Manifestations contre l'extrême droite: l'interview en intégralité de François Ruffin
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
La Ruffin s'exprime, on va aller l'écouter, il est à bien.
Il faut voir ce qui se passe là. Derrière nous, on a les syndicats, et qui sont un modèle et un espoir, parce que depuis un an, depuis la réforme des retraites, ils sont unis malgré leurs différences et leurs divergences. Et tout de suite, ils ont saisi la balle au bon pour se mettre dans ce front populaire. Il faut voir le chemin parcouru dans un pays qui se déchire, qui est en dépression. Dimanche soir, la gauche a rallumé la lumière en se mettant derrière la bannière du front populaire. En quatre jours, il y avait un programme, avec des centaines de milliers de gens qui signaient pour dire « Allez, arrêtez vos conneries, soyez unis ». Et voilà qu'en 24 heures, on revient au rancœur.
Et je le dis, ce n'est pas à la hauteur. Et il faut bien qu'on prenne conscience, nous, les dirigeants politiques, que le front populaire, ce n'est pas nous. Le front populaire aujourd'hui, c'est presque plus l'ENA Situation, Marcus Turam et Squeezie. Le front populaire, ce sont les gens qui sont derrière moi. Ce sont des gens qui travaillent et qui n'ont qu'une inspiration, que c'est de bien pouvoir vivre dans leur travail et pas en survivre. Ce sont des gens qui sont soucis de justice sociale et qui disent que les petits doivent payer petits et les gros doivent payer gros. Et on doit être à la hauteur de ça. Vous savez, moi, je sors d'un porte-à-porte à Flix Secours ce matin.
Et plus de 60% de voix pour Jordan Bardella dimanche dernier. Je sais quel est notre adversaire. Notre adversaire, c'est bien sûr le Rassemblement National, mais encore pire. C'est la finance, toujours. Mais c'est l'indifférence. C'est la résignation. C'est l'abattement qui gangrène le cœur des gens. Et moi, j'enjoins mes amis à nouveau à se réunir, à nouveau à aller ensemble, à partir en campagne ensemble pour retourner les cœurs. C'est ce que nous avons à faire. Il nous reste 15 jours pour ça. On ne peut pas perdre de temps à se déchirer. Il faut maintenant qu'on apporte au pays l'apaisement. Mais il faut qu'on en soit l'image de nous-mêmes. On doit apporter au pays la confiance.
On doit l'incarner nous-mêmes. Nous devons rassurer le pays. Donc, ce n'est pas en se jetant des injures à la figure qu'on va y parvenir. Voilà. Je trouve que le comportement de Jean-Luc Mélenchon depuis deux semaines... Enfin, je trouve que le comportement de Jean-Luc Mélenchon depuis lundi, sa décision de se mettre en retrait est une bonne nouvelle. Donc, il faut que ça dure pour qu'on puisse parvenir à avoir une campagne le plus sereine, la plus apaisée possible. Non. François Hollande, apparemment, n'est pas investi par les socialistes. Je veux le dire. François Hollande a, comme tout citoyen de ce pays, une légitimité à se présenter à des élections.
Comme vous pouvez l'avoir, comme je peux l'avoir. Maintenant, est-ce que ça doit être derrière la bannière du Front populaire ? Est-ce qu'on peut croire que M. Hollande s'est converti en une... que d'un seul coup, le voilà favorable à l'indexation des salaires sur l'inflation ? S'il a eu une épiphanie, si un miracle est passé par là, j'en suis ravi. Mais j'en doute. Et je ne voudrais pas qu'il ne se mêle à ça une part d'hypocrisie. Oui, j'ai parlé d'apaisement, mais ce tweet, c'est... J'appelle ma famille à se réunir, à prendre conscience de la responsabilité.
C'est pour ça que j'appelle ma famille à se réunir, à prendre conscience de leur responsabilité, de la nôtre, de la gravité du moment. Qu'il y a des tas de gens qui sont là rassemblés, et qu'ils veuillent qu'on aille vers le mieux, et non pas qu'on dévale la pente du pire. Voilà ce qu'ils attendent de nous. Je le dis, le Front populaire, ça n'est pas François Ruffin, ça n'est pas Jean-Luc Mélenchon, ça n'est pas Marine Tondelier, ça n'est pas Olivier Faure, ça n'est pas Fabien Roussel, ça n'est pas ça le Front populaire. Le Front populaire, ce sont les centaines de milliers de personnes qui, dès qu'on a prononcé ce mot, sont allées dire « Je soutiens, voilà ce que je veux ».
Ce sont les syndicats qui, aussitôt, ont pris la balle au de bon et ont dit « Je veux ce Front populaire ». Ce sont les manifestants qui sont aujourd'hui sur toutes les places du pays pour dire « Voilà, nous voulons ce Front populaire ». C'est Squeezie, c'est Marcus Thuram, c'est la situation qui disent « Non, l'extrême droite, on n'en veut pas. On ne veut pas que le pays se déchire, qu'on ait des Français et des sous-Français ». Voilà ce qu'est le Front populaire. Et donc, que tous les dirigeants politiques se hissent à la hauteur des gens qui sont derrière nous, se le hissent à la hauteur de Marcus Thuram, Squeezie et Léna Situation.
Pour vous, ça n'a pas un point de rupture avec Luc Mélenchon ? Il n'y a clairement pas. Aujourd'hui, j'ai un enjeu, vous savez, c'est de gagner. Je veux que nous gagnions. Je veux que gagner dans ma circonscription, et le chemin est rude. Je le mesure tous les jours dans les portes à portes. Si je veux gagner, je veux que nous soyons unis, que la famille soit unie au maximum. Je l'ai demandé dimanche soir, en disant au parti, « Arrêtez vos conneries, soyez unis ». Et je pense que ça a trouvé un écho évident dans le pays, dans la gauche de ce pays, qui demandait ça, qui demandait à ce qu'on soit unis, qu'on arrête nos conneries. Eh bien, il faudrait le répéter aujourd'hui.
Et soyons unis, arrêtons nos conneries. Et elle est là. Elle tient dans au moins 570 circonscriptions sur 577. D'accord ? Donc il y a des difficultés sur les 7 circonscriptions restantes. Il faut y travailler. D'accord ? Moi, je le dis clairement, j'apporte mon soutien aux 5 purgés de la France insoumise. Et ma conviction est que dans 15 jours, ils seront élus et nous nous retrouverons à l'Assemblée nationale pour travailler ensemble. Voilà ma conviction.
Est-ce qu'il faut que les personnes clivantes fassent un pas de côté ?
Vous pensez à qui ?
Il y en a plein des mots qui sortent de personnes clivantes. Je pense à Mélenchon.
J'ai dit que, pour moi, c'est une bonne nouvelle que Jean-Luc Mélenchon se mette en retrait, comme il l'a dit depuis lundi, parce que ça peut susciter de l'inquiétude, du clivage, et qu'aujourd'hui, on a besoin de se rassembler et on a besoin de s'apaiser. Est-ce que vous accepterez le poste de Premier ministre ? Ce n'est pas le sujet aujourd'hui. Vous savez, le sujet, c'est de gagner. Vous mesurez. Pour moi, c'est comme parler de la lune, là. D'accord ? Moi, j'ai arraché les voix à Flix-Secours, à Berthocourt, à Amiens Nord aussi. Je dois aller faire ce travail-là et on devrait parler comme si on avait déjà tué la peau de l'ours. Pardon. C'est comme si... Non, c'est ça, non.
C'est comme si on avait... Enfin, voilà. Quand vous me posez cette question-là, c'est comme si on avait déjà tué l'ours et qu'il ne restait plus qu'à vendre sa peau. Mais non, ce n'est pas fait du tout. Le travail à faire, il est gigantesque. Et il nous faut d'abord gagner, gagner, gagner, gagner. Moi, je me lève le matin en me disant, nous devons gagner. Je prends mon petit déjeuner en pensant, nous devons gagner. Et le soir, je rentre chez moi épuisé, mais en disant, peut-être que ce que j'ai fait, ça va nous aider à gagner. Je vous l'ai assez répété. Il me semble que le message est clairement passé, là. Merci.
François Ruffin