Discours de Marine Le Pen sur le budget de la France pour 2025
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Madame la Présidente, Messieurs les Ministres, chers collègues, De toute façon, le budget 2025 était impossible. Voilà ce que disaient, d'après la presse, des membres de l'entourage d'Emmanuel Macron au lendemain de la dissolution de l'Assemblée. Quel terrible aveu quant à la réalité de la situation des comptes publics après sept années de macronisme. Depuis des mois, le Rassemblement national alertait le gouvernement, l'Assemblée et l'opinion publique sur l'envolée du déficit et de la dette. Depuis des mois, le gouvernement nous accusait à ce sujet d'incompétence et même parfois de complotisme budgétaire.
Au printemps dernier, mon groupe avait déposé une motion de censure pour protester contre l'absence de projet de loi de finances rectificatives, évoquant, je cite, une situation budgétaire non maîtrisée, des prévisions insincères et un déficit volontairement sous-évalué. Je crois que nous avions encore une fois vu juste. J'ai bien entendu hier, comme d'habitude, votre autosatisfaction. Vous avez tout bien fait, plus d'entreprises, moins de chômage, plus d'investissements. On se demande bien comment on peut se retrouver dans une situation aussi catastrophique alors que tout semble aller si bien.
J'ai bien entendu aussi votre tentative de partager de force votre responsabilité, selon la règle maintenant bien connue, tous coupables, même les innocents. Eh bien, les innocents ne sont plus d'accord. Pouvez-vous oser, encore, donner des leçons de morale, de sérieux, de responsabilité, quand vous devriez vous couvrir la tête de cendres ? La réalité éclate aujourd'hui aux yeux de tous. Dans une irresponsable fuite en avant, faite de dépenses inefficaces et non financées, le gouvernement a démonétisé la parole de la France, qui s'endette désormais à des conditions moins favorables que l'Espagne ou la Grèce.
La commission d'enquête parlementaire, initiée par le groupe d'Éric Ciotti et désormais reprise par la commission des finances, mettra à jour, nous l'espérons, cette stratégie organisée de dissimulation particulièrement grave, puisqu'elle a, quel heureux hasard, donné aux Français une image faussée de la situation des comptes publics en période électorale. Emmanuel Macron aurait-il ajouté à l'indignité de son alliance systématique avec Jean-Luc Mélenchon, le goût immodéré de la gauche pour le clientélisme électoral et la politique d'échec, plutôt que des idées ? La commission d'enquête le dira. Nous sommes donc saisis aujourd'hui du premier budget post-élection.
Permettez-moi de constater que, manifestement, le message envoyé par les Français, lors des élections européennes et législatives, ne semble pas avoir été entendu, tant ce budget apparaît comme la continuité des budgets précédents, ou est le changement politique. En réalité, ce budget apparaît plus que jamais comme celui d'un gouvernement acculé, un gouvernement qui fait le choix paresseux du rabot et de l'impôt. Vous évoquez, monsieur le ministre, une dépense maîtrisée. Je ne vois dans votre texte aucune économie structurelle.
Et plus grave, sur des questions aussi symboliques que contestées par les Français, je pense par exemple à l'immigration ou à la contribution de la France à l'Union européenne, vous laissez filer la dépense. Le Haut Conseil des finances publiques souligne d'ailleurs qu'avec une hausse des dépenses supérieures à l'inflation, vous ne baissez nullement la dépense publique. Vous avez évoqué ensuite un effort juste, reprenant un engagement du Premier ministre Michel Barnier. Où est la justice quand vous mettez à contribution de manière indifférenciée tous les retraités ? Où est la justice quand vous alourdissez le coût du travail de toutes les entreprises sans même aucune étude d'impact ?
Où est la justice quand les taxes contre les rentes ou la spéculation sont tellement alambiquées qu'elles ne rapportent aucune ressource supplémentaire ? Enfin, vous évoquez une France souveraine. Alors là, pour le coup, c'est osé. Dans ce concept, vous êtes étranger. Un seul exemple, votre obstination à appliquer les règles absurdes du marché de l'électricité qui neutralisent l'avantage compétitif qu'avait la France dans le domaine de l'énergie démontre le contraire de toute volonté de souveraineté.
En clair, le budget que vous présentez ce soir, ce soir, cet après-midi, ne résoudra aucune crise que traverse notre pays, mais au contraire risque d'avoir non seulement, comme le souligne l'OFCE, des effets récessifs, mais aussi de donner de l'eau au moulin des institutions européennes qui, je le rappelle, ont placé notre pays en procédure de déficit excessif et qui, si ça continue, vont finir par prendre la main sur notre budget, mais peut-être est-ce, in fine, votre espoir secret. Comme j'ai mal rappelé, un budget, et à l'aune de celui que l'on discute aujourd'hui, cela me paraît nécessaire, un budget est la traduction financière d'une politique.
Alors, dans ce contexte de crise budgétaire et institutionnelle, nous proposons, nous, un contre-budget, traduisant cinq choix politiques clairs. Celui de rendre du pouvoir d'achat aux Français, celui de défendre les entrepreneurs, celui de lutter contre les rentes, la spéculation et la fraude, celui de dégraisser l'Etat et le recentrer sur ses missions régaliennes, celui de stopper les dépenses, contraire à la volonté populaire.
Ce contre-budget chiffré dans le détail permettrait de rendre 23 milliards d'euros de pouvoir d'achat à nos compatriotes à travers l'indexation garantie des pensions, la baisse structurelle de la TVA sur l'énergie à 5,5% ou encore l'annulation de votre hausse scandaleuse des assises sur l'électricité. Ce contre-budget permettrait de rendre plus de 5 milliards à nos entreprises en supprimant le report de la baisse de la CVAE ou le reprofilage des allégements de charges qui pèsent lourdement sur nos TPE-PME. Ces dépenses, cela doit vous surprendre tant vous en avez perdu l'habitude depuis sept ans, sont intégralement financées.
Tout d'abord, par 22 milliards de mesures de lutte contre les rentes, la spéculation et la fraude, taxation des rachats d'actions, fin de la gabegie des prix de rachat garantis aux entreprises du solaire et de l'éolien, remplacement de l'IFI par un impôt sur la fortune financière. Ensuite, par 15 milliards d'économies, 4 sur l'immigration, à commencer par l'AME, que vous vouliez, je le rappelle, augmenter.
5 milliards sur la baisse des contributions versées à l'Union européenne, 6 milliards sur les aides à des pays qui n'apportent rien à la France, voire qui l'insultent chaque jour en refusant d'émettre des laissés-passés consulaires et bien sûr, des mesures visant à baisser le train de vie de l'État, en particulier dans sa myriade d'agences. Tout cela nous permet de préserver les lois de programmation indispensables à notre avenir en matière de justice, de recherche ou de sécurité.
Vous le voyez, messieurs les ministres, pour difficile que soit l'équation budgétaire, sa résolution n'a pas à être ni punitive pour les ménages, ni toxique pour les entreprises créatrices de valeurs, ni nocives pour les investissements dont la France a besoin. Tout n'est à faire que de travail et d'honnêteté intellectuelle et, j'ose le dire, de courage dans les choix que nous proposons. Nous espérons que le débat budgétaire permettra de démontrer à nos concitoyens que ce projet de loi de finances pour 2025 n'a rien, contrairement aux fausses prophéties présidentielles, d'impossible. Nos choix, nos propositions, soutenues par le vote de 11 millions de Français, sont sur la table.
Vous trouverez dans le groupe Rassemblement National, soyez-en sûrs, des interlocuteurs prêts, dans le respect et l'exigence, à contribuer au nécessaire effort de redressement des comptes de la nation. Vous connaissez nos lignes rouges sur la protection des plus fragiles en particulier. Nous devrions normalement, par le dialogue, arriver à les faire respecter. En tout état de cause, monsieur le ministre, et j'en finis par là, mais je ne peux pas ne pas le dire à la lumière du cynisme dont ont fait preuve les députés du socle commun en commission des finances, vous n'avez eu de cesse de saboter ce budget.
En refusant tout dialogue, tout compromis et tout travail commun, vous laissez certains de vos députés augmenter des dépenses avec la gauche pour apparaître mesurés. Vous laissez la gauche revendiquer 60 milliards d'impôts imaginaires pour cacher vos 30 milliards de taxes supplémentaires bien réelles. Vous pouvez tenter de tromper certains députés ici, mais ne croyez pas que vous tromperez les Français. Nos compatriotes comprennent ce qui se joue ici et qui y joue. C'est vous et vous seuls qui devrez assumer vos responsabilités, que ce soit le risque d'effets recessifs ou de crise financière, ce sera bien de votre fait. Il n'est évidemment pas trop tard pour revoir votre copie.
Et en tant que les gardiens vigilants de l'intérêt de la France et des Français, nous espérons vous en convaincre pour ne pas être obligés de vous y contraindre. Merci Madame la Présidente. Merci.
Merci. Merci.
Marine Le Pen