Le discours de politique générale de Sébastien Lecornu - reportage #cdanslair 14.10.2025
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Ceux qui ne changent pas, ceux qui s'agrippent aux vieux réflexes, aux postures, disparaîtront. En politique comme en tout, en France comme ailleurs, le basculement du monde ne s'arrêtera pas. Le gouvernement proposera, nous débattrons, vous voterez. Sans utilisation du 49-3, le gouvernement devra changer de méthode. Il faudra des discussions préalables, des compromis, le souci du détail et ne jamais refuser la technicité et l'âprouté du débat. La loi se fera ici, pas à Bercy. Le gouvernement présente le budget qu'il estime souhaitable. Le Parlement l'examine, le discute, le modifie. C'est sa liberté. Et 149-3, sans majorité absolue, le Parlement aura le dernier mot.
C'est sa responsabilité et nous devons lui faire confiance. Nous ne devons pas en avoir peur. Cela paraît de bon sens. C'est pourtant presque une révolution. Je proposerai au Parlement, dès cet automne, que nous suspendions la réforme de 2023 sur les retraites jusqu'à l'élection présidentielle. Aucun relèvement de l'âge n'interviendra à partir de maintenant jusqu'à janvier 2028. En complément, la durée d'assurance sera elle aussi suspendue et restera à 170 trimestres jusqu'à janvier 2028. Mais je le dis ici très directement. Suspendre pour suspendre n'a aucun sens. La suspension en préalable de rien serait irresponsable.
Cette suspension doit installer la confiance nécessaire pour bâtir de nouvelles solutions. La suspension pour faire mieux est la solution si chaque acteur s'étend tirer quelque chose. Il y aura des hausses d'impôts ciblées et exceptionnelles pour certaines très grandes entreprises. Baisse d'impôts d'un côté, hausse de l'autre pour mieux répartir les efforts au sein des contribuables et garder une maîtrise de nos prélèvements obligatoires qui sont déjà très élevés pour financer notre modèle de redistribution au profit des plus modestes. Mesdames et Messieurs les députés, encadrer l'optimisation fiscale, en particulier celle qui passe par les holdings, est une première réponse.
Nous demanderons à créer une contribution exceptionnelle des grandes fortunes. Le débat fiscal doit être aussi un débat sur l'emploi et la croissance, raison pour laquelle je ne suis pas favorable à ce que le patrimoine professionnel soit touché. Je vous le dis avec toute ma conviction, avec aussi tout ce que j'ai appris au ministère des Armées, les seuls qui se réjouiraient d'une crise, d'une panne budgétaire en France, ce ne sont pas les amis de la France. Qui, parmi les Français, se sentira mieux si la France se divise plus encore, si elle est plus faible, si elle repousse les questions de fonds et les questions d'urgence à plus tard ? Je ne vous ai pas présenté un programme à long terme.
C'est un gouvernement de mission. L'urgence est de redonner son sens à la politique. Osons, il suffit de faire un pas. C'est comme cela que l'on avance pour la France et pour les Français. Je vous remercie.
Merci beaucoup, Monsieur le Premier ministre. Et voici pour les morceaux choisis de ce discours de politique générale. Dans un instant, nous entendrons les principales réactions à la tribune cet après-midi. Et à cette question, d'Yves, est-ce Emmanuel Macron qui a demandé à Sébastien Lecornu d'accepter la suspension de la réforme des retraites afin d'éviter la censure et la dissolution ?
C'était plutôt la ligne rouge d'Emmanuel Macron, la réforme des retraites. C'était le totem intangible du macronisme. Et c'est simplement après la mésaventure de Lecornu 1, le risque de censure rapide s'il y avait un autre gouvernement formé, l'instabilité chronique, que le président de la République a plutôt dû se résoudre, se résigner à cela. D'ailleurs, vendredi, quand il a reçu toutes les formations politiques, il a tenté une ruse. Puisqu'il a tenté de négocier sur les trimestres, c'est-à-dire la mesure d'âge, on arrête, mais les trimestres, la réforme touraine, on continue à cumuler. Et ça n'est pas passé. Ça n'est pas passé, il a tenté cela.
Quand il a parlé hier à Charmelle Cheikh, ce qui était déjà exceptionnel, à faire une leçon de politique nationale depuis l'étranger, c'était assez particulier. En disant qu'il faut que les partis se ressaisissent, les responsables de tout cela, c'est ceux qui ont joué l'instabilité depuis début septembre, sous-entendu les Républicains et le Parti Socialiste. Il a bien montré son courroux. Donc c'est à son corps défendant qu'il laisse Sébastien Lecornu sacrifier sur l'autel de la durée l'agneau sacré du macronisme qui était la réforme des retraites. Le chapeau est de taille considérable. C'est-à-dire ? Le chapeau avalé par le président de la République.
C'est la réforme des retraites au total. C'est à peu près la seule réforme très importante du second quinquennat.
La réforme de l'assurance chômage quand même ?
Du second quinquennat. Sur le second quinquennat, il y a la réforme des retraites. Et donc, elle est à moitié avalée. Et donc, je pense que pour le président de la République, c'est difficile. Mais Christophe a utilisé la formule tout à l'heure. Abjurer le macronisme pour sauver Emmanuel Macron. Je pense que c'est tout à fait ça.
C'est plus lourd à porter, la suspension de la réforme des retraites, que la taxation. On ne sait pas encore à quoi ça va trop ressembler, la taxation sur les grandes fortunes, avec un président et pareil, une macronique qui a toujours dit « C'est une ligne rouge, pas d'augmentation d'impôts ».
3,5 millions de personnes d'un côté, 1,8 millions de l'autre, ça parle plus aux 3,5 millions qu'aux 1,8 millions qui étaient visés par la taxe Zuckman. La taxe Zuckman, je pense qu'à la fin, il n'y aura pas la taxe Zuckman telle qu'elle. Mais il y aura un certain nombre de mesures qui rapporteront moins, mais qui rapporteront, je ne sais pas, 4, 5 milliards d'euros, quelque chose comme ça.
– Caroline Michel-Aguerre ? – Oui, sur… – Sur les concessions et les totems du macronisme qui cet après-midi à l'Assemblée nationale sont tombés un an.
– Alors, on sait, la psychologie d'Emmanuel Macron, c'est d'être un joueur qui croit en sa bonne étoile et qui a pour stratégie, en particulier depuis 2022, de gagner du temps. Donc je suis assez d'accord avec ce que vous avez dit. On ne peut pas exclure qu'il est de nouveau gagné du temps et que comme la condition, il ne faut pas l'oublier, la condition qu'a posée Sébastien Lecornu pour la suspension immédiate et complète de la réforme des retraites et qu'elle se soit financée, c'est-à-dire que l'Assemblée vote en face des mesures d'économie qui permettent de financer l'alourdissement chiffré à 400 millions pour l'an prochain et à plus d'un milliard pour l'année suivante.
On ne peut pas exclure le fait qu'il ait gagné du temps, renvoyer de nouveau la balle au Parlement, mais que d'une manière ou d'une autre, il y ait la possibilité de tirer le tapis. Et sur ce qui est de la question de la taxation des grandes fortunes, pour l'instant, le dispositif, mais on pourra y revenir si vous voulez dans le détail, est très très symbolique. Le dispositif sur les holdings, c'est vraiment l'épaisseur du trait, c'est-à-dire qu'on va taxer à 2% un patrimoine qui ne serait pas professionnel. Donc ça veut dire quoi ? Les jets, les villas, les actions héritées qu'on aurait là-dedans.
Ça doit au mieux rapporter 1 ou 2 milliards, je ne parle que pour ça et pas pour l'ensemble, par rapport aux 29 milliards que coûte cette niche. Donc c'est vraiment très très symbolique, cette concession-là, la vraie concession, elle est sur les retraites. Anne-Charlène Bézina.
Trois remarques. La première, que de temps perdu. Si c'était pour en arriver là, on avait un message politique assez grand qui aurait consisté le 8 juillet à accepter la nomination de Bernard Cazeneuve qui, lorsqu'il est reçu dans le bureau du président de la République, évoque tout simplement le mot réforme des retraites et est de ce fait-là sorti des petits papiers. On avance avec François Bayrou qui accepte de remettre sur le métier avec le conclave pour en arriver aujourd'hui à la suspension. Donc on voit bien finalement qu'un processus de lente désagrégation du macronisme a dû être accepté par Emmanuel Macron lui-même dans finalement une donne parlementaire très inversée.
En revanche, je ne suis pas sûre qu'on ait beaucoup acquis. Je vous rejoins largement parce que si on regarde le discours de politique générale de François Bayrou, on avait le sentiment d'ailleurs à l'époque, on l'avait commenté comme étant une forme d'avancée sur la réforme des retraites puisqu'il avait dit « J'ai deux conditions, je ne veux pas déstabiliser l'équilibre global. » Ça ressemble quand même un peu à ce qu'a dit Sébastien Lecornu ce soir. Et je lance un grand conclave, excusez-moi, mais la grande conférence sociale. Ça ressemble à ça quand même. Donc c'est un Bayrou radicalisé, mais au fond, c'est un peu la même chose que ce qu'on a déjà entendu.
Donc faisons attention aux résultats. Et enfin, troisième point, c'est qu'on est ici dans une donne sur la contribution sur les hauts revenus qui, n'en doutons pas, va arriver. Et c'est pour ça que le coup près me semble ne pas être tombé aujourd'hui. Mais reprenant bien le communiqué de presse du PS, il l'a bien dit, si chaque mesure est décricotée ou n'a pas l'intégrité que nous souhaitons, la censure tombera dans les mois à venir. Un mot.
Sébastien Lecornu