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InterviewFrance Culture — Sens politique (sur Site radio)· 11 mars 2023 44 minComplaisantMixteRetraitesÉconomie & entreprisesImmigration & asileInstitutions & élections

Arnaud Montebourg : "je n'ai plus de parti, je suis une sorte d'orphelin errant"

Source d'origine 4 locuteurs

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 37 %Attaque 41 %Défensif 21 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 98 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 1:46FerméeRéponse directe

    Avez-vous quitté la politique ?

  • 3:17FerméeRéponse directe

    Allez-vous à nouveau être candidat à l'élection présidentielle ?

  • 5:05OuverteRéponse directe

    De qui et de quoi politiquement vous vous sentez proche ?

  • 6:30OuverteRéponse directe

    Est-ce que la gauche qui s'oppose à la réforme des retraites est toujours votre gauche ?

  • 8:55OuverteRéponse directe

    Quelle est cette archive sonore de François Mitterrand ?

  • 11:59OuverteRéponse directe

    Cette idée d'un lien plus juste entre le Nord et le Sud est-elle forte aujourd'hui ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 1:50Invité politiqueFait
    « Oui, même si je reste un homme engagé, d'abord parce que je le suis depuis que je suis arrivé à l'âge adulte. »
  • 3:23Invité politiqueFait
    « Non, mais je ne suis pas engagé politiquement. C'est-à-dire que je ne suis pas candidat à des élections. Je n'ai pas d'ambition. »
  • 3:48Invité politiqueFait
    « Oui, et je réponds non, parce que d'abord, je pense que j'ai fait mon temps. J'ai atteint 60 ans. »
  • 5:33Invité politiqueFait
    « Le gouvernement de M. Macron est trop libéral et trop conservateur. »
  • 5:39Invité politiqueFait
    « La NUP est trop radicale et, j'allais dire, incapable de responsabilité. »
  • 6:40Invité politiqueFait
    « Cette réforme est injuste, que dans notre pays, les classes moyennes et les classes populaires, depuis 20 ans, ont payé la facture de toutes les crises. »
  • 7:47Invité politiqueFait
    « Alors, quant à la réforme antisociale des retraites, elle est injuste parce qu'elle frappe ceux qui ont travaillé le plus jeune, qui travaillent le plus longtemps et le plus dur. »
  • 12:57Invité politiqueFait
    « J'ai été un dirigeant politique anti-mondialisation, démondialisateur, à un moment où la mondialisation battait son plein. »
  • 13:20Invité politiqueFait
    « Donc, si vous voulez, cette vision-là, qui est en train maintenant de s'imposer, il y a un ministère de la souveraineté numérique, de la souveraineté agricole et alimentaire, de la souveraineté industrielle. »
  • 14:44Invité politiqueFait
    « Il défend ses intérêts, mais nous, nous devons défendre les nôtres. »
  • 15:12Invité politiqueFait
    « Je suis totalement opposé à ces accords de libre-échange, que l'Europe continue, comme disait Hubert Védrine, l'Europe, c'est l'idiote du village mondial. »
  • 16:50Invité politiqueFait
    « Il faut leur interdire le marché et créer nos start-up pour les remplacer. »
  • 18:50Invité politiqueChiffre
    « En trois mois, ils nous ont déjà aspiré je ne sais combien de gigafactories. »
  • 25:56Invité politiqueFait
    « C'est le président de la République lui-même qui a trahi ses propres promesses. »
  • 32:50Invité politiqueFait
    « La politique, c'est une affaire de gros sous. »
  • 34:52Invité politiqueChiffre
    « Il y a 11 milliards de transferts d'argent qui passent par Western Union sur l'ensemble des pays d'origine. »
  • 35:44Invité politiqueFait
    « C'est que les obligations de quitter le territoire français ne sont toujours pas exécutées. »
  • 40:50Invité politiqueFait
    « ce n'est plus du socialisme. C'est l'accompagnement de la mondialisation financière. »
  • 40:57Invité politiqueFait
    « C'est l'abandon des ouvriers de Florange. C'est tout ça. »
  • 41:03Invité politiqueFait
    « C'est l'abandon d'Alstom. »
  • 41:25Invité politiqueFait
    « je considère que je suis gaulliste social. »
  • 41:35Invité politiqueFait
    « je n'ai plus de parti comme je vous l'ai expliqué je suis une sorte d'orphelin errant. »

Temps de parole

  • Invité politique72 %
  • Présentateur23 %
  • Invité3 %
  • Invité 22 %

0 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

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0:00
Présentateur

Bonjour à toutes et à tous, où se joue la bataille des retraites ? Dans la rue ou au Parlement ? Les deux bien sûr, et depuis des semaines, mais ce week-end c'est plus vrai que jamais. Dans la rue, avec une nouvelle journée de mobilisation ce samedi et des manifestations, la France n'est pas à l'arrêt, mais dans les cortèges, les syndicats espèrent faire le plein, encore une fois. Une course de vitesse, car pendant ce temps-là, au Sénat, le gouvernement a accéléré. Il a demandé un vote bloqué pour aller plus vite. Il rêve de faire adopter son projet la semaine prochaine au Palais du Luxembourg et au Palais Bourbon. Il voudrait tellement passer à autre chose.

Le temps qui s'accélère, l'horloge, toujours elle, et un sentiment d'urgence. Les syndicats ont demandé au chef de l'État de les recevoir, en urgence précisément, pour répondre à la mobilisation. Emmanuel Macron refuse. Son argument, c'est aujourd'hui le temps du Parlement. Ce temps qu'il veut donc accélérer, chercher l'erreur. Bonjour Arnaud Montebourg. Bonjour. Ancien ministre de l'économie, du redressement productif et du numérique, ancien député, vous êtes l'invité de Sens Politique ce samedi. Je vous souhaite la bienvenue.

Jusqu'à 13h30, évidemment, nous allons beaucoup parler de politique, mais ces dernières années, vous avez surtout œuvré dans les affaires, dans le monde de l'entreprise. Alors, pour commencer, mettons les choses au clair, avez-vous quitté la politique ?

1:50
Invité politique

Oui, même si je reste un homme engagé, d'abord parce que je le suis depuis que je suis arrivé à l'âge adulte, et ayant exercé un premier métier, qui était le métier d'avocat, j'étais déjà engagé, pas seulement judiciairement. J'ai collé les affiches de François Mitterrand, j'avais 17-18 ans, à peine, je venais de passer le bac en 1980, vous voyez, ça nous ramène à un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître.

Et puis, lorsque j'ai quitté le gouvernement, j'ai décidé de ne plus vivre de la politique, c'est-à-dire, finalement, de trouver sur un terrain nouveau, pour moi, dans ma vie, qui est celui de l'entreprenariat, les moyens de transformer de façon peut-être plus modeste, mais beaucoup plus concrète, et donc plus efficace, finalement, que dans l'action publique, transformer un certain nombre de choses. C'est ce dans quoi je me suis engagé. Est-ce que ça exclut, pour moi, de penser le monde, d'y réfléchir, d'y prendre des positions ? Certainement pas. Je reste un citoyen très engagé, mais un citoyen ordinaire.

3:01
Présentateur

Vous avez investi dans le miel, dans les amandes, dans les sorbets, dans les éoliennes domestiques. Vous êtes maintenant à la tête d'une maison de vente aux enchères, la maison Pierre Berger. Vous avez aussi un projet, je l'ai vu, dans les transports, faire rouler des voitures électriques sur des rails, sur des petites lignes. Quelle place reste-t-il pour la politique active là-dedans, au-delà de la réflexion sur le monde tel qu'il va ?

3:23
Invité politique

Non, mais je ne suis pas engagé politiquement. C'est-à-dire que je ne suis pas candidat à des élections. Je n'ai pas d'ambition. D'ailleurs, si on me demandait, on me le demande tous les jours, est-ce que tu vas faire quelque chose ?

3:36
Présentateur

Allez-vous à nouveau, tant qu'être candidat à l'élection présidentielle ? C'est ça qu'on vous demande ?

3:41
Invité politique

Oui, et je réponds non, parce que d'abord, je pense que j'ai fait mon temps. J'ai atteint 60 ans. Et par ailleurs, je n'ai pas d'électeur, comme cela a été démontré à plusieurs reprises. Et donc, je pense que le moment est maintenant, je crois, venu de dire que ça n'empêche pas de l'expression publique, ce que je fais devant vous, de dire ce qu'on pense, d'essayer de convaincre les autorités publiques d'agir dans tel sens plutôt que tel autre, si on le peut, si ma parole compte encore, ce qui n'est pas certain. Donc, je suis en revanche engagé dans ce que les... Vous savez, les Québécois sont très doués pour mettre des mots en français sur des expressions anglo-saxonnes.

Pendant que nous, Français, nous passons notre temps à angliciser notre langage. Donc, nous, on appelle ça des game changers. Mais vous savez, les Québécois, ils disent des bouleverseurs. Eh bien, moi, je me passionne dans l'économie de l'entreprise pour les bouleverseurs. Ce qui change la donne dans la vie quotidienne, dans les usages de la société. Donc, la cohérence de tout ça, c'est d'abord le Made in France. C'est un engagement de vue pour la vie, depuis toujours. Puisque c'est là que, finalement, sur ce terrain-là qui a été tant abandonné, notre pays a besoin de retrouver des ressources et de la force.

5:01
Présentateur

Et on va parler, évidemment, de la vie économique, sujet tout à fait politique. Dites-nous pour l'instant, Arnaud Montebourg, de qui et de quoi, politiquement, vous vous sentez proche, même si vous n'êtes plus engagé en première ligne. Est-ce que vous vous reconnaissez dans l'expression politique actuelle ?

5:16
Invité politique

Et si oui, où ? Comme vous le comprenez, moi, je n'ai pas de parti. Au sens où je ne trouve plus mon compte. Vous n'avez plus de parti. Oui, je n'ai plus de parti. Je n'ai plus de parti. Pourquoi ? Parce que je ne me reconnais pas dans l'offre politique actuelle. Le gouvernement de M. Macron est trop libéral et trop conservateur. La NUP est trop radicale et, j'allais dire, incapable de responsabilité. Et quant au Front National, c'est l'opposé de mes convictions depuis toujours. Je suis un enfant né à l'époque de la guerre d'Algérie. Et je sais ce qu'ont vécu la génération précédente de mes parents dans les guerres de décolonisation. Donc, on sait ce que c'est dans la famille Vichy et l'OS.

Donc, tout ça fait que moi, je n'ai pas aujourd'hui, puisqu'il ne reste plus que trois parties, finalement. Je n'ai pas de... Je fais partie de ces orphelins. Et c'est une des raisons pour lesquelles ça m'est très difficile d'intervenir, d'ailleurs. Parce que... Pour qui vais-je voter ? Maintenant, j'en suis là. Demandez, pour qui vais-je voter ? Vous voyez, j'en suis là. Voilà.

6:29
Présentateur

Restons concrets. J'évoquais la réforme des retraites. Cette gauche qui, aujourd'hui, s'oppose, y compris au Parlement, à la réforme des retraites voulue par le Président de la République. Est-ce que ça, c'est toujours votre gauche ?

6:40
Invité politique

Bien sûr, d'abord, parce que cette réforme est injuste, que dans notre pays, les classes moyennes et les classes populaires, depuis 20 ans, ont payé la facture de toutes les crises. Ils ont payé la grande crise, la grande récession 2008-2009, avec son cortège de fermeture d'usines, de désindustrialisation que nous payons encore. Ils ont payé la chute de l'agriculture. Ils ont payé l'austérité budgétaire imposée par le gouvernement de M. Hollande, auquel j'appartenais, et qui a provoqué la fracture. Et donc, mon départ, d'austérité budgétaire. C'est-à-dire que, non seulement, ils ont payé la crise, ils ont payé la réparation de la crise, par le matraquage fiscal.

C'est comme ça qu'on l'appelait, à l'époque, si on s'en souvient encore. Ça fait partie de l'héritage de ce quinquennat-là. Après, ils ont payé le Covid. Après, c'est ceux qui continuent à travailler quand les autres faisaient des visios en pyjama. Et puis, après, ils payent l'inflation. Puis, maintenant, on va leur faire payer la transition écologique. Donc, vous voyez que cette accumulation est parfaitement injuste. Alors, quant à la réforme antisociale des retraites, elle est injuste parce qu'elle frappe ceux qui ont travaillé le plus jeune, qui travaillent le plus longtemps et le plus dur. Donc, ça, c'est inadmissible. Voilà.

Elle ne changera pas grandement la vie des cadres supérieurs qui sont au pouvoir, finalement, sociologiquement. Donc, pour moi, cet abandon des classements et des classes populaires se traduit dans l'arrivée, et la facture va bientôt être payée, par l'arrivée prochaine, possible, plausible, probable, au pouvoir du Front National. C'est le sujet politique pour vous, aujourd'hui ? C'est ça, mon inquiétude. C'est-à-dire que, finalement, les alternances se sont succédées. Et on n'a jamais pris en compte les aspirations profondes de ce corps central travailleur que j'appelle, finalement, le...

C'est ce qu'on appelle, ce que moi, j'appelle le bloc populaire, mais qui a été la victime de toutes les politiques.

8:46
Présentateur

Et on va voir, tout à l'heure, quelle pourrait être l'expression politique de cette idée.

8:51
Locuteur non identifié

France Culture, sens politique, Jean Lémarie.

8:55
Présentateur

Mais avant cela, pour avancer dans sens politique, on va revenir, Arnaud Montebourg, aux origines de votre engagement. Comme à tous nos invités, nous vous avons demandé de choisir une archive sonore, un souvenir qui a vraiment du sens pour vous.

9:08
Invité

Salut à celles et à ceux qu'on baïonne, qu'on persécute ou qu'on torture et qui veulent vivre et vivre libre. Salut aux prêtres brutalisés, aux syndicalistes emprisonnés, aux chômeurs qui vendent leur sang pour survivre, aux Indiens pourchassés dans leur forêt, aux travailleurs sans droit, aux paysans sans terre, aux résistants sans armes, qui veulent simplement vivre et vivre libre. À tous, la France dit « Courage ! La liberté vaincra ! » Et si je le dis depuis la capitale du Mexique, c'est parce qu'ici ces mots possèdent tout leur sens.

10:04
Présentateur

Quel est ce discours de François Mitterrand, Arnaud Montebourg ?

10:07
Invité politique

C'est le discours de la France qui a eu une politique étrangère et qui ne s'adresse pas à des gouvernements, ou plutôt s'adresse à des peuples opprimés, particulièrement en Amérique latine, où les dictatures étaient en chapelet sur tout le continent.

10:28
Présentateur

Octobre 1981, François Mitterrand, juste avant la grande conférence Nord-Sud, unique conférence Nord-Sud à Cancun.

10:38
Invité politique

Donc, que la France parle sur le continent enchaîné, à l'époque, il n'y avait pas les démocraties qu'on connaît aujourd'hui. Et d'ailleurs, la prédiction que François Mitterrand édictait ce jour-là, il y a maintenant presque 40 ans, s'est réalisée. La liberté a vaincu. Je rappelle qu'on n'est même pas à 10 années, même moins de 10 ans, après le coup d'État d'Augusto Pinochet au Chili. On est à 8 ans après. On est le Paraguay, l'Uruguay, le Pérou, le Brésil. Tous ces pays sont de l'Argentine. Videz-la. En 82, la Coupe du Monde entre les barbelés. Ce sont des gens qui assassinaient les opposants, les jetant d'hélicoptères dans la mer. C'est ce qu'ils ont fait.

Donc, quand François Mitterrand arrive pour une conférence, il dit les valeurs de la France et les propage dans l'esprit public, intime, des opprimés de la Terre, de toute la planète. Et franchement, ça, c'est une ligne politique. Voilà. Alors aujourd'hui, quelle est notre ligne politique ? Je la cherche.

11:51
Présentateur

C'est aussi l'idée d'un lien plus juste entre le Nord et le Sud, d'une mondialisation plus juste. Est-ce que cette idée-là est forte aujourd'hui ?

12:04
Invité politique

Si vous voulez, entre-temps, il y a eu la mondialisation qui a permis à l'Asie de se réveiller économiquement et de finalement trouver sa place. L'Amérique latine a, elle aussi, fait d'immenses progrès. En revanche, l'Afrique, c'est un échec. Elle a été la victime. Comme les anciens pays industrialisés, d'ailleurs, l'Afrique a été victime de la mondialisation. Parce qu'elle s'est faite à son propre détriment. Et donc, c'est une leçon pour la démondialisation. Celle qui est en train de se, par un effet de ressac, de reflux, s'organiser sous nos yeux. Ou la réduction du monde, en quelque sorte, qui est une bonne chose pour moi, pour laquelle j'ai milité. Je suis un des...

J'ai été un dirigeant politique anti-mondialisation, démondialisateur, à un moment où la mondialisation battait son plein. Et je ne pense pas que sur les leçons souverainistes que j'ai défendues pendant de très nombreuses années, car pour moi, le mot souveraineté, c'est le mot de la Révolution française. C'est le fait qu'un peuple qui a envie d'être libre, indépendant, c'est l'aspiration nationale qui s'est créée contre les monarchies. Donc, le souverain, c'est le peuple. Donc, c'est lui qui décide. Donc, cette aspiration à la souveraineté, que moi, j'appelle souverainisme, pour moi, c'est la constitution du 4 octobre 1958, par le peuple pour le peuple, le gouvernement.

Donc, si vous voulez, cette vision-là, qui est en train maintenant de s'imposer, il y a un ministère de la souveraineté numérique, de la souveraineté agricole et alimentaire, de la souveraineté industrielle. Il a fallu 10 ans pour l'imposer après ce jour où, en 2012, c'était il y a 10 ans, à la tête du ministère du redressement productif, premier ministère souverainiste, j'ai porté une marinière pour montrer aux Français que celle-ci, qui était tricotée en Bretagne, devait devenir l'emblème du Made in France. Et donc, ce combat-là, si vous voulez, quand vous regardez l'évolution des choses, je trouve qu'on est très en retard encore.

14:14
Présentateur

Mais la réalité, c'est aussi des échanges et des interdépendances très fortes. Prenons l'exemple, puisqu'on était du côté de l'Amérique latine il y a un instant, prenons l'exemple du traité commercial entre l'Europe et quatre grands pays de la région. Le Mercosur, en l'état actuel, le président de la République, Emmanuel Macron, n'en veut pas. Mais le président brésilien, Lula, revenu au pouvoir, grand dirigeant du Sud, lui, y est favorable.

14:39
Invité politique

Mais ce n'est pas parce que Lula y est favorable que je pense que c'est un très bon accord. Il défend ses intérêts, mais nous, nous devons défendre les nôtres. Nous, ce n'est pas notre intérêt d'importer du soja OGM, d'abord qui est interdit ici, à deux cultures. Alors pourquoi on l'importerait ? Ça n'a aucun sens. Donc, si vous voulez, le président Lula y défend ses intérêts, on va défendre les nôtres. Et alors ? Quel est le problème ? Mais s'il y a un compromis, il devra être gagnant-gagnant. Donc moi, je suis totalement opposé à ces accords de libre-échange, que l'Europe continue, comme disait Hubert Védrine, l'Europe, c'est l'idiote du village mondial.

C'est-à-dire, finalement, la plus grande naïve. La Chine est ultra-protectionniste, les deux grands empires. Les États-Unis d'Amérique, ultra-protectionnistes. Et l'Europe, c'est la passoire de la mondialisation. La conséquence, c'est qu'on détruit notre agriculture, notre industrie. Et nous sommes maintenant une colonie numérique des États-Unis d'Amérique. C'est-à-dire qu'en fait, on est asservi, sur le plan numérique, par les GAFAM, dans des proportions qu'on n'a jamais connues dans aucun secteur économique.

15:48
Présentateur

Mais en même temps, parallèlement, l'idée d'une souveraineté européenne fait son chemin. Beaucoup plus, peut-être, que vous ne l'imaginiez, il y a encore quelques années, quand vous parliez, vous, Arnaud Montebourg, de souveraineté. Voyez-vous les choses évoluer en Europe, chez nous ?

16:02
Invité politique

Il n'y a pas de souveraineté européenne. Ce sont des mots, pour l'instant, puisque je n'ai vu aucune mesure qui permettait, un, de lutter contre le droit extraterritorial américain. Le système d'écoute illégale que l'ANSA organise sur nous, voilà. Les abus de position dominante, alors qu'ils sont contraires à la loi européenne, anticoncurrentielle, exercée par les GAFAM, je n'ai vu aucune mesure prise. On a mis des petites amendes. Des amendes ? Des tickets. Oui, on leur a fait payer. Madame Vesteyer, à la Commission européenne, la pète voire des GAFAM. Vous savez ce que c'est qu'une amende de 2 milliards sur des gens qui font 50 milliards de profits par an ? C'est un ticket de métro.

Donc, ça n'a aucun sens. Ce n'est pas ça qu'il faut faire. Il faut leur interdire le marché et créer nos start-up pour les remplacer. C'est ça qu'il faut faire. C'est ce que font les Américains eux-mêmes dans la loi anti-crump.

16:59
Présentateur

C'est ce que certains ont essayé sans succès sur le sol européen face à ces géants. Non, personne n'a jamais essayé ça. Ils ont mis des amendes pour se donner bonne conscience. Créer des acteurs nationaux.

17:08
Invité politique

Mais vous ne pouvez pas le faire si vous ne prenez pas des mesures coercitives. D'ailleurs, ce que font les Américains. Les Américains sont beaucoup plus critiques sur les GAFAM que nous autres. Il y a même les fondateurs de Facebook qui disent qu'il faut détruire ces entreprises et les couper en rondelles. Donc, ça devrait quand même nous alerter. Et surtout, là, M. Biden a nommé une spécialiste de la loi antitrust pour commencer à appliquer l'antitrust. Comme le gouvernement américain l'avait appliqué dans les années 30 contre Rockefeller et c'est plus de pétrole. Donc, il serait temps d'agir. Il n'y a pas de souveraineté européenne, j'ai à vous le dire, malheureusement.

Regardons un peu ce qui se passe au Sud. Vous savez ce que c'est la souveraineté européenne ? C'est la souveraineté exercée en commun. Il n'y a pas de souveraineté exercée en commun. Où est-ce qu'est l'Europe ? Sur le marché de l'énergie ? Sur le climat ? Mais nulle part. Les dirigeants en parlent plus qu'il y a quelques années. Mais il ne s'agit pas de parler. Il y a eu la pandémie. Mais il s'agit des... Mais excusez-moi, on a acheté aux anglo-saxons leur vaccin. Voilà. Et nous n'avons pas... On n'en avait pas. Voilà. Donc, il n'y a pas de souveraineté européenne. Voilà. Malheureusement, ça aurait été bien qu'on en ait eu.

18:21
Présentateur

Regardons ce qui se passe aux Etats-Unis dans le domaine industriel. Parce que là aussi, l'actualité est forte en ce moment. Vous allez voir. Les Etats-Unis, à coups de subventions énormes, essaient d'attirer chez eux les industries dont ils ont besoin. Notamment les fabricants de puces électroniques. Secteur absolument stratégique. Est-ce que là, l'Europe devrait et pourrait les imiter ? Alors, vous dites qu'ils essaient.

18:44
Invité politique

Mais ils y parviennent. En trois mois, ils nous ont déjà aspiré je ne sais combien de gigafactories. Des usines géantes en français moderne. Et en mettant 300 milliards sur la table. Nous, nous avons un marché du prix de l'énergie qui est destructeur. Qui conduit à l'étouffement économique. Et vous avez, en plus de ça, des subventions totalement illégales au regard des usages habituels. par tombereaux qui sont versés sur des acteurs industriels stratégiques. Donc, ils sont en train de prendre des avions pour quitter l'Europe et aller aux Etats-Unis. Et les Etats-Uniens, les Américains qui étaient venus en Europe sont déjà repartis. Ils ont repris leur billet retour.

Et pendant ce temps-là, que fait l'Europe ? Savons-nous répondre, nous, Européens ? Rien. Mais rien. Rien. Ça fait six mois, neuf mois même, qu'on demande la réforme du marché de l'énergie. Rien. Il n'y en a toujours pas. Comment se fait-il que nous produisons, nous, Français, de l'énergie à 50 euros, entre 50 et 100 euros ? Et que le boulanger, moi-même, qui fait des glaces, nous payons à 300, entre 300 et 500 euros, l'énergie, l'électricité ? Mais de qui se met-on ? Alors, on nous dit, mais l'Europe pourrait le faire. Il faut faire la même chose, dans ce cas-là. Il faut sortir 300 milliards et le distribuer au même. Mais enfin, à quoi ça sert ?

Donc, il va bien falloir prendre des mesures de rétention des Américains.

20:20
Locuteur non identifié

France Culture, Sens Politique, Jean Lémarie.

20:26
Présentateur

Toujours avec Arnaud Montebourg, l'ancien ministre de l'économie et du redressement productif. Quand François Hollande est entré à l'Élysée en 2012, vous l'avez accompagné. Vous êtes entré au gouvernement et pourtant, à l'époque, vous étiez déjà en désaccord avec lui. Voilà la deuxième archive de cette émission. Cette fois, c'est nous qui l'avons choisie. Vous allez donc la découvrir en même temps que les auditeurs.

20:46
Invité

Je suis candidat à l'élection présidentielle. Dans un moment particulièrement crucial pour notre pays. Je viens donc devant vous prendre des engagements. Avec toute la responsabilité nécessaire. Je ne veux pas, moi, me retrouver dans la situation d'être élu un jour sur une promesse. Et ensuite, ne pas revenir parce qu'elle n'aurait pas été tenue. Le premier engagement, c'est de faire en sorte que nous défendions notre filière d'excellence. La filière cinéologique. Et je sais, tout à l'heure, ça a été rappelé, qu'ici se fabrique le meilleur acier d'Europe. Et c'est la raison pour laquelle les constructeurs allemands et autres achètent ici leur acier. D'où l'enjeu de la réouverture.

Ce qui compte, c'est de parler et de tenir parole. Parce que c'est ça qui fera la différence au moment du choix, je l'espère, de l'élection présidentielle. Il y a ceux qui veulent se présenter comme les candidats du peuple. Et il y a les candidats qui prétendent servir le peuple. Merci.

21:52
Invité politique

Reconnaissez-vous ce discours, Arnaud Montebourg ? Oui, c'est une archive assez cruelle que vous avez diffusée. Là, c'est le discours de la camionnette de Florens.

22:06
Présentateur

Février 2012, pendant la campagne présidentielle, donc près des hauts fourneaux d'Arcelor-Mittal.

22:13
Invité politique

Je raconte ça dans mon livre, que vous avez fait l'honneur de lire. Je vous en remercie. L'engagement, je raconte l'histoire telle qu'elle a été vécue. D'ailleurs, c'est une reconstitution des sentiments. Le lecteur me pardonnera d'avoir exprimé mes sentiments en les retenant quand même. Mais que s'est-il passé ? Il y a eu ce discours sur la camionnette de Florens.

22:36
Présentateur

Donc, je rappelle, Arcelor-Mittal avait décidé d'éteindre les hauts fourneaux à Florens, en Moselle. François Hollande intervient pendant la campagne. C'était un sujet crucial de cette campagne présidentielle. Que se passe-t-il ensuite ?

22:52
Invité politique

J'arrive au ministère de l'Industrie. Ma première visite, c'est les syndicalistes qui disent « Maintenant, on exécute ». Donc, j'ai engagé un processus, d'abord de pression sur Arcelor-Mittal et son actionnaire tout à fait indélicat, Lakshmi Mittal et la famille Mittal. Je leur ai dit « Vous connaissez les décisions du président de la République ? Maintenant, on va les exécuter. Donc, vous allez rouvrir. » Je leur ai dit « Pas question. Débrouillez-vous. » Donc, provocation, bras de fer, bataille, homérique. J'ai dit « Écoutez, puisque c'est comme ça, je suis allé voir le président et son secrétaire général, adjoint, M. Macron.

» Je leur ai dit « Moi, j'ai pas d'autre solution que de nationaliser. » Nationalisation provisoire. Oui, pourquoi provisoire ? Parce que l'État ne s'est pas géré des hauts fourneaux. Mais, c'est une manière, puisque ce que faisait Mittal, c'était simple, c'est une délocalisation déguisée, c'est-à-dire qu'il ferme les hauts fourneaux et il va s'approvisionner en acier liquide, avant de les passer au laminoir, ce qu'on appelle la filière chaude, à l'étranger. Donc, je leur ai dit « Il est hors de question qu'on accepte ça. » Donc, on nationalise, mais on le confie à des opérateurs techniquement aptes et avec des fonds financiers qui rachèteront derrière.

Est-ce que c'était réaliste, ça, avec le recul ? Tous les pays le font. Singapour, le Japon...

24:22
Présentateur

Est-ce que là, en l'espèce, vous auriez trouvé ces opérateurs ? Ah ben, je les avais ! Est-ce qu'il y avait une suite ? Est-ce qu'il y avait une suite pour les hauts fourneaux ?

24:29
Invité politique

Si, d'abord, un ministre travaille sérieusement. Donc, si je n'avais pas le repreneur... D'ailleurs, je raconte dans mon livre qui est-il. D'ailleurs, il existe, vous savez. Il est à la tête d'une boîte franco-belge qui pèse plus d'un milliard. Donc, nous avions un opérateur qui s'est exploité... Il y avait une suite pour ces hauts fourneaux ? Il y avait un avenir ? Ben, non seulement il y avait une suite, mais elle était écrite à plusieurs mains. Et on avait des financiers qui étaient prêts à nous suivre, par patriotisme. Je rappelle que cette affaire, c'est au fourneau, a été nationalisé par Raymond Barre, qui appartenait à la famille de Vindel.

Donc, si vous voulez, la chirurgie, c'est un objet national. Ce n'est pas un objet d'appropriation privée. C'est privé-public, en clair. Voilà. Donc, c'est des industries stratégiques. Ben, si vous voulez, ce jour-là, le 5 décembre 2012, François Hollande a lâché les Français. Il a lâché la France. Et puis, c'en était fini.

25:29
Présentateur

ArcelorMittal, à l'époque, prend des engagements, maintenir le site, y investir, produire des aciers à haute valeur ajoutée, reclasser aussi les salariés qui avaient perdu leur poste. A-t-il tenu parole ? Ben, ça... Parce qu'aujourd'hui, ArcelorMittal explique qu'il a tenu parole.

25:48
Invité politique

Non, mais moi, mon sujet, c'est parcelorMittal. C'est le ministre que j'étais, chargé de mettre en œuvre les promesses du président de la République. Et c'est le président de la République lui-même qui a trahi ses propres promesses. Et François Hollande dit qu'il a tenu parole. Mais non, mais il n'a pas... Vous le savez bien, puisqu'il les a fermés. Il a ménagé un avenir pour le site. Mais non, mais il ne s'agissait jamais... Il n'a jamais été question de fermer tout le site. C'était la filière chaude. Il faut savoir de quoi on parle, n'est-ce pas ? Moi, je me souviens des larmes du syndicaliste Édouard Martin à la télévision. Il s'est senti trahi.

Et vous savez, quand un ouvrier se sent trahi, c'est tous les ouvriers qui se sentent trahis. Donc, en fait, il est là. Et d'ailleurs, la ville où était la minoire à Gondange a basculé au Front National. Tout de suite, c'était la ville du président socialiste de la région de Lorraine, M. Masseret, où il avait fait toute sa carrière politique d'élu local. Il avait passé au Front National. Donc, il faut arrêter de raconter des histoires aux gens. Donc, pour moi, François Hollande, ce jour-là, a abandonné ses promesses, ce qu'il était, le discours du bourget. Tout ça, il est parti en fumée. Et après, il n'a jamais pu retrouver le cœur du peuple. Et d'ailleurs, il n'a pas pu se représenter.

27:05
Présentateur

Pourquoi ? Parce que tout le monde était contre lui. À l'époque, vous étiez aussi en désaccord avec lui sur la politique nucléaire opposée à la fermeture des réacteurs. Vous n'avez pas changé d'avis. Et maintenant, Emmanuel Macron veut relancer la filière. C'est un des débats, d'ailleurs, des prochaines semaines. Mais avez-vous vu l'état d'EDF, Arnaud Montebourg ?

27:23
Invité politique

Ça, c'est une des actualités fortes aussi de la semaine. Mais vous avez parfaitement raison. D'abord, EDF n'a pas toujours été dans cet état. Il y a quelques années, il n'y a pas si longtemps encore. C'était une entreprise très profitable, leader européen. Parce que, tout simplement, on a laissé le système européen l'abattre. Et ça, c'est impensable. Vous savez qu'il faut savoir dire non à la technocratie européenne dirigée par personnes interposées par les intérêts allemands. Parce que c'est quand même ça, l'Union européenne. Donc, franchement...

27:55
Présentateur

Le retard gigantesque de l'EPR de Flamanville,

28:00
Invité politique

les problèmes majeurs de tuyauterie... Non, mais ça, d'abord, ça, c'est pas EDF. C'est Areva. C'est une autre question.

28:07
Présentateur

Et Areva, c'est une entreprise indépendante. C'est aujourd'hui EDF qui se retrouve à devoir mener des inspections gigantesques

28:12
Invité politique

qui vont nous poser des problèmes. Mais, excusez-moi, ne confondons pas tout. Que EDF soit en difficulté, c'est normal. Quand on dit, depuis 10 ans, y compris M. Macron, il y a encore jusqu'à 2 ans. En 2020, je vous rappelle que dans le décret qu'il a signé, ainsi que son Premier ministre, M. Castex, je crois, il était inscrit la fermeture de 14 réacteurs dans le programme pluramuel d'énergie. Donc, vous croyez qu'on va rénover les réacteurs pendant ce temps-là ? Ben, conséquence, on les laisse terminer leur vie. Donc, vous voyez qu'il y a là un prix qui se paye fort en raison de ces choix-là.

À l'époque, au gouvernement, j'ai pris la parole, j'étais dans un gouvernement avec des écologistes. J'ai dit, la filière nucléaire est une filière d'avenir. Et vous remarquerez que c'est le cas. Il y a 5 ans de construction de réacteurs nucléaires dans le monde. La Chine en construit 10 par an. Et nous, nous allons, effectivement, en construire 14. Et l'EPR n'est pas en service à Flamanville. L'EPR est une tête de série avec une complexité qui est en train d'être traitée. Je ne vous dis pas que c'est une réussite, l'EPR. Mais, la filière nucléaire qui se transforme... D'abord, on part sur des plus petits réacteurs. Des réacteurs qui ne posent pas les problèmes de sécurité de l'EPR.

Je rappelle qu'il y a des EPR qui fonctionnent en Chine, que j'ai visités à Taishan, à la 2. Et je vous rappelle que les Anglais ont néanmoins commandé 4 EPR. Bon, donc, on peut aussi dégoiser sur nous-mêmes, être nos pires procureurs. Mais il y a aussi des éléments très positifs dans cette filière.

29:50
Présentateur

Et nous avons besoin dans le secteur de solutions à court terme. La crise climatique est déjà là. Est-ce que l'énergie nucléaire comme recours, comme horizon, sous une nouvelle forme, c'est ce que vous nous dites ? Est-ce que c'est la solution ? On parle là aussi de nouveaux réacteurs à partir de 2037 dans le meilleur des cas. Tous ces écologistes de pacotille...

30:11
Invité politique

Vous parlez de vos anciens alliés ? Peu importe. Je parle de ce que vous voyez aujourd'hui des écologistes. Est-ce qu'ils vont nous expliquer un jour comment il est possible, quand on ferme 11 centrales nucléaires en Allemagne, on en ouvre 10 au gaz et au charbon ? Vous voyez ? Les Belges, ils ferment leurs centrales nucléaires. Ils sont en train d'ouvrir des centrales au gaz et au charbon. Et nous, puisqu'on a commencé à abandonner le nucléaire, on n'a pas fermé les deux centrales à charbon que j'avais soi-disant fermées il y a 10 ans. J'y étais allé avec la ministre de l'écologie de l'époque, Delphine Bateau, pour fermer les centrales à charbon.

Ce n'est pas très agréable de dire à des gens qu'on ne veut plus de vous, c'est fini, on arrête. Et puis, finalement, on les a réouvertes. Saint-Avold et Corde-Mais. Et puis, on a ouvert il y a deux ans, il y a un an, l'année dernière, une centrale à gaz à l'Andivisio en Bretagne. Donc, est-ce qu'on peut prendre conscience de ça ? D'ailleurs, pourquoi le bon couple, c'est énergie renouvelable et une énergie pilotable, qui ne soit pas fossile ? Pilotable, parce que le vent et le soleil, vous ne pouvez pas le décider. Voilà. C'est ça la bonne formule pour être... D'ailleurs, nous sommes le pays le plus vert d'Europe, c'est-à-dire le plus décarboné dans la fabrication de l'électricité.

Je ne vous parle pas du reste, on est loin. Mais pour ça, nous sommes les plus vertueux. Florange. Et les Allemands, pendant ce temps-là, sont les plus pollueurs et aggravent leur cas, puisqu'ils ont fermé les centrales nucléaires.

31:40
Présentateur

Florange, le dossier nucléaire, pourquoi avez-vous, pendant plus de deux ans, travaillé avec François Hollande, avec qui vous étiez, à ce point, en désaccord, Arnaud Montebourg ? Parce que c'est la vie du compromis.

31:52
Invité politique

Dans votre vie de couple, dans l'éducation de vos enfants, dans les conseils municipaux, vous faites des compromis avec les gens avec qui vous êtes censé faire des choses. Voilà. J'ai fait des compromis. Puis, à un moment, on n'a pas pu le faire. Ça s'est terminé. Je suis parti fièrement, en étant soulagé, d'ailleurs, que ça se termine. Qu'est-ce que je voulais vous dire ? Tous les jours, c'est ça, la vie. Voilà. Et je ne peux pas vous dire mieux. C'est la réalité.

32:18
Locuteur non identifié

France Culture, Sens Politique, Jean Lémarie.

32:22
Présentateur

Toujours avec Arnaud Montebourg, nous arrivons dans la dernière partie de cette émission. Trois fois, vous avez tenté de devenir président de la République. Deux fois, vous vous êtes présenté à la primaire du PS, en 2012 et en 2017. Vous arrivez troisième. Et en 2021, vous avez proposé une remontada, comme vous l'avez appelé à l'époque. Vous avez tenté d'être candidat avant de jeter l'éponge. Comment expliquez-vous cet échec ?

32:47
Invité politique

Je n'avais pas d'argent. La politique, c'est une affaire de gros sous. C'était l'argent ou c'était le programme ? Ah, le programme était très bon. Je n'en retirerai pas une ligne. Le programme, c'est le programme que j'ai toujours défendu. C'est toujours... Voilà. On est le même. Il n'y a pas d'incohérence. Non, le programme, quand je dis qu'il était très bon, c'est à mes yeux. Il n'était pas si bon que ça, puisqu'il n'a pas eu beaucoup d'impact. Mais, c'est une affaire de gros sous, l'élection présidentielle. Et pourquoi, aujourd'hui, vous n'avez... C'est simple, en fait. Il faut avoir un parti politique établi depuis 15 ans pour pouvoir avoir un candidat présidentiel qui puisse financer.

Si vous n'avez pas de parti politique, il faut être prole de l'argent, en fait. Il faut qu'il y ait des gens qui vous financent parce que vous défendez leurs intérêts, ce qui n'est pas mon cas. Voilà. Donc, c'était le cas d'Emmanuel Macron. Donc, pourquoi vous avez toujours les mêmes candidats, les mêmes partis, les mêmes candidats ? Parce que le système fonctionne sur les élections législatives. Si vous avez beaucoup de députés, vous pouvez avoir un candidat présidentiel. Si vous avez zéro député, vous pouvez faire une candidature, mais vous aurez... Emmanuel Macron est arrivé à l'éviser 100 députés en 2017. Oui, mais parce qu'il a eu l'argent de ceux... Il était proche de l'argent.

Il était chez Rothschild. Il était proche de l'argent. Il défendait les intérêts de ceux... D'ailleurs, il a fait le programme de ceux qui en avaient de l'argent. N'est-ce pas ? Ceux qui ont réussi et ceux qui ne sont rien. Vous vous souvenez de ça ?

34:14
Présentateur

Vous mettez en avant la cohérence de vos engagements, de votre programme. Mais il y a un moment de cette pré-campagne de 2021, un moment important chez vos amis, un tournant. C'est votre proposition, vous le savez, pour lutter contre l'immigration illégale. C'était sur LCI et RTL en novembre 2021. On écoute un extrait de cette interview et on en parle juste après.

34:35
Invité politique

Nous avons les moyens de ramener ces personnes dans leur pays d'origine. Ce sont les pays d'origine qui refusent de reprendre les personnes qui relèvent de leur juridiction. Donc, la privation des visas, pour moi, ne fonctionne pas. Donc, je suis décidé à taper au portefeuille. Il y a 11 milliards de transferts d'argent qui passent par Western Union sur l'ensemble des pays d'origine. Eh bien, nous bloquons tous les transferts aussi longtemps qu'on n'a pas un accueil de coopération. Ce sont des transferts d'argent privé, là, dans vous parlez. Ce sont des transferts d'argent privé, mais qui, aujourd'hui, sont une manne pour ces pays. Et nous avons besoin, aujourd'hui, de dire, ça suffit.

35:15
Présentateur

Votre proposition, à l'époque, taper au portefeuille, empêcher les immigrés d'envoyer de l'argent dans leur pays d'origine pour obliger ces États à reprendre leurs ressortissants en situation irrégulière en France. Beaucoup de vos amis ont été consternés. Ils vous l'ont dit. Certains vous ont quitté, à ce moment-là, des accords politiques. Cette proposition vous a coûté cher, politiquement. Pourquoi l'avez-vous faite ?

35:38
Invité politique

Écoutez, je ne sais pas si elle était très à droite. Mais une chose est sûre, c'est que le problème reste entier. C'est que les obligations de quitter le territoire français ne sont toujours pas exécutées. Et qu'on n'y arrive pas. Pourtant, il y a eu beaucoup de turbulences sur le niveau des visas. Je suis moi-même président de l'association France-Algérie, une association qui a été créée par le général de Gaulle, Germaine Tillon, qui a été présidée par différents anciens ministres gaullistes et socialistes, dont les derniers, Pierre-Jacques et Jean-Pierre Chevènement.

Donc, j'aurais succédé dans cette mission de maintenir l'amitié entre les peuples algériens et français, quelles que soient d'ailleurs les turbulences politiques au sommet des deux gouvernements. Et nous les employés ont dans le secteur culturel, dans le secteur scientifique, en économie également. Il est vrai qu'on n'arrive pas à trouver un point d'arrivée et d'équilibre avec les pays dont sont originaires un certain nombre de gens extrêmement dangereux sur notre territoire. On a ce problème. Et donc, c'était une provocation, c'est vrai, une proposition provocatrice, mais elle avait le mérite, au moins, de mettre les pieds un peu dans le plat. Je vous dis que...

Qui était une reprise d'une proposition de l'extrême droite. Oui, bon, c'est vrai. C'est vrai. On ne peut pas dire le contraire. Mais néanmoins, vous savez... Est-ce qu'il faut faire

37:05
Présentateur

des propositions reprises de l'extrême droite pour espérer...

37:07
Invité politique

C'est-à-dire que le jour où Mme Le Pen dit qu'il fait beau, est-ce que je vais dire que la pluie tombe ? Ce n'est pas le sujet. Le sujet n'est pas celui-là. D'abord, parce que c'est comme ça que l'extrême droite progresse. C'est-à-dire que, finalement, on lui laisse tout. Même... Est-ce que reprendre certaines de ses propositions l'empêche de progresser ? Je ne vous... Je ne défendrai pas, aujourd'hui, cette proposition en l'état. Mais, ce n'est pas parce que... Vous savez, il y a des propositions qu'on retrouve dans le programme de M. Mélenchon, de M. Macron et de Mme Le Pen. Les mêmes. Donc, je pense que ça, ce n'est pas un argument. Voilà.

Parce que l'intérêt national, l'intérêt de la France, l'intérêt de notre pays, qui n'est quand même pas en grande forme, c'est quand même qu'on trouve des solutions aux problèmes qu'on met sous le tapis depuis des années.

37:50
Présentateur

Quel est le problème ? Comment le nommez-vous, ce problème-là ? Je vous pose la question alors que le débat sur l'immigration revient, là, au Parlement.

37:56
Invité politique

Écoutez, le débat sur l'immigration, nous, on a besoin de maîtriser l'immigration. On a besoin d'immigration. On en a besoin. Tout le monde le sait. Donc, c'est une hypocrisie de dire immigration zéro. Je ne sais pas d'où c'est venu. On a besoin d'une immigration, d'ailleurs, maîtrisée, choisie, économique, avec des mécanismes d'intégration en contrepartie. Apprendre le français,

38:20
Présentateur

respecter les lois. Voilà. Est-ce que le projet du gouvernement vous convient tel quel avec une régularisation plus importante de travailleurs aujourd'hui en situation irréguée ? qui travaille dans les entreprises françaises et en même temps une accélération et reconduite à la française ?

38:37
Invité politique

Non, mais c'est une nécessité c'est une nécessité que on puisse aujourd'hui échanger intégration contre contre travail. Enfin, je veux dire, on en a besoin. L'histoire de la France, c'est d'abord celle-là. C'est l'intégration de vagues de populations qui étaient qui nous étaient étrangères et qui sont devenus français peut-être eux-mêmes, souvent leurs enfants, toujours, toujours leurs descendants et qui ont contribué à la richesse commune. Donc ça, c'est notre histoire. Vous savez pourquoi ? Parce que la France est un cul-de-sac. Donc les vagues migratoires dans l'histoire butaient sur les côtes naturelles. Donc on s'arrêtait en France et puis finalement on devenait français.

Donc cette intégration-là, c'est là que la machine ne fonctionne pas. Et donc vous avez aujourd'hui une population très inquiète à cause de ça. Donc il faut qu'on reprenne la main sur cette politique tout en étant intelligent sur nos intérêts.

39:35
Présentateur

Quel est le modèle ? Est-ce que c'est le modèle de la gauche au Danemark par exemple qui a une politique et qui prône une politique beaucoup plus dure, beaucoup plus stricte ? Est-ce que c'est le modèle des Britanniques ? Richie Sunak était hier à Paris le Premier ministre britannique. Là aussi, des mesures qui frappent au Royaume-Uni et en Europe.

39:55
Invité politique

La gauche danoise a une position sur les questions économiques et sociales qui sont j'allais dire très interventionnistes dans une tradition presque souverainiste. C'est vrai. Très très d'ailleurs je me reconnais dans ces orientations économiques. Sur le plan régalien ils sont très très durs. Pour moi ils sont trop durs. Voilà. Il y a des choses même assez inhumaines. et cruelles. Mais ils ont quand même gagné les élections. Montrant que finalement ils ont été réélus si je ne m'abuse dernièrement. Montrant que finalement ils ont été capables finalement d'infléchir ce qu'était cette social-démocratie qui s'est mise au service de la mondialisation financière.

Pourquoi les socialismes ont disparu partout ? Parce que ce n'est plus du socialisme. C'est l'accompagnement de la mondialisation financière. Et même au service. Voilà. C'est l'abandon des ouvriers de Florange. C'est tout ça. C'est un exemple. Mais il y en a beaucoup d'autres. C'est l'abandon d'Alstom.

41:06
Présentateur

Longtemps vous avez rêvé de réunir les français les patriotes des deux rives disiez-vous. Qui peut le faire aujourd'hui ? On ne le connaît pas. Vous savez que c'est le rêve de Marine Le Pen

41:16
Invité politique

dans ses discours. C'est ce qu'elle dit en tout cas. Oui mais c'est normal parce que personne ne le fait. Comme il n'y a plus de gaulliste c'est elle qui se déclare gaulliste. Mais moi je considère que je suis gaulliste social. En fait. En fait. Voyez ? Moi je considère que je suis un gaulliste social. D'ailleurs on cherche toujours parce que je n'ai plus de parti comme je vous l'ai expliqué je suis une sorte d'orphelin errant. Et donc si j'avais à me définir je serais entre Philippe Seguin et Jean-Pierre Chevènement. Vous voyez ? Quelque chose comme ça.

41:49
Présentateur

Gaulliste social Arnaud Montebourg invité de Sens Politique merci à vous. C'est la fin de cette émission à retrouver comme chaque semaine sur franceculture.fr et sur l'appli Radio France. Merci à Anne-Claire Bazin la programmatrice de Sens Politique. Caroline Bento a réalisé cette émission. A la prise de son aujourd'hui il y avait Ruben Karmazine. La semaine prochaine Rachida Dati sera notre invité. Moi je vous retrouve dès lundi à 8h15 pour le billet politique de France Culture et en attendant je vous souhaite un très très bon week-end.