, la première question que j'ai envie de vous poser, elle concerne la rentrée universitaire. Que va-t-il se passer lundi pour les étudiants ?

1:44
Invité politique

Eh bien, en fait, au regard des difficultés que vous mentionnez, que rencontrent les étudiants les plus fragiles d'être en formation à distance, la décision a été prise de pouvoir faire revenir de manière très progressive et très encadrée les étudiants dès le 4 janvier. Donc les étudiants les plus fragiles, ceux qui sont en décrochage, qui viennent d'entrer dans l'enseignement supérieur et qui ont eu du mal à trouver leur marque à cause de l'absence des enseignants en phase 2 en présentiel, les étudiants en situation de handicap, de précarité numérique.

Donc nous avons demandé aux établissements de recenser tous les étudiants qui appelaient leur attention du fait de l'urgence ou de circonstances individuelles particulières et de les faire revenir par petits groupes de 10 sur convocation, de manière à maîtriser en fait le flux et le croisement des étudiants et éviter qu'on ait des clusters dans les universités.

2:45
Présentateur

Alors ce recensement il est d'autant plus délicat en fonction en tout cas de la catégorie d'étudiants vulnérables. Bon s'agissant des premières années, ça c'est assez simple à quantifier. Est-ce que ça veut dire Frédéric Vidal que lundi, tous les étudiants qui sont en première année universitaire vont reprendre leurs cours en présentiel ?

3:06
Invité politique

Non, pas forcément tous les étudiants qui sont en première année. Les établissements sont à même d'identifier ceux qui ont le plus de difficultés avec les formations à distance. On a des étudiants qui vivent bien cette situation, on en a d'autres qui la vivent avec beaucoup plus de difficultés. Le fait que l'on ait recruté 20 000 tuteurs supplémentaires pour cette rentrée permet d'avoir des contacts directs avec ces étudiants de première année et de voir avec eux quels sont leurs besoins et ensuite de décider comment est-ce qu'on les fait revenir.

On les fait revenir non pas pour l'ensemble de leurs enseignements, mais simplement pour qu'ils puissent renouer un contact avec les équipes pédagogiques qui peuvent du coup mieux les accompagner et mieux voir ce qui est nécessaire pour leur permettre de réussir leur année.

4:00
Présentateur

Alors témoignage de ces difficultés qui peuvent être rencontrées par des étudiants, par l'occurrence des étudiantes et une enseignante de l'université de Poitiers. Témoignage recueilli le mois dernier, c'était au mois de décembre, donc par France 3, Nouvelle-Aquitaine.

4:13
Auditeur

On n'en voit pas le bout en fait. On travaille plus parce qu'on a peur de décrocher et on ne sait pas en fait si on aura les fruits de ce travail à la fin parce que même si c'est pareil pour tout le monde, je trouve qu'on est quand même vachement désavantagés de cette situation plutôt que si on était tous en cours. Il y a des partiels qui devaient être faits des examens terminaux et finalement ils nous font des contrôles continus. Et puis pareil, mes partiels, je ne sais pas si ça va être en présentiel ou en distanciel pour l'instant. Donc pareil, ce n'est pas facile.

Ce dont on ne se rend pas compte, c'est que ça demande beaucoup plus d'énergie pour arriver au même résultat que le présentiel, à la fois pour moi, mais surtout pour les étudiants. Et là, ils vont enchaîner ça sur la journée et puis ils vont enchaîner ça sur la semaine et ça dure depuis des mois. C'est ça le problème.

4:55
Présentateur

Frédéric Vidal, face à ce risque de décrochage plus ou moins massif, mais en tout cas pour des étudiants en situation vulnérable, est-ce qu'il n'aurait pas été plus sage dès le reconfinement d'assurer un certain suivi et une certaine présence, pas forcément continue, mais peut-être un ou deux jours par semaine pour ces étudiants pour limiter la casse ?

5:20
Invité politique

Alors en fait, lors de ce deuxième confinement, les établissements n'ont pas été fermés, contrairement à ce qui s'est passé lors du premier confinement. Ça veut dire que notamment tous les enseignements qui nécessitaient du présentiel, des travaux pratiques, des enseignements qui nécessitaient du présentiel et qui étaient listés et qui étaient autorisés par les recteurs ont pu continuer à se dérouler. Les salles de ressources informatiques sont restées ouvertes de manière à ce que les étudiants puissent venir dans ces salles pour tous ceux qui avaient des problèmes de connexion. Les bibliothèques universitaires sont restées aussi ouvertes sur rendez-vous.

Donc globalement, on estime qu'il y avait un flux journalier dans les universités qui correspondait à peu près à 10% des étudiants qui traditionnellement viennent chaque jour à l'université dans une période normale.

6:14
Présentateur

10% avec l'idée, ce serait justement de passer quoi progressivement à 20%, 30%, jusqu'à 100% ? Est-ce que c'est de cette manière-là que vous voyez les choses pour les semaines à venir ?

6:25
Invité politique

Oui, absolument. L'idée, c'est qu'on puisse construire petit à petit le chemin d'un retour à la normale. Alors évidemment, c'est très lié aux indicateurs sanitaires. Néanmoins, nous nous sommes rendus compte que pour un certain nombre de formations qui n'avaient pas de travaux pratiques, les étudiants étaient 100% à domicile et donc ça leur posait un problème. D'où l'idée de donner la main aux établissements pour qu'ils puissent créer ces groupes de 10 sur convocation et faire revenir petit à petit les étudiants.

Et puis il y a une deuxième étape, si les conditions le permettent, qui sera plus spécifique cette fois-ci et qui concernera tous les étudiants de première année, qu'on essaiera de faire revenir progressivement une semaine sur deux pour les travaux dirigés. Mais ça, c'est un bilan qu'on fera à la mi-janvier pour savoir s'il est possible de progresser. Notre objectif, c'est évidemment de faire en sorte que les étudiants retrouvent leurs enseignants et les enseignants retrouvent leurs étudiants. Ça a été très bien dit dans votre reportage.

Le problème, il est à la fois la solitude face à ces cours, mais il est aussi dans la méthodologie et dans le fait que les enseignants donnent beaucoup de travail et que les étudiants, comme ils sont seuls, ne peuvent pas travailler en groupe, s'aider, se réconforter les uns les autres et travailler ensemble.

7:49
Présentateur

Et c'est une solitude d'ailleurs, Frédéric Vidal, qui peut se traduire aussi par de la détresse psychologique. Le Premier ministre Jean Castex, le 10 décembre dernier, disait ceci, il peut y avoir des situations sociales et psychologiques qui sont extrêmement préoccupantes. Quand il parlait des étudiants, il ajoutait qu'il y a des suicides. Est-ce que votre ministère, aujourd'hui, a des statistiques, a des chiffres qui permettent de savoir s'il y a une hausse des suicides ou des tentatives de suicides dans la population étudiante du fait des difficultés liées à cette crise sanitaire ?

8:20
Invité politique

Ce qu'on peut dire, c'est qu'effectivement, il y a une souffrance psychologique très forte. Et ça, ce sont les remontées des données des services de santé universitaires qui nous le disent, avec une hausse du nombre de consultations en psychologie qui peuvent aller parfois jusqu'à une augmentation de 30%. C'est pour ça que nous avons doublé les capacités de psychologues employées par les établissements et que nous avons créé aussi 60 postes d'assistantes sociales pour faire en sorte que les étudiants qui en ont besoin puissent avoir rapidement des rendez-vous et être pris en charge. Après, sur la question des suicides, d'abord, ce sont des sujets multifactoriels.

Et puis ensuite, très souvent, c'est aussi couvert par le secret médical. On n'a pas d'augmentation massive du nombre de suicides constaté, mais il y a effectivement des étudiants fragiles qui se suicident, mais sans qu'on puisse forcément faire de liens particuliers. Pas de hausse de ce point de vue-là, mais une hausse de 30% des consultations en psychologie.

9:24
Présentateur

Cette fragilité, elle est liée à l'isolement. Elle peut aussi être liée aux conditions économiques qui se sont dégradées. Quand on est étudiant, on fait des petits boulots. Il peut y avoir des petits boulots, par exemple, dans la restauration. Évidemment, aujourd'hui, cette source de revenus, elle disparaît. Qu'est-ce que votre ministère a fait ou envisage de faire pour aider les étudiants qui se retrouvent dans des situations encore plus compliquées qu'auparavant ?

9:52
Invité politique

D'abord, nous avons créé des emplois étudiants. Quand on dit qu'on recrute 20 000 tuteurs ou 1 600 référents étudiants dans les résidences universitaires, ce sont à chaque fois des étudiants recrutés pour aider les étudiants. Donc ça, c'est la première chose à faire. C'est permettre aux établissements de recruter beaucoup plus simplement les étudiants pour justement pallier à ce problème de petits jobs.

Et puis, nous avons aussi plus que doublé le fonds d'aide d'urgence de manière à ce que ceux qui se trouvent dans les difficultés que vous évoquez, parce qu'il n'y a plus de petits jobs étudiants ou très peu autour à cause de la crise économique qui accompagne la crise sanitaire, donc nous avons monté le fonds d'aide d'urgence à plus de 50 millions d'euros.

10:41
Présentateur

Donc quand on est dans cette situation, on fait quoi, par exemple, Frédéric Vidal ? C'est-à-dire que je suis étudiant, j'ai des ressources qui se sont considérablement amenuisées. Je me tourne vers quoi ? Vers mon université ? Vers les services sociaux universitaires, les CRUS ?

10:53
Invité politique

Absolument, on se retourne vers les services sociaux, qu'ils soient universitaires ou qu'ils soient ceux des CRUS. Les deux travaillent complètement en synergie et donc sont capables, soit au travers de ces fonds d'aide d'urgence, soit au travers de mesures qui ont été mises en place dans les établissements directement grâce à la contribution via étudiante et de campus, de pouvoir très rapidement venir en aide aux étudiants. On a des universités qui ont mis en place des sortes de chèques qui permettent aux étudiants d'aller faire leurs courses dans des magasins avec lesquels des accords ont été passés.

Nous avons nous-mêmes au niveau national passé des conventions avec la fondation SFR ou avec Emmaüs Connect pour pouvoir donner aux étudiants la capacité de télécharger des datas. Donc voilà, c'est à la fois des initiatives nationales qui ont été mises en place, on a donné une aide exceptionnelle à l'ensemble des boursiers de 150 euros sur le mois de décembre. Et puis pour tous ceux qui ne sont pas boursiers, parce que c'est un problème qui est plus général, il y a eu ce doublement des fonds d'aide d'urgence et puis ces créations d'emplois étudiants. Et voilà, nous essayons d'accompagner au mieux l'ensemble des étudiants.

Ceux qui ont eu leur stage retardé, par exemple, les bourses ont été maintenues. Voilà, je vous le disais, presque 22 000 emplois étudiants créés dans les établissements au mois de décembre.

12:26
Présentateur

Et est-ce qu'il y aura aussi une adaptation peut-être dans l'évaluation des étudiants et notamment dans l'évaluation des cursus qui tiennent compte justement de ces conditions si particulières afin que les inégalités qui grandissent du fait de ce confinement, parce que vous le disiez tout à l'heure, tous les étudiants n'ont pas les mêmes moyens matériels, même s'il y a des bibliothèques qui sont restées ouvertes, mais pour travailler et pour travailler en plus sereinement chez eux, il faut aussi avoir une pièce où on peut vivre, où on peut travailler tranquillement.

Et puis donc du fait de ces ressources financières, est-ce qu'il y aura des dispositifs pour essayer de récupérer ceux qui seront peut-être en rupture avec le système et puis aussi peut-être d'égaliser un petit peu les inégalités qui vont s'accentuer à la faveur de cette crise sanitaire ?

13:18
Invité politique

Alors ce qui est très important, c'est de garantir la qualité des diplômes et ça évidemment les établissements s'y emploient. Il ne faut pas qu'il y ait le moindre doute qui s'installe sur la qualité des diplômés de 2020 après le premier confinement ou de 2021 après cette année compliquée que nous sommes en train de vivre.

13:37
Présentateur

Et en même temps, tout le monde ne va pas être égal face à l'obstention de ces diplômes du fait des difficultés rencontrées aujourd'hui.

13:45
Invité politique

Mais ça a été aussi mentionné dans votre reportage, c'est ce que disait cette jeune étudiante. Les établissements en général, pour pallier à ça, favorisent le contrôle continu. Parce que sur le contrôle continu, c'est plus facile de rendre, j'allais dire, des petits devoirs et d'avoir du suivi semaine après semaine par les enseignants qui du coup peuvent repérer plus facilement les étudiants en difficulté, les adresser à des tuteurs, les aider à travailler, leur demander de venir dans les salles de ressources où il y a des enseignants qui sont présents aussi. Et donc c'est comme ça que les choses sont mises en place dans les établissements.

Donc c'est contrôle continu qui évidemment donne beaucoup de travail aux étudiants et les forces à rester concentrées, si je puis dire. L'objectif est là aussi, c'est pour éviter le décrochage, le repérer le plus vite possible, agir le plus vite possible, voir quels sont les problèmes, donner des ordinateurs, donner de la capacité à télécharger des datas pour ceux qui ont le plus de difficultés, leur dire et leur rappeler qu'ils peuvent venir dans les salles de ressources qui restent ouvertes, et donc essayer d'avoir un accompagnement le plus personnalisé possible de ces étudiants.

Maintenant évidemment ça n'a rien à voir d'avoir une chambre dans laquelle on peut travailler avec une très bonne connexion internet et d'être seul dans le calme et le silence pour travailler. Et puis on le sait, des étudiants qui sont dans les conditions beaucoup moins favorables pour étudier. Mais c'est pour ça qu'on a laissé réouvertes par exemple les salles de ressources.

15:20
Présentateur

Frédéric Vidal, je rappelle que vous êtes ministre de l'enseignement supérieur de la recherche et de l'innovation. La loi sur la programmation de la recherche qui a été votée l'automne dernier et promulguée le 24 décembre dernier a été validée par le Conseil constitutionnel sauf deux de ses dispositions dont une concernant le délit d'intrusion dans les universités. Est-ce que, avec le recul, vous reconnaissez que ce délit d'intrusion n'avait rien à faire dans une loi de programmation pour la recherche ?

15:55
Invité politique

Ça, évidemment, je ne conteste pas la décision du Conseil constitutionnel. Donc vous êtes d'accord avec ? C'est certainement pas une décision du Conseil constitutionnel. Par définition, indique les difficultés. C'est un amendement qui avait été introduit au Sénat et qui en fait était dicté, si je puis dire, par ce qui existait déjà dans le Code pénal. Il est interdit de rentrer dans un établissement public et de le dégrader.

16:26
Présentateur

Du coup, ce n'était pas la peine de rajouter ça dans une loi de programmation si c'était déjà dans le Code pénal ?

16:30
Invité politique

Oui, mais ce sont des choses qui arrivent. On peut retrouver les mêmes dispositions dans des lois différentes. Ce qui n'était peut-être pas suffisamment clair, et ce qu'a relevé le Conseil constitutionnel, c'est que moi j'avais évidemment immédiatement indiqué aux établissements que ça ne concernait pas les usagers des établissements, donc ni les étudiants ni les personnels, et qu'en aucun cas ça n'entravait un droit de grève quelconque ou un droit d'occupation quelconque.

Mais vous savez, le Sénat se rappelle de l'année 2018 durant laquelle il y a eu plusieurs millions d'euros de dégradation dans les établissements et les sénateurs souhaitaient rappeler qu'on a le droit de faire la grève, on a le droit de manifester, on a le droit de ne pas être d'accord. Ça ne donne pas le droit de casser des salles de serveurs informatiques, de dégrader des équipements, de dégrader des amphithéâtres, et c'était ce que le Sénat souhaitait rappeler. Mais j'allais dire que les choses existent déjà dans le code pénal et voilà, le Conseil constitutionnel n'était pas la peine de le rappeler.

17:37
Présentateur

En général, je ne vais rien vous apprendre en vous disant que cette loi de programmation pour la recherche a été et est toujours contestée par une partie du milieu universitaire et du milieu de la recherche. Alors, il faut dire que c'est une loi qui prévoit davantage de fonds, une dotation budgétaire en hausse, en hausse assez conséquente. Je crois que c'est plus de 5 milliards d'euros sur 10 ans. Mais ce qui pose problème, un certain nombre en tout cas, ce sont les conditions d'attribution de ces fonds qui vont rester très liées au dispositif d'appel à projet.

Il y a par exemple, alors je vous le cite, mais il y en a d'autres, le président de l'université Clermont-Auvergne, Mathias Bernard, qui dans une interview à Libération, déplorait qu'il y ait une multiplication des guichets pour obtenir des fonds et une stagnation de la dotation de base, c'est-à-dire une dotation à laquelle on pourrait avoir accès sans avoir besoin de remplir un dossier. Et pourquoi ne pas avoir profité de cette augmentation budgétaire, Frédéric Vidal, en augmentant cette dotation de base ?

Est-ce que ça veut dire que le gouvernement ne fait pas suffisamment confiance aux chercheurs en estimant qu'ils vont mener des recherches qui ne correspondent pas aux besoins qui sont celles du gouvernement et du ministère ?

18:56
Invité politique

En réalité, ça veut dire que cette lecture qui est faite par un certain nombre de personnes est une lecture erronée. Vous l'avez dit, c'est un investissement de 25 milliards d'euros sur les 10 prochaines années qui permettra globalement de passer le budget de la recherche de 15 à 20 milliards d'euros. Sur ces 5 milliards d'euros supplémentaires par an, qui seront donc budgétaires, 1 milliard sont consacrés à l'ANR et le reste concerne à la fois les salaires et les budgets de base des laboratoires. Donc on voit bien que c'est une augmentation qui ne touche pas que l'ANR. Maintenant, pourquoi c'est important néanmoins d'avoir plus de financement au travers de l'ANR ? C'est pour deux raisons.

D'abord parce qu'on le voit dans cette période de crise, on a besoin d'avoir des budgets et des outils pour fédérer toute la recherche qui se fait sur un sujet particulier, en l'occurrence actuellement les maladies émergentes, de manière à pouvoir financer très rapidement des recherches dont on a, entre guillemets, besoin à un moment donné. Et ça a été le cas pour la Covid. Les laboratoires se sont mobilisés et c'est parce qu'on a pu débloquer plusieurs dizaines de millions d'euros directement depuis l'ANR.

20:14
Présentateur

Vous avez remarqué, Frédéric Vidal, qu'il n'y a pas de vaccin français contre la Covid pour l'instant.

20:20
Invité politique

Alors ça, c'est aussi une façon de voir les choses. On a plusieurs laboratoires français.

20:26
Présentateur

La réalité pour l'instant, il va peut-être arriver, mais pour l'instant, la vaccination, elle se fait avec des vaccins étrangers.

20:33
Invité politique

Oui, mais nous avons plusieurs vaccins issus de nos laboratoires qui sont vraiment dans le peloton, qui vont arriver dans les six prochains mois. Il faut quand même se rendre compte que normalement, un vaccin, c'est 6 à 10 ans. Et c'est une véritable prouesse de sortir un vaccin en 1 à 2 ans. Donc, il y aura de la place pour plusieurs vaccins, des vaccins différents. Et puis, la France a fait le choix, les laboratoires français ont fait le choix d'utiliser et de préparer des vaccins dont la diffusion et dont le partage pourra être beaucoup plus large que les vaccins qui sont sortis actuellement.

Vous imaginez bien que pour vacciner la population mondiale, pour faire du vaccin bien mondial, et c'est l'objectif de la France et des laboratoires français, et j'en suis très fière, c'est un petit peu compliqué de proposer des vaccins qui nécessitent d'être acheminés à moins 80 degrés. Donc, le choix des laboratoires français, ça a été d'utiliser des stratégies vaccinales pour lesquelles on a déjà des plateformes de distribution dans tous les pays du monde. et c'est, je crois aussi, tout l'honneur de notre pays que de travailler sur du plus long terme et de penser à des innovations qui vont arriver dans les mois qui viennent.

21:50
Présentateur

Évidemment, c'est important, évidemment, Frédéric Vidal, toute cette recherche liée aux questions médicales, mais la recherche française ne se limite pas, disons, à la médecine, aux sciences dures, il y a aussi les sciences humaines. Et je reviens donc à cet argument qui est évoqué quand même par un nombre conséquent de membres du milieu universitaire, de chercheurs qui disent « Nous, on passe énormément de temps à remplir des dossiers et ces budgets supplémentaires ne vont pas arranger les choses puisqu'il va toujours falloir rentrer dans ces dispositifs d'appel à projets.

» Vous avez dit tout à l'heure que c'est une lecture erronée, mais quand il y a autant de gens qui ont une lecture erronée, on peut se dire que soit c'est parce que la rédaction n'est pas si claire que ça, soit parce que véritablement, cette critique-là, mais pourquoi pas finalement défendre aussi ce principe des appels à projets, mais que c'est ça qui finalement fonde aujourd'hui le fonctionnement de la recherche française.

22:49
Invité politique

Eh bien parce que dès 2021, ce sera plus 10% d'augmentation de l'ensemble des budgets, de l'ensemble des laboratoires, pas du tout par appel à projets, mais sur les dotations de base, et que ce sera plus 25% d'ici 2023. Donc c'est ça la réalité de cette loi. C'est quelque chose qui initialement n'était pas précisé dans le texte, parce que l'augmentation des budgets, j'allais dire, qui ne passe pas par des agences n'ont pas à être précisé. Et ça a été rajouté, justement, cette précision a été rajoutée dans le texte de loi, de manière à rassurer sur ce sujet-là.

quand je vous dis qu'il y a plus 5 millions dont plus 1 million pour la NR, on comprend bien qu'il y a plus 4 millions pour tout ce qui n'est pas NR. C'est milliards, milliards ou millions ? Pardon ? Milliards, milliards.

23:39
Présentateur

Milliards, vous avez le deuxième million.

23:41
Invité politique

Plus 5 milliards en tout, dont 1 milliard pour la NR, ça veut dire plus 4 milliards pour le reste. Et donc comme ça n'était pas précisé et que je m'y étais engagée, nous l'avons rajouté dans le texte. Et donc c'est indiqué explicitement que ce sera plus 10% de budget dès l'année prochaine. Je prends un simple exemple, c'est plus 18 millions d'euros sur le budget de l'Inserm dès le budget 2021. C'est plusieurs dizaines de millions d'euros supplémentaires sur le budget du CNRS dès 2021. Et c'est une augmentation qui correspond à 10% d'augmentation de base pour tous les laboratoires en 2021 et 25% à l'horizon de 2023. Et ça, c'est inédit. Ça ne s'est jamais fait.

Et voilà, je ne doute pas que les gens verront cela dès le vote des budgets dans les établissements. Et ça a déjà été le cas d'ailleurs dans les organismes nationaux de recherche.

24:39
Présentateur

On verra les réactions. Alors, sautons bien que vous évoquiez, Frédéric Vidal, le cas du CNRS qui est au cœur du système de la recherche française. Et dans votre chronique cette semaine, Antoine Dulster, vous revenez justement sur cette vénérable institution tiraillée entre défense d'un idéal pour la recherche et polémique récurrente sur son fonctionnement.

25:00
Invité

Oui, Hervé, l'institution qu'on appelle souvent le navire amiral de la recherche française est devenue une habituée à un de ces controverses ces dernières années. Son fonctionnement, sa gouvernance ont été sérieusement mises en cause. La Cour des comptes a déjà en 2001 pointé une absence de stratégie dans le pilotage du CNRS. Plus récemment, c'est l'opacité de son fonctionnement qui est pointé du doigt. Alors, pour prendre un peu de hauteur sur ces enjeux, il faut peut-être se remettre dans l'oreille la voix d'un homme qui a beaucoup compté dans l'histoire de cette institution créée en 1939. Cet homme, c'est le prix Nobel de physique Jean Perrin.

Pendant les années 30, il a fait partie des grands noms de la recherche française qui bataillent pour donner aux chercheurs leur indépendance, y compris financière, le nerf de la guerre. On l'écoute, en 1938, évoquer l'un des ancêtres du CNRS. C'est la CNRS, la Caisse Nationale de la Recherche Scientifique. Grâce à la caisse et au crédit dont elle est dotée, les savants peuvent se consacrer essentiellement à la recherche. Jadis, ils étaient obligés souvent pour vivre de se livrer à d'autres travaux qui leur prenaient un temps précieux. Ils ne pouvaient pas se consacrer complètement à leur laboratoire et il en résultait un préjudice évident pour les progrès de la science.

Certains chercheurs en particulier étaient obligés de faire des cours dans diverses institutions publiques ou privées. Or, il est évident qu'un savant peut être doué pour la recherche sans être capable d'enseigner. Et cet idéal d'une recherche qui protège ces chercheurs va marquer l'identité du CNRS dès ses débuts pendant la Seconde Guerre mondiale avec quelques moments marquants. Au début des années de De Gaulle, le budget du CNRS augmente en flèche. La question du statut des chercheurs fait bientôt l'objet d'une loi en 1982, une loi en vertu de laquelle il passe sous le régime de la fonction publique. Mais ces dernières années, l'institution vénérable subit crise sur crise.

En 2018, sa directrice par intérim de la biologiste Anne Perroche est accusée de fraude scientifique, pas moins. Et plus récemment, c'est une certaine opacité dans le recrutement des chercheurs qui est dénoncé. Le cas du sociologue Hakim Wallacy, spécialiste des discriminations, émeut de nombreux scientifiques. Le sociologue est recalé trois fois de suite par le jury d'admission après avoir passé avec succès un premier examen d'admissibilité. Il aurait été discriminé en raison de ses origines et de son objet d'étude. 200 scientifiques prennent la plume dans le journal Le Monde pour dénoncer, je cite, une institution qui aurait enterré pour longtemps sa réputation d'ouverture.

La charge est très lourde mais la direction du CNRS assume sa politique de recrutement et explique fonder ses choix sur des critères uniquement scientifiques. Il n'empêche que l'image de l'institution vénérable qui était très liée à l'idéal d'une recherche pure défendue par Jean Perrin, Joliot-Curie et tant d'autres est bel et bien écornée et dans un contexte toujours plus difficile pour les scientifiques.

27:43
Présentateur

Frédéric Vidal en est quasiment au terme de cette émission. À propos du CNRS depuis une dizaine d'années, le nombre de recrutements de chargés de recherche est en baisse quasi constante. Pour quelles raisons ?

27:57
Invité politique

Quasi exclusivement liées à des problèmes de budget et donc c'est ce que cette loi permet de réparer. Dès cette année, nous reprenons une augmentation du nombre de recrutements des chercheurs.

28:11
Présentateur

De combien ?

28:11
Invité politique

Évidemment. Trois postes en plus, je crois, c'est ça ? On a ouvert 600 emplois supplémentaires sous plafond pour l'ensemble de la recherche qui se répartissent entre les universités et les organismes de recherche. Et donc voilà, maintenant nous allons voir les campagnes 2021 qui vont s'ouvrir et qui vont être annoncées. Je crois que ce qui est important c'est de comprendre que si je prends ce qui s'est passé sur les dix dernières années, on réinjecte l'année prochaine dans le budget de la recherche l'équivalent de ce qui avait été injecté dans les dix dernières années. Et bien merci. Ce sera comme ça pendant dix ans et c'est bien.

28:54
Présentateur

Merci Frédéric Vidal d'avoir été notre invité aujourd'hui. Politique, c'est une émission préparée par Antoine Dulster, réalisée par Hélène Trigueros à la prise de son. Jacques Hézibert, émission que vous pouvez écouter, télécharger sur franceculture.fr. Là, je vous donne rendez-vous lundi à 8h45 pour la transition dans les matins de France Culture.