Un retour sur scène "peut-être l'année prochaine" confie Mick Jagger, invité exceptionnel de France Inter
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Il est 8h26 et ce n'est pas tous les jours qu'on rencontre un monument de l'histoire de la musique, le rock'n'roll en personne. Nous avons eu cette chance avec Benjamin Duhamel, une interview à Londres avec Mick Jagger. Il a voulu nous répondre en français avec la vigueur qu'on lui connaît. L'âge ne fait rien à l'affaire, il reste la classe incarnée. Voici Mick Jagger sur France Inter. Imaginez-t-il en 1964, à 21 ans, qu'il serait encore là à enregistrer des chansons 60 ans plus tard. Imaginez-t-il en octogénaire du rock, lui, la légende vivante sur laquelle le temps n'a pas de prise. Il nous accueille ici à Londres pour un événement mondial, la sortie du 25e album studio des Rolling Stones.
Bonjour Mick Jagger.
Bonjour, ça va tout le monde ? Je suis toujours vivante, vous avez dit ça. Plus que jamais.
Merci d'être l'invité exceptionnelle de France Inter. Vous avez donc toujours des choses à dire, on l'entend dans Rolling Stones. Vous prenez toujours du plaisir à faire de la musique, c'est ça votre dernière addiction ?
Pour moi c'est toujours excitant pour faire un nouveau disque, si c'est bon. Si c'est heureux avec tous les enregistrements, toutes les nouvelles chansons. Alors moi j'aime bien ce disque parce que ces 14 chansons, c'est un peu long peut-être. C'est une heure, c'est long, c'est difficile à écouter un disque comme ça un fois, c'est beaucoup.
Justement quand on écoute ce disque, on sent toutes les influences qui vous ont nourris musicalement depuis 60 ans, c'est un patchwork. La pochette de l'album qui est une sorte de puzzle entre les visages.
Oui, il y a beaucoup de styles. Il y a beaucoup de styles. Mais pour moi le meilleur disque de Rolling Stones c'est des styles différents. Il dit toujours que Rolling Stones c'est une bande de rock, rock, c'est rock. Oui, si vous voulez, mais la chanson la plus populaire de Rolling Stones c'est Painty Black. Ce n'est pas vraiment une chanson de rock, rock, c'est ça ? Ce n'est pas Johnny Hallyday. C'est une chose différente. Mais vous avez beaucoup de styles ici. Vous avez le rock, absolument, vous avez le rock. Mais vous avez les palas, vous avez les morceaux plus denses, les morceaux plus pop.
Oui, c'est vrai qu'il y a plein de styles. Il y a le rock, le blues, un peu de country. Ce qui nous a beaucoup plu et étonné avec Florence. Il y a des reprises de Chuck Berry et il y a cette reprise géniale de Amy Winehouse. You Know I'm No Good. Pourquoi est-ce que vous avez choisi Mick Jagger de lui rendre hommage ? Qu'est-ce qui vous a donné envie de chanter cette chanson ?
Oui, on a pensé, j'ai parlé avec Andy et il me dit, peut-être on fait un cover, ce n'est pas le mot français pour ça, mais un cover version d'une femme. On a parlé d'Aretha Franklin, on a parlé d'autres chanteuses américaines, de Zannis Presson, de Soul, tout ça. Et on a pensé, peut-être, nous sommes en Angleterre, peut-être en Anglaise. Qui est-ce qui est-ce qui est Amy Winehouse ? Alors on a choisi cette chanson, c'est une chanson de danse, c'est facile à danser, pour changer un peu le beat.
Oui, un peu en country, qui est un peu de country maintenant. Oui, voilà.
On a fait un peu le même style de beat, mais ça peut changer. Mais je n'ai pas changé beaucoup le style vocal, c'est un peu elle, tu sais, la mélodie. Mais je n'ai pas changé beaucoup de paroles non plus. J'ai changé le masculin-féminin. C'est tout ce que j'ai changé. Oui, mais j'ai aimé bien changer ça. C'est différent de chanter un son que vous n'avez pas écrit vous-même. C'est différent, parce que vous avez l'exemple devant vous.
Je voudrais qu'on écoute un extrait de Jalous Lover.
Oui.
Ce qui est complètement dingue, New Jagger,
c'est que dans ce morceau, on a l'impression qu'on vous entend dans les années 70, votre voix n'a pas changé. Vous avez toujours les aigus.
Oui.
C'est incroyable.
C'est gentil, quand même. Mais ça, c'est toujours pour moi, les falsettes, on dit, c'est toujours facile pour moi. J'ai vraiment la chance. Oui, c'est un talent. C'est cette capacité d'aller... C'est une chance que vous avez ou non.
Les voix de falsetto très, très aigus. Mais comment vous faites aujourd'hui pour avoir toujours cette même voix ?
Il faut faire la répétition. Il y a beaucoup de travail. Oui. Si vous faites la répétition, ça... Mais je ne fume pas, voilà. Et pour fumer non plus. Attention. On ne peut pas fumer cet âge et avoir... Pour garder ses voix. Si vous avez 20 ans, vous... Oui.
Et à 20 ans, vous avez pu faire d'autres choses. Mais maintenant, vous êtes très raisonnable. Mick Jagger, vous êtes extrêmement populaire en France. Les Français vous adorent. Il faut qu'on parle un peu de vous, puisqu'à chaque fois qu'on entend et qu'on écoute un nouvel album, ça nous rappelle des souvenirs. Quel regard est-ce que vous portez sur le jeune homme que vous avez été ? Qu'est-ce que vous diriez si vous aviez là, ce matin, le Mick Jagger de l'époque, Sex, Drugs and Rock'n'Roll ? Qu'est-ce que vous lui diriez sur ce qu'il est devenu et ce qu'il était ?
Calme-toi un peu.
Calme-toi, oui.
Non, mais quand j'ai fait mon premier show à Paris, je suis très excitant pour tout ça, parce qu'il est un autre pays, parce qu'on n'a pas fait beaucoup de shows autour de l'Angleterre. Le premier show, on a fait, je pense, dans le Pays-Bas. Et après, on a fait à Paris. Mais c'est très excitant. C'est juste après que les Beatles aient fait un show qui n'a pas un grand succès. Le premier show de Beatles, c'est pas... Donc vous étiez meilleur que les Beatles. Mais il y a un grand succès partout, mais pour la France, c'est un succès, mais ce n'est pas un succès foot. Mais alors, je me souviens très...
On parle beaucoup, Mick Jagger, parce que ça nous stupéfie de voir comment quelqu'un de 82 ans peut avoir cette énergie, cette force de vie. Est-ce que vous êtes sûr que vous n'êtes pas immortel, Mick Jagger ?
Non, malheureusement, je suis sûr.
Mais comment vous faites quand on vous voit danser, rire ?
C'est quoi le secret ? Il n'y a pas vraiment de ce secret. Si vous êtes dans le monde de musique, c'est une chose pour les... Il faut être sur l'enthousiasme. C'est un grand enthousiasme. Aussi, si vous avez des enfants de différents âges, j'ai beaucoup d'enfants, et on parle d'ensemble. On a fait le premier jour que nous avons montré le disque à tout le monde à Los Angeles, les amis, les gens dans le business, avec les enfants et ses amis aussi. C'est toute une bande. Alors, c'est intéressant d'écouter qu'est-ce qu'ils pensent vraiment.
Alors, justement, vous avez huit enfants. Le dernier...
Vous êtes sûr ? C'est bien huit. Non, parce que le plus jeune a dit « Je suis le dernier, je suis le huitième. » Il était... Je reste toujours le plus jeune. Oui, c'est ça.
Ce dernier, il a dix ans, c'est ça ? Il a neuf ans. Il a neuf ans. Est-ce qu'il écoute vos titres ? Est-ce qu'il est le rock ? Oui, il écoute un peu de tous.
Oui, oui, oui. Il est plus intéressant dans le sport, à ce moment.
Parce que les jeunes, aujourd'hui, c'est vrai qu'ils écoutent plutôt du rap, du rugby, du rock. C'est totalement une mission.
Mais vraiment, si vous êtes... Il écoute un peu de tout. Parce que tout est là. Ce n'est pas nécessaire d'être spécialiste. parce que vous avez tout en ligne, tous les choix. C'est très facile d'accéder à tout ça. Avant, il faut aller dans un marchand de disques et vraiment acheter une chose. Ce n'est pas facile. Maintenant, c'est très facile. Si vous voulez écouter les rangs de distance, c'est juste pour ça.
Vous trouvez que c'est trop facile ? Que la musique, elle a perdu quelque chose de sacré ? Elle n'est plus aussi sacrée qu'elle était ?
C'est différent. C'est complètement différent. Mais la chose bien, c'est pour moi, c'est que je peux accéder à n'importe quoi. N'importe où, n'importe quoi. N'importe où, exactement. Même si je suis perdu dans le désert, je peux faire le choix. Alors, ça est les choses qui, avant, très difficiles à obtenir. De musique d'Afrique, par exemple. C'est très difficile d'obtenir. Mais maintenant, vous avez toute une libraire. C'est facile. Et c'est facile d'écouter tous les différents genres de musique. Avant, on devient un peu spécialiste, parce qu'on prend le temps pour tout ça.
Est-ce que vous avez récemment eu un coup de cœur, un crush pour un artiste d'aujourd'hui, où vous vous êtes dit, ce n'est pas du tout mon style, mais c'est génial.
J'adore. Moi, j'ai des crushs sur les chansons. Ce n'est pas des artistes, vraiment. Alors, l'artiste, un homme que j'aime bien, j'aime bien Sam Fender. Il est populaire en France, Sam Fender ? Non. Pas trop ? Non, mais il est très populaire en Angleterre. Le dernier disque, Olivier Dean, c'est le numéro 1.
Mais qu'est-ce que vous pensez de la musique qui marche mieux aujourd'hui, c'est-à-dire R&B, reggaeton, toutes les musiques latino, par exemple, bad boy ?
Vraiment, maintenant, c'est la musique pop. Les choses comme ça, c'est vraiment un peu spécialisé.
Mais c'est ça qui marche aujourd'hui.
Oui, mais il y a les années que le rap, c'est le plus populaire. C'est populaire maintenant, mais ce n'est pas aussi populaire qu'avant. Alors, maintenant, c'est les femmes dans la musique pop. Rosalia, par exemple. Vous aimez bien Rosalia, par exemple ? Oui, j'aime bien ça. J'aime bien ça. Mais j'ai dit ça avant. Un de mes fils me dit, « Ah, Zara Larson, elle est revenue, Zara Larson. » J'ai dit, « Non, pour moi, elle est toujours là. » Zara Larson est toujours là. Maintenant, elle a un grand succès avec quelqu'un d'autre. Mais j'aime toujours, j'aime « Room My Life » et les choses comme ça. J'aime les pop comme ça. C'est les pop qu'on peut danser, mais qui a une mélodie.
Donc Mick Jagger aime la pop.
Mick Jagger aime la pop et parle aussi très bien français. On l'entend depuis le début de cet entretien. Vous avez vécu entre l'Angleterre, les États-Unis, mais aussi en France. Vous avez d'ailleurs vécu votre confinement au moment de l'épidémie de Covid en 2020. Vous étiez dans votre château de Fourchette, en Touraine. C'est un petit château. Un petit château, mais un beau château. Oui, c'est beau, mais ce n'est pas énorme. Ce n'est pas Versailles. Non, non. Mais qu'est-ce qui vous plaît ? Qu'est-ce qui vous a plu en France que vous ne trouviez pas en Angleterre ou aux États-Unis ?
C'est un peu les différents. Avec les différents mœurs, avec les différents styles. C'est quoi les différents mœurs ? Je ne sais pas. Allez-y. Je ne peux pas expliquer en français, vraiment. Non, mais j'aime bien. C'est par le Midi, c'est par les Côtes d'Azur.
Parce que vous connaissez la Côte d'Azur. Oui, absolument. Vous avez passé du temps en ville là.
Absolument, je connais.
À la fin des années 60. Oui, oui. C'était une autre époque.
Même après.
C'était une autre époque.
Oui, oui. Oui, avec le Main Street, par exemple. Mais je visite toujours la Côte d'Azur.
Qu'est-ce que vous aimez faire quand vous êtes en France ? Qu'est-ce qui vous plaît ?
Ça dépend. À Paris, c'est des fois. Alors, à Paris. Je sors, je mange, je vais dans les restaurants, je vais dans les boîtes, tu vois. Oui. Voilà. Je me promène, voilà. À la campagne, c'est des fois. C'est le jardin. Enfin, je vais à mon fils jouer les foot.
Ouais. Mick Jagger, on parlait tout au long de cet entretien de votre énergie. Et déjà, lors du précédent album, vous expliquez que certaines des chansons qui se retrouvent dans Foreign Tanks, elles étaient déjà écrites. Ça veut dire que vous avez déjà certaines chansons de votre prochain album dans quelques années ? Vous en avez déjà ?
J'ai commencé il y a quelques semaines. Ah oui, déjà. Donc, vous travaillez sur le prochain album. Non, je travaille sur les chansons. OK. On ne sait jamais qu'est-ce qui se passe avec ces chansons. Peut-être que je peux le faire moi-même, je peux donner à quelqu'un d'autre, je peux faire avec les Rolling Stones, je ne sais pas. Et ça dépend des chansons.
Vous n'arrêtez jamais d'écrire ?
Non, je continue. Parce que si vous arrêtez, c'est difficile de démarrer. Il ne faut pas beaucoup, mais même une ou deux heures par jour, savoir si quelque chose arrive. Et on fait les réflexion, on commence les paroles, c'est comme ça. Si vous arrêtez, on peut avoir les breaks, absolument, pour réfléchir et pour réfléchir. Et on peut avoir un nouveau style peut-être, une nouvelle idée. Mais quand on démarrer, il faut continuer. Et est-ce qu'on aura la chance de vous revoir sur scène bientôt, Mick Jagger ? J'espère que oui, j'espère que oui, mais peut-être pas cette année, l'année prochaine.
L'année prochaine, le rendez-vous est pris en France ?
J'espère, absolument, j'espère. Magnifique.
Formidable. Merci beaucoup. Merci à vous. Merci infiniment Mick Jagger d'avoir été au micro de France Inter ce matin. Foreign Tongues sort le 10 juillet.
Voilà pour cet entretien enregistré il y a quelques semaines. Et on va écouter un titre de ce nouvel album.
Oui, un extrait d'In The Stars. Un titre qui parle du destin, du hasard, de ce qui nous dépasse. 3 sur France Inter. C'était donc les Rolling Stones. L'album Foreign Tongues sort le 10 juillet. Et on va pouvoir l'écouter en intégralité des zéro heure ce jour-là. Les premiers jours, les premières minutes de ce 10 juillet. On va les passer avec les Rolling Stones.