Bernard Cazeneuve : "La nouvelle majorité mène une politique avec le sentiment que tout a commencé avec elle"
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« Je pense qu'il y a des constances dans la vie politique. »
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« Mais parfois avec le sentiment que tout a commencé avec elle, y compris la politique. »
- 1:30Invité politiquePromesse
« Je crois que la véritable modernité, c'est d'abord de dire toujours la vérité aux Français sur les enjeux auxquels ils sont confrontés. »
- 4:09Invité politiqueFait
« Je ne suis pas dans l'hostilité au président de la République ni à son gouvernement. »
- 4:16Invité politiquePromesse
« Alors il faut pouvoir dire ce que l'on croit juste. »
Temps de parole
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Jusqu'à 9h, l'invité de France Inter est ancien Premier Ministre. Il publie « Chaque jour compte » sous titre « 150 jours de tension à Matignon ». C'est aux éditions Stock. Bernard Cazeneuve, bonjour. Bonjour. C'est le journal de l'ancien monde, on peut le dire comme ça. Ce monde qui a été définitivement renvoyé au néant par la présidentielle. Comme vous y allez. Ben justement, vous n'avez pas l'air... Vous avez l'esprit de nuance. Vous n'avez pas l'air, Bernard Cazeneuve, de vous y sentir mal dans cet ancien monde ? Surtout, je ne crois pas à l'ancien et au nouveau.
Je pense qu'il y a des constances dans la vie politique. Ce qui se passe aujourd'hui, c'est une nouvelle majorité qui mène une politique avec la volonté de la voir réussir, ce qui est bien légitime. Mais parfois avec le sentiment que tout a commencé avec elle, y compris la politique. C'est un peu plus compliqué que cela.
Vous n'êtes pas client de cette nouvelle histoire.
Il m'arrive parfois de constater chez ceux qui incarnent le nouveau monde qu'ils ont quelques habitudes et parfois parmi les plus mauvaises de l'ancien. Lesquelles, par exemple ? Par exemple, je vois des manifestations de satisfaction, parfois même d'autosatisfaction, qu'il m'est arrivé de voir s'exprimer de façon paroxysmique dans l'ancien monde. Donc les choses sont plus compliquées que cela.
Vous parlez de l'intervention du président hier soir, là ?
Il n'est pas le seul à témoigner de ce type de qualité ou de penchant. Et donc je crois qu'il faut être beaucoup plus modeste que cela. Je crois que la véritable modernité, c'est d'abord de dire toujours la vérité aux Français sur les enjeux auxquels ils sont confrontés. Deux, d'exercer la responsabilité du pouvoir en ayant conscience que l'État est plus important que le modeste personne dépositaire d'une légitimité éphémère. Et qu'un peu de sobriété, de modestie dans l'exercice du pouvoir peut être une véritable porte ouverte vers la modernisation de nos institutions.
L'absence de sobriété et de modestie, vous la voyez où ? Je ne veux pas vous faire polémiquer, Bernard Cazin. C'est mal parti. Non mais c'est intéressant.
Je sens quand même une volonté de m'emmener sur un terrain sur lequel je n'ai pas l'intention d'aller par tempérament et spontanément.
Les propos sont tellement généraux qu'ils ne vexeront personne.
Mais je n'ai pas envie de tenir des propos qui vexent. Là aussi, l'idée que pour être entendu en politique, il faille tous les jours par la transgression tenir des propos que l'on entend parce qu'ils blessent ceux auxquels ils s'adressent n'est pas non plus dans mon tempérament. Je pense que la politique, c'est une certaine retenue.
Maintenant, vous êtes loin, votre regard est débarrassé des contingences dont vous pouvez formuler un certain nombre de maximes de gouvernement.
Mais le fait d'être loin n'interdit pas d'être respectueux. Et donc moi, par exemple, je ne considère pas que la transgression soit une modalité de la politique absolument si l'on veut être entendu. Je pense que le rôle de ceux qui sont en responsabilité, ça doit être d'avoir une parole mesurée. Et à chaque fois qu'un mot est prononcé qui peut blesser ceux auxquels il s'adresse, en créant des tensions ou des antagonismes, j'ai tendance à considérer que ce n'est pas un mot utile. Et par conséquent, que la politique, c'est une certaine retenue et une certaine sobriété.
Mais en même temps, la transgression, ça réveille. Ça secoue.
Ce qui réveille, c'est l'efficacité et le résultat en politique. Ce qui compte, et c'est en cela que je me sens beaucoup plus proche de l'esprit de Pierre Mendès-France que de certains de nos leaders modernes, ce qui compte pour moi, c'est le résultat. Et beaucoup de sobriété pour beaucoup de résultats vaut mieux que beaucoup de transgressions pour peu de résultats. Comment avez-vous trouvé le président de la République à la télévision hier ? Prévisible. C'est-à-dire ? C'est-à-dire tel qu'en lui-même. Vous savez, parfois, quand vous connaissez bien les acteurs, vous savez ce qu'ils vont dire avant qu'ils ne s'expriment. Et vous n'êtes pas étonné. Donc je l'ai trouvé tel qu'en lui-même.
Je sais quelle est sa politique. On sait ce qu'il veut faire. Il l'a parfaitement assumé hier. Il y avait dans la manière dont il a exprimé les choses de la conviction, souvent du talent. Mais moi, j'ai avec ce qu'il veut faire un certain nombre de désaccords. Et je les exprime parce que je pense que si l'on veut que le pays réussisse, c'est que la politique du président de la République réussisse. Et moi, je le souhaite. Je ne suis pas dans l'hostilité au président de la République ni à son gouvernement. Je suis dans la volonté que le pays réussisse. Alors il faut pouvoir dire ce que l'on croit juste.
Et ce qui me préoccupe, je vais vous le dire, c'est qu'il y a dans la politique mise en œuvre une préoccupation de la justice que je ne vois pas affirmer suffisamment. Dans le budget notamment. Et je vais prendre des exemples très concrets dont il n'a pas été question une minute, en tous les cas de façon précise, hier. Lorsque l'on décide, alors que l'on a expliqué il y a trois mois de cela, à peine, que la situation des finances publiques était épouvantable, de mettre en place 4,5 milliards d'allègements d'impôts sur les plus riches des contribuables français. 3,5 milliards au titre de l'impôt sur la fortune et 1,5 milliard au titre de ce qu'on appelle la flat tax.
Et que dans le même temps, on fait plus de 3 milliards, 3,5 milliards d'augmentation de la CSG sur les retraités les plus modestes des français. Est-ce juste, lorsque l'on crée les conditions par ces mesures fiscales, qu'une personne qui a un patrimoine de 400 millions d'euros voit son impôt réduit de 6 millions d'euros par an, alors que dans le même temps un couple de retraités qui est à un peu plus de 2 000 euros verra sa CSG augmenter de 600 euros.
Est-ce juste, lorsque l'on voit par exemple que par la mesure de modification de la fiscalité applicable au capital, cette flat tax justement dont je parlais à l'instant, ceux qui tirent leur revenu du capital, de la rente, seront imposés à 12,8% alors que les plus modestes des français, dont le revenu est de 9 700 euros, seront eux imposés à 14%, est-ce juste ?
Est-ce que Bernard Cazeneuve c'est une erreur fondatrice ou la suppression de l'ISF au fond, la traduction d'une conviction politique qui peut ne pas être la vôtre ?
Ça peut tout à fait être le résultat d'une conviction politique, je pense d'ailleurs que ça l'est, mais cette conviction politique je ne la partage pas. Je partage un point avec l'intervention du président de la République hier, c'est qu'on ne peut pas être dans une société où l'envie, la jalousie, le refus de la réussite rongent la société de l'intérieur. C'est précisément parce que j'ai cette préoccupation et parce que je souhaite aussi que l'on fasse des réformes pour renforcer l'attractivité économique de notre pays, que je ne souhaite pas qu'on ait le sentiment que dans ce pays l'injustice gagne.
Parce que si on a le sentiment que l'injustice gagne et que l'on n'est pas capable de renforcer l'attractivité, de reconnaître les talents en même temps que l'on fait les efforts nécessaires pour la solidarité que l'on doit à ceux qui sont en situation de vulnérabilité, alors dans l'esprit des français, réforme voudra dire recul. Et si réforme veut dire recul, alors à ce moment-là les réformes seront plus difficiles. Et parce que je les souhaite ces réformes et que je crois qu'elles sont utiles au pays, je ne veux pas qu'on les grippe par des mesures injustes, et je considère qu'un certain nombre le sont, ni par des propos qui antagonisent.
En tout cas, vous êtes combatif, Bernard Cazeneuve, au micro de France Inter ce matin, parce qu'à lire votre livre, j'avais l'impression qu'on allait rencontrer un mélancolique sévère aujourd'hui.
Non, je ne suis ni mélancolique ni sévère. Il m'arrive d'éprouver des sentiments de nostalgie, mais comme on peut approuver des sentiments de nostalgie quand on est sensible à des moments du passé qui ont été particulièrement forts, mais je ne suis pas tourné vers le passé, je suis tourné vers l'avenir. Encore une fois, moi je ne suis pas dans une conception de la politique où on doit, par la convocation de toutes les outrances, de tous les excès, à peine une élection s'est produite, créer des conditions pour l'échec de ceux qui gouvernent.
Donc moi, je n'ai pas d'animosité personnelle à l'égard de tel ou tel responsable de l'actuelle majorité, en tous les cas pas à l'égard du président de la République et du Premier ministre. Je souhaite qu'ils réussissent, et comme je souhaite qu'ils réussissent, et que je ne suis pas dans une quête de pouvoir pour moi-même, j'ai la liberté de dire ce que je crois juste et bien, et je le fais.
Merci d'écouter France Inter, il est 8h31, Bernard Cazeneuve, on vous retrouve après la revue de Tresse. Merci d'avoir regardé cette vidéo !
Bernard Cazeneuve