Bruno David : jusqu'au XIXe siècle, "ce n'était pas intéressant" de savoir ce que contenaient les océans
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Questions et réponses
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- 1:22OuverteRéponse directe
D'où vous vient Bruno David, cette passion océan ?
- 9:47FerméeRéponse directe
Plus que les forêts ?
- 13:06OuverteRéponse directe
Est-ce que vous allez rester du coup ?
- 16:03OuverteRéponse partielle
Qu'est-ce qu'on peut en attendre ?
- 16:47RelanceRéponse directe
Mais qui les fera à respecter ?
Temps de parole
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Et dans le grand entretien ce matin sur France Inter, nous avons le bonheur de recevoir un passionné et un grand connaisseur des océans et de la vie marine, biologiste marin, chercheur au CNRS, spécialiste des oursins. Il est aussi l'ancien président du muséum d'histoire naturelle, militant de la biodiversité depuis des années et il publie Passion Océan. C'est un livre formidable dans lequel il nous embarque à la découverte de la vie marine et de ses formes curieuses, bizarres à nos yeux de terriens pour le citer. C'est passionnant, c'est publié chez Grasset. Bonjour Bruno David.
Bonjour Olivier Badeo.
Et bienvenue, nos auditeurs peuvent dialoguer avec vous Bruno David au 0145 24 7000 ou sur l'application Radio France. Vous posez toutes les questions qui concernent le monde du silence qui finalement n'est pas si silencieux. Dans ce livre, vous partagez votre découverte des mondes marins. On en apprend énormément sur ce que sont les océans, la vie foisonnante qui s'y déploie, ce qui le menace également. On vous suit dans des plongées spectaculaires, parfois très fraîches, des explorations océanographiques. On y croise des tortues marines, des malheureuses qui confondent les sacs plastiques et les méduses dont elles se nourrissent. D'où vous vient Bruno David, cette passion océan ?
Et quoi de commun entre toutes ces dimensions d'appréhender la mer ?
Écoutez, je crois que c'est une passion qui remonte sans doute à l'enfance parce que j'ai passé pas mal de vacances en bord de mer.
Le petit Lyonnais, qu'est-ce qu'il a à voir avec l'océan ?
Écoutez, c'est pas si loin que ça de la mer. Et puis, dans les années 60-70, on allait être en vacances au bord de la mer. J'avais des parents naturalistes, comme je l'ai raconté d'ailleurs dans un précédent livre. Et je suis un petit peu tombé dans l'eau, sans qu'on m'y pousse trop fort d'ailleurs, parce qu'au début, c'était peut-être un peu difficile. Mais ça m'a fasciné. J'ai toujours été fasciné par la mer et par les créatures qui s'y trouvent.
Alors, quand on pense à l'océan, on pense à un univers tantôt joyeux, tantôt mystérieux, écrivez-vous, tantôt inquiétant. Les sirènes, vous en parlez. La mythologie grecque également avec Poséidon. On se l'invente, cette représentation, cet imaginaire de l'océan, parce que même en 2026, même aujourd'hui, on continue à si mal le connaître.
Oui, parce que l'eau, on croit que c'est transparent, mais ça ne l'est pas tant que ça. C'est-à-dire qu'au-delà d'une certaine profondeur, on ne voit plus le fond, ce qui fait qu'on peut tout imaginer.
Et le monde des grandes profondeurs, vous dites qu'il a été approché, compris, on a commencé à l'étudier scientifiquement au XIXe siècle, c'est très tard.
Oui, ça a commencé un peu après la moitié du XIXe siècle, dans les années 1870, parce que ce n'était pas intéressant. Je veux dire, les navigateurs, ce qui les intéressait, c'était de savoir où il y avait des écueils, des récifs, des choses comme ça, où était la côte, après qu'on soit sur 2000 mètres de profondeur, ou 10 000, ou 20 000, ou quelle que soit la profondeur.
Mais alors justement, même ça, vous le racontez, c'est-à-dire que vous racontez qu'en 2013, vous êtes à bord de Polarstern, et votre navire a frôlé un mont sous-marin qui n'était pas si profond, qui était à une vingtaine de mètres de profondeur, et on ne le savait pas, ça veut dire qu'on ne connaît même pas complètement la carte de l'océan.
Non, on est allé sur à peu près 1% des fonds océaniques, là on a vraiment ça. Là, on a cartographié, on sait à peu près les grandes masses, mais là on était sur un bateau allemand qui s'appelle le Polarstern, on était en Antarctique, on était sur des fonds de 500 mètres de profondeur, et le matin, on se réveille et l'équipage nous dit qu'on a failli couler cette nuit. Et on est passé au-dessus d'un mont sous-marin qui était à 20 mètres de profondeur, avec un bateau qui faisait 12 mètres de tir en d'eau.
Alors, je le disais, on s'invente cet océan parce qu'on le connaît mal. Je parlais de la mythologie et vous dites que l'immense majorité des humains n'a pas accès à cet univers. On a fait la part belle à une spectaculaire diversité de récits imaginaires. D'un bout à l'autre de la planète, ce ne sont que créatures, monstres, dieux ou déesses, tantôt redoutables, tantôt bienveillants, rarement les mêmes, sauf quand une bribe d'observations recueillies par quelques équipages ancraient la légende dans un fragment de réalité. Qu'est-ce que ça veut dire ? Ça veut dire qu'on se doit se demander qu'est-ce que l'océan ? Parce que vous posez la question, elle est assez surprenante.
Parce que les gens voyaient quand même des créatures marines. On peut penser à un animal qui a disparu, qui s'appelle la ritine de Steller, qui a été, entre sa découverte scientifique et sa disparition, il s'est écoulé 27 ans.
Une espèce de lamentin, en fait.
Une sorte de lamentin, de gros phoques. Mais alors, si je parle de phoques, mes collègues scientifiques vont m'arracher les deux yeux.
Mais il faut donner une image aux oniteurs.
Ça donne une image. Donc c'était assez gros, ça faisait une dizaine de mètres de long. Ils pouvaient se tenir un peu verticalement. Les femelles avaient des sortes de mamelles. Donc on pensait que c'était des sirènes. Et on voyait ça dans des brumes du Pacifique Nord. Et donc, il y avait ces ritines de Steller, ces fameuses ritines, qui sont à l'origine aussi, en partie, du mythe des sirènes. Les Grecs avaient parlé des sirènes bien avant. Et les sirènes des Grecs étaient des organismes volants.
Et pareil pour les serpents de mer, vous racontez cette espèce de haran.
Le serpents de mer, c'est un poisson ruban. Oui, c'est ça. C'est un poisson qui peut faire jusqu'à 8-9 mètres de long, qui est tout plat, qui s'appelle le régalec, le roi des harans, qui a une crête rouge sur la tête, et qui se tient verticalement dans l'eau. Donc c'est très spectaculaire. On en voit dans différentes mers, ce qui fait que le mythe du serpent de mer va se retrouver à différents endroits de la planète de manière indépendante.
Et c'est devenu une créature très familière sur les réseaux. Je reprends ma question et celle que vous posez. Qu'est-ce que l'océan, Bruno David, puisque vous nous aidez à mieux le comprendre ? Vous dites, bon, ça peut paraître basique, l'océan, c'est de l'eau, mais d'où vient l'eau ?
Ben voilà, c'est toute la question. C'est des questions qu'on oublie de se poser. On oublie totalement de se poser. Les enfants nous les posent et on ne sait pas trop quoi répondre. Ben oui, l'eau, elle est là. Donc d'où vient l'eau ?
Alors il y a une hypothèse ?
Alors il y a deux hypothèses qui ont été... Une hypothèse interne ? Il y a une hypothèse interne, c'est-à-dire l'eau a toujours été là, au moment de ce qu'on appelle l'accrétion planétaire, au moment de la formation des planètes, quand il y a des cailloux qui vont s'agréger les uns les autres, et l'eau était déjà contenue dans ces cailloux. Et c'est l'hypothèse qui tient vraiment la corde aujourd'hui, ou bien l'eau est arrivée par des météorites, avec les météorites. Avec les météorites ? Dans les météorites, si vous voulez. Alors il ne faut pas imaginer une flèche d'eau.
Ce que vous nous dites, c'est plutôt...
C'est plutôt l'origine interne qui tient la corde aujourd'hui, c'est sans doute un peu un mix des deux, et après ce qui s'est passé, c'est que de l'eau est sortie en quelque sorte des minéraux, parce qu'il faut comprendre aussi, là je suis un petit peu confus peut-être, mais il y a... Non, c'est très clair,
ça voudrait dire que l'eau des rivières, des lacs, des mers, elle était présente dès la formation de la Terre.
Dès la formation de la Terre, il y avait de l'eau. Et après, c'est un problème de ségrégation. Je fais la comparaison entre... Si vous mélangez de l'huile, de l'eau et du miel, vous secouez bien votre shaker, et puis au bout d'un moment, le miel va être au fond, l'eau va être intermédiaire et l'huile en surface. Sur la Terre, c'est pareil. Les choses les plus denses, comme le fer et le nickel, vont se retrouver dans le noyau de la Terre, vous aurez des roches silicatées en intermédiaire, et puis vous aurez l'eau en surface. C'est ce qui s'est produit. Simplement, ça prend beaucoup de temps. Et dans les autres questions toutes simples, il y a pourquoi la mer est salée ?
Pourquoi la mer est salée ? 35 pour 1000. 35 pour 1000. Ça fait 35 grammes par kilo. C'est à peu près homogène. Et elle est salée parce qu'au début de la formation de la Terre, il n'y avait rien sur la Terre, il n'y avait pas de végétation, il n'y avait pas de sol. Donc, il y a eu un lessivage. À partir du moment où il y a eu de l'eau liquide, il n'a plus. Il y a eu un lessivage de ces reliefs silicatés qui étaient sur la Terre primitive, et ça a amené des sels minéraux dans l'eau. Et ça continue aujourd'hui. Les fleuves transportent du sel, transportent des sels minéraux. L'eau douce, en fait, est légèrement salée.
Mais on le sait bien quand on regarde la composition de l'eau dans une bouteille d'eau. Et donc, pourquoi l'océan n'est pas de plus en plus salé ? Parce qu'on peut se dire, mais à force qu'il y ait du sel qui arrive dans l'océan, il devrait être de plus en plus salé. Et qui ne fait pas ? Eh bien non, il n'est pas de plus en plus salé parce qu'il y a aussi des formations de sel. On connaît les mines de sel, on connaît des choses comme ça. Donc, il y a eu des moments dans l'histoire géologique où il y a du sel qui s'est déposé et qui a en quelque sorte dessalé l'océan. Ce qui fait qu'on est toujours à peu près à 35 pour 1000 depuis des millions et des millions d'années.
Ça correspond à 35 grammes par litre d'eau et malgré tout, on fait la grimace quand on boit la tasse. Oui, on n'aime pas. Alors, il y a de nombreuses questions d'auditeurs sur l'application Radio France et notamment celle de Jean-Louis qui touche à la question écologique à laquelle vous êtes si sensible à la question de la biodiversité. Jean-Louis qui vous demande ce que vous pensez de l'idée reçue selon laquelle l'océan est immense, il se régénère tout seul. Est-ce que ça met en avant notre ignorance ou bien notre grande capacité à occulter ce qu'on ne veut pas voir ?
Je prendrais plutôt la deuxième hypothèse. C'est-à-dire qu'on a longtemps pensé que l'océan était tellement grand, tellement vaste qu'il n'y avait pas de problème avec l'océan. Même un de mes lointains prédécesseurs au muséum, Jean Durst, quand il écrit « Avant que nature meure », son chapitre sur l'océan, il dit « Normalement, ça devrait être bon, ça devrait passer, c'est tellement grand que ça va passer. » Ben non, on a tellement appuyé sur l'océan que ça ne marche plus. Et n'oublions pas ce qu'on doit à l'océan. On a sur-exploité, pollué. On a tous entendu parler des continents de plastique. Je veux dire, on agresse l'océan en permanence.
Et l'océan est quand même très sympathique avec nous puisqu'il absorbe 90% de nos excès de chaleur.
Alors justement, c'est la question que vous pose Claude parce qu'il y a un lien direct avec le réchauffement climatique et la question qui nous devrait, en tout cas, être la question du siècle. Est-ce que l'océan est saturé en CO2 ou est-ce qu'il peut encore en absorber ? Comment est-ce qu'on peut mesurer l'intervention de l'océan dans, tout simplement, la possibilité d'une vie habitable sur Terre ?
L'océan, c'est à peu près 30% du piégeage du carbone. Donc c'est énorme. Un tiers de notre carbone.
Plus que les forêts ?
Plus que les forêts.
Beaucoup plus que les forêts ?
C'est plus. C'est 30%. 70%, c'est ailleurs. C'est ça que ça veut dire aussi. Donc c'est quand même beaucoup. On lui doit énormément dans ce contexte-là et on est en train de le saturer. Le problème de l'océan, c'est qu'il va fonctionner, il va absorber, absorber, absorber, puis on va dépasser un certain seuil et à ce moment-là, ça va être terrible parce qu'il va arrêter et il va nous le restituer. Le problème, c'est qu'on ne le sait pas. Si on est vraiment rigoureux scientifiquement, on ne peut pas dire exactement à quel moment ça va se produire. Mais on sait que ça va finir par se produire un jour.
Et le problème de l'océan, c'est que c'est à la fois grand spatialement, mais qu'il y a des inerties temporelles. C'est-à-dire que les processus sont extrêmement lents à notre échelle humaine. En gros, le processus de l'océan, les processus en jeu dans l'océan, c'est de l'ordre du millénaire. Donc, si on déséquilibre un processus océanique dans la régulation de la planète, qui rend la planète habitable pour nous, le retour à un équilibre, ça peut prendre mille ans.
Là, on parle de la biodiversité, du réchauffement aussi. Ce n'est pas l'intégralité de votre livre, c'est un chapitre où vous dites qu'il faut en passer par là. C'est comme une séance chez le dentiste, ce n'est pas réjouissant, mais il faut le faire, il faut en parler. Il y a la montée des eaux aussi. Vous dites que la Méditerranée, par exemple, va disparaître parce que ça va monter, monter, monter et qu'au fond, ça va se mélanger avec le reste.
Non, ce n'est pas exactement ça pour la Méditerranée. La Méditerranée, on est dans un processus géologique de fermeture de la Méditerranée depuis des millions d'années. Donc, un jour, Gibraltar va se fermer, va se refermer parce qu'il s'est déjà fermé il y a 6 millions d'années. Et à ce moment-là, si Gibraltar se ferme, la Méditerranée... Atlas revient. Atlas revient, voilà. Les colonnes d'Hercule se ferment. Et la Méditerranée baisse alors d'un mètre par an.
Ça revient un lac qui se vide comme la mer d'Aral.
C'est un lac qui se vide et en quelques milliers d'années, elle est vidée.
Nous sommes en direct, Bruno David, et c'est juste une précision qui est importante pour de nombreux auditeurs qui nous écrivent et qui s'étonnent que vous ayez publié votre livre chez Grasset. Et j'insiste, en fait, parce que certains sont persuadés que vous avez publié le livre après le départ de Nora et la guerre Grasset. Il faut rappeler, donc, la date de parution. C'est le 8 avril, donc bien avant que cette histoire n'éclate. Et vous racontez d'ailleurs que vous avez eu l'occasion d'aller voir Christophe Bataille, votre éditeur chez Grasset, et vous parlez formidablement bien de cette relation qui peut s'installer entre un auteur et son éditeur.
C'est une précision que je tenais à faire pour éviter absolument tout malentendu.
Oui, bien sûr, c'est une relation de connivence entre un auteur et son éditeur. C'est le cinquième livre que je publie chez Grasset. Et il y a une relation de confiance qui s'installe. Il y a une discussion amicale, d'ailleurs, qui se produit. En l'occurrence, ce livre, il est né au cours d'un déjeuner avec Christophe, Christophe Bataille. Et il m'a dit « J'aimerais bien que tu écrives quelque chose pour Grasset de nouveau. » Et je suis venu avec différents sujets. Et puis dans mon sac, j'avais l'océan parce que j'aimais bien l'océan. Et je ne pensais pas que Grasset puisse s'intéresser à l'océan. Il m'a dit « Mais on cherche quelqu'un sur l'océan, c'est formidable.
» Et c'est parti comme ça.
Eh bien, c'est une très, très belle histoire. Et ça raconte justement le lien extrêmement fort entre un auteur et son éditeur. Et c'était donc juste pour cette clarification, on va poursuivre notre entretien sur cette passion océan. Je tiens à en profiter
pour saluer mon éditeur Christophe Bataille et bien sûr Olivier Nora avec qui j'ai entretenu des relations absolument excellentes. Il y a un auditeur
qui vous pose la question « Est-ce que vous allez rester du coup ? » Parce que c'est vrai qu'il va peut-être y avoir une reprise en main de cette maison.
Je ne sais pas. Si je suis très transparent, je ne sais pas. Je pense que je suivrai Christophe Bataille si d'aventure Christophe Bataille va ailleurs.
Et puis si les droits vous appartiennent parce que ça, c'est une autre question. Il y a une image très forte qui est en couverture du livre. C'est une créature très étrange. Est-ce que vous pouvez nous la décrire, Bruno David ?
Alors, vu comme ça de face, on a l'impression qu'il y a deux yeux noirs au milieu de cet animal. Qui ne sont pas des yeux, d'ailleurs.
Un drôle d'animal qui ressemblera à quelque chose comme à une pieuvre.
Ça ressemble à une pieuvre. Mais si on compte bien, il y a dix bras. Donc, ça n'est pas une pieuvre.
Parce qu'une pieuvre en compte ?
Huit. Et c'est apparenté au sèche. Et c'est une petite sèche qui vit en Tasmanie, donc dans le sud de l'Australie. Et qui a des phénomènes de luminescence, de bioluminescence. Elle est bleutée. Elle est absolument superbe. Et je dois reconnaître que c'est mon éditeur chez Grasset qui a trouvé cette image.
Et c'est important de le rappeler. Il faut dire aussi que c'est un livre qu'on peut suivre, vous suit en tout cas dans vos pérégrinations, dans vos différentes aventures, dans les missions les plus scientifiques, comme dans celle du gamin que vous avez été comme nous un jour. Et ce qui est assez fascinant, c'est que pour vous, on ne peut prendre conscience de la nécessité de sauvegarder les océans et de les protéger que quand on a conscience de leur beauté. C'est d'abord en regardant le spectacle de la beauté de la nature qu'on peut se décider à prendre des mesures pour ne pas la saccager davantage.
Oui, c'est vraiment ça. Et c'est vraiment les consignes que je donnais souvent au muséum pour les expositions de ne pas être anxiogène. Au Muséum d'histoire naturelle, oui. Au Muséum national d'histoire naturelle, de ne pas être anxiogène et de séduire par la beauté des choses pour rendre les gens plus sensibles, plus réceptifs après aux questions environnementales qui peuvent se poser.
Parce qu'il y a le syndrome du Titanic et vous savez que c'est une histoire où on dit qu'on va vers la catastrophe et donc l'orchestre continue de jouer alors que tout indique qu'on va vers le naufrage. C'est un mot en masculin. Et en l'occurrence, vous vous croyez au contraire qu'il faut montrer le spectacle. Oui, je pense. Je peux nous émerveiller.
Et l'océan, encore une fois, est une sorte de géant débonnaire. C'est comme ça que je le qualifie. Qui nous veut du bien en quelque sorte. Alors, j'anthropomorphise à l'excès. Mais qui nous veut en quelque sorte du bien. Alors, respectons-le et il nous le rendra. Il saura nous le rendre. Et je termine par une phrase que j'ai empruntée à David Attenborough. Il avait 99 ans quand il l'a prononcée.
Le réalisateur britannique de documentaires naturalistes.
Voilà. Et qui dit « Si nous sauvons la mer, nous sauvons notre monde. »
Oui.
Et bien, justement.
Justement, la mer, il y a plusieurs pays qui veulent la sauver. Il y a un traité de protection de la haute mer qui a été ratifié déjà par 87 pays qui vont se réunir pour la première fois pour une COP 1 des océans en début d'année prochaine. Qu'est-ce qu'on peut en attendre ?
Alors, je ne sais pas ce qui en sortira exactement. Mais en tout cas, ça a une force de symbole. Et je trouve très important qu'il y ait une grande réunion internationale qui puisse se tenir sur la question de l'océan. Que l'océan ne soit pas mélangé au reste parce qu'il y a des modes de fonctionnement particuliers, des modes d'observation particuliers, des modes de connaissances particuliers. Et ça vaut vraiment le coup de se pencher sur l'océan. C'est d'autant plus important qu'une grande partie de l'océan est en dehors des juridictions nationales.
C'est ce qu'on appelle la haute mer ou ce qu'on appelle la zone quand ça concerne les grands fonds marins avec les possibles exploitations minières.
C'est le Far West, quoi. Il n'y a pas de règles, en fait.
C'est vraiment le Far West. Et donc, il faut arriver à instaurer des règles. Il faut arriver à instaurer des règles de manière à pouvoir continuer d'être sur une planète habitable.
Mais qui les fera à respecter ?
Alors, c'est tout le problème.
Parce qu'il n'y a pas de marine mondiale
pour protéger les océans. Il n'y a pas de police. Il n'y a pas de police. Il n'y a pas de police. C'est bien le problème. Mais je veux dire, la première étape, c'est quand même qu'il y ait des règles. Tant qu'il n'y a pas de règles, c'est encore pire. À partir du moment où il y a des règles, c'est comme les limitations de vitesse sur autoroute. Moi, je suis suffisamment âgé pour avoir commencé de conduire alors qu'il n'y avait pas de limitations de vitesse. Après, il y a eu les limitations de vitesse. Puis après, on les fait respecter. Puis après, on s'aperçoit que finalement, on les respecte sans nécessairement avoir la peur du gendarme.
Alors, pour l'océan, ça risque d'être plus long parce que c'est international. Mais je pense qu'il faut vraiment aller vers ça. Il faut déjà avoir des règles. Et après, elles seront progressivement, je l'espère, parce que je suis optimiste, de mieux en mieux respectées.
Question d'Esther, et elle concerne l'actualité et les océans et un détroit d'hormuz qui est évidemment dans toutes les bouches et dans beaucoup d'esprits. C'est assez frappant pour Esther de voir à quel point notre monde reste dépendant des énergies fossiles. Et on s'en aperçoit à l'occasion, justement, de la possibilité ou non de ces super tancaires de passer par ce petit détroit pour aller alimenter le monde entier. C'est un vrai révélateur. C'est l'océan et c'est une très mauvaise nouvelle.
C'est l'océan. C'est-à-dire que l'océan transporte 90% de nos marchandises. Donc, on voit bien qu'on s'en sert comme voie de transport parce que c'est beaucoup plus facile de naviguer sur de l'eau que de naviguer sur Terre, quand même. Il y a la poussée d'Archimède qui nous aide. Donc, économiquement, même, c'est beaucoup plus rentable. Et après, il y a la complexité de la géographie qui fait qu'il y a ce détroit et que le pétrole, une grande quantité de pétrole sur Terre, il ne se trouve pas très loin de ce détroit et donc, il passe par ce détroit. Mais après, sur l'immensité des temps géologiques, il va finir par se refermer.
Donc, on n'aura plus de problème si on attend une dizaine de millions d'années.
D'accord. Écoutez, soyons patients. Il nous reste une petite minute, d'ailleurs. Je dis ça pour redonner à Trump. Vous dites qu'il y a urgence. Oui, qui est pressé.
Vous dites qu'il y a urgence et qu'il faut agir, etc. Mais heureusement, vous nous rassurez quand même un peu à la fin du livre. C'est-à-dire que l'espoir est encore permis parce que l'océan a une grande capacité d'inertie. On peut encore le sauver.
Oui, bien sûr. Non, non. Alors, surtout pour l'océan. Des fois, sur les continents, à certains endroits, c'est déjà plus délicat. Mais pour l'océan, non, non. Si on réagit, il y a une capacité de réaction et de résilience de l'océan qui est vraiment importante. Et d'ailleurs, j'ai voulu, sur la fin de ce livre, ne pas terminer par une note négative. Et j'ai des chapitres des relations entre la science et l'océan, tous les médicaments qu'on doit à l'océan.
Tous les virus dans lesquels on se baigne.
Les grandes découvertes scientifiques qu'on doit à l'océan, etc. Donc, des choses très positives qui nous viennent de l'océan et qui vont continuer de nous venir de l'océan. Mais c'est fascinant.
Même des éponges. Les éponges, qui est l'être le plus insignifiant et le moins vivant. En tout cas, ce qui est absolument formidable, c'est que c'est un gastéropode. Non, l'éponge, je dis n'importe quoi.
Non, l'éponge, ce n'est pas un gastéropode.
Non, mais la belle éponge jaune qui vit en Corée, au Japon, elle renferme une substance isolée qui permet de faire un médicament. Oui,
soigner le cancer du sein.
C'est incroyable. Oui, oui. Et c'est l'un des nombreux exemples que vous citez. Voilà.
Et puis, un antalgique plus puissant que la morphine, dix fois plus puissant que la morphine, qui nous vient d'un petit cône qui est un petit gastéropode océanique. Alors, pour le coup, c'est un gastéropode cette fois. Le voilà. Et c'est extraordinaire. Les greffons qu'on met dans du sang de Néreïs, alors je dis du sang qui est un petit verre poilu qu'on trouve sur nos... C'est le buzuc breton qu'on va trouver sur nos plages et qui sert à préserver les greffons donc qui participent aussi à la santé humaine.
Merci infiniment, en tout cas, Bruno David, d'avoir été notre invité ce matin. Passion Océan, c'est passionnant et c'est publié chez Grasset. Je vous souhaite une très, très belle journée.
Merci beaucoup.
et... ...