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interviewRadio J — L'interview politique· 9 juin 2026 13 min

Karl Olive - L'interview politique du 09/06/26

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:07
Karl Olive

Bonjour Karl-Olive. Bonjour David Ravaud-Dallon, merci pour l'invitation.

0:10
Présentateur

Vous êtes député Renaissance des Yvelines, ancien maire de Poissy, mais vous avez eu aussi une première vie, homme de télé, journaliste sportif. Vous êtes fan de foot et vous venez de publier « Sous le soleil de Guadalajara ». Alors, ça parlera aux aficionados et aux amateurs historiques de football, c'est aux éditions Hugo et c'est consacré à l'un des moments les plus forts, les plus marquants de l'histoire du foot français, c'est le quart de finale de la Coupe du Monde 98 entre la France et le Brésil. C'était donc à Guadalajara au Mexique le 21 juin 1986. C'était le match du siècle ?

0:45
Karl Olive

C'était le match du siècle, comme l'a dit Pelé par la suite. C'est le dernier but de Michel Platini en équipe de France, son 41e. C'est le jour anniversaire de Michel Platini. Michel Platini qui intervient d'ailleurs dans le livre. Oui, on a fait cet ouvrage avec Michel Platini, mais avec Maxime Bossis, Alain Giresse, Bruno Bellone, Louis Fernandez. Le carré magique et les autres. Exactement, le carré magique. On est sur un match où on va avoir 12 minutes de temps de jeu supplémentaire, par exemple par rapport à la finale de la Coupe du Monde 2022. C'est-à-dire que le ballon restait dans l'entre du jeu, il n'y avait pas de faute.

C'était un football d'artisan avec des Socrates, avec des Michel Platini. Voire d'artiste, un football d'artiste. C'était un football d'artiste, exactement. Et ce jour-là, on a vu ce qu'était vraiment, je dirais, la substance moelle de ce que peut être un football d'humaniste. Et c'est juste exceptionnel. Et je reviens avec des anecdotes depuis l'arrivée au stade, depuis l'arrivée au camp d'entraînement. Ce qui s'est passé avant, pendant et après. Par exemple, en arrivant au stade, il y avait une chapelle entre les deux vestiaires. Les joueurs pouvaient aller les prier. C'est à l'époque où on vient regarder si la pelouse est plus ou moins bonne. En quel crampon on va pouvoir intervenir.

Et puis, il y a tout ce qui se passe également pendant cette partie. On va s'apercevoir que c'est Emmanuel Amoros qui va faire quasiment la majorité des coups francs. Pourquoi ? Parce que Michel Platini, pendant toute cette Coupe du Monde 1986, va jouer sur une jambe. Il était très blessé sur un sujet de tendon d'Achille.

2:12
Présentateur

Il a pourtant produit un football absolument magnifique. Alors, autre temps, autre mœur, autre football. Hier, la France gagne. 3-0 contre l'Irlande du Nord. 3-1. 3-1, pardon, avec un triplé de Olysée. Très rare à ce niveau international, un triplé. Est-ce que vous estimez que les Bleus ont des chances pour la Coupe du Monde qui démarre dans deux jours ?

2:31
Karl Olive

Écoutez, d'abord, il faut rendre hommage à Didier Deschamps sur la carrière exceptionnelle qu'il a pu faire en tant que joueur champion du monde, en tant qu'entraîneur champion du monde également. Sur le papier, David Robodalone, on a l'une des plus belles équipes de cette compétition. Notamment en attaque ? Je crois pouvoir dire sur l'ensemble de la zone tactique. Maintenant, une Coupe du Monde, et vous le savez aussi bien que moi, ce n'est pas un 100 mètres, c'est un marathon. 1982, l'équipe d'Italie va très mal jouer son premier groupe. Elle va passer à la différence de but. Elle a été championne du monde.

Nous, en 2018, on cartonne Didier Deschamps, le troisième match contre l'équipe du Danemark, parce qu'on a fait 0-0. C'était ce qui nous permettait d'être qualifiés par la suite contre l'équipe d'Argentine. On a été champion du monde. Sur le papier, tout est là. Et derrière, il y a la réalité du terrain, avec trois pays qui vont accueillir cette Coupe du Monde. Le Mexique, le Cadana et les États-Unis. Avec des conditions de jeu qui vont d'ailleurs rappeler celles de 1986. On parle parfois de 30 à 35 degrés. Alors, à l'époque, on jetait des petits sacs andylons avec de l'eau. Maintenant, il y a des pauses fraîcheurs et tant mieux. Mais il peut se passer de belles choses.

Et je crois, voilà, mon petit doigt me dit que l'équipe de France ne sera pas loin d'être sur la plus haute marge du podium.

3:40
Présentateur

Ce qui serait un exploit absolu, puisque ça ferait trois finales au moins en trois Coupes du Monde. Il y a un autre comme le PSG. Absolument. Alors, le PSG, justement, vous êtes un supporter. Et le soir de la victoire, vous avez été filmé en train de grimper sur le capot d'une voiture pour célébrer ce très beau résultat. La vidéo avait créé la polémique. Puis, vous étiez excusé. La passion a pris le pas sur la raison. C'est vrai que pour un député de la République, c'est un peu bizarre, non ?

4:08
Karl Olive

Pour un député, ça ne se fait pas. C'est pour ça que je me suis excusé. Oui, j'ai complètement déconnecté à aucun moment. Et j'aurais dû le faire. Je me suis mis dans la peau d'un élu de la République. Moi, le Paris Saint-Germain, j'y joue depuis l'âge de 7 ans. Mais vous savez, David Vaudalon, quand on est un faiseur, et je crois être un faiseur, on fait des belles choses, dont on est particulièrement fier. Moi, j'ai fait deux heures de sport pour les agents dans le cadre du temps de travail, lorsque j'étais maire de Poissy. On a baissé l'absentine. C'est une première en France. On a mis en place un guichet unique pour les aînés. Ça, ce sont des très belles choses dont je suis très fier.

J'ai chanté pendant le Covid pour les aînés. Un député doit-il chanter ? Je ne me suis pas posé la question. Puis, vous faites des choses dont vous n'êtes pas fier. Je ne suis pas très fier de ce que j'ai fait. C'est la raison pour laquelle je me suis excusé. Même si c'était la voiture d'un ami, même si je suis resté 10 secondes, que ces 10 secondes viennent entacher 30 ans de combat pour le sport et le bien-être des gens.

4:59
Présentateur

C'est vrai que ça a fait de la polémique parce qu'aussi, ce soir-là, il y a eu pas mal de déportements, de violences urbaines, 890 interpellations. Je rappelle, un chiffre en hausse de 45%. Alors, on va passer à la politique et à un sujet plus grave. Les suites de la mort de la collégienne Liana, des marches blanches à Florence, dans le Gers, sa commune de la petite fille, et partout en France, des rassemblements devant les palais de justice. Et le Premier ministre Sébastien Lecornu réunit ce matin une partie de ses ministres pour décider de nouvelles mesures pour la protection de l'enfance et contre les violences sexuelles.

C'est un nouveau MeToo, un MeToo des enfants qui est en train de se déclencher aujourd'hui ?

5:35
Karl Olive

D'abord, c'est catastrophique. Vous êtes parent, je suis parent également. Ça peut tous nous arriver. Et malheureusement, j'ai presque envie de dire que ce n'est pas la première fois. On est sur un dysfonctionnement structurel. On peut augmenter le budget de la justice, comme ça a été fait depuis 10 ans, à 54%. On n'en demande pas moins qu'on ait encore une justice l'une des plus lentes d'Europe. Et ce n'est pas lié, je dirais, au manque de professionnalisme des magistrats. On est sur un dysfonctionnement structurel sur lequel il faut enfin s'y mettre.

6:07
Présentateur

Il a raison le Président quand il dit que ce n'est pas une question de moyens ?

6:11
Karl Olive

Parce que les procureurs, les magistrats ne sont pas du tout d'accord. Ce n'est pas seulement une question de moyens, mais évidemment qu'il nous faudrait beaucoup plus de procureurs, de magistrats. Parce que la clé du sujet, elle est ici, comme elle l'est d'ailleurs au niveau régalien sur le nombre de fonctionnaires de police. Moi, j'aimerais beaucoup plus de fonctionnaires de police dans la rue et moins derrière les bureaux pour cette papasserie, cette paperasserie administrative. Mais c'est vrai que je ne vais pas dire il est temps parce que sinon, ça fait encore une fois quelque chose qu'on entend de la bouche des politiques. Mais je suis contre le populisme judiciaire.

En revanche, oui, le fait de se mettre autour de la table et que ça n'intervienne plus, il est temps d'en prendre en considération. Il y a d'autres sujets. Le harcèlement scolaire, combien de fois on est passé avec des trous dans la raquette ? Il est temps aussi que l'éducation nationale peut-être remette un fonctionnement qui soit beaucoup plus efficace. Les personnes qui sont malheureusement en déficit psychiatrique, j'ai connu ça à Poissy, avec quelqu'un qui a été condamné à 8 mois pour des menaces de mort, avec des écrits 4 mois fermes et qui aujourd'hui est toujours dans la nature. Donc on voit bien qu'un jour, une crise aiguë, on peut passer aux dramatiques.

C'est ce qui s'est passé malheureusement pour la petite Liana et c'est insupportable.

7:20
Présentateur

Alors, sur la présidentielle, on est un peu moins d'un an et les esprits s'échauffent déjà. Dimanche à Saint-Denis, Jean-Luc Mélenchon a tenté d'installer son duel avec l'ERN, c'était son premier meeting de campagne. Vous qui aviez demandé l'interdiction de LFI et que Mélenchon soit fiché S, qu'est-ce que ça vous inspire ?

7:38
Karl Olive

Ça m'inspire qu'il faut reconnaître que c'est un succès ce qui s'est passé dimanche à Saint-Denis. C'est un succès de voir des gens par dizaines de milliers, je dirais, vouloir instaurer leur république, vouloir instaurer leur chaos, puisque c'est le cas et ils l'assument volontairement. Mais ça prend et on voit bien que la mayonnaise peut prendre. Et c'est la raison pour laquelle, comme je l'ai déjà dit au micro de Radio-J, avant d'aller bousiller les adversaires, il serait peut-être temps de se concentrer sur ses propres qualités.

Et donc, on a un devoir de responsabilité, pour moi, à l'endroit des Français, de pouvoir s'organiser, toutes celles et ceux qui font partie de la droite républicaine jusqu'à la gauche républicaine. Sinon, on parlait de sport tout à l'heure, pour continuer à filer l'image, on connaît déjà les finalistes.

8:22
Présentateur

Les finalistes, ça serait donc ce qui inquiète d'ailleurs beaucoup les observateurs et pas mal de Français. Un second tour, Mélenchon-Le Pen ou Mélenchon-Bardella l'année prochaine, s'ils se reproduisaient, qu'est-ce que ça dirait sur l'état de notre démocratie, le fait qu'on ait deux extrêmes, deux parties extrêmes en finale ?

8:38
Karl Olive

D'abord, il ne faut pas prendre les Français pour des imbéciles. Il ne faut pas les prendre pour des cons. Ce sont les Français qui votent. Et les Français ont toute légitimité pour voter. S'ils souhaitent voter pour la France insoumise ou pour le Rassemblement national, c'est leur sujet. Moi, je ne suis pas là pour balayer d'un verre de manche une formation comme le Rassemblement national, qui a fait 11 millions de voix lors des dernières législatives et qu'il fallait bouter hors du champ de jeu. Certainement pas. En revanche, il faut s'attaquer, je dirais, aux problèmes concrets des Français.

Et arrêter de dire, si ça continue, ça va être le France national, si ça continue, ça va être la France insoumise. La vérité, c'est qu'il faut écouter les Français en stéréo. Par exemple, on va avoir un sujet sur la retraite. On va avoir un sujet sur la retraite. Il va falloir remettre sur la table et sur l'ouvrage, sur le métier, le fait qu'il va falloir travailler plus. On a moins aujourd'hui un sujet de démographie. Il va falloir travailler plus.

9:25
Présentateur

D'ailleurs, le COR, le Conseil d'orientation des retraites, vient de sortir un rapport un peu explosif, où il préconise de travailler jusqu'à 67 ans et demi.

9:33
Karl Olive

Je ne sais pas si c'est 67 ans et demi. Ce que je sais, c'est que c'est exactement ce que je disais il y a un an, un, deux ans. Je n'ai rien inventé. Ça vient du terrain. Depuis trois présidentielles, on en parle. Et à chaque fois, on met la poussière sous le tapis. Ça va nous retomber à la figure. Et quand on est incapable de prendre ce genre de décision difficile, mais qu'il faut prendre, alors on est rattrapé par la patrouille et on a des manifestations. Et on ferme les yeux et on fait comme à Thoiry, on met la tête dans le sable.

9:56
Présentateur

Je reviens sur ce que vous disiez. Il faut une alliance, en gros, entre la droite républicaine et la gauche républicaine pour éviter un second tour Bardella-Mélenchon ou Le Pen-Mélenchon. Mais dans ce camp macroniste, votre camp, on compte déjà deux candidats importants, deux ex-premiers ministres d'Emmanuel Macron, Gabriel Attal et Edouard Philippe, qui ont d'ailleurs pris leur distance avec le président, parfois violemment. Qui est le mieux placé selon vous ? Est-ce que surtout, ce n'est pas suicidaire d'avoir deux candidats dans le même camp ?

10:28
Karl Olive

Alors on dit souvent qu'abondance de biens ne nuit pas. On est à huit mois de la présidentielle. Vous pouvez rajouter également Gérald Darmanin. Moi, je travaille avec Gérald Darmanin parce que c'est un ministre de terrain. Alors il y a quelques sujets actuellement, mais c'est quelqu'un qui est pragmatique. Ce que je sais, en tout cas, c'est que si nous ne nous entendons pas le moment venu, alors il va se passer ce qui s'est passé sur les dernières présidentielles, notamment à droite. Et je viens de cette droite humaniste, populaire et pragmatique. Et on n'aura que nos yeux pour pleurer. Gérald Darmanin, il va être candidat lui aussi ? Je ne dis pas qu'il sera candidat.

Je pense que Gérald Darmanin sera incontournable.

11:05
Présentateur

Oui, s'il a des difficultés en ce moment, puisqu'en tant que garde des Sceaux, il est aussi au cœur de la tempête créée par l'affaire Liana.

11:11
Karl Olive

Oui, mais moi, je ne suis pas pour le tribunal populaire. En revanche, il faut prendre les sujets à bras-le-corps. J'ai entendu qu'il fallait qu'il démissionne. Gérald Darmanin a envisagé, effectivement, au début de ce sujet, cette démission. Ah, il a envisagé de démissionner Gérald Darmanin ? Oui, il a réfléchi. C'est quelqu'un qui sait prendre ses responsabilités. Aujourd'hui, le sujet, ce n'est pas un sujet de fonctionnement d'aujourd'hui, pas même d'hier, pas même d'il y a 5 ans, pas même d'il y a 10 ans. C'est un sujet à la fois de manque de moyens et c'est un sujet de fonctionnement.

Aujourd'hui, depuis 2013, et encore une fois, ce n'est pas simplement se cacher derrière quoi que ce soit, depuis 2013, aucune instruction n'est possible de la part d'un ministre de la Justice à l'endroit des procureurs. Qui le dit ? C'est le procureur général qui le dit encore ce matin. Il faut faire, évidemment, évoluer la loi. Et ça, ça nous appartient. Mais ça nous appartient à l'Assemblée nationale, à une condition, David Ravaud-Dallon, c'est qu'on arrête d'être chacun dans son couloir, qu'on arrête de penser que le parti est plus important que le pays.

12:05
Présentateur

Alors justement, chacun dans son couloir, quand on écoute Gabriel Attal et Édouard Philippe, qui ont installé un comité de liaison pour s'entendre entre leurs deux équipes de campagne, c'est bien, mais ils expliquent qu'ils se sont donné rendez-vous en janvier ou en février pour décider qui sera le meilleur candidat. Mais c'est beaucoup trop tard, on sera à deux mois du premier tour. Est-ce qu'ils ne vont pas se neutraliser ? Est-ce qu'ils ne risquent pas, avec cette concurrence, de se tirer une balle dans le pied ?

12:31
Karl Olive

Bon, ça, c'est la phase immergée de l'Alesberg. Ce que je peux vous dire, c'est que ça travaille et qu'il nous faut absolument travailler pour un projet pour les Français. C'est ce qui est le plus important. Les Français attendent quoi ? Savoir Pierre-Paul-Jacques ? Non, ce n'est pas ça qu'ils attendent, les Français. Personne ne nous dit, en 2017, que ce serait Emmanuel Macron six mois avant. Pour autant, il nous faut un projet, un projet pour les Français, un projet de réciprocité entre les droits et les devoirs, un projet de protection à la fois de sécurité, à la fois du pouvoir d'achat, et aussi de la confiance envers ceux qui sont des acteurs.

Je pense aux agriculteurs, qu'on arrête d'emmerder les agriculteurs. Faisons leur confiance, parce que ces gens-là sont en déficit à vie. Si on leur fait un tout petit peu confiance, et si on arrête finalement d'emmerder, en faisant penser que la tomate espagnole est meilleure que celle de la française, sous prétexte qu'elle est moins chère, c'est mieux dans ce pays.

13:13
Présentateur

Il faut arrêter d'emmerder les Français, disait Georges Pompidou. Merci Carl Olive, je rappelle le titre de votre livre. Sous le soleil de Guadalajara, c'est aux éditions Hugo, et c'est 40 ans, 40e anniversaire d'un grand match, puisque la Coupe du Monde commence dans deux jours. Merci et très bonne journée.