L'ÉDITION INDÉPENDANTE EST EN DANGER DE MORT
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Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:30Jean-Baptiste NudiFait
« On est vraiment confronté à une crise qui est une des pires crises de l'édition indépendante critique de son histoire, en tout cas de son histoire récente. »
- 1:00Jean-Baptiste NudiChiffre
« 90 % du marché de l'édition est produit et détenu par seulement 10 groupes. »
- 5:00Jean-Baptiste NudiChiffre
« En France, 90 % du marché de l'édition est produit et détenu par seulement 10 groupes. »
- 7:00Jean-Baptiste NudiFait
« Les petits éditeurs indépendants et critiques, ils jouent un rôle important parce que c'est des éditeurs de création. »
- 9:00Jean-Baptiste NudiFait
« La disparition de Makassar met en lumière la difficulté pour les acteurs indépendants, de taille modeste, de continuer à exister sur un marché qui est complètement écrasé par les gros groupes. »
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On est vraiment confronté à une crise qui est une des pires crises de l'édition indépendante critique de son histoire, en tout cas de son histoire récente. Donc c'est vraiment une situation [musique] qui est très préoccupante. On fabrique pas du flux, on fabrique des des objets éditoriaux qui ont tous leur légitimité et qui sont qui ont tous leur singularité [musique] et tous leur importance selon la logique de la maison d'édition. 90 % du marché de l'édition est produit euh [musique] et détenu par seulement 10 groupes.
Donc faut bien se rendre compte que l'idée c'est aussi de d'inonder les espaces des d'inonder [musique] les librairies qu'il y ait plus que ça. Mener la bataille culturelle aujourd'hui, c'est aussi poser cette question [musique] de la distribution euh de la chaîne du livre. Il est certain qu'il y a quelques quelques camarades [musique] qui vont qui vont rester sur le carreau.
Bonjour, je m'appelle Jean-Baptiste Nudi et je suis éditeur pour une maison qui s'appelle Rod Bocric. et qui existe depuis 4 ans maintenant. Je m'appelle Marina Simonin.
Je travaille aux éditions sociales et à la dispute. Euh c'est deux maisons d'édition indépendantes. [musique] On est confronté à une crise particulière de l'édition indépendante qui est d à la faillite d'un opérateur historique de l'édition indépendante radicale française qui s'appelle Macassar qui est un distributeur.
Le distributeur, c'est l'opérateur qui achemine d'un point de vue logistique les livres depuis leur lieu de stockage jusqu'aux librairie. Donc dans la chaîne du livre, il y a les maisons d'édition qui font les livres. Il y a les diffuseurs qui proment les livres auprès des librairies.
Il y a le distributeur qui achemine les livres d'un point de stockage aux librairies et puis il y a les librairies indépendantes ou pas qui vendent les livres en question au public. Donc le point qui est en crise en partie, c'est le [raclement de gorge] la le point de la distribution. Les éditeurs se retrouvent avec plusieurs mois d'impayé, c'est-à-dire qu'on a publié des livres sur lesquels on a payé des frais de de d'impression, de fabrication, des droits d'auteur.
Ces livres, ils ont été vendus en librairie. L'argent a été touché par notre diffuseur distributeur, mais il va disparaître avant de nous le payer. Donc, on se retrouve avec des impayés qui sont des sommes qui sont parfois très importantes puisque on estime que sur les quelques centaines d'éditeurs qui sont impactés par la disparition de Makassar, on est autour d'environ 6 mois d'un payer.
Donc ça veut dire que on a un chiffre d'affaires de la moitié de l'année qui disparaît sans qu'on sans qu'on les toucher et donc ça nous met dans une situation de de grande fragilité économique. On est vraiment confronté à une crise qui est une des pires crises de l'édition indépendante critique de son histoire, en tout cas de son histoire récente. Donc c'est vraiment une situation qui est très préoccupante.
Le principe de l'économie de l'édition indépendante, c'est une économie qui est relativement précaire, tendue. dit en économie zéro, c'est-à-dire qu'on utilise les les les recettes pour financer les projets d'après. Et donc ne pas pouvoir percevoir l'argent des ventes qui ont déjà été effectuées sur les livres précédents, ça nous met dans une situation compliquée puisqu'on peut pas produire les livres d'après qui nous permettrai de nous relever pour celles et celles celles qui peuvent se relever puisquil y a aussi des des des maisons d'édition qui sont prises dans cette situation et qui ont trop peu de trésorerie ne serait-ce que pour pouvoir continuer leur activité.
Ça c'est un premier problème qui est le problème lié à la trésorerie. Et le 2è problème c'est un problème en quelque sorte d'accès au marché puisque comme je l'ai expliqué, un éditeur euh une maison d'édition sans diffuseur distributeur, il se retrouve contraint en à ce qu'on appelle l'autodiffusion. C'est-à-dire vous devez tout seul, alors que vous êtes une petite équipe, essayer de contacter les plus de 3000 librairies en France pour leur faire part des livres que vous allez publier et puis c'est des difficultés même pour pouvoir les acheminer.
Euh donc euh un une maison d'édition sans diffuseur distributeur, elle est grosso modo condamnée à la euh à la marginalité, on pourrait dire, dans le sens où en tout cas ces livres euh ne peuvent pas être disponibles en en librairie. Et donc ça c'est vraiment un problème stratégique pour ces éditeurs. Faut bien comprendre ça, l'enjeu l'enjeu de la de la situation précise dans laquelle on est, c'est une crise de la distribution.
C'est pas une crise des librairies, c'est pas une crise des éditions. Euh les éditions indépendantes, elles se françaises, radicales ou pas, elle se porte plutôt bien. Mais les librairies ont fait leur travail, elles ont vendu les livres.
Les maisons d'édition ont fait leur travail, elles ont fabriqué et et et et acheminé les les livres. Les diffuseurs ont fait leur travail, ils ont promu les livres. Là où il y a là où on a un point critique dans cette chaîne, c'est la question de la distribution.
Donc, il est certain qu'il y a quelques quelques camarades qui vont qui vont rester sur le carreau parce que parce qu'en fait le le les dettes sont vraiment enfin les dettes auprès de nous de de Makassar sont vraiment trop importantes. L'édition indépendante française, elle est dynamique, elle produit beaucoup de livres très intéressants, non pas tant en terme de de volume. Il y a la principale différence avec l'édition industrielle qui produit une quantité de livres absolument gigantesque dont 90 % sont sont nul et non avenu.
L'édition indépendante française, elle produit beaucoup moins de quantité de livres, mais des livres très pertinents. Des livres que personne d'autre ne produirait. Des livres qui sont importants pour la la pluralité, la diversité non seulement des options critiques, mais aussi des imaginaires, puisqu'on parle aussi de maison de littérature et notamment pour parler et représenter et donner donner à lire des textes écrits par des personnes qui sont des personnes en situation de subalternité, des personnes minorisées, des personnes qui ont pas voix au chapitre, qu'on pas voix à l'écriture, qu'on pas voix à l'édition.
La disparition de Makassar met en lumière la difficulté pour les acteurs indépendants, de taille modeste, de continuer à exister sur un marché qui est complètement écrasé par les gros groupes. Euh la le phénomène de la concentration éditoriale ou de la distribution dans le monde du livre, c'est vraiment euh quelque chose de euh de très important. Il suffit de dire un chiffre.
En France, 90 % du marché de l'édition est produit et détenu par seulement 10 groupes. Vous avez 10 groupes et parmi lesquels les quatre premiers sont achète, média participation et et Madrigal qui écrase l'ensemble des acteurs indépendants. Et donc en quelque sorte la difficulté de Makassar de continuer à exister sur ce marché, elle est le reflet de nos difficultés de continuer à exister dans un marché qui est écrasé, structuré par ces gros groupes.
On est dans un contexte particulier, un contexte dans lequel la possibilité de penser différemment, de sentir différemment, de l'exprimer, de faire communauter autour d'enjeux qui sont différents des enjeux qu'ils ont dominants dans la société et sous attaque sous attaque de pour le dire comme ça de la pensée réactionnaire et des initiatives néofascistes. Et à la fois d'un point de vue général, on voit bien l'offensive médiatique qui est celle de de l'extrême droite en France et l'extrême droitation même de la parole publique. Mais au-delà de ça, dans nos lieux, c'estàd qu'il y a beaucoup de librairies indépendantes qui sont sous pression, voire même qui sont attaqués.
Donc je pense à nos camarades de la librairie Violette et compagnie ici à Paris, nos camarades de la librairie Transit à Marseille, tout un tas de de situations, la librairie Petit Égypte dans le sentier, tout tout un tas de situations où des événements publics, des rencontres avec des autrices et des auteurs où des vitrines sont l'objet sont le prétexte d'attaque véritablement contre ces lieux, contre leur possibilité d'exister. Donc il faut bien voir que le le l'espace qui est le nôtre, l'espace dans lequel on peut tout simplement penser autrement et dire d'autres choses que ce qui se dit toute la journée euh et disons euh contester et qu'il s'agit maintenant de le de pouvoir le défendre. Pour le défendre, il faut à la fois qu'on arrive à s'organiser et de manière collective les unes avec les autres pour pour pouvoir euh euh tenir le le le terrain, mais il faut aussi continuer à produire des livres qui vont permettre qui permettent aux gens qui permettent aux gens de réfléchir, de penser, de se politiser.
Maintenant, pourquoi est-ce que c'est important de se battre pour que l'édition indépendante et critique puisse vivre et puisse survivre ? Parce que déjà du point de vue simplement du monde de l'édition, les petits éditeurs indépendants et critiques, ils jouent un rôle important parce que c'est des éditeurs de création. Là où les gros groupes, ils sont dictés, ils sont mu par une logique de recherche de profit à court terme, les petits éditeurs indépendants et critiques, ils prennent des risques d'un point de vue éditoriaux euh d'un point de vue éditorial, pardon, il euh découvrent de nouveaux auteurs euh et de ce point de vue-là, on joue un rôle essentiel.
La 2e raison, c'est qu'on publie des livres de fond. Euh les éditeurs, les gros groupes éditoriaux, ils sont euh ils participent à une logique de surproduction dans laquelle les livres sont produits pour chasser l'autre indépendamment du contenu qu'il y a à l'intérieur. Alors que les éditeurs indépendants et critiques, ils publient des livres de fond, c'est-à-dire des livres qui sont qui sont publiés et dont la rentabilité s'estime sur plusieurs années parce que c'est des livres exigeants, parce que c'est des livres importants qui des fois demandent des années et des années de travail.
On fabrique pas du flux, on fabrique des des objets éditoriaux qui ont tous leur légitimité et qui sont qui ont tous leur singularité et tous leur importance selon la logique de la maison d'édition. Et puis euh un dernier point qui est peut-être le plus important ou le plus facilement le plus facile à saisir, c'est que ces éditeurs, ils jouent un rôle important pour produire des livres qui nous aident à construire nos combats aujourd'hui. Euh pas de pas pas de compréhension de ce qu'est le capitalisme et ces transformations aujourd'hui sans les éditeurs indépendants et critiques.
Pas d'édition féministe qui est devenu un phénomène à la mode aujourd'hui. Même les gros groupes se mettent à publier des livres en rapport avec le féminisme. Et bien si cette thématique elle a pu s'imposer, c'est grâce à des éditeurs indépendants et critiques.
De la même manière, pas de livre pour s'opposer au génocide à Gaza sans des éditeurs indépendants et critiques qui jouent ce rôle. Face à cette situation, comment est-ce qu'on est en train de s'organiser ? Il y a il y a un peu deux euh euh deux gens sur lesquelles on essaie de marcher.
D'abord de se saisir en quelque sorte de cette crise, de cette disparition de Makassar pour essayer de faire progresser la conscience un peu large sur les questions de l'édition. Euh effectivement aujourd'hui, les questions éditoriales, elles sont euh mises en lumière par le problème Boloré. Et Boloré, c'est un peu la la face immergée de de l'iceberg.
C'est-à-dire que il concentre à lui seul le problème de la concentration de l'édition puisqu'il se retrouve aujourd'hui aux mains d'un empire qui est absolument sans précédent. Et puis aussi, il incarne la radicalisation des élites et l'espèce de de de liberté avec laquelle il utilise ses médias et ses maisons d'édition pour mener sa guerre civilisationnelle. On parle souvent de guerre culturelle.
Euh c'est des sujets qui qui reviennent. On revoit souvent à Gramchi et aux questions d'hégémonie culturelle comme ça. Euh le champ de l'édition, faut bien se rendre compte que quand des quand des des entrepreneurs capitalistes ou des ou des idéologues d'extrême droite s'emparent de maison d'édition, du champ de l'édition, c'est comme quand ils s'emparent de de des médias.
Donc c'est pas parce que ça leur rapporte de l'argent, ils perdent de l'argent en général. Euh c'est parce que euh ça leur permet d'imposer, d'inonder les espaces de discussion et de réflexion avec leur production. Voilà, encore une fois, je pense pas il faut il faut bien se rendre compte que de ce que c'est que les logiques de surproduction.
C'est les maisons euh du groupe de tel ou tel groupe du groupe HED par exemple euh euh produisent une quantité de titres chaque année. Juste la maison d'édition Fillard, c'est plus d'une centaine de titres publiés chaque année. Euh même les publics euh euh hyper réactionnaires de France euh ont pas le temps de lire tous ces bouquins-là.
Donc faut bien se rendre compte que l'idée c'est aussi de d'inonder les espaces d'inonder les librairies qu'il y ait plus que ça pour pouvoir précisément grignoter de l'espace comme ça grignoter de l'espace social de grotter de l'espace dans les têtes. Voilà donc l'édition indépendante c'est faire contrefeu à ça. C'est à la fois faire contrefeu mais c'est aussi il faut aussi se rendre compte qu'on travaille on travaille pas en réfléchit en pensant à eux toute la journée.
On les oublie au bout d'un moment, on travaille parce qu'on pense que c'est important que ces livresl que des d'autres manières de réfléchir et d'autres manières de sentir existent. Bon, il y a une grande production théorique et littéraire autour des d'enjeux critiques, d'enjeux de radicalité partout dans le monde et qu'il est nécessaire de faire circuler ces textesl. C'est pour ça qu'on est là. [musique] Nous, on pense que la la crise de Makassar, ça peut être l'occasion d'aller un peu plus loin dans la mobilisation et la conscience qu'il existe aujourd'hui de ces ces problèmes en montrant que Boloré, c'est l'arbre qui cache la forêt.
Le problème, c'est pas simplement sa préférence idéologique, mais c'est le fait que aujourd'hui puisse exister en France des énormes groupes comme comme celui de de d'Achette. On ne peut pas mener cette bataille contre Bolloré si on ne pose pas la question matérielle des moyens euh concrets et notamment des moyens de la distribution. qui permettent à ces livres d'inonder le marché, les relais, les librairies et cetera.
Et donc mener la bataille culturelle aujourd'hui, c'est aussi poser cette question de la distribution euh de la chaîne du livre. Donc il y a un premier axe qui est la bataille politique et puis le deuxième axe, c'est euh de faire appel à la solidarité financière. Donc on est plusieurs maisons d'édition à avoir lancé des campagnes de dons ou des initiatives pour essayer de récolter de l'argent et de faire face à ces difficultés économique.
C'est intéressant de de montrer que la bataille culturelle aujourd'hui c'est aussi une bataille matérielle. Il s'agit pas simplement de se battre pour nos idées, mais aussi de faire en sorte que les structures qui les portent, en l'occurrence les éditeurs indépendants, puissent faire face à leurs difficultés financières. Donc vous pouvez aller voir la page Sauver les Indé. vous avez qui répertorie tout un tas de de caisses, voilà, de cagnotes pour soutenir telle ou telle maison.
Le plus important, c'est surtout d'aller dans les librairies euh dans les librairies indépendantes, acheter et soutenir en achetant des bouquins publiés par des maisons indé demander à vos libraires. En général, elles savent, ils savent ce que vous pouvez faire là dans la période, c'est dans le moment où on est en train de changer de système de distribution pour passer donc de Makassar qui est en faillite vers d'autres distributeurs qui nous accueillent et qui vont distribuer nos livres à partir des des semaines à venir, c'est aussi de de d'acheter directement sur le site des maisons d'édition, en tout cas pour les semaines qui viennent, ce qui permet un apport de trésorerie pour les maisons d'édition et à partir du moment où le nouveau système de distribution sera mis en marche, probablement à la rentrée vers le mois de septembre, véritablement d'aller en librairie, de soutenir les librairies indépendantes, de soutenir les maisons indépendantes en achetant leur livre. Ce qui est important de dire, c'est que on fait pas la manche, on n'est pas en crise, on n'est pas en train de dire ah ni nos livres ne se vendent pas, nos livres ils se vendent, nos livres ils circulent.
Voilà, simplement là l'argent des ventes de nos livres ne nous sera pas versé. C'est pour ça qu'on est qu'on a qu'on a qu'on est qu'on est dans le rouge. Mais l'édition indépendante et radicale française, elle se porte bien, elle est dynamique, elle est elle est elle est elle est fertile et elle a plein de projets euh à développer. [musique] [musique] [musique]