Guillaume Peltier : "La droite française s'est embourgeoisée"
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France Inter. Le 7-9. Nicolas Demorand.
Notre invité ce matin est Populaire. Bonjour Guillaume Pelletier. Bonjour. Après la droite forte, vous lancez donc les Populaire au sein du parti Les Républicains afin de participer à la refondation de la droite. Dites-nous en quelques mots ce qu'est la ligne idéologique de ce mouvement.
D'abord c'est une prise de conscience, une analyse profonde de ce que nous avons vécu ces dernières années. C'est que la droite française est en bourgeoisie. Elle s'est enfermée et perdue dans les courbes, les graphiques, les taux de TVA, de PIB, de CSG, tout au long de cette campagne présidentielle par exemple. Et est devenue incapable de parler à des pans entiers de la société française. Moi j'ai été élu maire d'une commune rurale au printemps 2014, député il y a quelques semaines.
Et ce qui m'a beaucoup marqué ces dernières années, c'est que les instituteurs de nos écoles, les immigrés de nos quartiers populaires, les agriculteurs, les classes moyennes, les travailleurs, les actifs, tous ces français se sont détournés de la droite. Parce que la droite parlait à l'élite, c'est ça ? Oui, c'est une droite qui depuis très longtemps s'est enfermée dans un discours élitiste et soumise à la religion du libre-échange. On en parlera peut-être tout à l'heure. On va le voir et on le voit hélas avec la catastrophe annoncée du CETA, de ce traité entre l'Union Européenne et le Canada. Vous êtes contre ?
Je suis fondamentalement opposé, je demande d'ailleurs ce matin au Président de la République d'user de son droit de veto et de suspendre immédiatement l'application du CETA en France et de convaincre nos partenaires européens de faire de même. Pourquoi ? Parce que le CETA, c'est trois problèmes lourds. D'abord, c'est un énorme problème démocratique. Comment expliquer aux peuples européens que ce traité, qui a été certes ratifié par le Parlement européen, va entrer en vigueur à 90% jeudi prochain, 21 septembre, sans qu'aucun Parlement national n'ait eu son mot à dire ? Premier problème. Deuxième problème, un immense problème juridique.
Désormais, des multinationales vont pouvoir s'attaquer à des États à travers des juridictions d'exception et mettre en cause la souveraineté des peuples et l'indépendance de la justice. Et puis, troisième problème, plus lourd encore, qui concerne nos concitoyens, alors que des dizaines et des dizaines d'agriculteurs se suicident, alors que notre agriculture est malade, nous allons, sans aucun quota, importer des dizaines de milliers de tonnes de porc, de bœuf, et un jour, il sera trop tard. Et donc, il est temps que le politique, c'est ça le message des populaires, que le politique retrouve sa primauté sur l'économique, sur le technocratique.
Ce n'est pas aux financiers, ce ne sont pas aux rentiers, ce ne sont pas aux traders de diriger le monde, ce sont aux élus qui ont la légitimité du suffrage universel. C'est ça le message que la droite française doit désormais porter.
Et qui résonne, comme celui de la France insoumise, par certains aspects, Guillaume Pelletier, sur le CETA, qui résonne avec celui des écologistes. Donc, la reconstruction de la droite, c'est la gauche, en fait ?
Ça, c'est une vision très... je comprends votre question, mais c'est une vision très science-po. Elle est assez claire. Moi, je crois que c'est beaucoup plus subtil et complexe que ça. Moi, je crois... j'ai été dans ma jeunesse caricaturale. Je crois que la réponse, elle n'est jamais caricaturale. Oui, mais j'ai eu comme une partie de ma génération une telle révolte intérieure que j'ai eu des attitudes et des réponses caricaturales. Mais je le dis aujourd'hui, avec le temps, avec la maturité, avec l'expérience aussi de ces mandats locaux, qu'il nous faut transcender le seul clivage droite-gauche.
Bien sûr que je peux me retrouver avec certaines analyses de Jean-Luc Mélenchon, ça ne me dérange pas. Mais la question n'est pas là. La question, c'est le peuple. La question, c'est le monde rural. La question, ce sont les petits, les sans voix qu'on n'écoute jamais. Et je crois que la droite française, parce que je suis passionnément de droite et fier d'être de droite, et j'ai envie que la droite retrouve sa fierté, et elle la retrouvera en proposant un grand contrat de réconciliation et d'unité avec l'ensemble de nos compatriotes.
Et vous voulez aussi avancer sur le plan des idées. Vous citez Régis Debray comme l'un des inspirateurs de votre mouvement. Laurent Wauquiez, lui, parle ce matin, dans une interview à paraître jeudi dans Valeurs Actuelles, des intellectuels de droite, Finkielkraut, Houellebecq, Le Goff, Bellamy, qui animent le débat à droite. Et il faut maintenant que les politiques de droite soient en harmonie en quelque sorte avec ces débats intellectuels. Vous êtes dans cet espace intellectuel-là ou pas ?
Ça existe. J'adore écouter, j'adore apprendre, j'adore lire. Mais la question, au-delà de l'intellectualisme, ce sont des idées, ce sont les idées qui mènent le monde. Je vais prendre quelques exemples. On a parlé du CETA. Mais quand est-ce que la droite va avoir le courage de s'attaquer au monopole de la grande distribution pour sauver nos agriculteurs, en imposant des prix rémunérateurs à nos paysans ? Quand est-ce que nous allons sur la question de l'exil fiscal ? Je disais dans Marianne que 3 250 familles françaises cumulent 140 milliards d'avoir dans les paradis fiscaux.
Moi, je propose ce matin, par exemple, que la droite s'empare de ce sujet et présente aux Français un nouveau pacte pour priver de leurs droits civiques les exilés fiscaux. Vous voyez que sur la grande distribution, sur le CETA, sur l'exil fiscal, sur la question de la médecine aussi, nous sommes soumis à des corporatismes terribles. Nous manquons de médecins dans le monde rural, pour une raison simple. Il y a eu le problème du numerus clausus, bien sûr. Mais la question n'est pas là. Il faut qu'on impose et qu'on incite les médecins à s'installer dans le monde rural par des taux de conventionnement modulés.
C'est-à-dire que s'installer à la campagne ou dans le monde rural, ça n'aura pas les mêmes avantages que s'installer dans une grande ville qui est déjà surdotée. Vous voyez, ce sont des enjeux fondamentaux pour s'adresser à toute la société française.
Guillaume Pelletier, comment pouvez-vous, s'il est élu, travailler avec Laurent Wauquiez qui me semblait être sur une ligne idéologique et politique radicalement différente de la vôtre ? Il dit que la droite, c'est la droite, elle doit être à droite. Et il faut arrêter le politiquement correct, il faut arrêter d'avoir honte d'être ce que nous sommes, c'est-à-dire de droite. Mais pourquoi ce serait incompatible ? Moi, je pense...
Vous êtes son aile gauche ? Moi, je pense que Laurent Wauquiez, on l'a vu d'ailleurs il y a quelques années, il a eu des intuitions extrêmement justes sur la question des classes moyennes, de la valeur travail, de la valeur effort. Et c'est vrai qu'ensemble, moi c'est mon souhait, c'est ma volonté, avec l'ensemble des sensibilités de la droite, avec Laurent Wauquiez, avec Virginie Calmel, c'est tant d'autres. On repense idéologiquement la droite. On a une élection interne au mois de décembre. Très bien. C'est la question de l'équipe et des futurs dirigeants. Ça compte. Je ne vais pas faire semblant, ça compte. Mais l'essentiel n'est pas là. Qu'est-ce qu'on va proposer aux Français ?
Est-ce qu'on propose le libre-échange, la soumission à la finance, l'esprit de rente ? Ça n'est pas ma vision du monde. Ou est-ce qu'on propose un nouveau monde, un vrai nouveau monde, dans lequel la valeur du mérite devient la valeur cardinale ? C'est-à-dire que, quelle que soit son origine sociale, quelle que soit sa couleur de peau, quel que soit le lieu où vous êtes né, ce qui compte, c'est votre rapport à l'effort, à la prise de risque, à l'audace. Et je veux que tous les audacieux, tous les méritants de France soient enfin récompensés, dans les quartiers populaires, dans le monde rural, et partout sur le territoire national.
Deux, trois mois au Conseil d'État, 13 ans de droit à la retraite, c'est ce dont bénéficie Laurent Wauquiez. Ce n'est pas une définition pure et parfaite de la rente, ça ?
Ça me semble, j'ai entendu cette polémique. Franchement, je vais vous dire là encore, avec beaucoup de sincérité, c'est une polémique qui me semble aujourd'hui inutile, parce que tout cela est légal. Moral, interrogation. Mais la question, il faut aller, là où je suis d'accord, il faut aller beaucoup plus loin. Moi, je vais beaucoup plus loin. Moi, je proposerai au Parlement un texte de loi dans lequel les choses seront claires. C'est-à-dire que tout nouveau parlementaire, tout nouveau ministre, devra démissionner de la fonction publique. Ce ne sera plus l'histoire du détachement, de la disponibilité, qui est la question qui est en cause. Démissionner de la fonction publique.
Il doit faire ça Laurent Wauquiez aujourd'hui ? Parce que je crois... Non, mais Laurent Wauquiez n'a pas anticipé une loi qui n'existe. Il respecte la loi et c'est très bien. La question, elle n'est pas là. Que la pension Wauquiez ne la touchera pas. La question, ce n'est pas à partir d'un sujet ou d'une polémique personnelle, de tout changer.
Il faut proposer une nouvelle loi
pour que l'égalité stricte entre le public et le privé soit possible. De la même manière qu'il nous faudra réformer le statut de l'élu. Je pense à tous les élus locaux. Vous savez, ces maires des communes rurales... On peut y renoncer sans la loi.
Non, c'est une question de morale individuelle, non ? Surtout quand on dénonce le cancer de la cystana par ailleurs, il vaut mieux être irréprochable. Non, mais pourquoi être caricatural ? Ah non, je ne suis pas caricatural. Je rapproche des faits. Les faits sont caricaturaux.
Non, il a droit à une pension de retraite en échange d'une cotisation qu'il verse.
13 ans, 3 mois...
Moi, je dis que la question n'est pas celle-ci. La question, c'est d'instaurer en France l'égalité entre le public et le privé pour l'implication dans l'engagement politique, premièrement, et deuxièmement, de créer enfin un statut pour nos élus locaux.
Ce n'est pas l'un des signes les plus flagrants de la bourgeoisie d'État, vous qui voulez cesser l'embourgeoisement de la droite. Est-ce que ça, voilà, c'est pas... 3 mois et 13 ans, c'est la bourgeoisie d'État, ça existe aussi.
Ah, si vous voulez me faire dire que le système politique droite et gauche confondus depuis... on va fêter mercredi le 25e anniversaire du référendum du traité de Maastricht. J'avais 15 ans. C'est ce jour-là, ou en tout cas à cette occasion, que je suis... en tout cas que ma conscience civique s'est éveillée. C'est-à-dire comment des élites politiques à 100% appellent à voter oui, quand dans le même temps, 49% de nos compatriotes votent non. Et cette liberté nouvelle du peuple français, qui ne s'est jamais démentie depuis, moi je veux non seulement l'accompagner, je veux tracer un sillon, je veux être l'aiguillon de la droite française pour totalement la réinventer et la refonder.
Voilà, si la droite de demain, elle est bourgeoise, elle est fiscale, elle est financière, elle n'a aucune chance, elle mourra. Moi je veux que la droite vive, et elle vivra autour des valeurs populaires et rurales.
On vous retrouve, Guillaume Pelletier, avec les auditeurs de France Inter dans quelques minutes après la revue de presse.
Guillaume Peltier