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interviewSimone Veil, un symbole de combats· 9 décembre 2022 11 min

Episode 4 : Simone Veil et l'Europe

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Présentateur

Simone Veil, un symbole de combat Épisode 4, Simone Veil et l'Europe L'engagement européen de Simone Veil est bien connu. Première femme présidente du Parlement européen, députée européenne pendant 14 ans, celle qui a vécu l'enfer des camps de concentration aura milité sans relâche pour la construction européenne.

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Simone Veil

Alors en 1979, Simone Veil a été ministre de la Santé. Elle n'a jamais voulu appartenir à aucun parti parce qu'elle était sans doute trop rebelle pour ça. Mais elle évolue quand même dans ce monde politique et c'est une personnalité dont la popularité n'a cessé d'augmenter depuis sa loi en 1974. Donc en 1979, c'est une femme qui est au sommet de sa popularité, qui est extrêmement demandée en France. Et puis comme elle n'appartient ni vraiment à la gauche ni vraiment à la droite, elle est très courtisée. Et donc en 1979, évidemment, on lui propose de participer à une liste pour l'Europe et puis elle-même a très envie d'avoir un nouveau défi aussi pour porter ses idées.

Et elle se retrouve donc candidate aux élections européennes, sous les couleurs de l'UDF à l'époque. Et elle a face à elle évidemment des monstres sacrés, des fauves de la politique, qui sont Georges Marchais, qui sont François Mitterrand et Jacques Chirac. Donc en fait, elle a face à elle trois hommes. Et il y a un célèbre débat qu'on peut retrouver aujourd'hui en archive, où elle se retrouve face à ces trois hommes.

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Invité

Et Simone Veil, bien qu'elle soit experte de la politique au fil des années,

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Simone Veil

elle n'est pas non plus quand même quelqu'un de très à l'aise dans ce monde politique. Elle n'a jamais fait des discours très enflammés. Elle a du mal à finir ses phrases. Elle n'est pas très à l'aise à l'oral. Donc face à ces trois monstres qui ont décidé finalement d'être contre elle, c'est très difficile. Et finalement, arrivent ces élections européennes et elle sera victorieuse de ces élections. Ce qui va vraiment beaucoup énerver Jacques Chirac parce qu'elle arrive première des élections. Donc ces trois hommes se sont bien moqués d'elle. Mais finalement, elle a sa petite revanche puisque c'était elle qui remporte ses élections.

Et c'est vrai qu'elle est très heureuse à ce moment-là parce que le président, enfin Valéry Giscard d'Estaing, toujours lui, s'est servi un petit peu aussi de cette position de réconciliatrice entre la France et l'Allemagne. Elle qui avait vécu l'épreuve de la déportation. Elle devenait finalement en 1979 un peu un symbole de réconciliation des peuples. C'est vrai que quelqu'un qui avait vécu ce pan de l'histoire pouvait parler à toute l'Europe et avait quelque chose à dire. Et donc elle devient ensuite présidente du Parlement européen. Elle est la première femme présidente du Parlement européen. C'est un moment très émouvant pour elle.

D'ailleurs, son mari, qui l'a toujours accompagnée dans son parcours, sera là en coulisses lors de ce fameux discours au Parlement européen à Strasbourg. Et en fait, ce qui lui plaît dans ce nouveau défi, c'est qu'elle a envie d'œuvrer pour la jeune génération. Elle se dit que ce qu'elle a vécu, elle n'a pas envie qu'aucun des jeunes européens ne le vive à son tour. C'est ce qu'elle dit toujours. Elle dit que cela ne se reproduise jamais. Et elle va œuvrer vraiment pour la paix en Europe. Elle a plusieurs combats à ce moment-là. C'est évidemment le combat pour les femmes. C'est la lutte contre l'antisémitisme. Mais c'est surtout œuvrer pour la paix en Europe.

Et elle se dit que plus jamais une guerre ne doit toucher l'Europe. Et c'est ce qu'elle va essayer de faire en allant parler aux jeunes. Donc elle va rencontrer énormément de jeunes. Elle va parler à la jeune génération. Elle qui n'avait pas tellement transmis son histoire. Là, petit à petit, elle se met à parler un peu de ce qu'elle avait vécu. Et surtout de transmettre cette histoire-là à la jeunesse européenne.

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Présentateur

L'enfance et le traumatisme subis par Simone Veil pendant la Seconde Guerre mondiale ont été à l'origine de son engagement en faveur d'une Europe unifiée. Une cause qu'elle défendra pendant le reste de sa vie.

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Invité

Ce qui est impressionnant chez Simone Veil, c'est que son amour de l'Europe naît dans les camps. Ou du moins au lendemain des camps. En 1950, son mari, qui est un jeune fonctionnaire, prépare le concours de l'ENA et bénéficie de l'occasion, de l'opportunité d'aller en Allemagne, dans la zone d'occupation américaine, à Wiesbaden, pour travailler au consulat. Ce qui lui permettrait évidemment de préparer tranquillement le concours de l'ENA. En 1950, Simone Veil, avec ses deux enfants déjà, va accepter d'aller en Allemagne. Alors, ses deux sœurs sont quand même assez estomaquées.

Et elle dira d'abord qu'elle vit dans la zone américaine, américaine, donc en fait, comme une expatriée en Allemagne. Et c'est parce qu'elle pense, tout de suite, que seul le rapprochement franco-allemand empêchera une nouvelle guerre. Donc, son militantisme pour l'Europe, pour une Europe forte, est né de l'expérience des camps. Pour elle, il ne s'agit pas de juger les Allemands qu'elle voit en 1950 à Wiesbaden ou à Stuttgart. Ce n'est pas ça. C'est que pour elle, si on veut surmonter ce qui s'est passé, il n'y a que l'Europe qui peut réussir à faire qu'il n'y ait plus de guerre. Donc, elle va batailler pour l'Europe.

Et c'est comme la conviction que la dignité de l'homme, la dignité de la femme, la dignité de l'homme, est essentielle et doit être préservée à tout prix. De la même manière, la guerre ne doit pas revenir en Europe. Et c'est pour elle, la construction européenne, qui le permettra. Je crois que ce que Simone Weil a connu dans les camps, et d'ailleurs, elle dira toujours, les camps, c'était hier. Personne n'est sorti des camps. Personne n'est sorti des camps dans leur tête. Les déportés sont revenus avec l'idée, mais fixe, une idée obsessionnelle. C'est raconter pour ceux qui sont restés là-bas qu'elle a été cet enfer, ce que la Shoah fut.

Et par conséquent, s'ils sont rentrés, c'est pour témoigner. Donc, premier point, dans l'esprit de Simone Weil, témoigner, témoigner inlassablement, transmettre aucun devoir de mémoire, pour elle, un devoir de transmission. Et l'obligation, pour ceux qui n'ont pas connu les camps, de travailler, de réfléchir et d'étudier. Le deuxième point, c'est que ce qu'elle a vu dans les camps, le froid, la faim, l'hygiène, l'avélissement, l'humiliation, eh bien, plus jamais ça. Et il faut combattre tout ce qui pourrait y ressembler, dans les prisons, dans les camps, dans l'ex-Yougoslavie, partout dans le monde. C'est lutter contre ce que fut la Shoah et ce qui est toute atteinte à la dignité de l'homme.

Donc, ça, c'est... Ce qu'est l'autre idée forgée dans les camps, c'est plus jamais de guerre. Il faut que la France et l'Allemagne définitivement trouvent un moyen. Il y a eu la guerre de 1870, la guerre de 1418, la guerre de 39-45. Il faut que cessent ces conflits en Europe. Donc, elle va aussi militer pour l'Europe. Donc, on peut dire que sa pensée s'est forgée dans les camps. Après, son amour du droit, sa passion de la justice, c'est aussi une manière de réparer ce qui a été injuste, au fond. Et c'est vrai qu'elle a toujours aimé le droit. Elle a bataillé pour modifier, évidemment, la loi sur le budget, mais bien d'autres lois.

Elle a fait passer beaucoup de lois dans le domaine de la santé pour les femmes, pour les enfants, pour les femmes immigrées, pour tous ceux qui ont besoin d'être protégées et aidées. Et je crois que c'est le message le plus humaniste que je connaisse.

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Présentateur

Simone Veil, un symbole de combat, un podcast de Léa Poulion. Un grand merci à Dominique Missica et Sarah Briand pour leur participation au podcast. Des archives de l'INA et de France 3. de l'INA et de France 3.

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Locuteur

Sous-titrage Société Radio-Canada d'autres vidéos.

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