L'interview : Grégory Allione - 17/08
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 60 %Défensif 40 %
Questions et réponses
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- 0:34FerméeRéponse directe
Est-ce que vous avez des remontées de vos collègues dans les différents départements du Sud ? Est-ce qu'il y a eu des dégâts cette nuit à votre connaissance ?
- 1:03FerméeRéponse directe
Là ce matin, c'est fini, tous les feux sont sous contrôle ?
- 1:58OuverteRéponse directe
Est-ce qu'on était prêt ? Est-ce que la France était préparée à ça ?
- 3:03RelanceRéponse partielle
En Gironde, on entend que les canadaires sont arrivés trop tard, que le feu avait déjà pris de l'ampleur. Est-ce que ça a été votre constat aussi ?
- 3:56OuverteRéponse directe
Vous avez signé une tribune appelant à des nouvelles ressources pour les pompiers. On en est là, au bord de la rupture.
- 5:15RelanceRéponse directe
Gérald Darmanin disait qu'on a pourtant la plus grande flotte européenne de Canadair. Elle ne suffit plus aujourd'hui ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:48PrésentateurChiffre
« plus de 60 000 hectares brûlés. »
- 2:02InvitéFait
« La France avait anticipé ce dérèglement climatique et ses conséquences-là. »
- 2:37InvitéFait
« on nous prédisait un dérèglement climatique en 2030. Donc cette année, le dérèglement climatique, finalement, il a appuyé sur l'interrupteur et il nous a dit que ce n'était pas en 2030, mais en 2022. »
- 3:20InvitéChiffre
« 95% des feux sont éteints avant qu'ils n'atteignent 5 hectares. »
- 6:05InvitéPromesse
« on en appelle à recruter tous les lauréats des concours de sapeurs-pompiers professionnels très vite pour renforcer les effectifs de pro »
- 6:25InvitéPromesse
« On en appelle à 250 000 sapeurs-pompiers volontaires à 2027, alors que nous ne sommes que 198 000 actuellement. »
- 6:41PrésentateurChiffre
« ils sont indemnisés 8 euros de l'heure »
- 7:40InvitéPromesse
« Nous avons appelé à doubler la prestation de fidélité et de reconnaissance qui est actuellement en vigueur. »
Temps de parole
- Invité66 %
- Présentateur34 %
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Vous écoutez RMC, RMC, l'interview. Bonjour Grégory Allionne.
Bonjour.
Merci d'avoir accepté de répondre à nos questions ce matin sur RMC. Vous présidez la Fédération Nationale des Sapeurs-Pompiers. Vous dirigez aussi le service départemental d'incendie et de secours des Bouches-du-Rhône. On va revenir avec vous sur cet été très intense pour tous les pompiers de France, les incendies historiques et sur les leçons à tirer de tout ça. D'abord peut-être un mot de l'actualité de la nuit, les orages. Est-ce que vous avez des remontées de vos collègues dans les différents départements du Sud ? Est-ce qu'il y a eu des dégâts cette nuit à votre connaissance ?
À ce stade, pas de dégâts, des petites interventions que ce soit sur tous les départements qui ont été placés en vigilance orange. Rien de majeur et ce que l'on peut stipuler ce matin, c'est que la prévention a fait son ouvrage et on n'a aucun drame à relever ce matin.
Alors cette pluie, elle est bienvenue, j'imagine, sur le front des incendies. Là ce matin, c'est fini, tous les feux sont sous contrôle ?
Les feux sont sous contrôle. Cette pluie est salvatrice, elle fait du bien. Elle apaise un petit peu sans que pour autant, elle ne suffise à retirer cette sécheresse qui est, je dirais, exceptionnelle et qui reste durable malgré tout. Et les feux, même s'ils ont été arrosés pour partie, restent sous une vigilance parce que notamment en Gironde, ce sont des feux qui se sont déployés dans le système racinaire, dans la tourbe et donc il va falloir rester vigilant encore très très longtemps.
La vigilance, toujours des pompiers qui sont d'ailleurs toujours sur place évidemment. Grégory Allion, les pompiers confrontés cet été à des incendies d'une ampleur rarement connue, plus de 60 000 hectares brûlés. La dernière fois, c'était 1976. On a tous en tête les images terrifles de la Gironde, mais ça a aussi brûlé en Bretagne, dans le Jura. Est-ce qu'on était prêt ? Est-ce que la France était préparée à ça ?
Alors la France avait anticipé ce dérèglement climatique et ses conséquences-là. Le directeur général de la sécurité civile, le ministre de l'Intérieur, avait commencé à prépositionner des pélicandromes arrangés, à remir mont dans les Vosges, à louer des hélicoptères bombardés d'eau lourds pour justement permettre d'intervenir dans des secteurs où il n'y a pas de capacité à remplir nos canadaires ou les fameux dash. Donc oui, il y avait eu une forme d'anticipation, mais lorsque l'on étudiait finalement tout ce qu'on nous prédisait, on nous prédisait un dérèglement climatique en 2030.
Donc cette année, le dérèglement climatique, finalement, il a appuyé sur l'interrupteur et il nous a dit que ce n'était pas en 2030, mais en 2022. Et un système opérationnel qui est prévu pour répondre au printemps à des feux dans les Landes de Gascogne et tout l'été dans l'arc méditerranéen, il ne peut pas être suffisant pour répondre à des feux sur l'ensemble du territoire métropolitain en simultané.
En Gironde, on entend que les canadaires sont arrivés trop tard, que le feu avait déjà pris de l'ampleur. Est-ce que ça a été votre constat aussi ? Est-ce qu'en arrivant plus tôt, on aurait pu éviter le pire ?
Écoutez, la stratégie française a prouvé justement qu'elle était performante, puisque même les anglo-saxons s'intéressent à notre dispositif qui était déployé jusque-là dans le sud de la France. 95% des feux sont éteints avant qu'ils n'atteignent 5 hectares. Ce qui veut dire qu'on a un vrai bilan, un vrai bilan positif. Pour autant, ce qui fait que l'on gagne, c'est les dispositifs préventifs, c'est-à-dire que ce sont les camions prépositionnés sur le terrain, comme on le fait dans le sud de la France. Ce sont des hélicoptères bombardiers d'eau loués par les départements pour permettre justement d'intervenir très vite sur les départs de feu.
Et c'est le gué aérien armé, avec les avions de la sécurité civile, qui permettent d'éteindre le feu. Lorsque ces paramètres ne sont pas respectés, effectivement, on a des feux qui prennent très vite de l'ampleur, notamment en période de sécheresse, comme on connaît cette année.
Pour autant, vous avez signé le week-end dernier dans le JDD une tribune appelant à des nouvelles ressources pour les pompiers. Vous écrivez, les sapeurs-pompiers et l'ensemble des forces de la sécurité civile sont au bord de la rupture. On en est là, au bord de la rupture. On n'a plus les moyens adaptés aux risques climatiques qu'on connaît aujourd'hui.
Encore une fois, notre contrat opérationnel est déterminé pour une période dans l'année et pour un espace géographique sur notre territoire métropolitain. Dès l'instant où cette période de l'année de saison feu de forêt, c'est du 1er janvier au 31 décembre, et dès l'instant où les feux se développent bien au-delà de l'arc méditerranéen, forcément, notre contrat opérationnel est mis à mal.
C'est la raison pour laquelle, avec Olivier Richou et mon ami Stéphane Morin, président de l'Association nationale et directeur, nous avons signé cette tribune pour permettre justement de faire prendre conscience à nos concitoyens et à nos responsables politiques qu'aujourd'hui, les moyens ne suffisent plus pour aborder le dérèglement climatique. Donc, il faut augmenter, oxygéner. Les sapeurs-pompiers ont l'habitude d'oxygéner les victimes. Aujourd'hui, il faut que l'État, que les collectivités, que les décideurs, oxygènent les sapeurs-pompiers pour faire face au dérèglement climatique.
De l'oxygène, ça veut dire des matériels, ça veut dire aussi des moyens humains. Si on parle d'abord des matériels, Gérald Darmanin disait qu'on a pourtant la plus grande flotte européenne de Canadair. Elle ne suffit plus aujourd'hui ? Elle n'est plus en état ?
Il a raison. Oui, nous avons la plus grande flotte aujourd'hui. Mais elle ne suffit plus pour répondre à la sollicitation qui est dorénavant bousculée par le dérèglement climatique. Donc oui, il faut l'augmenter. Il faut la diversifier aussi. Mais l'oxygène, c'est également des finances pour acheter des camions dans les services départementaux d'incendie, qui sont financés par les départements et les communes. Parce que lorsque le Canadair a frappé, qu'il a diminué l'intensité du feu, il faut savoir que ce sont les sapeurs-pompiers qui éteignent le feu.
Parce qu'une fois diminué, ce sont les sapeurs-pompiers qui avaient leur camion, tirent des tuyaux et vont aller jusqu'au bout de la dernière flamèche, jusqu'au bout de la dernière fumerolle. C'est acheter des camions, c'est recruter, on en appelle à recruter tous les lauréats des concours de sapeurs-pompiers professionnels très vite pour renforcer les effectifs de pro, qui sont l'épine dorsale de notre système de sécurité civile. Et c'est également recruter des sapeurs-pompiers volontaires pour justement permettre d'avoir cette capacité à monter en puissance dès l'instant où il y a un événement majeur.
On en appelle à 250 000 sapeurs-pompiers volontaires à 2027, alors que nous ne sommes que 198 000 actuellement.
198 000 pompiers volontaires, c'est plus des trois quarts des pompiers en France, les pompiers volontaires, 78%. Ça veut dire clairement que le système repose sur eux. Pourtant, ils sont de moins en moins nombreux. Et alors, ils ne sont pas rémunérés, ils sont indemnisés 8 euros de l'heure. Est-ce que ça n'est pas totalement dérisoire 8 euros de l'heure quand on lutte contre un incendie géant comme ce qu'on a vu en Gironde ?
Un sapeur-pompier volontaire notamment n'est pas un sapeur-pompier volontaire pour être rémunéré ou indemnisé colossalement. Il a un engagement citoyen. Cette indemnité n'est pas imposable, n'est pas saisissable. Il faut savoir que dans le monde, il y a du volontariat qui s'exprime au travers le continent européen, au travers le continent américain. Au Chili, les sapeurs-pompiers volontaires cotisent pour être sapeurs-pompiers volontaires. En France, ils sont indemnisés. Si je prends l'Autriche, 300 000 pompiers volontaires pour 10 millions d'habitants, les pompiers volontaires sont bénévoles totalement. Donc voilà, il y a une forme d'expression de cet engagement citoyen. Il est indemnisé.
Ce n'est pas suffisant dans le sens où il faut revaloriser cette indemnité. Il faut aussi reconnaître le pompier volontaire dans son action, dans le cadre notamment de sa retraite. Nous avons appelé à doubler la prestation de fidélité et de reconnaissance qui est actuellement en vigueur. Et nous appelons également le gouvernement que s'il venait à modifier notre système de retraite, il puisse accéder à la demande régulière de la Fédération Nationale, c'est-à-dire l'octroi de bonifications retraites justement pour les sapeurs-pompiers volontaires.
Oui, pour les sapeurs-pompiers, le nombre de sapeurs-pompiers volontaires qui a baissé de 30 000 en moins de 20 ans aujourd'hui, vous appelez à l'augmenter de façon colossale. Vous l'avez dit. Une dernière question, Grégory Allionne. Il y a les moyens des pompiers. Puis est-ce qu'on peut faire, nous tous, les Français ? Qu'est-ce que vous dites à ceux qui nous écoutent ? On est tous concernés. On peut tous, à un moment, accidentellement, déclencher un incendie ?
Écoutez, votre question a l'appel de réflexion. Premièrement, nous, à la Fédération Nationale des Sapeurs-Pompiers de France, nous considérons que le citoyen est le premier acteur de sa sécurité, qu'il peut accéder aux comportements qui sauvent, aux gestes qui sauvent. C'est l'accident cardiaque. C'est le bon comportement face aux inondations. C'est le bon comportement dans les massifs forestiers.
Mais nous en appelons à une politique publique, justement, de protection civile et de gestion des crises, au travers, justement, une parole publique au sein du gouvernement, un secrétaire d'État, un ministère délégué sous l'autorité du ministre de l'Intérieur, pour permettre, justement, ce portage de cette politique publique et cette éducation des populations face aux risques. Parce que nous vivons dans un environnement. Cet environnement, quel qu'il soit, comporte des risques. Et aujourd'hui, nous estimons que les populations ne sont pas assez préparées pour y faire face. Tout à l'heure, vous introduisiez cette interview sur le sujet des orages.
Aujourd'hui, nous considérons que nous avons réussi la communication qui a été entamée dans certaines communes, qui ont fait, justement, cette information du public comme étant majeure pour permettre, justement, aux gens de ne pas se mettre en difficulté lorsqu'il y a des vigilances oranges.
La sensibilisation, l'éducation du public aux risques incendies. Merci beaucoup, Grégory Allion, d'être revenu ce matin sur RMC, président de la Fédération Nationale des Sapeurs-Pompiers. Bonne journée à vous. Bonne journée à vous.