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AutreFrance Inter — Le téléphone sonne (sur Site radio)· 15 décembre 2025 38 minContradictoireMixte

Les éleveurs en alerte : DNC aux portes !

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Présentateur

France Inter France Inter Le 18-20 Fabienne Sintès

0:10
Invité

Voir abattre son troupeau devant soi, la totalité des bêtes, c'est un traumatisme pour un éleveur, c'est un chagrin aussi. Dans les petites exploitations, les bêtes portent un nom, on sait les distinguer. Par ailleurs, un cheptel ne se remplace pas aussi facilement qu'une vache pour une vache. Un animal s'acclimate, fait repartir une exploitation, même si bien sûr, il a été indemnisé, ça ne se fait pas en claquant des doigts. Tout ça pour dire que le chagrin et la colère, tout le monde peut les comprendre. Mais une fois qu'on a dit ça, y a-t-il réellement une alternative à l'abattage des troupeaux touchés par la dermatose ? Pour l'instant, on n'a pas trouvé mieux.

Le protocole est très strict, abattage du troupeau, vaccination sur 50 km, pas de déplacement de bétail. Tous les pays touchés ont fait ça, l'Espagne, l'Italie, la Grèce. Les questions qui montent aujourd'hui, c'est pourquoi tout le troupeau ? Et on essaiera de répondre à ça, parce que cette maladie, au fond, un peu comme le Covid, elle peut être asymptomatique. Donc une vache qui est contagieuse, elle peut être contagieuse, pardon, même si elle ne présente pas de signe de maladie. Mais pourquoi on ne vaccine pas à très grande échelle ? Est-ce que c'est juste une question de disponibilité des vaccins ?

Ou est-ce qu'on protège les très grandes exploitations exportatrices, qui seraient peut-être pénalisées par des animaux vaccinés ? Il faudra nous expliquer tout ça, nous expliquer aussi ce que provoque cette maladie, bien au-delà des problèmes d'abattage. Elle semble réveiller une colère qui va bien au-delà. Donc la crise agricole est loin d'être éteinte, elle court depuis presque deux ans, le Mercosur par-dessus. La question du modèle agricole revient à l'occasion de cette crise-là, de notre modèle agricole. Et puis cette maladie que l'on connaît depuis 1920 n'est apparue en France qu'en juin dernier.

Est-ce que ça veut dire, et là encore le parallèle avec le Covid, il est pertinent, est-ce que ça veut dire que oui, il y en aura d'autres, il y en aura d'autres encore et de plus en plus souvent, et il faudra nous y préparer ? C'est le téléphone sonne, soyez les bienvenus. Alain, vous êtes dans le Cantal et vous êtes le bienvenu, bonsoir Alain. Oui, bonsoir France Inter et tous vos invités, les collègues agriculteurs et non-agriculteurs. Il y a beaucoup de monde qui écoute France Inter et le téléphone sonne. Absolument.

La question, elle est toute simple, je suis éleveur d'une vingtaine de bêtes, mais la question se pose quand même, parce que je perdrai mon jetel, ça serait une catastrophe avec les salaires et le système HVE et bio. Par contre, on vaccine, je suis d'accord. Mais, mais, avec un point virgule, si la bête est en incubation, il se passe quoi ? Est-ce qu'on renforce, on diminue ? Est-ce qu'après on risque d'avoir des avortements ? Est-ce qu'on risque d'avoir des conséquences ? Je sais que les scientifiques, en principe, sont tenus de dire que non, mais on ne sait pas. Parce qu'en fait, quand on est en incubation de la grippe, on ne fait pas de vaccin de grippe.

En Allemagne, quand il y a eu le Covid, avant de faire le vaccin pour le Covid, vous en avez parlé, Fabien, tout de suite, il y avait un test à faire. On avait une réaction, on attendait, parce que c'était une fièvre. Donc, est-ce que pour les animaux, on ne va pas arriver vers un problème ? Alors, je pousserai un petit peu plus loin. C'est qu'avec cette agriculture intensive qu'on a, qui est pas mal sur, je dirais, manque d'oligo-éléments, est-ce que nos bêtes n'ont pas perdu une défense immunitaire ? Parce que moi, une année, j'ai eu un problème avec la Bruxellose. On vaccinait avec du B19, les bêtes ont avorté.

Moi, je leur ai donné du lithotam, pas mal, des algues marines, j'ai pas eu un avortement. Est-ce que il faudra... Bon, vous entendez les mots ? Eh bien, on les entend, vos bêtes, et on les salue, Alain. Il n'y aurait pas autre chose à voir, je dirais, de plus simple. Je ne sais pas trop comment dire. Mais on a bien compris ce que vous disiez, et c'est pertinent ce que vous nous dites, Alain. D'abord, le parallèle avec le Covid, il est quand même intéressant, parce que tout le monde a joué avec ce parallèle Covid. Et ce que vous nous dites aussi, c'est l'une des caractéristiques de cette maladie, c'est que l'incubation est très longue. Donc, qu'est-ce qu'on fait dans ces moments-là ?

C'est qu'elles sont vraiment pertinentes, Alain. Merci beaucoup, on vous salue, et vos bêtes qui sont derrière vous aussi, pour discuter ensemble avec nous au Téléphone Sun. Il y a Raphaël Guateau. Bonsoir, M. Guateau. Bonsoir. Vous êtes professeur médecine bovine à Oniris, l'école nationale vétérinaire agroalimentaire et de l'alimentation qui est à Nantes, de Nantes-Atlantique. Donc, littéralement, il y a Ulysse Thévenon qui est avec nous. Bonsoir.

4:42
Présentateur

Bonsoir.

4:42
Invité

Vous êtes journaliste indépendant. Vous êtes auteur d'un livre dont il me manque le début. Le sens du bétail. Le sens, voilà. Le sens du bétail, c'est publié chez Flammarion. Ça a été publié en 2025, mais on peut continuer à le lire aujourd'hui. Il y a Pierrick Aurel qui est avec nous. Bonsoir.

4:59
Présentateur

Bonsoir, Fabien Sainte-Husse.

5:00
Invité

Vous êtes le président des Jeunes agriculteurs. On aura Stéphane Gallet, qui est le porte-parole de la Confédération paysanne, un peu après. Bien entendu. C'est peut-être avec vous que j'ai commencé, Raphaël Guateau. Vous, le professeur en médecine. Vous, le vétérinaire. Sur cette histoire d'incubation, qu'est-ce qu'on peut répondre à Alain ? Qu'est-ce qu'on peut répondre à la crainte d'Alain, surtout ? De ce que je comprends, en fait, il avait deux questions. Une qui était liée aux potentiels effets secondaires de la vaccination. Et puis, une autre question relative à l'efficacité du vaccin si l'animal est en incubation.

Donc, pour ce qui est des effets secondaires de la vaccination, comme tout vaccin, il peut y avoir des réactions secondaires, notamment dans des chantiers de vaccination qui seraient massifs et collectifs. Il peut y avoir effectivement de l'hypthermie, de l'avortement sur certains animaux, mais ces effets secondaires graves sont relativement rares. Ils sont plutôt bien renseignés, inférieurs à 0,1%. Un des effets secondaires qu'on peut avoir avec le vaccin de la DNC, c'est justement que ça puisse reproduire des petits nodules qui ressemblent à ceux de la DNC, de la maladie.

Mais là, on a la possibilité, par des techniques PCR, d'analyser les nodules pour savoir si c'est le virus vaccinal ou le virus sauvage. Et c'est fou, technique PCR, etc. Je faisais les parallèles avec le Covid, Raphaël Goteau, mais on y est vraiment là-dessus. On y est aussi d'ailleurs dans la réaction qui peut y avoir, la réaction qui est parfois épidémique. Ulysse Thévenon, vous, vous avez rencontré évidemment des éleveurs, vous avez été notamment au premier foyer, c'est celui de Haute-Savoie. Oui. Et à ce moment-là, ça commence à monter, pas au point de ce qu'on voit aujourd'hui. Qu'est-ce qui se passe, à votre avis, entre la Haute-Savoie et Sud-Ouest ?

6:37
Présentateur

Alors pour être plus précis, moi j'étais sur le dernier foyer à abattre en Haute-Savoie. À cette époque-là, je me suis dit, ah j'arrive en fin de course, le sujet va être dépassé, aujourd'hui il revient. En fait, quand j'étais là-bas, c'était le dernier foyer, il n'y avait plus aucun bovin qui était vivant à 10 km à la ronde, il restait 8 vaches qui étaient en montagne, une seule malade, qui en plus apparemment allait mieux, et les autres insomptomatiques. Et les gens qui étaient sur cet ultime blocage disaient, mais ce serait une folie d'aller jusqu'à une éradication totale à ce point. Pourquoi on éradiquerait ces derniers animaux qui ne peuvent plus contaminer les autres ?

Un peu plus tard, le mois dernier, j'ai documenté une autre forme de violence. Des bovins ont été fusillés en Pyrénées-Orientales, en fait, dans le cadre d'un abattage total de la dermatose nodulaire contagieuse. Il y a des bovins qui ont paniqué, ils se sont enfuis, ils étaient dans les prairies et la seule solution qu'on a trouvée, c'est de les abattre par arme à feu. Donc c'est tout un tas, c'est une sorte de violence institutionnelle qui vraiment fait monter la colère agricole qui, on le sait, depuis quelques temps déjà, ne cesse de monter. Donc voilà, il y a une sorte de défiance, une perte de confiance envers les autorités qui est claire et nette.

7:46
Invité

Et on va y revenir là-dessus, bien sûr. Pierre-Éricorel, moi la question que j'ai envie de vous poser, vous le président des Jeunes Agriculteurs, c'est, il y a beaucoup de questions qui viennent comme ça au standard. Pourquoi est-ce, qu'on ne vaccine pas à grande échelle ? Est-ce que c'est juste une histoire de disponibilité des doses ou est-ce que c'est une autre histoire ?

8:05
Présentateur

Non, la question est pertinente. Il y a plusieurs choses. En effet, il y a la disponibilité du vaccin. On ne le produit pas en France, on ne le produit pas sur le territoire et donc ça aura échappé à personne. La maladie sévit sur d'autres territoires européens et donc il y a une forme de concurrence pour la disponibilité des vaccins.

Enfin, là encore, si l'État avait pris un peu ses responsabilités, nous ça fait deux mois qu'on indique que ça serait bien qu'on réfléchisse à une stratégie vaccinale si d'aventure la maladie devait s'étendre, on n'a pas été entendus puisqu'aujourd'hui on sait qu'on est incapable de vacciner tout le cheptel français et quand je dis ça, il faut aussi que dans le même temps et c'est tout l'objet de ce qui fait les discussions en même temps, en ce moment, c'est de bien se rendre compte que si on vaccine massivement le cheptel français dans tout le territoire ou certains territoires, on perd notre statut indemne de DNC à l'Europe.

Ce qui veut dire qu'on a une fermeture des marchés pour l'export pour la partie export, une fermeture des marchés pour notre lait cru, notre lait pasteurisé, une fermeture de tout ça avec des impacts économiques colossaux pour la filière.

9:12
Invité

Il faut qu'on comprenne ça Pierre-Écorel, ça veut dire que lorsque, si on vaccinait à très grande échelle, même un troupeau qui est sain, mais préventivement, ça veut dire qu'on perd ce qu'on appelle le statut indemne. On est d'accord ? On le perd.

9:26
Présentateur

Tout à fait.

9:26
Invité

Donc c'est ça la vraie raison pour laquelle, M. Aurel, les agriculteurs ne sont pas tous favorables à une vaccination à très grande échelle parce que la question qui vient derrière, c'est est-ce que les petites exploitations sont en train de payer pour les grosses, en fait ?

9:38
Présentateur

Alors, que ce soit les petites ou les grosses, exploitation, je vais vous dire, le sujet, il concerne tout le monde parce que ce que je viens d'évoquer, c'est le sujet de notre statut à l'export. Mais tout le monde voit bien que si on n'exporte plus, il va falloir consommer la viande sur le territoire. Et donc, de ce fait-là, on vient perturber les marchés intérieurs et notamment les petites exploitations qui font de la vente directe très localement. Donc en fait, c'est l'affaire de tous. C'est l'affaire de tous et les choix que l'on fera collectivement impacteront la filière durablement que ce soit en local, à l'export. Et voilà.

Donc, il faut faire très attention avec les décisions qu'on peut prendre. C'est pour ça que nous, on reste très attachés au protocole.

10:20
Invité

Une dernière question, M. Aurel, avant de faire circuler la parole. Lorsqu'on perd son statut indemne, on le perd combien de temps ?

10:28
Présentateur

Alors, ça, c'est variable. Mais en tout cas, on le perd pour plusieurs mois, voire plusieurs années, puisqu'il faut qu'on éradique la maladie totalement et que le cheptel français soit vacciné à hauteur de 95%. Il faut créer une immunité, en fait, c'est ça ? Exactement. C'est le principe du vaccin. Et donc, à partir de là, on observe ça. Mais vous voyez bien que pour vacciner les 16 millions de bovins, ça va nous prendre un petit peu de temps.

10:56
Invité

On est d'accord. Je vous ai vu réagir, Ulysse-Tévenou, on reviendra vers notre amie vétérinaire juste après.

11:01
Présentateur

Effectivement, Aude-Savoie, les éleveurs me disent mais moi, je suis 100% local, je ne suis pas concerné pas le commerce international. Ce n'est pas tout à fait vrai et ils reconnaissent eux-mêmes les veaux laitiers. En fait, quand on fait dans une exploitation laitière, les veaux laitiers, il faut malheureusement s'en débarrasser. On les envoie énormément en Espagne et en Italie. Et ça, ça concerne tout le monde, même le plus petit paysan. Même Stéphane Gallet de la Confédération Paysanne, j'en parlais avec lui hier, il est d'accord. Et donc, ça concerne tout le monde mais ça interroge notre modèle.

On est dans ce libre-échange international, on parle beaucoup des importations mais là aussi, on voit qu'on est quelque part dépendant des exportations.

11:36
Invité

Et on voit bien effectivement que derrière cette crise, il y a aussi une histoire de modèles. Bien sûr, on y viendra juste un mot, Raphaël Gouaté aussi. De toute façon, demain, on avait toutes les doses disponibles. Combien de temps on met pour vacciner le cheptel français ? Ça semble, il y a 125 000 élevages en France, grosso modo. Combien de temps on met ? C'est difficile à estimer mais ça sera forcément plusieurs mois, le temps d'organiser l'ensemble des chantiers, l'acheminement des doses, l'ensemble du matériel, les vétérinaires, les organisations professionnelles ont estimé que si on devait vacciner tout le cheptel bovin français, ça prendrait de l'ordre de 10 à 12 mois.

On va parler protocole et c'est grâce à vous, Bastien, bonsoir. Oui, bonsoir. On vous écoute, Bastien, vous êtes le bienvenu. Bonsoir, je suis le secrétaire départemental de la Confédération Pays-Armes. Je suis présent sur un blocage au niveau de l'ARN-88 à Barac-Ville. Ok. Donc, voilà, donc nous, ce qu'on réclame, c'est l'arrêt total de l'abattage total parce qu'on voit que cette politique ne marche pas. C'est surtout ça, en fait, qu'on déplore parce que les gens, c'est la politique de la peur et les gens ne déclarent pas les animaux malades parce qu'ils mangent venaient à la place à la place des paysans ou des paysans.

On vous dit qu'on va vous abattre les vaches à votre troupeau toute votre vie. Et du coup, ils ne les déclarent pas et ça fait des bombes à retardement. Mais pourquoi vous dites que ça ne marche pas, en fait ? Eh bien, on le voit bien. Les gens ne le déclarent pas. Ce qui s'est passé dans la Haute-Garonne, c'est un élevage où il y avait trois bovins qui ont été récupérés par l'écarissage et il y a eu des analyses de fait dessus. C'était des bovins morts et du coup, ils ont fait un test dessus. Ils se sont aperçus qu'il y avait de la dermatose et les gens attendent au dernier moment, en fait. Ils voyaient que la bête est malade, même si elle meurt. Voilà.

Mais ils ne vont pas faire l'effort de dire j'ai la dermatose, mettez-vous à leur place. Vous avez une vache malade, hop, vous savez très bien que vous avez à voir tout votre troupeau abattu et tout ça. Et puis après, avec les événements qui se sont passés en Ariège et ces derniers temps, quand vous voyez comment ça s'est passé, vous imaginez plein de personnes qui arrivent, qui vous coupent les arbres, qui vous démontent les routes. Je pense qu'on peut se mettre à leur place et les comprendre.

Alors, se mettre à leur place et comprendre ce traumatisme, ça c'est clair, mais à la fin, tout le monde va se retrouver face à cet entonnoir, si je puis dire, Bastien, parce qu'il faudra bien les amener à l'abattoir, les bêtes, et donc à un moment on se rendra compte de toute façon qu'elles ont été malades. Donc en fait, qu'est-ce qu'on a gagné quand on est aujourd'hui un éleveur et au-delà du traumatisme qu'on a bien compris, qu'est-ce qu'on gagne si on ne dit rien aujourd'hui ?

On gagne de garder notre capital et puis je vous rappelle qu'on a traversé d'autres maladies, la FCO, la MHE et on les a traversées, il y a eu des problèmes, il y a eu aussi à un moment donné, pendant un mois, des blocages de frontières, il y a eu des négociations de fêtes et on y est arrivé. Mais pour nous, la Confédération Paysanne, surtout de l'Aveyron, c'est le modèle qu'il faut revoir. Je l'ai déjà entendu de la part de quelque chose, sur le long terme, cette crise vraiment met à mal le modèle de l'export. Il faut faire naître, abattre, engraisser et abattre en France et parler véritablement de souveraineté alimentaire.

Et donc arrêter d'exporter au final, c'est ce que vous dites, mais vraiment quoi ? Oui, voilà, il faut vraiment relocaliser la consommation de la viande et la production surtout. Et puis aujourd'hui, c'est la meilleure arme de guerre et je n'ai pas honte de dire pacifiste pour faire face à la mondialisation, faire face à la Russie, faire face à la Chine, faire face aux Etats-Unis. Tant qu'on aura à manger, on pourra résister. On n'a plus d'ordinateur, on n'a plus de téléphone, on peut arriver à s'en passer quelque part. Bon, dans notre jour, ça serait compliqué, je vous l'avoue. Mais ce que je veux dire, tant qu'on a à manger, on peut vivre, voilà. C'est ce que je veux dire.

Merci, on a bien compris ce que vous nous disiez, on aura l'un de vos confrères dans un tout petit instant. Deux choses, Raphaël Guateau, d'abord, monsieur le professeur en médecine, qu'est-ce qui se passerait si, comme le suggère Bastien, on laissait filer ? En fait, qu'est-ce qui se passe pour le cheptel en France si on laisse filer, si on n'abat pas tout le troupeau ? Scientifiquement, cette maladie apporte le nom de dermatose nodulaire contagieuse parce qu'elle est très contagieuse. Comme l'a dit l'auditeur, quand on laisse traîner, le nombre de cas augmente. Donc, assez souvent, on entend qu'on abat les troupeaux pour un seul cas.

C'est parce que, justement, on ne laisse pas filer la maladie et l'infection dans le troupeau. Certains rapports, dans d'autres pays, dans certains élevages où il y a eu un retard à la détection, font état de beaucoup d'animaux avec des lésions. Certains en meurent. Des vaches ont des pertes de poids extrêmement importantes et certains animaux ne meurent pas mais présentent ensuite de la sous-production, ne sont plus du tout, j'allais dire, en bonne forme, etc., pour assurer la production nécessaire. Et puis, l'autre souci, vous l'avez dit tout à l'heure, c'est qu'il y a une incubation qui peut être très longue, jusqu'à 30-35 jours de démontré.

Donc, pendant 35 jours, l'animal va incuber et, quelque part, développer ou non des signes cliniques après. Donc, le souci, c'est que plus on attend, plus on laisse le loisir au vecteur, aux mouches, de venir chercher du virus sur l'animal et de le transmettre soit à d'autres animaux dans le troupeau ou aux troupeaux avoisinants. Et donc, après, c'est une contagion qui est difficile à contenir. Parce que ce qu'on entend aussi, et je vois passer les messages sur WhatsApp, c'est qu'à partir du moment où ce virus n'est pas transmissible à l'homme de toute façon et qu'il n'est donc pas dangereux pour l'homme, pourquoi c'est si grave ? En fait, c'est grave parce que c'est une maladie grave.

En fait, ce n'est pas grave parce que c'est une maladie réglementée. C'est réglementé parce que c'est une maladie grave qui est très contagieuse, qui entraîne des pertes sur les animaux. L'expérience notamment dont vous parliez aux Balkans, en Grèce, etc. Ils ont eu à un moment donné des stratégies un peu différentes parce que justement, le nombre de foyers était très important. Je pense que ce qu'il faut retenir, c'est que la stratégie d'abattage total, c'est quelque chose qui est mis en œuvre au départ, lorsqu'on pense que l'éradication est encore possible parce qu'on a un nombre de foyers qui est peu important, ce qui a été le cas finalement au Savoie.

On a effectivement eu, aujourd'hui, on est à peu près à 111 foyers en France et l'épidémie a réussi à être contenue en Savoie malgré le fait qu'elle était arrivée, qu'on ne la connaissait pas, qu'il a fallu mettre tout en branle et en fait, la mobilisation de l'ensemble des acteurs a permis de juguler cette épidémie à cet endroit-là. Donc, je pense que collectivement, on croit qu'il est tout à fait possible de contenir et d'éradiquer en ayant ce triptyque entre le dépeuplement, la vaccination et également, très important, la restriction des mouvements.

Et après, Pierre-Écorel, la question que posait notre auditeur, et c'est une question légitime, c'est celle du modèle, ce n'est pas la première fois qu'on met cette question sur le tapis, c'est aussi de là que vient la crise agricole qui court depuis deux ans et plus. On est en train de reparler beaucoup du Mercosur aujourd'hui. Ce que ça raconte, c'est aussi ça, non ? C'est aussi ça, l'histoire Pierre-Écorel. C'est quel est notre modèle, quel est le modèle que nous voulons aujourd'hui ? Est-ce que votre réponse à vous, c'est de dire notre modèle est le bon ? En fait, il ne faut surtout rien toucher.

18:48
Présentateur

Non, ce n'est pas la réponse que je vais vous faire ce soir, mais en revanche, ce que je voudrais vous apporter comme éclairage, c'est que les zones qui sont touchées aujourd'hui par la DNC sont des zones pour l'export et ce n'est pas que les grosses exploitations qui exportent. Vous savez, moi je suis éleveur bovin dans le sud de la France, j'ai 40 mers allaitantes et j'exporte ma production et je n'ai pas l'impression d'être un gros producteur. Et voilà, donc encore une fois, ce n'est pas tant la taille de l'exploitation, mais pour répondre sur la question du modèle.

Évidemment que ce modèle de commerce international et avec nos homologues européens interroge dans un moment où la géopolitique est bouleversée et où on voit les pressions qui s'exercent autour de l'alimentation. Mais je pense que le modèle a très bien fonctionné pendant 20 ans, 30 ans. Il a fonctionné. Aujourd'hui, il montre des points de faiblesse, des points de rupture et ce n'est pas le président de jeunes agriculteurs que je suis qui va vous dire qu'il ne faut pas le challenger, le changer et évidemment, penser à autre chose demain.

Quand j'entends l'engraissement sur le territoire français, l'engraissement bovin, parce que c'est celui-là qu'on parle ce soir, évidemment que ça fait partie des choses à faire, mais on exporte 240 000 tonnes de viande de vache en France vers les autres pays. Demain matin, si on engraisse tout, il va falloir qu'on mange beaucoup plus de vache, or ce n'est pas la commande publique. Donc voilà, ça prend du temps de changer les modèles, mais on voit bien que certains arrivent au bout.

20:18
Invité

Ulysse Thévenon, avant de retourner au standard, moi ce que j'entends en creux dans ce que nous disent les gens, ce que nous disent les éleveurs et ce qu'on entend aussi, c'est au fond qu'on est en train de parler d'un modèle d'agriculture familiale qui est en train de disparaître aujourd'hui et que l'un des cris que poussent les gens dont on abale le troupeau aujourd'hui, c'est le troupeau bien sûr, mais c'est aussi ma ferme familiale, mon exploitation à taille humaine, petite ou moyenne, ça c'est en train de disparaître. Est-ce que c'est une fatalité selon vous cette disparition-là ?

20:44
Présentateur

Il y a de moins en moins de fermes, elles sont de plus en plus grandes, c'est la trajectoire qu'on connaît depuis des décennies. Ce que vous disiez intéressant, c'est important de le rappeler à nos auditeurs, quand on perd un troupeau, on ne perd pas juste ses animaux, on perd les animaux de ses ancêtres. Moi je parlais à Guérin, un agriculteur en AOP abondance en Haute-Savoie, il a des vaches de race abondance, il est de la cinquième génération quelque part, ce sont les animaux de ses ancêtres.

Et surtout, ce qui est important de dire, il me dit, si demain, il y a un abattage total chez moi, mes vaches de race abondance, elles sont rares, elles sont rustiques, il n'y en a pas beaucoup, est-ce que je vais réussir

21:17
Invité

à les retrouver ? Il faut du temps pour se faire un chêpe, il faut combien de temps d'ailleurs pour se refaire un chêpe ? Comme je disais tout à l'heure, ce n'est pas une vache contre une vache et puis on passe à autre chose.

21:24
Présentateur

Oui, c'est ça, déjà quand on reconstitue un troupeau, ça vient de plusieurs troupeaux, est-ce qu'ils vont bien s'entendre ? Est-ce que la reproduction va bien se passer ? Est-ce que les capacités de production... Mais là, surtout, je reviens sur Guérin, s'il ne retrouve pas suffisamment de vaches de race abondance, il va perdre son AOP abondance et c'est très important parce qu'il ne pourra plus vivre de son métier, c'est cet AOP qui lui permet de vivre de son métier. Donc, ça pose aussi la question de la survie de notre terroir si on regarde de façon un peu plus large.

21:48
Invité

Et en même temps, si elles sont touchées par la dermatose, votre ami Guérin, il sera de toute façon dans une situation qui sera dramatique.

21:54
Présentateur

Eh oui, oui, bien sûr, tout à fait.

21:56
Invité

Et probablement que ces vaches seront à ce moment-là abattues.

21:58
Présentateur

Eh oui, oui, tout à fait. Il me dit, j'y pense tous les jours.

22:01
Invité

Thibaut est avec nous. On retrouvera Stéphane Gallet, porte-parole de la Confédération Paysanne, juste après vous, Thibaut. On vous écoute, Thibaut.

22:08
Auditeur

Oui, allô ?

22:09
Invité

On vous écoute, allez-y.

22:10
Auditeur

Oui, bonsoir. Moi, je suis Thibaut de l'Aveyron. Je suis à côté de Baracville. Vous avez déjà eu un auditeur auparavant. Vous vous êtes donné le mot ? Je ne vais pas me pencher sur le sujet. Je vais m'en tenir à ce que j'ai dit à votre standardiste. Et en fait, voilà, tout simplement, ce qui me paraît assez aberrant, c'est qu'en période de crise budgétaire, tout ça, c'est le gaspillage alimentaire à quoi ça correspond.

Sachant que ce n'est pas transmissible par la consommation ni quoi que ce soit, je trouve ça complètement aberrant d'abattre des troupeaux et de jeter autant de nourriture potentielle pour les milliers de Français qui tirent le diable par la queue comme beaucoup de monde, malheureusement.

22:54
Invité

Merci pour votre remarque, Thibaut. Je voudrais qu'on joigne Stéphane Gallet qui est avec nous. Bonsoir. Bonsoir, M. Gallet.

23:02
Auditeur

Oui, je vous entends.

23:03
Invité

Ah, formidable. Vous êtes le porte-parole de la Confédération Paysanne et on tenait à vous avoir puisque sur les barrages, c'est vous qui êtes. On l'a déjà entendu beaucoup au standard. Et si vous avez suivi le début de cette conversation, M. Gallet, moi, ce que je me demande depuis le début, c'est jusqu'à quel point ce dont on est en train de parler aujourd'hui parle vraiment d'éleveurs bovins et de troupeaux et ne parle pas surtout du malaise des petites exploitations, de la crainte de disparaître des petites exploitations, de notre modèle agricole, au-delà même, en fait, de ce qui nous préoccupe avec la dermatose. Non, en creux, en tout cas, il y a tellement ça. Oui, c'est sûr.

C'est la face émergée de l'iceberg, la dermatose nodulaire. Mais c'est ce qui a déclenché aussi la colère et c'est ce qui la nourrit encore. En fait, on est très en colère par la stratégie qui a été mise en oeuvre parce que la boussole de la stratégie, ce n'est pas le sanitaire. La boussole de la stratégie, depuis le départ, c'est le libre-échange. Donc, nous, on n'a rien contre le commerce. D'ailleurs, on se bat au quotidien à la Confédération Paysanne pour que tous les paysans et les paysannes puissent avoir du revenu. On était souvent, d'ailleurs, à revendiquer auprès des grands groupes qui captent la valeur des paysans et des paysannes. Je l'actualise pour ne pas le citer, par exemple.

Donc, on défend bec et ongle tous les paysans et les paysannes. Mais en tout cas, il y a deux choses. Si c'est un problème économique, ça se règle de façon politique. Si c'est un problème sanitaire, ça se règle de façon sanitaire. Et là, le problème, c'est que la seule boussole qu'on a eue jusqu'à présent, c'est uniquement le libre-échange. Moi, j'étais au Knopso depuis le départ. Depuis le départ, on nous a dit qu'on ne va pas mettre la France sous cloche. Ça a été la seule boussole. Et ça, c'est vraiment problématique parce qu'on arrive à cette situation-là. Mais en même temps, M. Gallet, il y a quand même une boussole scientifique derrière.

Enfin, le protocole, il n'a pas été élaboré aux doigts mouillés, autant que je sache. Il a été élaboré après le premier cas qui était le 29 juin. C'est un protocole qui date du mois de juillet. Donc, ça a été rapide. Ça a été fait par le Comité national d'orientation de la politique sanitaire, animale et végétale. Il y a les syndicats, il y a les coopératives, il y a la Chambre d'agriculture, il y a des vétérinaires. Ce n'est pas du doigt mouillé, quand même, ce protocole. Non, mais ce n'est pas du doigt mouillé. Mais par contre, il y a eu beaucoup d'arrogance. Il y a eu beaucoup d'arrogance sur l'éradication.

Donc, on s'est focalisé sur un des piliers de la stratégie, c'est celui de l'abattage total. Et on a sous-estimé les deux autres. Parce qu'effectivement, la vaccination ralent-il commerce. Je signale quand même qu'elle ne l'empêche pas. On peut avoir des négociations avec les pays importateurs. On peut aussi... Ça aurait dû être le cas d'abord dans les objectifs de la ministre de l'Agriculture, aller renégocier le classement de la maladie. Donc, il y a des solutions politiques à ça. Mais est-ce que vous voulez dire, pardonnez-moi, est-ce que vous voulez dire qu'il ne faut pas abattre l'ensemble du troupeau ?

Ou est-ce que vous dites, tant pis, on n'a pas le choix, on abat l'ensemble du troupeau, mais la vaccination ne va pas assez vite, ou au moins, il faut aller au-delà du protocole des 50 kilomètres ? Au final, vous dites quoi, vous, M. Gallet ? Nous, depuis le départ, on demande l'élargissement de la vaccination. Parce que ce qui a empêché la contamination, ce qui a éteint la contamination dans les Savoies et la Haute-Savoie, c'est la vaccination. La stratégie d'abattage total, nous, on ne pense pas qu'elle soit la plus efficace, et en tout cas, elle est démesurée, disproportionnée par rapport aux inquiétudes qu'ont les paysans et les paysannes.

Ça a provoqué aussi de la défiance et de la rupture de confiance. Et nous, on le dit depuis le début, pour qu'une stratégie sanitaire puisse marcher, il faut que les paysans et les paysannes puissent se l'approprier. Moi, mon inquiétude, je vais vous le dire aussi, franchement, c'est que là, on est sur une épisoderie qui est plus ou moins grave. C'est vrai que la maladie est grave pour les vovins, mais ce n'est pas une zoonose, on est d'accord. Donc, avec la politique qui a été menée par la ministre de l'Agriculture, de défiance, parce que je rappelle aussi les passages en force. Rappelez-vous quand même les images des gendarmes qui ont délogé. La colère, elle vient aussi de là.

C'est qu'on a un problème de gestion et de gouvernance de l'agriculture. Cette défiance-là, en fait, comment ça va se passer si un jour, on a une zoonose demain ? Comment est-ce qu'on va travailler de concert avec les agriculteurs et les agricultrices pour gérer collectivement, en concertation, une stratégie sanitaire ? J'aimerais revenir sur le CNOCSAF, c'est important, parce que là, la ministre a fermé la porte aujourd'hui en disant, on va réétudier ça en janvier, il nous l'avait dit l'autre jour. Mais dans le CNOCSAF, ce n'est pas un parlement du sanitaire. C'est faux. Le problème de ce CNOCSAF... C'est ceux qui ont...

Alors, attendez, il faut mettre des sous-titres pour les gens qui nous écoutent, parce que le CNOCSAF dont vous parlez, c'est le fameux comité national d'orientation de la politique sanitaire, animale et végétale. C'est là que le protocole a été décidé. Oui, et je vous le dis, dans cet endroit, moi j'y suis, j'y siège, en fait, c'est pagocité par des intérêts qui sont représentés par la FNSEA, déclinés à l'infini, FNPL, FNB, d'ailleurs, qui ne vont même pas être là, c'est même pas dans les articles qui déclinent le CNOCSAF. Et du coup, ils défendent des intérêts qui ne sont pas ceux des paysans, mais ils défendent bien les intérêts à ceux qui sont de l'industrie.

J'en profite pour dire à l'interlocuteur, à mon collègue qui est là, au président du JIA, il s'est positionné sur la vaccination, mais moi, dans le dernier CNOCSAF, les JIA se sont abstenus sur l'élargissement de la vaccination. Alors qu'on fait que la vaccination et l'élargissement de la vaccination, c'est un moyen de protection important. Comment on va faire ? J'ai une dernière question. Très vite, s'il vous plaît, mais on vous donnera la parole à M. Aurel, mais allez-y pour votre dernière question. On demande à partir de quand on arrête d'abattre les animaux après la vaccination. Tant qu'on n'a pas ces réponses-là, quand on n'a pas cette réponse-là, forcément qu'il y aura de la colère.

Parce qu'il y a de l'incompréhension, parce que les gens, ils ont investi toute leur vie dans leur travail et dans leurs troupeaux, et on ne peut pas, en permanence, leur mettre une épée de Damoclès, d'abattage total, parce que c'est ce désespoir que ça crée. Je vous ai entendu, Stéphane Gallet. Merci beaucoup de votre intervention. Pierre Écorel, je ne veux pas qu'on joue un ping-pong avec Stéphane Gallet, mais moi, il y a une chose que je retiens, et la question vaut pour tous nos invités c'est défiance, rupture de confiance.

Et ça, il va falloir le recoller, Pierre Écorel, il y va des agriculteurs entre eux, de vous, il y va des vétérinaires, on posera la question à Raphaël Goateau, mais enfin, quand on en est au stade où on porte plainte parce qu'il y a eu des menaces, c'est quand même extrêmement fort. Qu'est-ce qu'on fait désormais, monsieur Aurel, avec cette défiance qui vient de certaines exploitations ?

29:14
Présentateur

Eh bien, on commence par le début, c'est-à-dire de ramener la raison et qu'en fait, on n'est pas en train de jouer la présidentielle 2027 par les partis politiques dans la crise qui est en train de se passer. On se penche, on écoute un petit peu les éleveurs, on écoute un petit peu les scientifiques, on retrouve un peu de rationalité dans tout ça, on apaise un peu le débat et on essaie de ne pas alimenter, que ce soit à l'extrême droite ou à l'extrême gauche, une reprise quelconque de cette douleur et de cette problématique. En effet, il y a une crise identitaire qui se joue sur le territoire via les agriculteurs parce qu'eux aussi sont en mal de reconnaissance depuis longtemps.

En effet, il y a une crise de savoir quel est notre modèle. Mais encore une fois, ce n'est pas dans le chaos, pas dans l'appel à la violence qu'on trouvera des solutions. On a besoin d'avoir des appuis scientifiques qui nous ramènent à la raison. Et puis, vous savez, je pense qu'il faut faire confiance à la jeunesse agricole et on sera là pour challenger les modèles. Et honnêtement, oui, tout n'a pas été parfait. Mais enfin, moi, j'ai quand même encore envie d'avoir un avenir. Et donc, oui, la filière, le côté économique m'intéresse.

Et même si c'est dramatique de dépeupler, ce qui pose aussi problème depuis le départ dans cette DNC, c'est les mouvements tempestifs d'animaux non déclarés parce qu'avec la vaccination et l'abattage, on l'aurait dû contenir. Et quand on ne respecte pas le protocole, le triptyque, évidemment, ça met des grains de sable dans la machine.

30:35
Invité

On le rappelle, le triptyque, effectivement, abattage, vaccination, interdiction de bouger. Il y a Christian qui est dans l'Ariège et qui nous attend depuis 20 minutes. Pardon, Christian. Soyez le bienvenu, Christian. Pardon de vous avoir fait patienter.

30:46
Auditeur

Je vous en prie. Bonsoir. Je vous ai pris un peu en cours de route. Je ne sais pas trop qui c'est qu'il y a sur le plateau. J'ai reconnu Pierrick, que je connais bien. Salut, Pierrick. Je suis Christian Azna, le président du Coram. C'est le collectif des races locales de Massy. et je viendrai témoigner à ce titre. Juste sachez que moi, je suis éleveur dans la Riège à 6 kilomètres du foyer des Bordes-sur-Arrive et vite fait parce que je sais qu'il n'y a pas trop de temps. J'ai 69 ans et ça fait 40 ans que je suis éleveur et j'ai vécu une scène de guerre. Vraiment, il faut dire ça comme c'est l'autre soir et c'est très traumatisant.

J'ai entendu beaucoup de choses et j'ai entendu beaucoup de choses assez sensées. Moi, je ne parle pas d'un syndicat, je parle au nord. Mon syndicat, moi, ça s'appelle de la génétique et ça s'appelle du patrimoine génétique. Je défend les races locales et ce que je peux dire, c'est que il ne faut pas dire quand j'entends Arnaud Rousseau dire que c'est la seule solution qu'il y a aujourd'hui, c'est le mot seul qui me gêne. Ce n'est pas la seule solution. D'ailleurs, on vaccine, on voit bien que ça marche la vaccination. Alors évidemment, M. Gallet l'a dit, si on traite un problème sanitaire en mettant devant le commerce, on n'y arrivera pas. On n'y arrivera pas.

Moi, en tant que président d'une race locale, la race Gascogne-des-Pyrénées, pour ne pas la nommer, je vais vous donner quelques chiffres. 20 000 vaches en France, la Gascogne-des-Pyrénées, il y en a 17 000 ou 18 000 aujourd'hui en zone réglementée, c'est-à-dire dans le sud-ouest. Ça veut dire que s'il y a une grosse explosion du virus, ne serait-ce que dans l'Ariège, c'est-à-dire là où on est, c'est 10 000 vaches de la race dans l'Ariège. Et tout à l'heure, on parlait de l'abondance que je connais bien de ce monsieur qui tremblait et combien je le comprends. On a eu trois élevages abattus dans les Pyrénées-Orientales qui ont été complètement dépeuplées.

Aujourd'hui, on a toutes les peines du monde à retrouver les vaches.

32:31
Invité

Mais donc, ce que vous dites, pardon de vous interrompre, Christian, mais ce que vous dites, comme ce qu'on a beaucoup entendu, vacciner plus, vacciner plus, vacciner plus pour éviter d'être obligé d'abattre parce que là, pour le coup, on n'a pas le choix. Est-ce que c'est ça que vous dites ?

32:42
Auditeur

Écoutez, moi, je ne suis pas scientifique mais je peux vous dire que je suis en train de me renseigner. Quand c'est arrivé en Savoie, alors quand vous dites que le protocole a été mis en place en juin, ce n'est pas tout à fait ça. Le premier cas. Oui, non, mais le protocole d'abattage, en fait, il a été décidé sur l'article européen en 2016. Je suis allé le lire, j'ai fait 200 pages, bon courage. Ça a été mis en place là. Ce protocole avait été mis en place parce que la bienfait était dans les Balkans et il faut bien dire que la France n'avait bien participé à l'élaborer parce qu'on voulait se protéger.

Aujourd'hui, c'est chez nous donc on rigole moins et honnêtement, ça a fait ses preuves mais chaque territoire français n'est pas pareil. Je connais un petit peu la Savoie, je vois un peu la typologie des exploitations. Ça a été très bien géré avec des exploitations avec des grosses unités de bovins toutes très recentrées dont la contamination s'est faite très proche et ça a été très bien géré. À début octobre, je finis vite. Très rapidement, Christian, s'il vous plaît parce qu'il faut vraiment qu'on puisse...

33:46
Invité

Il est 55 mais allez-y. J'entends.

33:49
Auditeur

Début octobre, quand c'est arrivé dans les Pyrénées-Orientales, je connais très bien le secteur, c'est le mien. J'ai de suite alerté madame la ministre, je lui ai fait un courrier officiel en lui disant que ça allait être très compliqué de gérer ici et qu'il fallait vacciner, qu'il fallait étendre la vaccination. Elle ne m'a pas répondu. Elle a accepté la semaine dernière quand Arnaud Rousseau lui a demandé tant mieux, mais c'est trop tard.

34:07
Invité

On entend le retard et vous n'êtes pas le seul à le dire, notamment pour le coup, c'est peut-être d'ailleurs ce qui peut rassembler les syndicats aujourd'hui entre la Confédération qu'on a entendue et les jeunes agriculteurs. Ulysse-Tévenon, cette défiance, cette guerre-là, on a des gens qui nous parlent de zone de guerre, de défiance et de peur, ça c'est quelque chose que vous avez vu, que vous avez expérimenté et c'est ça qui n'est pas près de s'en aller de ce qu'on entend.

34:32
Présentateur

Oui, tout à fait. Moi, je ne viens pas du milieu agricole à la base cette violence, cette souffrance agricole qui dépasse juste la défiance envers l'État. Moi, j'ai documenté les travers des coopératifs, des industriels, de la grande distribution, des banques, des comptables, etc. Et donc, il y a tout un système agroalimentaire. Au centre, il y a les paysans qui créent la valeur, qui font vivre toute cette filière et bizarrement, ce sont les plus méprisés. Donc, il y a vraiment quelque chose qui cloche, je pense, dans ce système.

35:01
Invité

Là-dessus, Raphaël Guateau, c'est marrant parce qu'on a beaucoup fait de parallèles avec le Covid. Moi, j'ai l'impression de réentendre des choses qu'on a entendues, y compris d'ailleurs dans les menaces dont vous, les vétérinaires, pouvez être l'objet, dans les tensions que ça procure, dans les cris que ça procure aussi. Est-ce que vous avez été étonné ? Est-ce que c'est la première fois qu'une crise sanitaire de ce type-là provoque ce genre de choses ? La raison pour laquelle je vous pose la question, c'est qu'on est bien conscient qu'il y en aura d'autres derrière, non ? Oui, on peut supposer qu'il y en aura d'autres.

Je pense que ce qui est nouveau, en fait, des crises sanitaires, on en a tout le temps connu. Ça a été la bruxellose, la fève-fefteuse, la tuberculose, dont on a réussi à chaque fois à venir à bout par la notion vraiment de lutte sanitaire collective. Pour moi, il y a vraiment deux facteurs qui changent beaucoup la difficulté, qui entraînent une difficulté de gestion de crise. La première, c'est les réseaux sociaux qui diffusent des informations et plein de fausses informations scientifiques ou des lectures incomplètes, partisanes des études scientifiques.

Je souscris tout à fait à ce qu'a dit l'une des personnes sur le plateau tout à l'heure, le fait de devoir apaiser et de discuter parce qu'une fois que c'est parti sur les réseaux, c'est vraiment extrêmement compliqué de revenir à la raison. Et puis la deuxième chose, c'est que du coup, on se retrouve avec des maladies qui parfois se développent dans d'autres contrées, dans d'autres systèmes. Et donc une fois que ça arrive dans nos pays, il faut bien pouvoir aussi s'adapter et réagir. Et je pense que c'est aujourd'hui ce qui est complètement le cas. On parlait de vaccination massive.

On a pris en compte, je pense, des caractéristiques de la zone du sud-ouest là avec le fait d'étendre la zone de vaccination par rapport à ce qui était. Et du coup, la mobilisation, elle est complète des vétérinaires. Et je pense qu'effectivement, ça par contre, c'est assez nouveau pour les vétérinaires d'être malmenés dans leur travail au quotidien. Et je voudrais avoir une pensée pour l'ensemble de mes consoeurs et confrères. Là aussi, parce qu'effectivement, ce n'est pas comme ça que c'est censé fonctionner. Juste, j'ai un dernier mot pour vous, Raphaël Goteau.

On entend ici et là dire que l'une des raisons pour lesquelles la dermatose nodulaire s'est répandue aussi en Europe et donc en France est à cause du réchauffement climatique et probablement aussi parce que les périodes d'hiver sont moins froides et que la période d'activité justement des moustiques et autres qui permettent de transmettre cette maladie est plus longue. Est-ce que le lien, vous le faites vous aussi ou pas ? Est-ce qu'il est avéré ? Ça dit quoi ?

Je pense que sur beaucoup des maladies vectorielles dont on parlait tout à l'heure, FCO, MHE, des maladies qui sont plutôt transmises par les moustiques, la réponse est oui parce que les vecteurs bougent beaucoup, ils peuvent être transmis sur de très très longues distances. Pour ce qui est là, il y a de l'intensification des échanges aussi en dehors du changement climatique. Je pense que ça par contre c'est quelque chose qui a déjà été noté dans les interventions précédentes. Je pense pour ce qui est de la DNC, c'est un peu différent parce que du coup les mouches qui transmettent cette maladie, elles ont des capacités de distance qui sont beaucoup plus courtes que les moustiques.

Donc là, le fait que ça ait sauté à 100 kilomètres ou à 200, 300, c'est clairement par des mouvements de bovins et pas par des mouvements de moustiques. Mais par contre, si je peux finir là-dessus, je pense qu'effectivement, inévitablement, il faut anticiper les prochaines crises sanitaires parce qu'inévitablement, on risque... On vous a perdu, mais on a entendu anticiper les prochaines crises sanitaires, ce qui nous ramène là aussi au Covid, décidément, on a des points communs. Je voudrais juste citer très rapidement Frédéric, on n'a pas eu le temps que les autorités s'est très bien passé avec beaucoup d'explications pourquoi ça ne marche pas partout pareil.

Des fois, on se le demande, mais en tout cas, on est content de pouvoir finir sur cette note-là. Merci à tous, merci à tous les trois pour votre participation. Merci à tous pour vos nombreux appels. Il est 20h sur Inter.