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videoyoutube.com· 10 juillet 2026

MORTALITÉ périnatale : les ALERTES sans réponse

Transcription automatique. À recouper avec la source d'origine.

Un chiffre qui confirme, hélas, une tendance observée depuis 5 ans. 11 enfants sur 1000 naissent sans vie ou décèdent durant les 7 premiers jours. 11,2 précisément sur 1000, chiffre de 2024 rendu public hier par la Direction de la Recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques.

L'adresse, c'était 10,8 l'année précédente. Alors au total, cela concerne 7 398 enfants. Pourquoi cette mortalité infantile et périnatale ?

Pourquoi cette tendance qu'on ne retrouve pas chez nos voisins européens ? Bonjour Anthony Cortez. Bonjour.

Vous êtes journaliste à l'Humanité et vous avez co-écrit un livre qui s'intitule 4,1, le scandale des accouchements en France. C'est chez Boucher-Castel en 2025, on en parlera. Cette mortalité périnatale augmente comme ça depuis 2021 et on a le sentiment en fait que personne ne comprend vraiment pourquoi.

C'est vrai que c'est très difficile de comprendre les ressorts de cette augmentation. Ce que l'on sait d'abord, c'est que c'est multifactoriel. Alors quand on dit que c'est multifactoriel, c'est-à-dire qu'il y a beaucoup de facteurs, mais on ne connaît pas vraiment quels facteurs jouent particulièrement derrière cette hausse.

Ce qu'on peut dire d'abord, c'est qu'il faut distinguer deux types de raisons. D'abord, il y a les raisons individuelles, qu'elles soient socio-économiques ou de santé, avec des questions comme la situation sociale des mères, l'âge des femmes, les antécédents. Aussi la localisation, parce que les inégalités territoriales jouent également.

Et il y a par ailleurs des raisons plus structurelles, cette fois avec un secteur de la prévention en France qui présente certaines difficultés. On sait qu'en France, on a ces centres de protection maternelle et infantile qui sont censés accompagner les mères pendant toute leur grossesse. Mais depuis quelques années, depuis dix ans précisément, on suit moitié moins de femmes par exemple.

Et puis il y a des difficultés qui touchent plus largement les maternités, on en parlera peut-être. Mais voilà, avec des difficultés de recrutement, des difficultés aussi à rester ouvert parce qu'on a du mal à maintenir la triple permanence des soins. Bref, on voit des difficultés à tous les étages, d'où cette augmentation aujourd'hui.

Si on reste sur les chiffres pour bien comprendre le phénomène, en tout cas ce qu'on en sait, vous dites des disparités régionales par exemple, on parle de quoi ? Quand on parle de disparités régionales, par exemple, parlons d'abord de la prévention. C'est vrai que je parlais des centres de protection maternelle et infantile.

Ces centres-là, qui sont au carrefour du sanitaire et du social, normalement c'est un joyau français à l'origine pour accompagner les femmes de toute origine, qui présentent tout type de difficultés, qu'elles soient sociales ou médicales, ces PMI-là sont censées leur apporter un soutien, leur apporter des réponses, leur apporter un accompagnement. Mais par manque de moyens, on voit aujourd'hui qu'en France, selon où on habite, on est moins bien accompagné. Ma question était sur les régions précisément défaillantes où on constate ce manque d'accompagnement.

Est-ce qu'il y a des zones, clairement ? Les difficultés, d'abord, la première difficulté, c'est Outre-mer, ces territoires-là présentent de larges difficultés. Ensuite, il y a les territoires ruraux et puis les banlieues populaires.

Donc en fait, on note par exemple des « mauvais élèves », ce n'est évidemment pas leur faute, mais des départements comme le Lot ou des départements comme la Seine-Saint-Denis, qui présentent à la fois de très forts taux de mortalité infantile et périnatale, mais aussi de grandes difficultés sociales. Donc tout cela se croise. Et c'est dans ces départements ou dans ces zones-là que les centres de protection maternelle et infantile sont en manque.

Voilà, bien souvent c'est ça. En fait, les centres de protection maternelle et infantile sont financés par les départements depuis peu, sauf que les départements, les collectivités en général, connaissent certaines difficultés, avec des injonctions aux économies, on connaît le contexte budgétaire et nos difficultés nationales. Et donc les budgets baissent et les possibilités d'accompagnement des mères également, d'où les difficultés rencontrées.

Vous ne l'avez pas écoqué je crois, mais l'âge maternel plus tardif qu'on constate dans nos sociétés, alors là pour le coup un peu partout, mais aussi en France, joue un rôle ? Ça joue également un rôle, c'est vrai. Là aussi les chiffres montrent...

C'est vrai que d'abord on sait qu'on présente certaines difficultés, de plus grandes difficultés, quand on est enceinte très tôt, à un âge plutôt bas, ou au contraire après 35 ou 40 ans. Et en France, oui, on a des grossesses qui sont de plus en plus, soit tardives, soit justement prématurées, enfin voilà, plutôt, mais ce n'est pas un phénomène franco-français, c'est un phénomène qu'on retrouve aussi en Italie, qu'on retrouve en Estonie, en Suède, et ces pays-là se portent beaucoup mieux que nous. Donc ce n'est pas la seule question.

Il y a la question de l'âge, vous l'avez dit, il y a la question des difficultés sociales, mais il y a aussi des difficultés structurelles, et ça on en parle beaucoup moins, je trouve, malheureusement dans notre pays, comme si on avait des difficultés à assumer, les difficultés que peut rencontrer notre système de santé. Alors, la sécurité des accouchements et des maternités, la Cour des comptes en 2024 s'était penchée sur ce sujet, avec quels enseignements ? La question est toujours d'essayer de comprendre pourquoi tout ça reste très mystérieux.

Là, dans le rapport de la Cour des comptes, il y avait des enseignements ? Oui, il y avait des enseignements. Ce qui était pointé d'abord, c'est la responsabilité des très petites maternités, des petites maternités, ces structures-là qui présentent beaucoup de difficultés à assurer la triple permanence des soins.

D'abord, la triple permanence des soins, qu'est-ce que c'est ? C'est la possibilité de réunir un anesthésiste, un gynécologue obstetricien et un pédiatre pour justement répondre aux exigences des accouchements au quotidien. Ces maternités-là, elles ont du mal à recruter.

On sait qu'il y a une pénurie médicale, une pénurie du côté des ressources humaines, et donc on a recours davantage à l'intérim. Et souvent, quand on parle avec le personnel médical, ce qu'il dit, c'est que ces intérimaires sont souvent des mercenaires, parce qu'ils vont essayer de faire monter les enchères, parce qu'ils savent que la ressource est rare. Ça va créer des trous dans les finances des établissements, ça va créer des difficultés, mais ça va aussi déstabiliser les équipes.

Et ça aussi, c'est présenté par le rapport de la Cour des Comptes, qui montre que les incidents, donc les incidents graves, sont multipliés par deux lorsque des équipes sont composées par des intérimaires. Mais ce n'est pas le seul enseignement de ce rapport de la Cour des Comptes. Il y a aussi, et est aussi pointé, les difficultés que peuvent rencontrer des plus grandes structures.

Alors, les plus petites structures, elles sont souvent pointées, et c'est certainement le socle du problème, mais les grandes structures sont aussi soumises aux cadences, à des cadences infernales, et c'est quelque chose qu'on a pu rencontrer au cours de notre enquête avec un personnel médical qui emploie même certains termes comme usine à bébés, cadences infernales, accouchements à flux tendus, et ce qui augmente les risques d'incidents. Ces usines à bébés, comme vous dites, ou comme ils disent, c'est effectivement l'un des gros thèmes de votre ouvrage. Alors, le 4,1 qui est dans le titre, le scandale des accouchements en France, 4,1 c'est le nombre de décès de bébés avant un an, cette fois, c'est ça, pour 1 000 naissances vivantes.

Donc, 4,1 au seuil des années 2000, c'était 3,5 pour 1 000. Cette histoire de grands établissements de santé et de grandes maternités, vous, vous l'avez constaté aussi ? Oui, on l'a constaté sur le terrain, parce que c'est vrai que, quand on s'intéressait aux réponses qui pouvaient être apportées par la puissance publique, on voyait d'abord qu'étaient pointées les responsabilités individuelles, les responsabilités des femmes et les responsabilités des petites maternités.

Nous, on a voulu s'intéresser à tout le spectre. Donc, on parlait de la prévention, etc. Mais sur la question des grandes structures, oui, on note des maternités qui font parfois 5 000, 10 000 accouchements par an, qui ne sont pas forcément mieux dotées, qui ont aussi des difficultés à assurer la triple permanence des soins.

Et bien souvent, ces structures, elles reposent sur la bonne volonté des sages-femmes, qui d'ailleurs ne sont pas reconnues, la preuve, elles ne comptent pas dans la triple permanence des soins. On devrait parler aujourd'hui de quadruple permanence des soins, d'ailleurs, et c'est une revendication des sages-femmes. Et on voit que se joue une forme d'autogestion et d'improvisation au quotidien pour essayer d'assurer les soins.

Alors, on a constaté sur le terrain un véritable héroïsme du personnel de santé, vraiment. Mais malgré tout, on sent que tout cela est très fragile et que l'équilibre peut être perdu à tout moment. Ça veut dire qu'il y a eu une erreur d'analyse, ou en tout cas de politique publique, dans l'idée de fermer les petites maternités, ce qu'on a beaucoup constaté ces dernières années, faute de plateaux techniques suffisants ou faute de personnel.

C'était une mauvaise piste pour vous ? Disons que ça a été fait peut-être de la mauvaise façon. Ça a été fait sans planification.

Parce que si on élargit un petit peu la focale, il faut remonter aux années 70. Dans les années 70, Marie-Madeleine Dienesch, qui est à l'époque secrétaire d'État à la Santé publique, décide de lancer un grand plan de fermeture des petites maternités, justement parce qu'elle ne présente pas toutes les garanties en termes de sécurité. Et c'était une bonne décision, vraiment.

D'ailleurs, on le voit dans les chiffres, parce qu'en 1972, on est à 18 pour 1000 en termes de taux de mortalité infantile. Et en 1998, on tombe à 4,8 pour 1000. Donc c'est très bien.

Il fallait le faire. Le problème, c'est juste après. C'est-à-dire qu'à partir de la fin des années 90, on décide d'accentuer cette marche-là.

On décide de continuer à fermer les petites maternités, toujours avec cette même logique, mais sans veiller à l'équilibre territorial, sans veiller au maillage territorial. Et donc, on a créé des déserts, et donc davantage de risques, au point qu'aujourd'hui, on est à près de 716 000 femmes, un âge de procréé, qui habitent à plus de 45 minutes d'une maternité, alors qu'en 1997, on était à seulement 290 000. Et tout cela a accru les risques.

Si on remonte un peu plus dans le temps encore, ce qu'on constate, c'est que cette mortalité, elle n'a cessé de baisser, en gros, durant tout le XXe siècle, y compris, donc à partir de 1900, et y compris jusqu'aux années 50, et cette première moitié du siècle, ce n'est pas clairement les progrès phénoménaux de la médecine. Est-ce qu'on sait, est-ce qu'on identifie ? Pourquoi ?

Alors, on partait de très loin, mais les progrès effectués dans cette période-là, on les a compris ? On les a compris. C'est toujours difficile d'avoir du recul, parce que même si ça nous paraît être une période très large, ça ne reste pas grand-chose à l'échelle de l'humanité.

Mais il y a la fermeture des maternités qui présente certains risques, il y a les progrès de la médecine, on l'a dit. Il y a aussi notre système social, notre système d'accompagnement aussi, qui a fait longtemps des progrès, la prévention aussi, qui a été un de nos piliers. Et justement, ce qui explique notre dégradation, c'est les raisons de notre réussite passée, c'est-à-dire qu'en fait, tout ce qui faisait notre réussite, c'est-à-dire un maillage territorial, une prévention, une attention à tous les phénomènes, à tous les cas qu'on peut rencontrer, tout cela se délite, et donc on laisse des femmes de côté.

Et pourtant, on accouchait encore beaucoup à domicile, par exemple. C'est une période qui ne devrait pas être comparable à aujourd'hui. Alors la période, elle n'est pas du tout comparable.

Les valeurs sont au-dessus, bien entendu. Exactement. Mais ce qu'on peut craindre, c'est un retour en arrière.

C'est vrai qu'on voit malheureusement, de plus en plus d'accouchements à domicile, d'accouchements aussi sur les bords de route. On a une idée ? Non, malheureusement, ce n'est pas quantifié, c'est très difficilement quantifiable.

Alors on a essayé de l'avoir...

Et ça occasionne beaucoup d'accidents ? Ça occasionne des accidents. Ou pas nécessairement ?

Parce qu'après tout...

Oui, en fait, ça occasionne des accidents. Et d'ailleurs, on a noté sur le terrain que des sages-femmes et des pompiers aussi se formaient de plus en plus pour limiter les accidents. Donc là encore, grâce au dévouement, grâce au courage des engagés, on a de moins en moins d'accidents, mais on est sur un équilibre instable.

Alors, il y a une idée, une demande qui a été forte depuis quelques temps de créer un registre national des naissances. Catherine Vautrin, la ministre de la Santé, l'année dernière, avait annoncé qu'elle le crée. Il en est où ?

Et en quoi ça consiste, en fait ? Alors, un registre de naissance, d'abord, c'est une forme de...

Comment dire ? De grands documents où des données vont s'entremêler pour essayer de comprendre pourquoi on meurt aujourd'hui, à quel âge ou dans quel type de structure. Essayer de comprendre les raisons.

C'est se doter d'un thermomètre. On n'a pas ça. Ça n'existe pas.

On n'a pas de photographie de ça. On n'a pas de photographie de tout ça. Au contraire, et en fait, on a seulement une étude périnatale tous les cinq ans et encore, quand les budgets le permettent, c'est vrai que ce n'est pas si régulier, mais c'est seulement une photographie sur un échantillon, alors que le registre de naissance permettrait d'avoir une photographie instantanée de tout ce qui peut se passer en France.

Et quand on s'intéresse à nos voisins européens, eux l'ont. Et ça explique aussi en partie les bons résultats qu'ils peuvent avoir parce que ça permet de connaître actuellement la situation en temps réel et d'orienter la politique publique. Et c'était une demande du personnel de santé, des différents syndicats, des différents engagés et même des élus de tous bords d'ailleurs.

Mais oui, ça a été annoncé par Catherine Vautrin, ça devait être mis en place en janvier 2026 et aujourd'hui, toujours rien, toujours rien. Donc voilà, c'est une demande qui continue à être urgente, mais on l'attend toujours. Merci Anthony Cortez, 4,1, le scandale des accouchements en France, c'est votre livre chez Boucher-Chastel, la France qui est donc 21e aujourd'hui sur 27 pays européens. 7h30 sur France Culture.

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