Un nouveau gouvernement pour de nombreux défis
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Questions et réponses
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Quel est votre premier ressenti sur ce premier gouvernement d'Elisabeth Borne ?
- 2:17OuverteRéponse directe
Est-ce qu'il n'y a pas un risque quand on remet certains sièges en jeu avec les législatives ?
- 4:18OuverteRéponse directe
Ces deux éléments (Papendai et Abad) sont-ils enclins à perturber le lancement de ce gouvernement ?
- 5:45OuverteRéponse directe
La France a du mal à choisir une posture vis-à-vis d'un ministre mis en cause : faut-il une règle de conduite ?
- 7:06OuverteRéponse directe
Le gouvernement veut montrer son activisme sur le pouvoir d'achat : est-ce la bonne première séquence ?
- 8:56OuverteRéponse directe
Quels sont les grands défis que ce gouvernement devra relever dans les prochaines années ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 3:45PrésentateurFait
« Un homme politique a vocation à se présenter devant le suffrage universel. »
- 8:01PrésentateurChiffre
« 80% des Français se disent préoccupés par la question du pouvoir d'achat. »
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RCF. La matinale RCF, le grand invité.
Oui, il est l'heure de notre grand invité. Un nouveau gouvernement, mais de multiples défis inconnus. Un mois après la réélection d'Emmanuel Macron, on a enfin le casting de celles et ceux qui vont composer ce premier gouvernement d'Elisabeth Borne. Un gouvernement qui, avant même son premier conseil des ministres, a connu ses premiers sous-brosseaux. Alors, où est-ce qu'on va exactement ? Pour quelle politique ? Avec qui ? On en parle ce matin en compagnie de Frédéric Michaud. Bonjour Frédéric. Bonjour. Merci d'être avec nous dans la matinale RCF.
Je rappelle que vous êtes directeur général d'Opinion Way, enseignant à sciences politiques et auteur de la prophétie électorale ou encore du sacre de l'opinion aux éditions du CERF. Pour commencer, quel est votre premier ressenti sur ce premier gouvernement d'Elisabeth Borne ?
C'est un gouvernement qui s'inscrit dans le prolongement du gouvernement précédent avec de nombreux ministres qui soit restent au même poste, y compris dans des postes régaliens. Je pense à Bruno Le Maire ou Gérald Darmanin notamment, ou des ministres qui étaient dans le gouvernement précédent et qui connaissent une promotion. De ce point de vue-là, la nomination d'Elisabeth Borne incarne cette continuité puisqu'elle était dans le gouvernement précédent. Donc oui, un gouvernement qui s'inscrit dans la continuité. Ça, c'est le point peut-être le plus frappant. Il y en a un autre qui m'a également marqué.
C'est le fait que dans ce gouvernement, il n'y a pas de personnalité politique avec une forte visibilité médiatique ou un capital médiatique très important comme ça pouvait l'être dans les gouvernements précédents. Vous vous souvenez peut-être que dans les gouvernements précédents, on parlait systématiquement de casting, comme si ce capital médiatique était vraiment quelque chose de très important pour les personnes qui constituaient les gouvernements. Là, on n'a pas de personnalité de cet ordre. Alors il y a Éric Dupond-Moretti, mais qui est déjà au gouvernement depuis deux ans.
Donc ça veut dire que la prime a été donnée davantage à l'expertise technique, à l'expertise politique, plus qu'à la visibilité médiatique. Et de ce point de vue-là, c'est peut-être, en tout cas on peut l'espérer, la page de la pipolisation qui est en train de se tourner. On revient à une composition classique des gouvernements.
Oui, on n'est pas sur un coup comme ça avait été le cas par exemple avec Nicolas Hulot quand il était arrivé sur le tout premier gouvernement qu'avait pu connaître Édouard Philippe.
Absolument, on n'a pas ce type de personnalité avec une vraie prééminence médiatique. On a un gouvernement là qui semble très homogène, très compact et d'ailleurs très lié à la personne du chef de l'État. La main du chef de l'État est quand même très présente dans la composition de ce gouvernement avec des proches qui ont connu des promotions. Je pense à Gabriel Attal avec d'anciens conseillers qui intègrent le gouvernement. C'est le cas de la ministre de la Culture par exemple. Donc vraiment là un gouvernement qui est au service du chef de l'État.
Un gouvernement qui risque d'évoluer avec les législatives en vue que le chef de l'État a été clair. Tout ministre qui ne sera pas élu pour ceux qui se présentent face aux Français avec les législatives ne sera pas reconduit dans ses fonctions. Est-ce qu'il n'y a pas un risque quand justement on remet un petit peu comme ça certains sièges en jeu ?
Oui bien sûr il y a toujours un risque. D'ailleurs il y a des précédents. On se souvient par exemple qu'en 2007 le numéro 2 du gouvernement Alain Juppé qui était alors ministre de l'écologie avait subi une défaite électorale dans sa circonscription de Bordeaux. Il avait été obligé de sortir du gouvernement. Je pense que c'est une règle politique saine. Un homme politique a vocation à se présenter devant le suffrage universel. De ce point de vue là le fait que la première ministre recherche un enracinement politique dans une circonscription dans le Calvados est plutôt une bonne chose. puisque la première ministre est appelée à être la chef de la majorité.
Donc il n'est pas anormal qu'elle-même se présente devant le suffrage universel et soit députée quand elle prétend diriger la majorité à l'Assemblée nationale.
Deux musiques se sont fait entendre depuis vendredi que l'on connaît la composition de ce gouvernement. La première c'est les débats qui ont suivi la nomination de Papendai qui est devenu ministre de l'éducation nationale. La deuxième c'était ces dernières 24h et 48h avec les affaires autour de Damien Abad. Est-ce que vous considérez que c'est deux éléments qui sont enclins à perturber entre guillemets le lancement et la dynamique de ce nouveau collectif ou est-ce qu'on est juste sur les formes d'eau à la surface mais rien de très profond ?
Alors je pense qu'il le perturbe déjà. On voit bien que ce nouveau gouvernement est parasité surtout par l'affaire Abad. Il y a des polémiques autour de la nomination de Papendai mais surtout par l'affaire Abad. Il faut voir aussi que ce n'est pas un remaniement comme un autre puisqu'il intervient au début du quinquennat d'un président qui vient d'être réélu sans transition par une période de cohabitation et donc à quelques jours, on est à moins de trois semaines maintenant, des élections législatives. Donc évidemment la composante politique, l'affrontement électoral sous-tend ces différentes polémiques.
Mais évidemment ça crée un parasitage médiatique, un bruit médiatique même extrêmement fort autour des premiers pas de ce nouveau gouvernement.
On a l'impression que pour revenir par exemple sur le cas de Damien Abad, d'une manière générale la France a du mal à choisir une posture quant à l'attitude à tenir vis-à-vis d'un ministre quand il est mis en cause. Il y a les cas de figure où on dit qu'il faut qu'automatiquement le ministre démissionne. C'était la règle il y a quelques années. Là on arrive sur une logique de la justice doit trancher. Est-ce qu'il ne faudrait pas une bonne fois pour toutes, Frédéric Michaud, définir une règle de conduite et s'y tenir, mais d'un gouvernement à l'autre ?
Il y avait une règle de conduite qui avait été établie par le Premier ministre Edouard Balladur au début des années 90, qui est celle que vous avez rappelée. Tout ministre mis en examen doit démissionner. Et puis depuis le quinquennat d'Emmanuel Macron, cette règle a évolué. D'ailleurs, on peut le comprendre, la présomption d'innocence vaut pour tous, pour tous les citoyens, y compris les ministres. Et il y a là aussi des précédents de ministres qui ont été mis en examen et qui finalement ont eu un non-lieu. Mais évidemment, il y a eu un revirement qui s'est opéré sous le quinquennat précédent. Le gouvernement actuel suit la ligne qui a été décidée lors des précédents gouvernements.
Aujourd'hui, on est dans une volonté de remontrer qu'on est actifs. Quand on regarde un petit peu le compte rendu de la porte-parole du gouvernement, hier, juste après le Conseil des ministres, on est là. Les thématiques de pouvoir d'achat sont importantes. On veut avancer, on veut montrer aux Français qu'on est actifs. Bruno Le Maire demande aux entreprises qui le peuvent de faire des efforts. Est-ce que vous pensez que c'est vraiment la première séquence à laquelle on va assister, cette notion de pouvoir d'achat ? On essaie de limiter l'inflation et de rendre un petit peu de souffle aux Français ?
Oui. Alors, le fait que le gouvernement cherche à montrer son volontarisme, l'enthousiasme des débuts, une forme d'énergie, ça, c'est très classique. On sait bien aussi que la première impression est très importante. Elisabeth Borne, c'est quelqu'un qui est présent au gouvernement depuis longtemps mais qui n'a pas forcément une image très construite. Dans l'opinion publique. Donc, il y a cette nécessité d'imposer une première impression. Et puis, il y a aussi la volonté, je crois, de répondre à la première préoccupation des Français. 80% des Français se disent préoccupés par la question du pouvoir d'achat. On atteint des niveaux d'inquiétude qui sont évidemment très élevés.
C'est aussi le premier enjeu pour les élections législatives. Donc, là aussi, le gouvernement a pris la mesure de ces inquiétudes socio-économiques et cherche à y apporter des réponses immédiates.
Oui, parce que soyons clairs, si on rate ce virage-là, c'est un mauvais signal qui est envoyé alors qu'on est en pleine campagne avec ces élections législatives à venir.
Oui, oui, on voit bien que c'est le sous-texte de toute la période. Et pendant trois à quatre semaines, tous les gestes, tous les actes, tous les propos de la première ministre, pardon, des membres du gouvernement sera aussi décodé à l'aune de la joute électorale. Il y a évidemment des propos de responsabilité gouvernementale, mais il y a aussi une préoccupation plus directement politique.
Si on regarde plus loin dans le temps, pour vous, Frédéric Michaud, ce matin, quelles sont les grandes thématiques, les grands défis que va devoir relever ce gouvernement, même après son évolution éventuelle, après législative, dans les prochaines années ? Quels sont les gros défis qui nous attendent ?
Alors, il y a le défi immédiat du pouvoir d'achat, nous venons d'en parler, et puis il y a deux autres grands défis, enfin, il y en a sans doute plus que deux, mais en tout cas, il y en a deux qui paraissent importants pour le gouvernement. Il y a évidemment la question de l'environnement, avec cette innovation qui avait été annoncée par le chef de l'État, la nomination d'un ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, Amélie de Montchalin, et puis la nomination d'une ministre de la transition énergétique, Agnès Pannier-Runacher, toutes deux rattachées directement à Elisabeth Borne. Là, c'est aussi un message et une volonté de prendre en charge ce dossier.
Puis le deuxième dossier, c'est la question des retraites, qui avait été suspendue par l'ouverture de la crise Covid. Ça avait été, vous vous en souvenez, l'occasion d'une crise sociale extrêmement forte, plus forte crise sociale depuis mai 68, avec beaucoup de manifestations, beaucoup d'opposition à cette réforme dans la rue et au Parlement, l'utilisation de l'article 49.3, par exemple. Donc voilà, ça aussi, c'est un défi très important et un dossier très compliqué pour l'exécutif.
Et il traîne depuis tellement longtemps, ce dossier de retraite, vous croyez réellement qu'il finira par être réglé une bonne fois pour toutes ? C'est quasiment devenu narlésienne ?
Oui, on a l'impression que chaque gouvernement, en tout cas chaque président, doit faire sa réforme des retraites. Bon, ça, c'est lié d'abord à l'évolution des équilibres démographiques. Et puis aussi, c'est effectivement l'une des difficultés françaises. On voit que ça fait partie des grands dossiers qui se règlent sur des décennies. Par exemple, la question du chômage, qui est en train d'être réglée. Vous avez vu que le chef de l'État a affiché cet objectif du plein emploi. D'ailleurs, le terme plein emploi est dans l'intitulé du ministère qui est à la charge de ce dossier.
Pour régler ce dossier, qui n'est peut-être pas encore totalement réglé, on voit bien qu'il faut une quarantaine d'années. Peut-être que le dossier des retraites, qui est un dossier très complexe, exige lui aussi beaucoup de temps pour faire de la pédagogie et pour avancer par petites touches.
En sachant qu'au milieu de tout ça, on peut imaginer qu'un vaste revers électoral aux élections législatives change la donne. Si la coalition de gauche arrive demain de manière majoritaire à l'Assemblée nationale, la question des retraites sans traitement sera totalement différente. En tout cas, on peut l'imaginer.
Oui, absolument. On peut imaginer aussi toute une série de surprises, d'événements par nature imprévus. On l'a vu lors du quinquennat précédent, entre la pandémie, l'irruption de la guerre en Ukraine. C'est le lot des hommes politiques de devoir gérer ces événements imprévus.
Merci beaucoup Frédéric Michaud. Merci à vous. On a pris le temps de venir ce matin, de nous éclairer un petit peu dans ce contexte politique si particulier. Je rappelle que vous êtes le directeur général d'Opinion Way, enseignant-chercheur à Sciences Po et auteur de la prophétie électorale ou le sacre de l'opinion, tous deux parus aux éditions du Cerf.