Hanane Mansouri, députée UDR de l'Isère | La politique et moi
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Générique Elle est la benjamine de l'Assemblée, mais elle a déjà beaucoup fait parler d'elle. Venue des Républicains, elle a suivi Eric Ciotti dans la rupture avec sa famille politique pour s'allier avec le Rassemblement national. Elle rêve d'union des droites et un adversaire désigné, l'extrême-gauche.
Générique ...
Bonjour, Hanane Mansouri. -Bonjour. -Je voudrais commencer cet entretien en vous montrant quatre photos.
Trois hommes et une femme. Ils ont tous un point commun avec vous. Michel Barnier, François Fillon, Laurent Wauquiez et Marion Maréchal.
Quel point commun ? -La jeunesse, sur les images, en tout cas. -Oui, la jeunesse.
Mais il y a un autre point commun, c'est qu'ils étaient tous benjamin de l'Assemblée, exactement. Ils ont eu des brillantes carrières politiques. Est-ce que vous avez ce niveau d'ambition ?
Vous voyez faire votre vie en politique ? -Je ne sais pas si je veux faire ma vie en politique, mais en tout cas, ce qui m'anime vraiment, c'est de pouvoir porter mes valeurs et porter l'idéal que j'ai de la France. Donc, tant que ce combat-là ne sera pas réussi, je continuerai de m'engager. -Et ça peut prendre une vie ? -Ca peut prendre une vie, oui, mais je ne le souhaite pas. -En juillet 2024, vous avez été élu député à l'âge de 23 ans.
Quelques mois plus tôt, vous n'étiez encore qu'étudiante en droit public à l'Université de Grenoble. Vous pouviez alors imaginer franchir les portes du Palais Bourbon en plein coeur de cet été 2024 ? -Honnêtement, non, je ne pensais pas, je n'avais pas d'ambition, en tout cas, pour avoir un mandat en particulier.
En revanche, j'étais engagée dans un parti politique, j'étais vraiment une militante de terrain, donc c'est vraiment quelque chose qui m'animait. -Vous vous y prépariez d'une certaine façon ? Vous avez été aussi assistante parlementaire. -Bien sûr, oui.
J'ai travaillé pour des élus auparavant, donc c'est vraiment une vocation que j'ai eue très tôt. -C'était dans un coin de votre tête. Votre carrière politique a débuté par un coup d'éclat, on peut le dire.
Le 11 juin 2024, Eric Ciotti, alors président des Républicains, annonce au journal de 20 h 00 de TF1 qu'il veut voir sa famille politique s'allier avec le Rassemblement national pour les législatives. Des millions de Français sont alors incrédules. Un grand nombre d'élus de droite crient à la trahison.
Et vous, vous vous dites quoi ? -Je me dis : "Enfin, il était temps." C'est vraiment ce que j'attendais.
Je suis convaincue depuis un certain temps que la droite ne pourra pas gagner seule. Je savais qu'à un moment donné, il fallait aller vers l'alliance. Et malheureusement, il y a eu un tabou qui s'est créé vis-à-vis du Rassemblement national que je n'ai jamais compris dans mon engagement.
Donc, quand Eric Ciotti a annoncé ça, pour moi, c'était une bonne nouvelle pour les Républicains et pour les Français qui attendent que la droite arrive au pouvoir. -Alors, votre choix n'a pas plu à tout le monde. Certains vous reprochent un parcours en zigzag.
En 2021, lors de la primaire de la droite, à laquelle concourait déjà Eric Ciotti, vous aviez soutenu Michel Barnier. Un an plus tard, lors de l'élection à la présidence des Républicains, là encore avec Eric Ciotti, vous soutenez cette fois Bruno Retailleau. Que répondez-vous à ceux qui vous disent que vous avez fait, en 2024, un choix d'opportunisme ? -Moi, j'ai toujours soutenu les personnalités que je pensais, à un moment donné, pouvoir être capables, justement, de rassembler un maximum de personnalités de droite.
Et surtout, parce que j'étais convaincue qu'ils n'auraient pas se noyer dans le centrisme. Visiblement, pour certains, je me suis trompée, à ce moment-là. Et au moment des législatives, en tout cas, il y avait une telle urgence, honnêtement, comme vous l'avez dit en présentation, moi, mon combat principal, c'est l'extrême-gauche, la gauche, parce que je considère que c'est eux qui mettent à mal notre pays.
On sort, en plus, d'un premier mandat d'Emmanuel Macron qui a mené le pays dans un chaos total. Donc l'urgence n'était plus de savoir entre quelles personnalités de droite il fallait choisir, mais, comment est-ce qu'on allait se rassembler pour enfin faire gagner la droite. -Alors ces choix politiques et la proximité avec le Rassemblement national vous ont valu, pendant votre campagne, de nombreuses attaques, certaines ayant un caractère raciste.
On voit ici une capture d'écran postée par vous dénonçant certains de ses propos. "Serpillère", "beurette", "arabe de service", peut-on lire. C'est très violent.
Comment avez-vous réagi ? -Alors, au départ, pour être tout à fait honnête, je prenais ces remarques-là avec beaucoup de recul, en me disant...
Enfin, je m'étais habituée, en fait, d'avoir des messages d'insultes à caractère raciste, en plus, régulièrement, donc je les prenais avec beaucoup de recul. Et récemment, il y a eu un événement à l'Assemblée nationale où j'ai pris la défense de Boualem Sansal en hémicycle, et depuis, j'ai reçu un courrier écrit de menace de mort, me menaçant de subir le même sort que Samuel Paty. Donc je prends ces menaces-là avec beaucoup plus de sérieux et je me rends compte que c'était vraiment ma réaction qui était anormale parce que j'avais vraiment banalisé le fait de me faire insulter, de me faire menacer constamment.
Or, ce n'est pas normal quand ma seule volonté, c'est de défendre les intérêts de mon pays. Je le fais dans un cadre démocratique, il n'y a aucun problème là-dessus. Et en contrepartie, je dois m'habituer à avoir des messages de haine constamment et ça, c'est vraiment mon quotidien. -Ce point nous amène d'une certaine façon à la question de vos origines sociales, culturelles et de votre parcours.
Vous avez grandi dans un quartier populaire de Grenoble. Votre famille est originaire du Maroc. Arrivée en France dans les années 1960, votre grand-père était mineur.
Votre père était dans le BTP. Vous êtes très discrète sur ses origines et sur votre famille. Pourquoi ? -Il y a un côté très pudique de ma part.
Je suis issue de l'immigration du Maroc, en l'occurrence. J'en suis très fière. Je vais régulièrement en vacances là-bas.
Et pour autant, mon engagement politique se fait en France. Je suis née ici et ce qui m'anime au quotidien, c'est vraiment de faire en sorte que mon pays, la France soit le meilleur possible. Sur l'aspect familial, voilà, mes parents, effectivement, sont issus de classe moyenne, mon père est dans le bâtiment et ma mère est dans le social.
C'est...
C'est une famille discrète qui ne fait pas du tout de politique -On ne parlait pas de politique chez vous ? -Dans une interview, vous avez déclaré : "Je déteste qu'on me définisse comme quelqu'un issu de l'immigration. Il faut arrêter de se chercher des excuses." Quelles excuses refusez-vous ? -Moi, je refuse qu'on m'essentialise et qu'on... qu'on considère que parce que je suis issue de l'immigration, j'aurais moins de chances que d'autres d'avoir tel poste ou tel appartement.
Et ça, c'est vraiment un discours qui est poussé par l'extrême gauche, qui a tendance à mettre les personnes dans des cases, la communauté maghrébine, la communauté africaine, la communauté LGBT aussi. Moi, je refuse ça parce que je considère qu'il y a une seule communauté et qu'elle est française et que c'est ça la grande chance de notre pays aussi, c'est de pouvoir trouver les points qui nous rassemblent plutôt que nos différences. Et la chance de la France aussi, c'est d'avoir les mêmes chances de réussite.
On a tous accès à l'école, on a tous accès à des services publics gratuits qui nous permettent de nous éduquer, quand bien même on né avec des cartes qui sont différentes, comme je vous l'ai dit. Moi, je viens d'un milieu qui est assez modeste, mes parents n'ont pas fait de grandes études et pour autant, ils me poussaient à me cultiver du mieux que possible et à aller travailler. -Alors, vous parlez de l'école, votre engagement politique, il est né au lycée.
Vous pouvez nous raconter comment ? -Alors, il est né pendant mes cours de sociologie où, justement, on nous parlait de l'ascenseur social qui était en panne en France et qu'on disait que, globalement, si on était une femme ou qu'on était ce qu'on appelle racisé, on aurait moins de chances de réussir que les autres. Et moi, c'est vraiment un discours que je ne comprenais pas, qui presque me blessait parce que j'avais l'impression de travailler autant que les autres et de me donner les moyens.
Et je refuse, en fait, ce discours qui est défaitiste. Vraiment, je considère qu'on a tous les chances de réussir, et peu importe dans quel domaine, tant qu'on se donne les moyens. -Alors, votre positionnement et votre discours vous placent à l'antithèse de l'extrême-gauche.
En me plongeant dans votre parcours, j'ai été frappé de voir à quel point la confrontation idéologique avec l'extrême-gauche était centrale dans votre parcours. Vous diriez que c'est votre adversaire principal ? -C'est mon adversaire principal, parce que je considère vraiment qu'ils ont un rôle néfaste pour notre société, qu'ils contribuent à la division, à cette culture de l'excuse.
C'est un réel handicap, en fait. Notamment quand on est jeune comme moi, j'aurais aimé avoir un discours beaucoup plus porteur d'espoir. Et la gauche est constamment dans l'excuse et dans le défaitisme.
C'est un discours qui ne me plaît pas du tout. -Alors, je parle de confrontation idéologique, mais ça a été même plus loin. En 2022, alors que vous militez pour le syndicat Etudiants Unis, vous êtes victime d'une agression dans la rue.
Vous êtes frappé au visage. Vous dites avoir reconnu des militants antifas. Cet épisode a laissé des traces.
C'est aussi ce qui fait que vous éprouvez un rejet quasi viscéral de ces mouvements ? -Non, parce qu'honnêtement, je savais déjà que j'étais en confrontation avec l'extrême-gauche. Je n'ai pas eu besoin de me faire tabasser en pleine rue pour le comprendre.
En revanche, ça m'a confortée dans mon idée que je considère la bonne, puisqu'eux ont besoin d'avoir recours à la violence. C'est des personnes qui, sans cesse, nous expliquent à quel point ils sont féministes et pour autant ça n'a pas empêché quatre hommes de gauche de me frapper en pleine rue. Donc voilà, je sais que mon combat se fait sur les idées, que la France est en train de se réveiller et partage les idées que nous défendons et qu'on n'a surtout pas besoin d'avoir recours à la violence. -A l'Assemblée, votre opposition vous a valu de vous faire remarquer à plusieurs reprises.
La première fois, c'était en mars 2025. Vous dénoncez alors la présence de membres du collectif contre l'islamophobie en Europe à une table ronde organisée par le député de la France insoumise Raphaël Arnault. Vous vous invitez, si je puis dire, à la réunion.
On regarde. -On a un certain nombre de collègues qui ont demandé la donation de cette table ronde. Remettez-nous en question d'avoir invité que des islamistes pour représenter les musulmans en France. -Pourquoi tu filmes comme ça ? -Allez les racistes, allez, hop. -Excusez-moi, vous pourriez sortir ? -Alors, suite à cet incident, la présidente de l'Assemblée publie un communiqué dans lequel elle vous recadre sèchement.
Elle vous reproche d'avoir provoqué un incident donnant une image déplorable de l'Assemblée. "Ce n'est pas un lieu de spectacle et de coup médiatique, mais une institution qui doit être exemplaire," écrit-elle. Que dites-vous ?
C'était une erreur ou, si c'était à refaire, vous le referiez ? -Moi, je lui pose la question, est-ce que c'est exemplaire de la part d'une présidente de l'Assemblée nationale d'autoriser une association islamiste à venir dans l'enceinte de l'Assemblée, quand bien même cette association avait été dissoute en France ? C'est plutôt à elle de se remettre en question.
En réalité, elle a essayé de faire un coup de force avec les faibles, là où elle n'a pas osé interdire cette réunion qui est proprement scandaleuse. -Mais tout de même, Hanane Mansouri, le fait d'avoir filmé cette scène, de la diffuser, il y a quand même une culture de l'image et du buzz. Vous assumez ce côté clash ?
Vous avez une stratégie de communication derrière ça ? -Ce que j'assume, c'est surtout de vouloir dire la vérité. C'est mon objectif principal, de pouvoir montrer ce qui se passe, parce que c'est en connaissant la vérité qu'on pourra régler les problèmes.
On a autorisé une association islamiste à tenir une réunion dans l'Assemblée nationale, soit. Dans ce cas-là, il faut assumer pleinement son choix et il faut que les Français sachent aussi. Parce que derrière, on représente des Français.
Raphaël Arnault a été élu député, il représente la nation au même titre que moi. Et donc, je considère que c'est mon rôle aussi de montrer aux Français ce qu'on fait de leur institution. -Néanmoins, certains vous reprochent d'alimenter une culture du conflit et de l'importer dans l'Assemblée.
Est-ce que c'est bien le lieu et est-ce que c'est bien votre rôle ? -Ecoutez, je poste beaucoup sur les réseaux sociaux d'un fait de génération, je pense. Quand il y a de bonnes images de l'Assemblée nationale, je les montre aussi.
Mais quand il y a des défauts, encore une fois, moi je m'attache à montrer ce qui se passe avec le plus de véracité possible. -Pour terminer l'émission, je vous propose de passer à notre quiz. Vous allez voir apparaître des débuts de phrases, à vous de les compléter. "Quand on vous qualifie d'éponge..." -C'est une qualification de Yannick Neuder.
Ca me fait plaisir parce qu'il l'a dit dans le sens où j'apprends vite. Ca me fait plaisir de savoir qu'il a remarqué ça. -"Entre Dalida et Jul, je choisis..." -Je ne peux pas choisir.
J'écoute les deux, j'aime les deux. C'est deux styles différents. -Très différents. -Mais c'est représentatif de... -Ce n'est pas la même génération non plus. -C'est représentatif de ma personnalité, mon attachement à la France ancienne et puis au modernisme. -Enfin : "Une journée sans boisson énergisante..." On ne peut pas citer laquelle, mais vous en consommez beaucoup. -C'est fatigant. -Il en faut pour tenir le rythme de l'Assemblée ? -Oui, on a un rythme qui est particulièrement intense, donc ça m'aide beaucoup. -Bon, attention à la tachycardie quand même, Hanane Mansouri.
Merci, en tout cas, d'être venue dans "La politique et moi". -Merci. Générique
Hanane Mansouri