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interviewLe Figaro (sur YouTube)· 10 décembre 2025 15 min

Stratégie de sécurité américaine: «Le problème, c'est que Trump n'a pas tort», note Pierre Lellouche

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Bonjour Pierre Louche. Bonjour. Merci d'être avec nous.

On a commencé la discussion en rantne. Ancien ministre, ancien président de l'Assemblée parlementaire de l'OTAN. Vous avez publié en grenage la guerre d'Ukraine et le basculement du monde.

C'était en octobre 2024. Vous étiez là aussi venu de nous en parler en plateau à l'époque. Une nouvelle version qui sort en janvier.

Qui sort en janvier. Ben voilà quoi, on est on est en en plein dedans. Euh est-ce que vous êtes d'accord avec l'analyse de l'éditorialiste Mathieu Bo côté qui dit qu'il voit davantage dans cette attitude des États-Unis celle d'un ami que celle d'une ingérence dans nos affaires ?

Non, c'est bon, comment vous dire ? Je sais pas si c'est ami ou pas ami. C'est pas une C'est le c'est le style de Trump. il fait il fait de la politique étrangère pour dire que lui a des résultats tandis que les autres, regardez-les, ils sont en train de sombrer.

Mais le problème, si vous voulez, c'est que euh il n'a pas tort. C'est ça le sujet. Moi, je veux bien qu'on casse le thermomètre et qu'on casse Trump et Maga et tout ça, mais quand même ce qu'il dénonce à savoir un système démocratique qui commence à être dévoyé où on peut par exemple en France interdire une chaîne de télé.

Moi, j'en suis toujours pas revenu si vous voulez de ça. Ouais, vous faites référence à le à la fermeture de la chaîne C8. Mais oui, où un président de la République peut parler d'un label qui dit le vrai, qui dit faux.

Enfin, je veux dire et chez les fous. Hm hm. C'était un quand on connaît l'histoire de la liberté de la presse en France depuis la révolution jusqu'à la loi de 1905, c'est inacceptable dans les trucs pareil.

Quand il parle d'un paris qui a changé complètement de mine à cause de l'immigration, de la saleté et cetera, mais c'est le vécu des Parisiens. Euh et c'est vrai que Paris c'est c'est pas le Paris qu'il a aimé, qu'il a connu. Quand il dit que l'Europe est en train de de risquer l'effacement de sa civilisation à cause de l'immigration de masse.

Moi, je dis la même chose si vous voulez. J'ai pas attendu Trump pour me l'apprendre. Donc il a il a ce constat qui fait mal mais c'est un constat sur lequel nous devrions nous réagir au lieu de dénoncer.

Je veux bien qu'on dénonce Trump. J'ai vu des ministres c'est pas bien tout. Je m'en fous.

Ce qui m'intéresse, c'est que on on est il décrit une classe politique européenne qui est complètement perdue par rapport au défi du moment et notamment comment est-ce qu'on termine la guerre d'Ukraine qui prend pas les décisions, qui est en panique mais tout ça hélas vrai. J'aimerais que ce soit l'inverse. Quand j'ai fini mes études à Harvard il y a une cinquantaine d'années aujourd'hui, je l'Amérique était engluée dans la guerre du Vietnam, elle était dans le Watergate et les jeunes européens de l'époque dont j'étais avec une idée, c'était de rentrer en Europe.

La France, l'Europe c'était l'avenir. Aujourd'hui, si j'avais 20 ans, je poserai des questions. C'est plus la même Europe.

Donc, vous n'avez pas été surpris par la teneur de ce texte et le peu d'égard à l'égard de justement de l'Union européenne ? Parce que attendez, le texte il est il est extrêmement important. Il signifie ni plus ni moins que la fin de l'alliance atlantique.

Vous avez un président américain qui se présente comme médiateur entre l'Europe et la Russie. de la Russie qui n'est même pas à ses cieux d'ailleurs l'agresseur en Ukraine alors que c'est l'agresseur. Quoi qu'on en pense sur les origines de cette affaire, ce que je décris dans mon livre, on a aussi nos parts de responsabilité mais il y a quand même un agresseur.

Trump ne désigne pas l'agresseur. Il se il se présente comme le médiateur entre l'Ukraine et la Russie. L'Europe n'existe même pas à ses yeux dans cette dans cette affaire.

Et il s'en prend effectivement à l'Union européenne quelques jours après la publication par Washington de cette nouvelle stratégie. C'était vendredi soir. Le président américain en a rajouté une couche lundi devant la presse.

Il a une nouvelle fois ciblé l'Union européenne. On l'écoute. Il y a deux à ces déclarations. celle d'un Donald Trump condescendant qui clairement, pardonnez-moi l'expression, qui se paye une nouvelle fois l'Europe et celle d'un allié qui reconnaît qu'il a encore besoin de nous et qui dit "Nous avons besoin que l'Europe arrête de changer comme cela".

Oui, ben je pense que je pense que c'est la deuxième version. Il est pas anti-Europe, il décrit une situation. Bon, ce qui est important de comprendre et c'est de replacer l'Europe dans sa vision globale du système.

Bon, il est en train de dire quoi ? Moi, je fais une politique maga. l'Amérique d'abord et ça vaut aussi en politique extérieure.

Donc voilà ma réflexion stratégique qui préface le papier de 33 pages, il est préfacé par Trump et il dit voilà ma politique étrangère, c'est quoi ma priorité ? C'est mon hémisphère, c'est-à-dire l'Amérique du Nord et l'Amérique du Sud. C'est pour ça qu'il est en ce moment en face de Maduro au Venezuela avec une Armada considérable.

Il veut reprendre le contrôle de l'Amérique du Nord avec le Canada qu'il écrase sur les droits de douane en disant "Vous avez vocation à rejoindre les États-Unis et au sud. Qu'est-ce qui s'est passé pendant la guerre d'Afghanistan, la guerre d'Irak ? Elle reste depuis 30 ans.

Il se passe que les Chinois sont devenus les premiers partenaires de l'Amérique du Sud. Je sais pas si vous le savez mais ils sont dominants économiquement en Amérique du Sud. Ils sont en train de construire une des ports y compris au Pérou. et ça les Américains peuvent pas l'accepter.

Donc il ressort nommément la doctrine Monro. Donc priorité numéro 1, je contrôle mon hémisphère et puis peut-être le Canada et le Groenlande, Panama, tout ça c'est dans sa logique. Je dis pas que c'est bien ou pas bien, je décris ce qu'il pensent.

Une fois qu'on a dit ça, quelles sont les autres régions ? Bah les autres régions, elles ont vocation à se débrouiller toute seule. Nous, on reste allié mais elles ont vocation à se prendre en charge.

C'est le cas en Asie, c'est le cas au Moyen-Orient. lui considère que la paix a été réglée grâce à lui. Et en Europe, prenez-vous en charge et moi je suis là pour faire la paix sur l'Ukraine en direct avec Poutine et vous n'êtes pas là, vous n'avez même pas un strapontin.

Est-ce que ça en réalité ça n'existe pas déjà depuis depuis des années ? Ce qu'il fait dans ce document, c'est que il vient graver dans le marme une position qui en réalité était déjà celle des États-Unis depuis depuis Donald Trump, même depuis ses prédécesseur. C'est fondamentalement ça les États-Unis depuis la naissance des États-Unis avec cette cette chose qui s'est passée dans les années 50 avec la guerre de Corée, l'Amérique est revenue en Europe.

Et donc nous Européens, nous deux mais plein de gens, tous ceux qui ont moins de 80 ans ont été bibonnés à la sécurité américaine. Donc l'Amérique fait partie du paysage européen. C'est elle qui assure la sécurité de l'ensemble.

Et là, il vient dire "Bah non, c'est fini, c'est fini, vous you on your own comme ils disent, vous vous débrouillez. C'est à vous de gérer les les suites de la guerre d'Ukraine. Moi, je veux bien y mettre fin par un accord avec Poutine en liaison avec les Ukrainiens const mais les Européens après ils doivent payer pour la reconstruction.

C'est leur affaire. Donc voilà, c'est ça la politique. Donc pour nous européens et c'est ce qui ce qui explique la panique absolue des gouvernements européen, c'est qu'ils savent pas faire depuis 80 ans, ils savent que la défense, elle est assurée par les États-Unis.

C'est plus le cas. Donc immédiatement, comment est-ce qu'on paye la guerre en Ukraine ? Nous, on pense en France et ailleurs qu'il faut continuer la guerre, hein.

Il faut, comme a dit le président de la République, faut continuer l'effort de guerre. Bon, c'est facile. C'est pas nous qui mourons, c'est les Ukrainiens qui meurent.

Mais bon, on va faire l'effort de guerre. Mais avec quel argent ? Il y a plus un rond.

Il y a pas un rond en France. Vous avez vu, on a un président qui dit c'est c'est ce yatus qui est le plus spectaculaire. Vous avez un président qui fait le kéké à Londres avec ses collègues en faisant comme ça le pouce à Zelinski et cetera.

On s'occupe de vous et derrière vous avez un gouvernement qui qui après des compromis 4e République finit au bout de plusieurs semaines à présenter un budget de la sécu en déficit de 20 ou 30 milliards. On sait pas. On on est un p dans ce document Donald Trump, il parle effectivement des conséquences de la guerre, il parle de la redéfinition des des rapports stratégiques à l'échelle international, mais il s'en prend à l'Union européenne, à la France.

Il parle notamment de la gestion de l'immigration et il dit d'ailleurs ceci pour reprendre cette interview à à aux médias politicaux. Quand vous regardez Paris, c'est un endroit totalement différent. Moi, j'adorais Paris à l'époque et il dit pour certaines raisons et bien les dirigeants européens veulent être politiquement correctes et ne veulent pas renvoyer les personnes migrantes de là où elles viennent.

C'est quand même du Trump dans le texte. Ben oui, et euh bon, il y a plein de gens à Paris qui seraient d'accord avec ce constat. Quel est l'effet recherche président qui toujours un qui qui suite d'un Parisien depuis toujours, ma vie a changé.

Mais est-ce que c'est au président des États-Unis de dire cela ? Mais pourquoi ? Pourquoi ?

Euh pourquoi est-ce qu'il aurait pas le droit de le dire ? Hm beaucoup disent "Attendez, c'est une ingérence Donald Trump, on lui pas son avis sur la manière dont on gère nos frontières." Pas de temps à dire que les les Russes sont vives sous une dictature.

Pardon. Je vous en prie le téléphone sur avion. Je me suis trompé.

Oui. Sur les propos de Donald Trump, beaucoup fustigent depuis quelques jours l'ingérence de américaine dans nos politiques, notamment les politiques migratoires. Mais je crois pas.

Je crois, si vous voulez quand on regarde les statistiques de l'immigration dans le monde, on parle de plusieurs centaines de millions de personnes. Hm. Il y a un il y a une organisation internationale qui s'occupe de ça.

Et donc, je lis les les résultats, c'est concernant, il y a il y a des centaines de millions de personnes qui sont en mouvement dans le monde. Donc, c'est un vrai défi pour tout le monde, pour les États-Unis, pour toutes les nations développées et pour l'Europe qui est particulièrement et la France qui est la plus généreuse à l'intérieur de de l'ensemble de pays le plus généreux au monde. Donc, il y aura un problème bien sûr, il y a un problème à l'école.

Il y a un problème à l'hôpital, il y a un problème de logement et euh c'est pas c'est pas moi, c'est Michel Recard qui dit "On n pas vous avez vu le le dernier le le le dernier arrêt de la de la courte d'administration administrative sur l'asile qui de facto donne le droit à toutes les femmes somaliennes de venir comme réfugié politique en France. Vous pouvez l'appliquer aussi aux femmes afghanes. Donc on a ouvert tellement les vannes sur l'immigration que oui, on est en phase de submersion.

Bien sûr. Est-ce que l'on a suffisamment conscience aujourd'hui en Europe de la redéfinition que ce texte et que toute la la mise en œuvre par Donald Trump de ces nouvelles relations va engendrer pendant sur des années ? C'est toute notre relation qui est aujourd'hui à redéfinir avec les Absolument.

Oui. Et on a beaucoup de mal à faire ça encore une fois parce qu'on a été bibonné depuis ma génération. n'a connu que le temps.

Hm. Euh, il va falloir à nouveau s'assumer en tant que puissance. Hm.

Alors, certains disent la souveraineté européenne comme le président de la République. Moi, je suis extrêmement sceptique. On va assister à une redéfinition euh de la de du système européen.

Dans mon livre, j'explique que euh la sortie de la guerre, ce qui est en train de se passer, c'est qu' il y a deux accélérateurs. Il y a l'élection de Trump, mais il y a surtout la guerre d'Ukraine. Et les deux choses vont provoquer très probablement une cassure, voir la disparition de l'Union européenne telle qu'on la connaît et une réorganisation du système de sécurité en Europe dont on a perdu toute conscience parce qu'encore une fois, il était garanti par un général américain qui commandait les forces, un européen qui commandait l'alliance politique.

C'était ça l'organisation de l'Europe et et c'est dans cette structure là qu'on a accueilli ensuite l'Europe de l'Est puis l'Europe centrale et que Bush a voulu pousser ce système jusqu'aux frontières de la Russie avec l'arrêt de la guerre d'Ukraine. Une fois une fois que une fois qu'on a un président américain qui dit "C'est fini, vous vous prenez en charge." Ça veut dire que euh il va falloir réarmer que le pays qui peut réarmer c'est l'Allemagne, que très rapidement l'Allemagne va réémerger comme le pivot non seulement économique mais militaire de l'Europe.

Qu'on va se retrouver dans une situation à peu près semblable à ce qui s'est passé après le traité de Versailles de Versailles en 1918 où l'Allemagne redevient le pivot. Les petits pays vont s'agréger autour de l'Allemagne, l'Angleterre et la France et probablement l'Italie vont être marginalisés. et vous verrez que l'Allemagne reprendra des liens avec la Russie assez vite.

Donc on sera dans une autre configuration stratégique avec un ordre mondial qui est en train de se redessiner totalement. Un ordre mondial auquel les États-Unis avaient pourtant largement contribué. C'est eux qui ont voulu au début à l'origine de l'Union européenne l'OTAN, l'ONU.

Quel est l'intérêt américain dans ce qui est en train de se passer justement ? Il est en train de casser l'ensemble du système international. Oui.

L'idée sur laquelle le système international doit fonctionner sur une un ensemble de règles démocratiques et occidentales. Euh ce système est battu en brèche par beaucoup de pays qui n'en veulent plus et qui s'organisent. Ce je dis aussi dans mon livre, c'est un basculement du monde vers un monde post-occidental.

On voit ce qui est très important, c'est cette alliance entre la Chine et la Russie. Alliance sans limite, ils disent. Et autour de ça, ils vont autour de deux grandes organisations qui sont les Brick et qui sont l'organisation de la coopération de Shanghaiï, ils sont en train de rassembler ce qu'ils appellent euh le le la majorité mondiale, c'est-à-dire les pays émergents qui en ont marre de nos leçons de morale, qui en ont marre des sanctions américaines, qui en ont marre de dépendre du dollar et progressivement vous voyez apparaître des banques alternatives, des échanges qui se font enroupies indienne ou autres pour échapper aux sanctions américaines. les les sanctions sur le pétrole sont contournées.

Tout ça tout ça est en train de se mettre en place. Est-ce que c'est le début de l'effacement américain ? Clairement non.

De l'Amérique non. Parce qu'ils ont toujours cette capacité de rebond. Ils ont encore le dollar qui est la monnaie de réserve du monde et le le l'Amérique va pas être facilement elle elle sera en compétition avec la Chine.

C'est d'ailleurs la Chine, c'est le seul objet important de ces 33 pages américaines. Tout tourne autour de la compétition avec la Chine. Mais oui, l'Europe elle elle est dans un risque d'effacement.

Et dans ma version du mois de janvier de mon livre, je dis que le avant avant que le mot a été utilisé par monsieur Trump, je dis que le danger de la France et de l'Europe, c'est l'effacement. Vous savez, les Chinois ont connu ce qu'ils appellent le siècle de l'humiliation entre 1839 et 1949. Je crain pour ma part que le 21e siècle soit un siècle d'effacement pour l'Europe si on n'est pas capable de repenser tout le système de sécurité en Europe après l'OTAN.

Parce que à mes yeux, l'OTAN, ça y est, c'est terminé. va falloir penser à autre chose et penser vite. C'est là, c'est là qu'on attend nos responsables politiques.

Mais dans le cas de la France, ce qui est affreux, c'est que non seulement on pense pas, mais on n' pas le premier sous pour le faire. Quand vous voyez le le télescopage des discussions budgétaires à l'Assemblée nationale française et la vitesse à laquelle c'est en train de changer côté américain, côté russe, je me dis qu'on est mal. Il va falloir se réveiller et très vite et on suivra bien évidemment cela de près.

Merci beaucoup Pierre Lelou. Trouvez également votre tribune dans les pages du Figaro dès ce soir sur le Figaro.fr et demain dans les pages du Figaro.

Donc justement sur cette nouvelle stratégie de défense américaine analyse à suivre et puis votre livre également engrenage donc en la nouvelle version au mois de janvier. Merci beaucoup d'avoir été avec nous. retour en France à présent alors que les États-Unis