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Conférence de presseÉlysée (sur YouTube)· 27 septembre 2020 51 minActualité / polémiqueInstitutions & électionsEurope & internationalSécuritéÉconomie & entreprises

Conférence de presse du Président Emmanuel Macron sur la situation au Liban.

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 40 %Attaque 50 %Défensif 10 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 12:00RelanceRéponse directe

    Est-ce que le Hezbollah est le seul perturbateur, ou le club des anciens chefs de gouvernement a aussi joué le même rôle ?

  • 15:00OuverteRéponse directe

    Est-ce que vous envisagez des mesures plus strictes, peut-être des sanctions, maintenant, contre les dirigeants libanais ?

  • 18:00OuverteRéponse directe

    Si toute cette misère n'a pas poussé les dirigeants à former un gouvernement, sur quoi vous misez ?

  • 21:00OuverteRéponse directe

    Est-ce qu'on peut avoir un nouveau gouvernement au Liban sans acter une nouvelle formule de partage du pouvoir ?

  • 24:00OuverteRéponse directe

    Qu'est-ce qui pourrait entraîner la fin de l'engagement français au Liban ?

  • 27:00OuverteRéponse directe

    Le retour de l'emploi et de l'âge d'or est-il réellement encore possible au Liban ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 1:00E. MacronFait
    « Le 4 août dernier, l'explosion du port de Beyrouth a fait basculer le Liban dans un chaos sans précédent depuis la fin de la guerre civile. »
  • 7:00E. MacronFait
    « Le Hezbollah ne peut, en même temps, être une armée en guerre contre Israël, une milice déchaînée contre les civils en Syrie, et un parti respectable au Liban. »
  • 9:00E. MacronFait
    « Je décide donc de prendre acte de cette trahison collective et du refus des responsables libanais de s'engager de bonne foi dans le contrat que la France leur a proposé le 1er septembre dernier. »
  • 13:00E. MacronPromesse
    « La 1re sera d'exiger que les résultats de l'enquête sur les causes de l'explosion du 4 août soient enfin établis et rendus publics, et que les responsables soient désignés. »
  • 16:00E. MacronFait
    « Je n'exclus rien, je l'ai déjà dit il y a plusieurs semaines. Est-ce que c'est la réponse immédiate qu'on doit apporter au blocage ? Je ne le crois pas. »
  • 19:00E. MacronFait
    « J'ai honte pour vos dirigeants. J'ai honte pour eux. »
  • 22:00E. MacronFait
    « Il n'y avait pas de condition confessionnelle derrière chaque ministère. Et ensuite, je suis bien obligé de constater que le parti Amal et le Hezbollah, eux, ont décidé explicitement que rien ne devait changer. »
  • 25:00E. MacronFait
    « Le Liban ne s'en sortira pas sans aide internationale, qui sera massive, mais dans un système assaini, sur lequel on a de la confiance. »
  • 28:00E. MacronFait
    « Plus personne n'a confiance dans le système financier libanais aujourd'hui. Il ne peut pas remonter tout seul. »

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

-E. Macron : Ce soir, après la décision officialisée hier du Premier ministre désigné de renoncer à former un gouvernement. En effet, le 4 août dernier, l'explosion du port de Beyrouth a fait basculer le Liban dans un chaos sans précédent depuis la fin de la guerre civile.

Je dois le dire, seule l'extraordinaire force du peuple libanais a permis au pays, exsangue, épuisé, en colère, de préserver depuis ce qui pouvait encore l'être. La France a été là, à ses côtés, dès les premières heures, avec fraternité et bienveillance. Elle le sera toujours.

Cette force et cette amitié indéfectible ont été prises en otage par une classe politique soumise au jeu mortifère de la corruption et de la terreur. Les responsabilités sont claires et établies. Elles doivent être nommées, et nous devons en tirer toutes les conséquences.

Le 1er septembre, à la Résidence des Pins, l'ensemble des forces politiques libanaises avait pris l'engagement de former, dans les 15 jours qui venaient, un gouvernement de mission capable de mettre en oeuvre une feuille de route précise de réformes, dont le contenu, agréé par la communauté internationale, demeure entièrement valable et nécessaire, avec un agenda à 1 mois et à 3 mois. Ce qui s'est passé durant ces dernières heures, ces derniers jours est, au fond, une clarification. Les forces politiques libanaises, leurs dirigeants, les dirigeants des institutions libanaises, n'ont pas souhaité, clairement, résolument, explicitement, n'ont pas souhaité respecter l'engagement pris devant la France et la communauté internationale.

Ils ont décidé, et je suis contraint d'en faire le constat cruel pour nous tous un mois plus tard, ils ont décidé de trahir cet engagement pris. Je constate que les autorités et les forces politiques libanaises ont fait le choix de privilégier leurs intérêts partisans et individuels au détriment de l'intérêt général du pays. Je constate qu'ils ont fait ainsi le choix de livrer le Liban au jeu des puissances étrangères, de le condamner au chaos au lieu de lui permettre de bénéficier de l'aide internationale dont le peuple libanais a besoin.

C'est un mois qui vient d'être perdu, un mois pour mener les réformes dont le pays a besoin, un mois durant lequel l'aide internationale n'a pas pu être touchée. Et ceci au risque aussi d'une déstabilisation régionale et de la disparition du trésor que représente le Liban pour la région et pour le monde. Dans ce contexte, je salue le sens de l'intérêt général des forces armées libanaises, qui ont continué à veiller à la stabilité du pays.

Un Premier ministre, je le disais, a été désigné, un homme respectable et sincère, qui a fait ce qu'il pouvait dans des conditions difficiles. Les responsables politiques libanais ont rendu impossible, par leurs sombres manoeuvres, la formation d'un gouvernement de mission capable de mener à bien les réformes. Certains ont d'abord préféré consolider l'unité de leur camp plutôt que celle des Libanais dans leur ensemble, en négociant entre eux pour mieux piéger les autres, en réintroduisant un critère confessionnel, qui n'était pas agréé par tous, pour la désignation des ministres, comme si la compétence était liée à la confession.

Les autres ont cru pouvoir imposer les choix de leur parti et du Hezbollah dans la formation du gouvernement, en totale contradiction avec les nécessités du Liban et avec les engagements explicitement pris le 1er septembre auprès de moi. Ils n'ont souhaité faire aucune concession, jusqu'au bout. Le Hezbollah ne peut, en même temps, être une armée en guerre contre Israël, une milice déchaînée contre les civils en Syrie, et un parti respectable au Liban.

Il ne doit pas se croire plus fort qu'il ne l'est, et c'est à lui de démontrer qu'il respecte les Libanais dans leur ensemble. Il a, ces derniers jours, clairement montré le contraire. Je ne peux que regretter que les plus hautes autorités du Liban se contentent de constater l'échec en ces temps de responsabilités historiques.

En somme, personne n'a été à la hauteur des engagements pris le 1er septembre dernier. Tous ont fait le pari du pire dans le seul but de se sauver eux-mêmes, de sauver les intérêts de leur famille, de leur clan. Ils n'y parviendront pas.

A tous, je dis aujourd'hui qu'aucun d'entre eux ne peut gagner contre les autres. Je décide donc de prendre acte de cette trahison collective et du refus des responsables libanais de s'engager de bonne foi dans le contrat que la France leur a proposé le 1er septembre dernier. Ils en portent l'entière responsabilité.

Elle sera lourde, et ils devront en répondre devant le peuple libanais. A ce peuple ami et frère, je redis aujourd'hui que la France ne l'abandonnera pas. D'abord parce que la feuille de route du 1er septembre demeure.

Elle est la seule option viable. Elle est la seule initiative prise sur le plan national, régional et international, elle demeure donc. Elle n'est pas retirée de la table, la constitution d'un gouvernement de mission, dans les meilleurs délais, mais il appartient maintenant aux responsables libanais de saisir cette dernière chance eux-mêmes, peut-être enfin.

Mais au sein de cette feuille de route, les réformes et les actions sont indispensables pour le peuple libanais. C'est une nécessité en soi, c'est aussi la condition sine qua non, et je la réitère ici, pour que le Liban puisse bénéficier de l'aide internationale dont il a besoin pour la reconstruction et pour son avenir. Deuxièmement, d'ici la fin du mois d'octobre, comme je m'y suis engagé le 1er septembre, nous organiserons, avec les Nations unies et l'ensemble de nos partenaires internationaux, une nouvelle conférence en suivi de celle du 9 août, pour mobiliser et amplifier l'aide internationale à Beyrouth et au peuple libanais.

Nous répondrons aux besoins de santé, d'éducation, de logement, d'alimentation, au bénéfice direct de la population, par le seul truchement des organisations non gouvernementales de terrain et des agences des Nations unies. Cet engagement, c'est celui que nous devons au peuple libanais. Il est inconditionnel.

C'est ce à quoi je me suis engagé auprès des Nations unies et de toutes les ONG qui étaient présentes le 1er septembre pour ce qui est appelé par les Nations unies la "phase de relèvement précoce". Nous veillerons, une fois encore, au-delà de cette mobilisation, à la transparence et au suivi des aides ainsi apportées, comme nous sommes en train de continuer à le faire avec les Nations unies pour la 1re phase. Troisièmement, je réunirai d'ici 20 jours l'ensemble des membres du Groupe international de soutien au Liban pour consolider l'unité de la communauté internationale sur les prochaines étapes.

La 1re sera d'exiger que les résultats de l'enquête sur les causes de l'explosion du 4 août soient enfin établis et rendus publics, et que les responsables soient désignés. Au-delà des résultats de l'enquête, c'est évidemment les avancées sur la feuille de route du 1er septembre qui seront constatées, et la réitération de nos engagements et de nos conditions collectives pour pouvoir aider le Liban. Nous entrons maintenant dans une nouvelle phase où les risques sont bien plus élevés pour le Liban, comme pour la région.

Aux autorités libanaises, maintenant, d'en décider et d'en répondre. Nous avons vu tous les jeux se faire. Les institutions ne peuvent être les spectateurs passifs de ce qui se passe aujourd'hui.

Quant à nous, nous en tirerons toutes les conséquences à chaque étape, et donc en temps voulu. La France restera engagée aux côtés de ses amis libanais, du peuple libanais, et j'adresse ce soir mon indéfectible soutien et ma profonde amitié à toutes les Libanaises et tous les Libanais. Nous pensons à vous sans cesse, nous sommes là pour vous, et nous ne lâcherons jamais, jamais.

Je vais maintenant répondre à toutes vos questions. -Nous allons commencer par prendre des questions depuis Beyrouth, s'il vous plaît. -Layal Saad, Al Jadeed TV.

M. le Président, afin de sauver la face, vous dites que l'initiative française continue, mais en réalité, nous savons très bien qu'elle agonise. Est-ce que le Hezbollah est le seul perturbateur, ou le club des anciens chefs de gouvernement a aussi joué le même rôle ?

Ou tout simplement, il vous avère que cette trahison libanaise, comme vous l'avez nommée, n'est que le résultat du conflit irano-américain, dont la France a échoué à faire ouvrir une brèche. Avez-vous, M. le Président, le courage de dire : "Voilà, j'ai échoué et ce sont les perturbateurs" ?

Merci. -E. Macron : Vous savez, si ça peut vous soulager que je dénonce des échecs, je peux le faire.

Est-ce que ça fait avancer la cause des Libanaises et des Libanais ? Non. Si j'allais dans votre sens, je laisserais les choses, je dirais : "C'est un échec, je m'en vais".

Je pense que ça n'est pas l'engagement que j'ai pris pour les Libanaises et pour les Libanais. Est-ce que je faciliterais les choses ? Non.

Où sont les responsabilités ? Ce ne sont pas celles de la France. Il y a d'abord les responsabilités au Liban.

Je les ai dites de manière assez explicite il y a un instant, je peux le faire davantage. Je pense que Saad Hariri a eu tort de rajouter un critère confessionnel dans l'attribution des ministères, ce qui a d'abord été la condition qu'il a mise sur la table, avec conciliabule de l'ensemble des anciens Premiers ministres sunnites, et que cette condition ne faisait pas partie de la feuille de route de la Résidence des Pins. Elle a fragilisé le dispositif et le modus operandi qu'il a choisi dans les 1res semaines a été une faute, oui.

Je constate qu'ensuite, il a accepté de faire des concessions. Il est revenu sur cet engagement, et il a bougé. Nous devons, là aussi, savoir le reconnaître.

Et il a renoncé à cela pour rouvrir le jeu, revenir, stricto sensu, à ce qu'était la feuille de route. Il n'y avait pas de condition confessionnelle derrière chaque ministère. Et ensuite, je suis bien obligé de constater que le parti Amal et le Hezbollah, eux, ont décidé explicitement que rien ne devait changer.

A chaque étape, ils ont dit : "Nous nommerons nos ministres. "Vous ne les choisirez pas, même s'il s'agit de chiites, nous les nommerons nous." Et le président Berri, d'ailleurs, explicitement reconnaissant que c'était une condition du Hezbollah.

Donc, j'ai compris qui décidait : le Hezbollah. Et j'ai compris que la volonté d'Amal et du Hezbollah, et c'est ce qui s'est passé ces derniers jours, était de ne faire aucune concession, était de ne pas respecter ce qu'ils m'avaient dit explicitement autour de la table, les yeux dans les yeux : "Oui à un gouvernement de mission, oui à une feuille de route de réformes." Est-ce que c'est durable ?

Je ne sais pas. La chance leur est offerte de réessayer. Personne...

Et c'est la réponse complète que je fais à votre question, l'échec, c'est le leur. J'ai le droit de ne pas le prendre pour moi. Moi, j'ai fait le maximum de ce que je pouvais.

Mais je ne vais pas répondre des décisions cyniques des uns et des autres. Alors ensuite, pardon de ne pas régler le problème entre l'Iran et les Etats-Unis. Je ne sais qui l'a réglé depuis tant de décennies.

Donc oui, si vous voulez que je vous dise : "Je n'ai pas réussi à régler le conflit entre l'Iran et les Etats-Unis", je peux vous le dire, ce n'est pas faute d'avoir essayé, mais est-ce que pour autant, on doit tout abandonner ? Est-ce que pour autant, je dois dire au peuple libanais ce soir : "Nous avons tous échoué" ? Et demain matin, nous nous réveillerons avec quoi ?

Donc je préfère être explicite, transparent. Les forces politiques libanaises et leurs dirigeants n'ont pas pris la mesure, n'ont pas pris la mesure de ce qu'était l'après-4 août. Ils n'ont pas pris la mesure de la colère du peuple libanais, de la crise économique, sociale et politique profonde, et de la situation internationale.

Et si certains préfèrent attendre des échéances incertaines sur le plan politique aux Etats-Unis, ils se trompent aussi, car chaque jour rend plus compliqué un accord, car chaque jour rend plus vraisemblable un embrasement de la rue. C'est pourquoi je dis ce soir très clairement : la condamnation de l'ensemble des responsables politiques que je fais, la réitération de la proposition française, la mise en responsabilité des dirigeants libanais, au 1er chef du président Aoun qui a une responsabilité institutionnelle, celle dans les prochaines heures, de reprendre l'initiative, et, je l'espère, avec l'ensemble des forces politiques, de réussir à nommer ce gouvernement de mission. Mais les derniers mois nous ont appris une chose : si c'est un gouvernement politique de gens désignés par les partis, l'expérience en a été faite les derniers mois, il ne produit pas de résultats, il ne sait pas conduire de réformes.

La clé est d'avoir un gouvernement de mission faisant des réformes agréées ex ante, et d'avancer. Et donc, mon souhait est que dans les prochains jours, prochaines semaines, nous puissions avancer sur cette base, une fois encore. Mais je suis obligé de constater l'échec de cette 1re tentative, qui est celle du gouvernement Adib, qui n'a pas vu le jour. -Une question de Zohra Ben Miloud, de France 24. -Bonsoir, M. le Président.

La stratégie de la France de miser sur un gouvernement de mission ayant échoué, est-ce que vous envisagez des mesures plus strictes, peut-être des sanctions, maintenant, contre les dirigeants libanais qu'on sait proches de la France, notamment ? -E. Macron : Vous allez aller au bout de votre question, comme ça, je peux vous répondre précisément. -On le sait, il y a cette possibilité d'imposer des sanctions contre différents dirigeants politiques des différents partis libanais.

Est-ce que vous l'envisagez aujourd'hui ? -E. Macron : Je n'exclus rien, je l'ai déjà dit il y a plusieurs semaines.

Est-ce que c'est la réponse immédiate qu'on doit apporter au blocage ? Je ne le crois pas. Je pense que ça ne servirait à rien, parce que ceux qui ont bloqué aujourd'hui n'ont rien à faire des sanctions que la France pourrait mettre.

Je les ai nommés, ce n'est pas eux qui sont à sanctionner. Donc, je pourrais dire que je sanctionne tout autour, ça n'est pas utile. Donc, ce qui est utile, c'est de réitérer, c'est de voir qu'il n'y a pas d'autres propositions, et après, quelles sont les options ?

Regardons-les. Est-ce qu'on peut faire un gouvernement sans les chiites ? Option qui aurait pu être un moment sur la table.

Cette option n'est pas réaliste parce que je constate aujourd'hui la peur des dirigeants libanais face à une telle option, parce qu'ils ont peur du Hezbollah et ils ont peur de la guerre. Est-ce que moi, je suis, depuis Paris, en situation de les protéger, de dire : "Je vais engager l'armée française, je sais que les Nations unies s'engageront pour les protéger" ? Non.

Donc, est-ce que je serais responsable à vous dire : "On fait ça" ? Non. 2e option, c'est de revenir sur un gouvernement politique, et donc céder aux partis qui sont tout autour de la table.

Ils vont défendre leurs intérêts, renommer leurs copains, c'est le gouvernement qui est caretaker en ce moment. Ca ne marche pas. Et donc, ce n'est pas que je manque d'imagination, c'est que tant qu'il n'y a pas eu, et je ne souhaite pas qu'elle arrive, une crise beaucoup plus profonde, ou au Liban ou dans la région, nous n'avons d'autre chemin que celui qui consiste à essayer de regrouper l'ensemble, en effet, des partis derrière une feuille de route, d'avoir un gouvernement de mission avec des gens qui sont impliqués sur les réformes, et d'essayer de progresser.

Donc, je crois que la feuille de route, y compris dans la constitution du gouvernement du 1er septembre, demeure, parce que je ne vois pas d'autre option. La seule option qui permettrait d'avancer, pour le peuple libanais et les réformes, supposerait d'aller vers une crise qui ne serait pas que politique, mais qui ferait courir le risque de la guerre civile. C'est ça, la réalité.

Dans ce contexte-là, les sanctions ne me paraissent pas être le bon instrument. A ce stade, je ne les exclus pas à un moment, et dans ces cas-là, nous nous concerterons avec d'autres, et je le ferai de manière concertée. Mais aujourd'hui, je pense que ça ne répond pas au besoin qui est le nôtre.

C'est encore de faire de la pression politique et d'essayer d'engager chacune et chacun. -Très bien, on va prendre une question du côté du Liban, s'il vous plaît. -Bonsoir, M. le Président.

C'est Joëlle Kozaily, de la MTV. Alors, une explosion dévastatrice, une crise économique sans précédent, une hyperinflation, des Libanais qui sont en train de fuir sur les barques de la mort. Si toute cette misère, et 2 visites de votre part n'ont pas poussé les dirigeants à former un gouvernement de mission, sur quoi vous misez, alors ?

Est-ce qu'on va devoir attendre les élections présidentielles américaines, des négociations avec l'Iran pour pouvoir débloquer cette impasse, et pour sortir de cet abîme ? Et deuxièmement, est-ce que, si jamais vous allez avoir recours aux sanctions, est-ce que vous pouvez, par exemple, geler les comptes bancaires des dirigeants politiques et rendre au peuple libanais l'argent qui a été pillé ? Merci. -E.

Macron : Alors, sur le 2e point, c'est un processus, d'abord, qui est long, qui dépend du cas par cas, mais comme je l'ai dit, ce n'est pas celui que je privilégie à court terme, parce que je pense que ça n'est pas celui qui est le plus utile. Ensuite, je pense, très concrètement, que pour rendre au peuple libanais ce à quoi il est en droit d'aspirer, et l'argent qui lui a échappé, l'audit bancaire, l'audit de l'ensemble des institutions, et les mesures qui s'ensuivront sont, à coup sûr, l'instrument le plus efficace. Et ça fait partie de la feuille de route que nous avons mise sur la table et ce sur quoi nous devons engager.

Enfin, pour le 1er point que vous avez soulevé, je comprends très bien ce que vous dites, croyez-le. J'ai honte. J'ai honte pour vos dirigeants.

J'ai honte pour eux. -Georges Malbrunot, du Figaro. -Malbrunot : Est-ce qu'on peut avoir un nouveau gouvernement au Liban sans acter une nouvelle formule de partage du pouvoir, qui serait elle-même actée par les acteurs régionaux, l'Arabie Saoudite, l'Iran, qui a probablement joué un rôle dans le durcissement de la position du Hezbollah, et également les acteurs internationaux, les Etats-Unis, qui ont paru, d'abord main dans la main avec vous, et ensuite ont appliqué des sanctions qui n'ont probablement pas facilité votre tâche ? -E.

Macron : Alors d'abord, aujourd'hui, nous travaillons dans une structure, celle qu'on connaît, des accords de Taëf, qui, c'est un peu le paradoxe dans lequel nous vivons, a été historiquement plutôt construite pour les sunnites et vient d'être capturée par les chiites, si je devais résumer l'histoire que nous venons de vivre. Est-ce que nous pouvons rebâtir, refonder les équilibres, aujourd'hui ? Il faudra sans doute arriver à cela, simplement, il est déjà trop tard.

C'est pour ça que je ne veux pas changer de pied sur cette initiative. C'est que quand je regarde la situation, votre collègue qui est à la Résidence des Pins l'a très bien décrite il y a un instant, la situation sur le plan économique, financier, social dans la rue est telle que nous n'avons pas le luxe de prendre des mois pour rebâtir une solution qui jouerait sur des rééquilibres ou confessionnels ou régionaux. Je ne le crois pas.

Et donc il faut essayer de bâtir, sur la base des accords existants, un chemin qui permet d'avoir une action utile et donc qui réduit la place des partis, des clans, parce que derrière les accords de Taëf, il n'y a pas écrit qu'au fond, chaque parti a le droit d'avoir son pré carré derrière une politique, de se servir, et en quelque sorte, d'empêcher de faire les réformes et de prendre l'argent pour lui. Il n'y avait pas écrit, dans les accords de Taëf, que c'était un système de corruption partagé entre les partis et les confessions. C'est ce qu'ils en ont fait.

Et comme je le disais, sur ce système de corruption, où tout le monde se tient parce que tout le monde a touché, vous avez un système de terreur qui s'est mis en place et que le Hezbollah a imposé. Et je le dis avec d'autant plus de clarté que je leur ai dit à eux, et que, comme vous le savez, à 2 reprises, je les ai mis autour de la table en tant que force politique. Mais aujourd'hui, ce système n'avance plus.

Aujourd'hui, quelques dizaines de personnes sont en train de faire tomber un pays et son peuple. Alors, je pense qu'il faut essayer d'avancer sur le plan intérieur et international. Sur le plan intérieur, je ne vois pas, à court terme, dans le cadre qui est le nôtre, de meilleure solution que celle qui consiste à réengager le travail sur un gouvernement de mission et mettre la pression sur tout le monde.

Et je viens, je crois ce soir, de la mettre, de là où je suis, et comme je le peux, en étant le plus explicite et le plus direct possible. Je ne peux pas me substituer au président de la République du Liban et aux autres responsables. C'est à eux maintenant de décider d'être à la hauteur de leur pays et de leur histoire ou pas.

Et ensuite, vous avez raison, il faut réengager les partenaires régionaux et internationaux. Je ne sais pas dire quel rôle l'Iran a joué dans cette période. Je suis très prudent, je n'ai aucune preuve.

Il y a eu une tension du camp chiite, mais est-ce qu'elle a été suscitée par, à un moment donné, le jeu sunnite que je décrivais tout à l'heure ? Est-ce que ce sont des surréactions qui sont totalement locales ou qui sont régionales ? Je n'ai pas de preuves pour le dire.

Vous avez raison de dire que la politique de sanctions non concertée et non coordonnée avec nous de l'administration américaine sur des dirigeants chiites a sans doute contribué à tendre le jeu, c'est un fait. Et donc c'est pour ça aussi que d'ici 20 jours, je veux réengager le groupe international de soutien pour que l'ensemble des partenaires et tous ceux que vous avez cités hormis évidemment l'Iran, j'aurai une discussion avec l'Iran bilatérale, que l'ensemble des partenaires régionaux, internationaux qui sont avec nous puissent clarifier la feuille de route, leur stratégie. Soyons très clairs sur le sujet du Liban.

Il y a 2 lignes, il n'y en a pas 3. Il y a une ligne qui, je crois, est encore celle suivie par la communauté internationale, qui est de s'engager derrière notre initiative et la feuille de route. Il y a une autre ligne qui peut paraître séduisante et qui a été portée par certains, qui est ce que j'appellerais la politique du pire, qui est de dire, au fond : "Il faut déclarer maintenant la guerre au Hezbollah "et donc il faut que le Liban s'effondre avec le Hezbollah pour montrer que tout ça est impossible." J'ai décidé très clairement de ne pas la suivre parce que je pense qu'elle est irresponsable, parce que nous avons déjà vécu des guerres civiles au Liban, et nul ne sait dire quand elles s'arrêtent, et parce que nous n'avons pas à faire payer aux Libanaises et aux Libanais le sacrifice d'une telle politique.

Mais des dirigeants de la région, comme certains, sont en effet évidemment attirés par cette voie parce qu'ils pensent qu'il est impossible de compromettre, avec l'Iran ou avec ses proxys, et que donc il faut aller vers une politique du pire. Je pense qu'il nous faut à tout prix éviter cette escalade, dans la période, mais ça veut dire aussi que le Hezbollah et l'ensemble des chiites aujourd'hui au Liban sont face à un choix qui est également historique, qui est de savoir s'ils veulent faire le choix de la démocratie ou du Liban, ou si eux-mêmes veulent faire le choix du pire. Et j'ai résisté à la voie de certains dans la région qui voulaient la politique du pire en disant "je ne la suivrai pas" en essayant de les réengager.

Aujourd'hui, la question, vraiment, elle est dans la main du président Berry et du Hezbollah. Voulez-vous aujourd'hui, la politique du pire, vous, ou voulez-vous réengager le camp chiite dans le camp de la démocratie et de l'intérêt du Liban ? Quand je dis que quelque chose peut se passer en réengageant, je me dis: peut-être que dans la conscience et l'esprit de femmes et d'hommes qui sont libanais et libanaises, ils peuvent décider le bien de leur pays, c'est-à-dire son sursaut, sa survie, plutôt que la fidélité à une puissance étrangère.

S'ils décident le pire, il y a un risque pour qu'ils créent le pire. Alors, à court terme, politiquement, de toute façon, je laisse, aujourd'hui, les forces politiques libanaises traiter entre elles. J'ai eu énormément d'interactions avec tout le monde ces dernières semaines, comme vous le savez.

Je fais le constant, donc le point auquel on arrive, 'était la réponse que je faisais à votre 1re collègue, là où je peux vous dire très clairement que je considère que ce n'est pas l'échec de la France, c'est que nous ne nous sommes pas désengagés, nous avons fait tout ce que nous pouvions. Et donc, je ne prends pas l'échec. L'échec, c'est le leur.

L'irresponsabilité, c'est la leur. Mais là, dans la phase qui rentre, je dis la feuille de route que nous avons mise sur la table demeure, notre engagement international et régional demeure, mais je laisse, maintenant, les forces politiques libanaises réinitier sur cette base-là et prendre leurs responsabilités pendant les jours et les semaines qui viennent. -Je propose de reprendre une question du côté du Liban, s'il vous plaît. (Propos inaudibles) (...) -Bonsoir, M. le président.

Zeina Antonios, de L'Orient-Le Jour. Vous avez fait face à une trahison de la part des partis politiques qui n'ont pas tenu parole après s'être engagés à former un gouvernement de mission. On craint, aujourd'hui, de ne plus bénéficier de l'initiative française si on continue de la sorte.

Qu'est-ce qui pourrait entraîner la fin de l'engagement français au Liban, aujourd'hui ? -E. Macron : Je l'ai dit, l'initiative française persiste, et notre engagement, mon engagement à l'égard des Libanaises et des Libanais est là et ne cessera pas.

Maintenant, je vous l'ai dit, qu'allons-nous faire ? D'abord, sur le plan du soutien, de la reconstruction, de l'aide, faire ce que j'ai dit, ça, c'est inconditionnel. C'est véritablement le rôle qui doit être le nôtre, avec les Nations unies et nos partenaires internationaux, lever à nouveau de l'aide internationale pour la santé, l'école, la reconstruction durable, le redémarrage économique, et s'assurer du suivi et de la bonne arrivée de cet argent et de ces matériaux aux ONG et au peuple libanais.

Deuxièmement, sur le plan politique interne, je laisse les forces politiques maintenant réagir, et essayer d'avoir un sursaut, et prendre conscience de ce qui s'est passé, et je ne veux pas qu'il y ait d'ambiguïté sur le rôle de la France, ou de complicité, si je puis dire, à l'égard de ce que je considère comme une trahison ou une dérive par rapport aux engagements du 1er septembre. Pour moi, tous les termes demeurent, et c'est la question de confiance qui est posée sur les semaines à venir, et puis, troisièmement, sur le plan international, nous, nous allons donc réunir le groupe international de soutien pour avoir l'accord de tous sur la feuille de route, et pouvoir être sûrs qu'on réengage bien toute la communauté internationale sur celle-ci. D'ici quelques semaines, c'est-à-dire, au fond, je pense, à l'horizon environ d'un mois, un mois et demi, nous serons obligés de faire le bilan de ces avancées internes et internationales.

S'il n'y a aucune avancée sur le plan interne, alors, nous serons obligés d'envisager une nouvelle phase, de manière très claire et de poser la question de confiance. Est-ce qu'un gouvernement de mission, sur la base de la feuille de route, est encore possible, ou est-ce qu'il faut, à ce moment-là, changer la donne et aller peut-être dans une voie plus systémique de recomposition politique au Liban ? Je pense qu'elle prendrait beaucoup plus de temps, je pense qu'elle est aujourd'hui très aventureuse compte tenu de la situation économique, sociale et politique, mais peut-être qu'elle nous sera imposée à ce moment-là.

Et je pense sans doute à ce moment-là, qu'il nous faudra voir les choses d'ici 4 à 6 semaines. Donc, voilà comment je peux vous dire les choses. Pour moi, le mois qui vient est celui qui permettra, en tout cas, sur la base totale de la feuille de route du 1er septembre, d'essayer encore sur celle-ci.

Si nous n'arrivons pas à progresser sur celle-ci, il faudra sans doute pivoter les choses d'ici 4 à 6 semaines, et voir quels sont les paramètres qu'on doit bouger. -M. le président, vous aviez proposé aux Libanais de vous poser des questions via Facebook.

Je vous propose maintenant de prendre, du coup, une question de Ghamloush sur l'avenir du Liban : "Le retour de l'emploi et de l'âge d'or est-il réellement encore possible au Liban ?" -E. Macron: Je crois que tout est possible, mais rien ne l'est, ou plutôt le pire est la seule chose à craindre tant que les forces politiques se comporteront de cette manière.

Je pense qu'aujourd'hui, la grande difficulté sur le plan économique, puisque la question est économique, c'est, évidemment, qu'il faut reconstruire, stabiliser financièrement et rebâtir en interne et en externe le modèle qui a fait le succès du Liban. Le plein emploi et le succès du Liban dépend de son système financier, plus qu'aucun autre pays de la région, et que, d'ailleurs, beaucoup d'autres pays au monde, pourquoi ? Parce que le Liban n'a pas une production domestique qui lui permet de subvenir à ses besoins, et donc, il a structurellement un déficit commercial réel.

Il ne peut être que compensé par des flux financiers entrants, et donc une attractivité financière de la place, c'est-à-dire une fiabilité de la place financière libanaise et une solidité de celle-ci. Ca a été historiquement l'âge d'or, si je puis dire, du modèle libanais. Ce modèle, aujourd'hui, est en train, soyons même plus direct, puisque je le suis depuis le début de notre échange, s'est effondré.

Il s'est effondré pour quelles raisons ? D'abord, l'absence de réformes. Pour que, d'ailleurs, chacune et chacun le comprenne, comment l'âge d'or s'est essoufflé ?

D'abord parce qu'il n'y a pas eu les réformes politiques, et qu'il y a eu, donc, secteur après secteur, la corruption, l'absence de réformes, des effets de rentes qui se sont créées, et donc, à un moment donné, ben, le pays ne peut plus créer d'emplois ou de richesses parce qu'il est capturé par des intérêts privés. Ces intérêts ont été très liés à des familles et des partis politiques qui sont encore aujourd'hui en place. Et, en disant ça, je suis extrêmement oecuménique, je suis très libanais en disant ça, il y a tout le monde.

Et donc, tous les secteurs ont été progressivement étouffés par les profiteurs de ces secteurs. C'est la 1re chose qui a enlevé de l'emploi et de la croissance au peuple libanais. Ensuite, parce qu'il fallait continuer à faire avancer le modèle, ben, comme les choses s'étouffaient, qu'il n'y avait pas de réformes, que la concurrence n'était pas créée, l'argent a commencé à manquer.

On a attiré des flux financiers dans les banques libanaises, par parenthèses, banques qui ont continué à se créer en grand nombre pour servir chacun, durant les dernières années et dernières décennies. On a attiré de l'argent en le sur-rémunérant, et, toutes ces dernières années, vous avez vu les dépôts sur les comptes libanais, qui ont atteint des taux totalement fous, où on a sur-rémunéré les déposants, dans une forme de schéma de Ponzi, c'est-à-dire insoutenable, pour que les gens continuent à garder leurs dépôts, voire viennent mettre les dépôts qu'ils avaient à l'étranger au Liban, pour que le système financier ne craque pas. Et puis, il y a eu, ensuite, au moment des événements de l'automne 2019, une crispation, des contrôles qui se sont mis, parce que l'argent partait en trop grand nombre, et, là, manifestement, des exactions importantes, puisque certains ont pu sortir leur argent, plutôt ceux qui avaient des entrées politiques et qui ont pu faire leur jeu avec la Banque centrale, et les autres, qui se sont trouvés pris au piège avec leur argent dans les banques.

Soyons clairs, plus personne n'a confiance dans le système financier libanais aujourd'hui. Il ne peut pas remonter tout seul. Il ne peut pas remonter avec les mêmes acteurs, dans les banques privées, comme dans les banques publiques, comme dans les administrations.

C'est pour ça qu'il faut un gouvernement de mission. Et ce que voulaient faire vos partis politiques, ces dernières semaines, c'était simplement s'assurer que ce soient les mêmes qui restent aux manettes. Pour faire quoi ?

Pour continuer à sortir leur argent à eux du Liban et aller le protéger ailleurs, puisque c'est, la plupart du temps, ce qu'ils ont fait ces derniers mois. C'est exactement ce qui s'est passé et ce qu'ils veulent continuer à faire. Ca, c'est insoutenable, et donc, il n'y aura pas d'âge d'or tant que ça continue.

Et donc, la solution qu'on propose, c'est d'abord ce gouvernement de mission. Pour quoi faire ? Faire les réformes, c'est-à-dire tout ce qui n'a pas été depuis 20 ans dans l'énergie, sur le port, contre la corruption, pour les marchés, pour que les choses repartent.

Faire le bilan, l'audit de la Banque centrale et des banques privées pour qu'on regarde qui a fauté, réussir à recréer un système de confiance et le recapitaliser pour faire progressivement refonctionner les choses. En même temps que ces réformes seront initiées, c'est d'injecter une aide internationale. Le Liban ne s'en sortira pas sans aide internationale, qui sera massive, mais dans un système assaini, sur lequel on a de la confiance.

Et vous comprenez bien, parce que je vous décris très crûment ce qui s'est passé, que personne ne remettra de l'argent tant que ceux qui ont mené à ce système crapuleux pendant des décennies seront là, et tant que le système sera tenu par les mêmes avec les mêmes règles. C'est tout simple, et c'est exactement la feuille de route qu'est la nôtre. Donc, l'âge d'or, il est possible, parce que le Liban est un pays extraordinaire, parce que les Libanaises et les Libanais ont ce talent, et ont su l'avoir, et que c'est un pays ouvert, stratégiquement placé de manière unique, et donc, qui peut retrouver sa force, mais il a été étouffé par quelques décideurs, par des clans, depuis des décennies, les choses s'accélérant.

C'est ça qui doit cesser, et, au fond, soit il y a un sursaut de tous ceux qui ont fauté, mais qui se disent : "Sinon, ça s'effondrera maintenant." Soit il n'y a pas de sursaut et il y aura, à ce moment-là, des chocs, ils viendront de l'extérieur ou de l'intérieur, mais c'est immanquable. Je fais tout pour que ça n'arrive pas, et tout pour qu'on puisse accompagner les choses si elles adviennent, mais c'est évident que le peuple est épuisé par ce système de corruption, et, maintenant, de terreur ajoutée à la corruption, et que personne n'aidera le Liban tant qu'il fonctionne ainsi. -Je poursuis avec une question d'un Libanais, Alain : "Dans ce cas, la solution n'est-elle pas un gouvernement laïc ?" -E.

Macron : Il faut un gouvernement qui représente l'ensemble des composantes du Liban. Ca n'est pas moi qui ai construit les canons, les règles, ni la Constitution, d'une part, ni les accords qui régissent le fonctionnement politique, d'autre part, ni les coutumes. Je pense qu'il y a des choses qu'on peut changer, et donc, je pense que le gouvernement de mission n'est pas, à proprement parler, un gouvernement laïc, mais il va un peu dans votre sens, c'est-à-dire c'est un gouvernement où on dit : "L'ensemble des confessions sont représentées, "mais ce ne sont pas les partis qui désignent leurs représentants, "mais ce ne sont pas, en quelque sorte, chaque clan qui va défendre son intérêt dans les ministères." C'est pour ça que je crois à cette formule.

Est-ce qu'on peut dire : "On a un gouvernement qui n'a aucun lien avec aucune confession, etc." ? Je pense que le système est incapable de le produire aujourd'hui, il faut être très lucide, et je ne suis pas sûr que ce soit une solution, par ailleurs.

En tout cas, c'est trop tôt et c'est pas à moi d'en décider. Je pense que, allant dans ce sens, la seule solution, c'est un gouvernement de mission qui est respectueux des équilibres, où chaque communauté et confession est représentée par des dirigeants, mais où ces dirigeants ne sont pas les otages de leurs propres... pas leur confession, mais des propres partis, et, derrière les partis, de ceux qui ont fait de l'argent durant ces dernières années et ces dernières décennies. -Question de Rym Montaz, de Politico. -Bonsoir, M. le président.

Rym Montaz, de Politico. Excusez-moi, j'ai 3 questions, je vais faire vite. Vous avez dit que les partis politiques ont fait le jeu de forces extérieures.

Quelles forces extérieures ? Quel rôle a joué l'Arabie saoudite ? Vous dites que le Hezbollah a mis en place un système de terreur et que les partis ont peur, aujourd'hui, mais, en même temps, vous vous attendez à ce qu'ils arrivent à établir quelque chose de nouveau.

Est-ce que vous abandonnez, en fait, le peuple libanais au système de terreur aujourd'hui ? Et, troisièmement, on a l'impression que vos échéances et vos délais ne font que s'étendre. A Beyrouth, le 1er septembre, vous avez dit que l'échéance était mi-octobre, aujourd'hui, vous dites : "A partir d'aujourd'hui, c'est 4 à 6 semaines." En fait, pourquoi est-ce que c'est pas juste mi-octobre, aujourd'hui ? -E.

Macron : Ben, en fait, c'est simple, mi-octobre, c'était un délai qui était celui où, normalement, 15 jours de formation de gouvernement, un mois de fonctionnement, les 1res réformes étaient là. Si je tiens une conférence tel que je l'avais prévu mi-octobre, à ce stade, je n'ai pas de gouvernement, et donc, on peut la tenir, elle durera 5mn. On dira : "Il n'y a pas d'aide qui va au Liban." Donc, c'est, d'ailleurs, ce que j'ai dit, dans les 20 jours, se tiendra, mi-octobre, c'est ce rendez-vous du groupe international de soutien.

Il se tiendra, mais il n'aura pas la même nature que ce que j'ai annoncé à Beyrouth. Et vous avez raison, les échéances se détendent parce que les dirigeants libanais ne sont pas capables de décider dans le temps sur lequel ils s'engagent, donc, l'engagement qui a été pris devant moi, c'est pas moi qui ai dit ça comme ça au hasard, j'ai vu pendant plusieurs heures, à la Résidence des Pins, l'ensemble des dirigeants. J'ai vu avant le président Berry, le président Aoun.

J'avais vu le Premier ministre désigné, Adib. Tous s'étaient engagés sur 15 jours. J'ai dit "15 jours", et j'ai dit : "Après ces 15 jours, un mois de travail", ils s'étaient engagés sur la feuille de route, donc on pouvait, mi-octobre, prétendre avoir quelque chose.

Ils n'ont pas tenu leur engagement. -Parce que vous êtes trop indulgent en laissant le délai se... -E.

Macron : Mais...

Alors, c'est simple, qu'est-ce qu'il se passe, sinon ? C'est-à-dire, là, je fais le constat, 15 jours après, il n'y a pas de gouvernement. Je jette l'éponge ?

Je dis : "On arrête tout" ? "Vous n'avez pas tenu le délai, on arrête tout, "débrouillez-vous, plus de groupe international de soutien, on renonce, plus de feuille de route" ? Je peux vous dire ce qui se passera, à ce moment-là.

Ou la guerre civile ou le retour à un gouvernement de profiteurs, pour faire simple, c'est-à-dire où chacun se tiendra par la barbichette pour se servir au mieux et servir ses intérêts. C'est ça, ce qui va se passer. Donc, je veux tenir à cette 3e voie.

Alors, après, elle nous emmène peut-être vers des choses qu'on ne connaît pas. J'ai beaucoup d'humilité, je ne parle pas de mon pays, je ne parle pas de choses qui dépendent de moi, mais, ce que je peux faire, c'est maintenir cette pression. J'ai beaucoup réfléchi durant les 48 dernières heures, je pense plus utile de maintenir cette pression que de l'abandonner, mais je suis unanimement sévère avec tous les acteurs.

Ensuite, donc, en effet, il y a un décalage des délais parce qu'il y a une incapacité à les respecter du côté libanais. Ensuite, sur le jeu des forces extérieures, je n'ai pas dit qu'ils avaient pris leur décision sous la dictée extérieure, je n'ai aucune preuve de cela. Je dis simplement qu'à ne pas prendre de décisions, les influences extérieures prennent plus d'importance, et que tous ceux qui veulent déstabiliser le Liban depuis l'extérieur, eh bien, ont une vie beaucoup plus simple tant qu'il n'y a pas un gouvernement clairement établi et des avancées, parce qu'ils vont déstabiliser, par le truchement de leurs intérêts ou de leurs proches le Liban tel qu'il est, et on voit, aujourd'hui, le jeu de l'Iran, le jeu de la Turquie, le jeu de l'Arabie saoudite se faire.

Et donc, je ne dis pas que quelqu'un de ces pays ait pu dicter ce qu'il avait à faire aux dirigeants. J'en n'ai pas la preuve. Je n'en ai pas perçu, ni vu les choses.

Je dis simplement que, plus le Liban se manifeste comme incapable de se diriger lui-même, plus il laisse la place à d'autres. Et c'est l'autre grande responsabilité des dirigeants, c'est qu'ils laissent leur pays s'effondrer, mais qu'ils laissent, en quelque sorte, les autres venir, se substituer à lui, et pas pour le meilleur, pour le pire. Sur le système de terreur, non.

J'abandonnerais les Libanais à un système de terreur si je faisais, justement, en disant : "15 jours, pas respecté, débrouillez-vous." Là, je dirais : "Bon courage, vous êtes dans la main du Hezbollah". Les choses ne changeront pas du jour au lendemain.

Et, au fond, les 15 dernières années sont des années durant lesquelles, progressivement, et on le sait bien, il y a eu une forme d'enlisement qui s'est fait. La question qui est faite, et je pense que les choses ne sont pas terminées, j'ai réengagé le Hezbollah comme force politique pour la 1re fois. Je ne veux pas aujourd'hui dire qu'il n'y a plus aucun espoir d'avoir un débouché politique, je dis que, ces derniers mois, ces dernières années, le Hezbollah a maximisé son poids en jouant sur son ambiguïté, que beaucoup de vos dirigeants dénoncent, c'est-à-dire une ambiguïté où il est à la fois milice, groupement terroriste, force politique.

Je dis, maintenant, la question pour les représentants du Hezbollah au Parlement, et donc comme force politique, c'est de clarifier leur jeu. Vous ne pouvez prétendre être une force politique d'un pays démocratique en terrorisant par les armes, et vous ne pouvez être autour de la table durablement si vous ne tenez pas vos engagements autour de la table. -Est-ce qu'ils n'ont pas clarifié leur jeu aujourd'hui ? -E.

Macron : Je serais irresponsable à vous dire qu'ils ont choisi ce jeu-là, parce que si je vous disais : "Je suis sûr qu'ils ont choisi la voie du pire", je serais obligé d'en tirer toutes les conséquences, et donc, j'abandonne l'initiative politique et je vais vers la voie, en effet, du pire. Je pense que la question leur est posée, aujourd'hui, et que les prochaines semaines seront déterminantes à cet égard. C'est aussi pour ça que je pense que, dans 4 à 6 semaines, on doit voir clair sur ce jeu, mais je ne partage rien de leurs idéologies, de leurs idées, je dis juste : "Ils sont là".

Ca n'est pas moi qui les y ai mis. C'est, pour partie, des Libanaises et des Libanais qui ont voté pour eux, certains peut-être par peur, d'autres aussi par choix, je suis respectueux de cela. Et ce sont les autres forces politiques libanaises qui ont, en quelque sorte, laissé tout ça advenir.

Et puis, certains qui ont décidé d'être les otages du Hezbollah de manière explicite, et de ne plus être les dirigeants de leur propre parti, ni même de l'Assemblée nationale, mais d'être, en quelque sorte, à la main du Hezbollah. Donc, c'est ça, la question qui est posée à tous ces dirigeants. C'est une vraie question, je ne la mésestime pas, je n'en mésestime pas les risques pour eux-mêmes, je le dis avec aussi beaucoup de sincérité parce qu'on connaît les données de la politique libanaise, mais le risque qu'ils font courir au peuple libanais est aussi un risque vital. (Question inaudible) (...) Non, écoutez, on n'en est pas là.

Là, c'est toujours pareil dans le...

J'assume ce choix parce qu'il est cohérent avec la ligne qui est partout la mienne, celle de respecter la souveraineté des peuples, et je ne pense pas...

Vous savez, je suis, comme vous l'avez compris, je pense que les sanctions, les classifications terroristes...

D'abord, c'est un instrument de la diplomatie qui est au fond très américain, qui a ses limites, on l'a constaté sur beaucoup de théâtres d'opérations, qui, pour les Européens, est un maniement beaucoup plus incertain, et on le voit quand on parle de la Russie ou d'autres, et dont l'effet utile est quand même à évaluer, et je ne parle pas là que du Liban. Ensuite, je pense que quand on veut essayer de faire avancer un pays, on doit parler avec toutes les composantes qui sont souveraines. Le Hezbollah en fait partie en tant que parti.

La vraie question qui est posée, et elle est posée avec beaucoup de sincérité par des dirigeants qui étaient autour de la table à la Résidence des Pins, et vous la posez à juste titre ce soir, et elle est posée d'abord au Hezbollah, et elle nous sera posée à nous, c'est : au fond, est-il vraiment aussi un parti politique ? Ou ne procède-t-il que d'une logique dictée par l'Iran et par les forces terroristes qui sont les siennes ? Je n'ai pas de preuves, donc je veux croire encore...

Il y a eu un durcissement là qui a produit cet échec. Je veux qu'on regarde dans les prochaines semaines si quelque chose est possible, qui est un réengagement pour aller sur le gouvernement de mission. Je ne suis pas naïf, je dis qu'avant de tirer des conclusions qui sont profondes et conséquentes en termes d'impact, il est bon d'avoir été au bout de ce 1er chemin. -Nous arrivons presque à la fin, je vous propose de prendre une dernière question du côté de Beyrouth, s'il vous plaît. -Bonsoir, M. le président.

C'est Diane Azkaine, de An Nahar. Avez-vous demandé directement à l'Iran d'exercer des pressions sur ses alliés pour permettre à l'initiative d'aboutir à ses fins, en considérant encore l'appui que l'Iran veut ? Et d'un autre côté, pensez-vous que le moment est pour élaborer un nouveau pacte national au Liban ? -E.

Macron: Alors, sur la 2e question qui a été posée en effet par votre collègue tout à l'heure, en tout cas, c'était le même esprit, je crois, la question de M. Malbrunot, peut-être qu'il faudra en venir là. Je serais bien présomptueux de vous dire que ça n'est pas ce qu'il faut faire.

C'est sans doute préférable sur le fond, peut-être faudra-t-il en venir là, je pense que la situation est tellement critique sur le plan social, économique et même sécuritaire que c'est sans doute un peu tôt, parce que ça prendra des mois, à coup sûr, avec aussi un jeu qui est encore instable régionalement. Mais peut-être qu'il faudra en venir là. Ca n'est pas la voie que nous avons, dans un 1er temps, prise, c'est une voie de transition, au fond, celle d'un gouvernement de mission avec des réformes profondes.

Deuxièmement, sur les échanges que j'ai eus avec le Liban, j'ai eu un échange avec le président Rohani suite, donc, à l'initiative du 1er septembre, échange durant lequel je lui ai exposé les termes, l'initiative et ce que nous comptions conduire. Je ne lui ai pas demandé d'intervenir auprès du Hezbollah par cohérence parce que je considère et j'ai toujours défendu cette idée qui consiste à préserver le Liban des jeux de la région. Je lui ai demandé de ne pas avoir d'interférences négatives, mais je ne lui ai pas demandé de se comporter comme une puissance politique libanaise.

Et tous les échanges que j'ai eus avec les voisins de la région ont été pour exposer notre initiative dans ces termes, en présenter l'importance, et plutôt demander qu'il n'y ait pas d'interférences qui viennent la bloquer, la gêner, la fragiliser. Voilà ce que j'ai fait. Je vais maintenant, cette semaine, réengager une série de contacts avec les partenaires pour préparer, donc, la réunion du Groupe international de soutien, mais aussi pour pouvoir discuter avec d'autres partenaires de la région et préparer cette échéance que j'ai évoquée tout à l'heure de la 2e quinzaine d'octobre durant laquelle on aura ce point avec le Groupe international de soutien qui, malheureusement, ne pourra pas consister, comme je l'avais dit le 1er septembre, à recevoir les forces politiques libanaises, un gouvernement et faire le constat des 1res réformes, mais faire le point sur la feuille de route et la situation, et les conditions de notre aide, et ça me permettra de réengager tout le monde et d'avoir un échange, aussi, avec les autres partenaires de la région qui ne sont pas dans le Groupe international de soutien.

Voilà. Je vais devoir maintenant filer. En tout cas, merci beaucoup.

Et je redis vraiment à chacune et chacun qu'avec exigence, nous serons aux côtés des Libanaises et des Libanais dans la durée, et croyez bien que je continuerai de m'engager pleinement et de faire tout ce que la France peut pour les Libanaises, pour les Libanais, pour le Liban. Merci à vous. Merci beaucoup.

Merci.