Colère des agriculteurs, immigration et IVG... Le 8h30 franceinfo de Laurent Jacobelli
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Bonjour Laurent Jacobelli, le Premier ministre prononce son discours de politique générale aujourd'hui et face à la multiplication des points de blocage des agriculteurs, le gouvernement promet de nouvelles annonces. Que doit dire Gabriel Attal pour calmer la grogne ?
Écoutez, je pense que Gabriel Attal devrait ce soir, en tout cas cet après-midi, prononcer un changement radical de politique du gouvernement. Ce gouvernement qui depuis 7 ans a mis les agriculteurs dans la situation dans laquelle ils sont aujourd'hui avec les traités de libre-échange qu'ils ont autorisés, notamment avec la Nouvelle-Zélande, les mettant face à une concurrence déloyale, inacceptable de produits qui venaient de l'étranger.
Ça relève de l'Europe, on peut en parler dans un instant.
Oui, mais c'est essentiel. Ce même gouvernement qui a joué la surtransposition des normes en interdisant en France un certain nombre de pesticides, de matières, qui étaient autorisés dans d'autres pays européens, mettant là encore nos agriculteurs dans une situation difficile. Ce gouvernement qui n'a rien fait pour aider la transmission des exploitations agricoles. Ce gouvernement qui a laissé s'effriter le nombre de ces exploitations. On a perdu 100 000 exploitations en 10 ans en France, on n'en a plus que 389 000. Bref, que Gabriel Attal dise enfin que ce gouvernement renonce à la mise à mort de notre agriculture.
Honnêtement, entre vous et moi, je n'y crois pas parce qu'il est dans cette logique toute macronienne que l'agriculture, c'est fini, qu'aujourd'hui nous devons apporter nos dorés agricoles. Et qu'aujourd'hui l'agriculture est un frein, un frein à l'écologie, un frein à la bonne marche libérale du monde. Nous, nous pensons que c'est une chance et que c'est un enjeu social crucial que d'aider nos agriculteurs.
Donc si pour vous la priorité c'est de sortir des accords de libre-échange, l'important ce n'est pas cet après-midi, c'est plutôt jeudi, après-demain, ce Conseil européen, Emmanuel Macron, doit s'entretenir avec la patronne de la commission, Ursula von der Leyen. Selon vous, il doit insister sur quoi ? D'abord, vous dites que nous sommes contre les traités de libre-échange.
Nous, nous sommes contre le libre-échange sans règles, devenu fou, la loi du plus fort. Nous, ce que nous voulons, c'est par exemple des clauses miroirs. C'est quoi une clause miroir ?
Vous n'êtes pas le seul à le vouloir.
Le gouvernement d'ailleurs en parle aussi beaucoup. Alors la différence, c'est que le gouvernement en parle aujourd'hui et qu'il a fait le contraire depuis toujours, que nous on en parle depuis des années. Rappelez-vous, tiens, puisque vous évoquez cela, quand on parlait de souveraineté alimentaire, quand on parlait de clauses miroirs, on nous expliquait qu'on voulait créer des barrières autour de la France, construire un mur, que nous étions irraisonnables. Aujourd'hui, tout le monde reconnaît que ce constat était juste quand on voit la situation de nos agriculteurs.
Mais pour revenir sur les clauses miroirs, quand on dit à un agriculteur français, vous devez respecter telle et telle norme, qui vous coûtera de l'argent, qui vous empêchera de produire dans certaines conditions, eh bien il faut que les produits importés en France respectent les mêmes règles.
Alors attendez, il faut qu'on comprenne bien ce que vous dites, parce que ça change selon les personnalités qu'on a en face de nous du RN. Ah ! Oui, pardon. Je ne crois pas, mais dites-moi. Vous, vous dites oui aux accords de libre-échange, mais mieux négocier avec des clauses miroirs.
Non, je dis que nous ne sommes pas contre le libre-échange mondial, mais qu'aujourd'hui, importer et exporter, c'est la vie économique, mais qu'on ne peut pas le faire sans règles. Or que les accords de libre-échange, plutôt que d'instaurer des règles acceptables, de marcher juste et équitable, font l'inverse. Elles dérèglementent tout et cela mène aux agriculteurs dans une situation impossible. Leurs produits sains de manière sanitaire, qui respectent l'environnement, qui respectent les normes sociales, se retrouvent en concurrence avec des produits qui viennent du bout du monde, qui ne respectent pas les mêmes règles, mettant en danger parfois la santé des Français. C'est inacceptable.
Sur le cas précis du Mercosur, de l'accord qui est en ce moment en négociation avec plusieurs pays, quatre pays précisément d'Amérique latine, selon l'agence de Press Reuters, à l'Elysée a informé les journalistes hier que la Commission européenne aurait décidé de mettre fin aux négociations. Est-ce que pour vous, au Rassemblement national, c'est une bonne nouvelle ?
C'est un début de bonne nouvelle, mais c'est mettre fin aux négociations ou mettre fin à l'idée d'un accord Mercosur. Parce que vous, vous êtes contre un accord. Celui-ci est assez terrible. Mais vous savez, moi, je ne crois pas à ce gouvernement. Je pense que les agriculteurs non plus.
Non mais continuons de parler du fond parce que c'est important.
C'est le fond, c'est le fond. Excusez-moi, mais je vais terminer ma phrase et vous verrez qu'il y a du fond dans ce que je dis. Cet accord, profondément, ils le veulent. Au moment où les agriculteurs étaient dans la rue, où Gabriel Attal essayait de les rassurer, ses amis au Parlement européen votaient l'accord de libre-échange avec le Chili qui va leur créer des ennuis et des problèmes financiers supplémentaires.
Vous savez ce qu'il y a derrière ? Est-ce que vous voulez relocaliser l'industrie au Rassemblement national ? Je vous le confirme. Parce que pour relocaliser l'industrie, il faut des minerais. Et ces minerais, ils sont au Chili, que vous évoquiez à l'instant, ils sont aussi dans les pays du Mercosur. On parle de lithium, de cobalt, qui doivent faire tourner des usines qu'on veut relocaliser en France. Donc vous voyez que les choses sont compliquées. Comment est-ce qu'on résout ces contradictions ?
Mais on les résout tout simplement en ne faisant pas du troc. Je te donne ma réindustrialisation et tu me prends mon agriculture. Je sacrifie tel pan mon économie et tu me redonnes un peu de cette main-là. Excusez-moi, ce n'est pas ça l'économie. L'économie, ce sont des règles que tout le monde accepte. Vous parliez de l'industrialisation. Merci de citer cet exemple. Ce qui est en train d'arriver à notre agriculture, c'est ce qui est arrivé dans les années 80 à notre industrie et notre sidérurgie. On a expliqué que c'était moins cher et mieux ailleurs et qu'il fallait abandonner ces secteurs.
Aujourd'hui, on se rend compte qu'on a mis la France dans une situation difficile, une situation de dépendance. Nous devons retrouver notre souveraineté. On ne va pas connaître...
Il faut quand même préciser pour nos auditeurs qu'aujourd'hui encore, la balance commerciale agricole française reste positive. C'est-à-dire que nos agriculteurs qui manifestent en ce moment continuent d'exporter 5 milliards d'euros d'exportation en 2022, même hors vin et spiritueux.
5 milliards de bénéfices nets d'exportation, c'est-à-dire d'écart entre ce que nous exportons et ce que nous importons. Vous avez raison de le dire. Mais alors, allons plus loin dans le raisonnement. En fait, c'est excessivement faux parce que ce sont les exportations vinicoles qui font que la balance est positive.
Ce chiffre, tout le reste est hors vin et spiritueux. C'est important de le préciser. Ah non, alors à ce moment-là, c'est un déficit de 100 milliards. Au niveau européen, précisons. Au niveau européen, c'est déficitaire. Au niveau mondial, encore une fois, la balance commerciale agricole, encore. Mais pas française, monsieur. Mais la balance commerciale française...
Vous me parlez de l'Europe et j'en suis ravi. Moi, je pense à nos agriculteurs français. Vous savez que les agriculteurs polonais... Je parle de la balance commerciale agricole française. Non, non, elle est déficitaire de 5 milliards si on enlève les produits issus de la viticulture. Revoyez vos chiffres. Non, non, non, c'est vrai. On a regardé pour préparer cette émission.
Effectivement, qui vont vérifier tous les chiffres. On parle des accords de libre-échange. On parle aussi, au fond, des normes, des différentes normes qui sont appliquées aux agriculteurs, sur l'écologie notamment. Oui. Vous, vous dites quoi ? Parce qu'on ne comprend pas trop ce que vous proposez au RN sur les pesticides. C'est pour ça que vous êtes là. Sur les pesticides, par exemple, qu'est-ce qu'on fait ?
Non, mais les pesticides, c'est simple. On applique évidemment les lois, mais simplement, on les applique partout. Aujourd'hui, il y a, je ne voudrais pas dire de bêtises, 489 substances autorisées. Nous, nous en avons interdit un certain nombre supplémentaires. Nous n'en utilisons que 300. La loi nous interdit le reste. Ce n'est pas la même chose en Pologne. Et donc, on a créé une concurrence à l'intérieur du marché européen qui, une fois encore, est en défaveur des agriculteurs français. Alors, qu'est-ce qu'on fait ?
On essaie de négocier avec nos partenaires européens pour qu'ils interdisent eux aussi ? Ou alors, nous, on enlève les interdictions ?
Deux choses. Deux choses. Soit nous respectons tous la même règle, au moins au sein de l'Union européenne. Et, si possible, et d'ailleurs, il faut le faire dans les traités de libre-échange, c'est-à-dire que si on interdit un pesticide en France, il faut que les produits chiliens qui sont apportés en France aient interdit le même pesticide. Et deuxièmement, pas d'interdiction sans solution. Vous connaissez l'adage. C'est-à-dire que si... Oui, il le dit, mais maintenant, il va falloir le faire. C'est-à-dire que si on interdit à nos agriculteurs d'utiliser telle ou telle substance, il faut prévoir le plan de substitution pour qu'ils puissent continuer à produire.
On ne peut pas, du jour au lendemain, leur imposer une norme d'écologie punitive sans leur donner les outils pour s'en sortir.
Le 8.30 France Info, Jérôme Chapuis, Salia Braclia. Toujours avec Laurent Jacobelli, le porte-parole du Rassemblement National, les négociations commerciales se terminent demain. Bruno Le Maire, le ministre de l'Économie, a annoncé la multiplication des contrôles pour vérifier que la loi EGalim, qui doit garantir un bon prix aux agriculteurs, aux éleveurs, soit bien respectée. C'est ce qu'il fallait faire ?
Enfin, c'est-à-dire que depuis que les lois EGalim, parce qu'elles sont plusieurs, ont été mises en place, on apprend du coup qu'il n'y avait quasiment aucun contrôle. C'est-à-dire qu'on avait laissé la régulation du prix des produits agricoles et donc finalement du revenu de nos agriculteurs à des entreprises agroalimentaires ou à des distributeurs comme la Grande Distribution de régler les prix en toute obscurité, en toute opacité.
Il y a quand même des contrôles, mais là, il y en aura beaucoup, beaucoup plus.
D'accord, mais il y en aura beaucoup, beaucoup plus. On nous a cité, c'est M. le Premier ministre qui l'a fait lui-même, trois entreprises qu'il ne respectait pas. Qu'est-ce qui a été prononcé contre ces entreprises ?
Des sanctions records, visiblement.
Pour l'instant, on leur a juste demandé de se remettre dans les clous.
Non, des sanctions, c'est ce que le Premier ministre a annoncé.
En tout cas, ce n'est pas ce qui a été fait dans un premier temps. Donc, on verra s'il a changé de braquet. Donc, il y a un moment, il y a une loi. Elle n'est pas parfaite, mais elle existe. Cette loi doit être respectée comme toutes les lois. Moi, je remarque d'ailleurs qu'il y a un deux poids à deux mesures parce que les agriculteurs, aujourd'hui, leurs exploitations sont surveillées par satellite et dès qu'on remarque quelque chose d'étrange, eh bien, hop, on leur demande de se justifier. Il y a des contrôles sur place. Donc, eux n'ont pas le droit à l'erreur. Ils sont, excusez-moi le terme, quasiment fliqués du matin au soir.
Ils ont plusieurs contrôles dans l'année, des gens qui débarquent sans prévenir. Pourquoi est-ce qu'il y a un deux poids à deux mesures ? Pourquoi est-ce que la grande distribution n'est pas soumise à ces contrôles ? Pourquoi est-ce que l'industrie agroalimentaire n'est pas soumise à ces contrôles ?
Plus de contrôles, c'est ce que vous demandez.
Il y a eu de la valeur ajoutée.
Est-ce qu'il faut aussi agir sur les marges des distributeurs, des industriels ?
Mais tout cela va avec... Je regardais une étude sur le site de France Info sur le prix du litre de lait. En 20 ans, je crois, les distributeurs ont augmenté de 188% leur marge brute. Les distributeurs de 64%, les agriculteurs ont baissé leur marge brute de 4%. L'argent, il est bien quelque part. Donc, l'État, il est là pour réguler. Nous sommes dans une économie libre, évidemment.
Oui, mais alors, on fait quoi pour les marges ? Pardon, je repose trois fois ma question, mais c'est parce que je n'ai pas votre solution. Sur les marges, qu'est-ce qu'on fait ?
Écoutez, il y a deux choses. Les marges, aujourd'hui, il y a quand même une loi qui existe, qu'il faut donc faire appliquer. Il faut aussi, demain, que la marge bénéficie aux agriculteurs. Et ça veut dire que les centrales, les coopératives agricoles jouent, elles aussi, le jeu. Mais ça veut dire aussi qu'il ne faut pas une concurrence des prix à la baisse qui mènent aux agriculteurs en danger, notamment sur leur prix de vente. Et ces prix à la baisse sont dus, je le répète, essentiellement à des importations qui ne respectent pas les mêmes règles du jeu.
Et donc, vous avez une concurrence des prix qui font que les marges affichées sont à la baisse pour nos agriculteurs qui, s'ils vendent avec plus de marges, ne sont plus concurrentiels. Et donc, tout ça est un écosystème économique très clair qui ne fonctionne plus. On marche à l'envers. On impose des normes. On impose des coûts. On impose des taxes à nos agriculteurs. On ne les impose pas aux produits importés. Vous avez un écart de prix qui joue sur les marges. C'est d'une simplicité.
Il y a des taxes quand même, pardon, sur les produits importés. Juste Laurent Jacobi.
Pas sur l'Ukraine, par exemple. Vous voyez, là, on fait une concurrence supplémentaire avec, par exemple, les poulets ukrainiens qui vont débarquer en masse et qui ont commencé à débarquer en masse.
C'est juste un pays en guerre. C'est pour ça.
Non, mais d'accord. Mais nos agriculteurs, aujourd'hui, sont dans une logique de survie. 20% de nos agriculteurs vivent en dessous du seuil de pauvreté. 26 même, précisément.
Est-ce que, d'ailleurs, à ce propos, vous êtes d'accord avec Éric Ciotti qui propose, lui, un revenu minimum de 1 500 euros pour ceux qui vivent sous le seuil de pauvreté ?
Écoutez, honnêtement, je ne crois pas que les agriculteurs demandent cela. Les agriculteurs demandent de vivre en liberté. Ils demandent de vivre dignement. Oui, mais c'est une forme de liberté. C'est-à-dire la liberté de gérer leur entreprise agricole avec leur bon sens, qu'on ne leur impose pas des dates d'ensemencement, par exemple, qui sont parfois farfelues et des normes excessives. Ils demandent à être payés le juste prix. Ils demandent à vivre dignement. Donc, pas de revenu minimum. À voir, mais je ne suis pas sûr que ce soit la solution que demandent les agriculteurs.
Être agriculteur, c'est être à la fois entrepreneur, être à la fois le garant d'une forme de culture et de souveraineté alimentaire et les garants de nos paysages et de notre nature. C'est une triple fonction essentielle au cœur de la vie de la France. Ils méritent l'attention et je crois qu'ils veulent vivre libres et dignement.
Une question quand même sur le maintien de l'ordre. On parlait des blocages au début de l'entretien. La FNSEA affirme qu'elle ne souhaite pas bloquer Paris ou encore le marché de Rungis. Ce n'est pas ce que dit un autre syndicat agricole, la coordination rurale. Il y a des blindés à Rungis. Est-ce qu'il faut que les gendarmes laissent passer les agriculteurs qui arrivent ?
Je crois que tout cela doit se faire en bonne intelligence. Nous, vous savez, au Rassemblement national, nous ne voulons pas de débordements. Pour l'instant, ce que nous pouvons constater, c'est que tout se l'est passé dans le calme quasiment partout et que ça doit continuer.
Mais il y a des blocages. Il y a encore de nombreux blocages qui vont forcément créer des problèmes pour les Français.
Oui, mais le pire des blocages, c'est le blocage de l'Union Européenne. C'est le blocage sur cette idéologie. J'ai compris, mais le maintien de l'ordre, pour l'instant, il existe. Nous sommes pour le maintien de l'ordre. Je crois qu'il n'est pas antinomique avec le droit de manifester et de protester et que la protestation des agriculteurs est aujourd'hui légitime. Évidemment, il ne faut pas d'excès. Évidemment, il ne faut pas de violence.
Mais vous auriez tenu ce discours s'il s'agissait d'écologistes ?
Excusez-moi, mais les écologistes ne défendent pas leur peau, en fait. Ils défendent la planète. C'est toutes les peaux, du coup. Les écologistes ne sont pas dans une logique de survie. Et puis, puisque vous parlez des écologistes... Ah si, pour la planète, on va. Excusez-moi, mais ce qu'on paye aujourd'hui, c'est l'écologie punitive. C'est les écolos dingo de Bruxelles qui pensent que demain, il va falloir la décroissance agricole. Parce qu'il y a ce pacte vert qui a été largement inspiré par l'écologie punitive qui est à Bruxelles, qui a été voté, notamment par la plupart des partis politiques, sauf le Rassemblement National. Pourquoi ?
Parce qu'ils disent qu'il faut une décroissance, baisse de la production bovine, baisse des terres agricoles. Et donc, on prépare quoi ? On prépare une agriculture souveraine en peau de chagrin avec des importations accélérées. Ces gens sont des irresponsables.
Il faut qu'on reparle du discours de politique générale. Vous y serez évidemment cet après-midi, Laurent Lacobély, 15h à l'Assemblée Nationale, Gabriel Attal. Pas de vote de confiance, mais la gauche qui a prévu de déposer une motion de censure spontanée, vous allez vous y associer au Rassemblement National ?
D'abord, on va agir dans l'ordre, parce que nous sommes des gens responsables. Nous allons écouter le discours de politique générale de M. Gabriel Attal.
Mais il est envisageable que vous votiez la motion de censure déposée par la Nouvelle ? Il est même envisageable que nous en déposions une. Oui, ça c'est dans notre scénario, parce que les deux scénarios ne sont pas les mêmes. Si vous vous associez à la gauche, la censure peut être éventuellement votée.
D'abord, vous pouvez voter une motion de censure de la gauche n'est pas s'associer à la gauche. Nous avons déjà voté des mentions de censure de la gauche, tout simplement parce que nous pensions qu'il fallait sanctionner le gouvernement. Une fois encore, nous verrons bien. Vous savez, nous sommes des gens mesurés, qui respectons l'ordre des choses. Notre groupe est responsable. Nous allons écouter le Premier ministre. Et après son allocution, nous déciderons de ce que nous faisons.
Alors, Jacobelli, l'Assemblée doit aussi s'exprimer cet après-midi sur l'introduction de l'IVG dans la Constitution. La Constitution n'est pas un catalogue des droits sociaux et sociétaux. C'est ainsi que Gérard Larcher, le président du Sénat, justifie son refus d'inscrire justement la liberté de recourir à l'IVG dans la Constitution. Vous êtes d'accord avec lui ?
Écoutez, oui, c'est un peu vrai. Aujourd'hui, est-ce qu'il y a au sein de l'Assemblée nationale ou même du Sénat un groupe politique qui remet en cause de l'IVG aucun ? Est-ce qu'il y a une urgence ? Il y a eu déjà. Est-ce qu'il y a une urgence à constitutionnaliser l'IVG ? Évidemment non.
On vous pose la question parce que ce que craint à gauche, c'est que précisément, on l'entend souvent dire, en cas d'arrivée au pouvoir du Rassemblement national, l'IVG pourrait être menacée.
Une seconde, Marine Le Pen a été très claire. Notre programme est très clair.
Nous ne reviendrons pas sur la question de l'IVG. Donc on ne sait pas de quoi le futur peut être fait.
Mais moi, je vous le dis, vous pouvez m'écouter et me croire. Nous avons un programme. Ce programme, il est transparent avec les Français. Je pense qu'il ne faut pas agiter des fausses peurs. Je comprends bien pourquoi on dit ça. On dit ça parce qu'aujourd'hui, tout le monde se rend compte que nous avions raison sur le diagnostic et les mesures pour l'immigration. Sur le diagnostic et les mesures pour l'agriculture.
En 2012, Marine Le Pen a proposé de dérembourser les IVG dits de confort. Donc la crainte pour le futur, elle existe.
Nous ne toucherons pas à la loi Veil. Nous ne toucherons pas au statut actuel de l'IVG. Je vous le dis, c'est dans notre programme. Voilà. Donc soyons très clair.
Et donc, vous allez voter pour l'inscription de l'IVG ?
Nous avons la liberté de vote sur cette question. Parce qu'une fois encore, la constitutionnalisation, c'est quelque chose d'autre. Vous me posez la question. Je vous dis qu'à titre personnel, je le voterai.
Laurent Jacobéli, député de Moselle, porte-parole du Rassemblement National avec nous jusqu'à 9h.
Et Laurent Jacobéli, député de Moselle, porte-parole du Rassemblement National.
Les dispositions non censurées de la loi immigration sont promulguées, Laurent Jacobéli. Est-ce que, comme les Républicains, vous demandez une nouvelle loi pour reprendre les articles censurés par le Conseil constitutionnel comme cavalier législatif, c'est-à-dire faute de lien avec le texte initial ?
D'abord, moi, il faudra m'expliquer en quoi le fait de dire qu'il y a un délit de séjour illégal en France suite à l'immigration est un cavalier par rapport à l'immigration. C'est complètement lié. On a l'impression que le Conseil constitutionnel a fait de la politique plutôt que du droit. C'est un peu inquiétant, d'ailleurs. Laurent Fabius s'est répandu dans les médias pour expliquer sa vision. Tout cela est, croyez-moi, assez gênant et met le doute dans la tête de nos concitoyens sur nos institutions, ce qui n'est jamais bon.
Vous reprenez les mots de Laurent Wauquiez, coup d'État, de droit ?
Non, non, non, je ne prends pas les mots de coup d'État. Je dis simplement qu'il s'est passé quelque chose qui nous semble anormal. Mais vous savez, depuis le début de l'étude de la loi immigration, Marine Le Pen et Jordan Bardella ont été très clairs. Il faut un référendum. Il faut un référendum clé en main avec une loi que nous proposons aux Français. Une loi qui sera donc constitutionnalisée et où les Français se prononcent par oui ou par non à une loi sur l'immigration. Parce qu'il y a urgence. Depuis qu'Emmanuel Macron est arrivé au pouvoir, les premiers titres de séjour ont augmenté de 23%. Les régularisations ont augmenté de 13%. Les demandes d'asile ont augmenté de 42%.
Depuis l'élection d'Emmanuel Macron, il n'y a qu'une chose qui a baissé. C'est le nombre des expulsions qui a baissé de 35%. Nous sommes dans une cocotte minute migratoire. Aujourd'hui, c'est un risque pour notre économie, c'est un risque pour notre caisse sociale, pour notre identité et pour notre sécurité.
Sur le fond, sur ce qu'a dit le Conseil constitutionnel, qui a largement parlé de cavalier législatif, donc en gros, les articles qui ont été censurés n'avaient rien à voir dans la loi qui était proposée. Est-ce que vous voulez passer avec la droite sur une autre loi et remettre ces articles-là en question ?
On peut jouer ce jeu à l'infini ou on peut se dire qu'en 2027, on élit Marine Le Pen qui proposera un référendum. Parce qu'aujourd'hui, deux tiers, voire trois quarts des Français nous soutiennent dans notre référendum. Il ne faudra pas modifier la Constitution, aujourd'hui on peut faire ce type de référendum. Je vous rappelle que si l'on en croyait les constitutionnalistes, aujourd'hui le Président de la République serait un président illégal puisque la réforme du vote du Président de la République voulu par le Général de Gaulle a suivi exactement la même manière.
Alors il y a un débat, Laurent Fabius est revenu l'autre jour.
Oui, mais Laurent Fabius doit rester, je pense, dans son rôle.
On ne peut pas faire de référendum sur l'immigration en l'État, vous le savez.
On peut le faire, les référendums peuvent être faits pour des raisons économiques ou sociales et je pense que l'immigration est un enjeu économique et social. Laurent Fabius doit rester le Président du Conseil constitutionnel. On sent une petite tentation de refaire de la politique, il doit lutter contre ces tentations.
Vous alliez européen, justement, on va en parler, l'AFD.
L'AFD en Allemagne, qui suscite des inquiétudes, des manifestations très importantes ont eu lieu ces derniers jours outre-Rhin parce que l'AFD a discuté avec des identitaires d'un plan de remigration, c'est-à-dire de l'expulsion massive de personnes d'origine étrangère. Est-ce que l'AFD reste aujourd'hui un partenaire pour le Rassemblement national ?
Nous sommes, avec l'AFD et beaucoup d'autres partis européens, dans le même groupe au Parlement européen qui s'appelle IDÉ. Pour autant, nous n'avons pas un programme commun. Pour autant, nous n'avons pas décalqué notre programme sur celui de l'AFD, ni inversement. Nous, nous sommes très clairs sur la question que vous évoquez de la remigration. Ce n'est pas notre programme du tout. Nous, nous n'allons pas demander à des gens qui ont la nationalité française de quitter la France.
Mais est-ce que c'est possible de cohabiter au sein d'un même groupe, au Parlement européen, avec un parti qui a ce type de programme ?
Je comprends votre question. Vous savez, vous poserez la question à M. Glucksmann quand vous le recevrez. Pourquoi les socialistes... Mais là, je vous pose la question à vous. Qu'est-ce que c'est vous qui êtes là ? Quand même, les socialistes au Parlement européen ont cohabité avec un parti, le SMER en Slovaquie, qui est contre les droits des homosexuels et contre des lois pour protéger les femmes. On lui posera la question.
Mais vous, Laurent Jacobelli, l'AFD, la cohabitation au sein du même groupe au Parlement européen.
Aujourd'hui, dans un groupe européen, on a un socle commun. Le socle commun que nous avons avec nos partenaires, c'est que l'Union européenne ne doit pas se substituer aux États souverains et qu'il n'y ait donc pas un super État fédéral. Que l'immigration soit contrôlée et maîtrisée.
Mais là, on ne parle pas de petits sujets, là, en fait. On ne parle pas de petits sujets. Quand on parle de remigration... J'ai compris, mais ce n'est pas notre programme. L'AFD aussi, qui envisage un référendum sur la sortie de l'Allemagne de l'Union européenne, si elle parvient au pouvoir, vous vous en dites quoi ?
Mais que c'est leur droit, que cela ne nous engage pas, que nous verrons bien les résultats des élections européennes, que nous verrons bien comment les groupes au Parlement européen se constituent et que vous avez ce type de partenaire qui, on va dire, effectivement, a un programme un peu différent sur certains points des autres, vous l'avez dans tous les groupes. Donc, faites l'étude, posez la question à tout le monde. Ce que dit l'AFD ne nous engage pas en revanche.
Mais pour vous, sortir la France de l'Union européenne, ce n'est plus d'actualité ?
Je crois qu'on est très clair là-dessus, mais je peux vous le réaffirmer, bien sûr.
Dans six mois, Laurent Jacobelli, on y sera en plein Jeux olympiques qui commence le 27 juillet. La CGTRATP a déposé hier un préavis de grève du lundi 5 février, lundi prochain, au lundi 9 septembre. Ce qui veut dire que les salariés de la RATP pourraient exercer leur droit de grève pendant les Jeux olympiques. Ils réclament une augmentation de 0,9% pour faire face à l'inflation. Faut-il le raccorder ? Puis plus largement, qu'est-ce que vous pensez de ce dépôt de préavis de grève ?
Qu'il y ait des négociations possibles, c'est l'avis des entreprises, qu'elles soient publiques ou privées. Je ne suis pas choqué par ça. C'est un dépôt de grève de sept mois qui est quand même un petit peu atypique, avec évidemment l'arrivée des Jeux olympiques. Il ne faudrait pas que les Français, et que cet événement, qui est pour le coup un événement attendu, soit pris en otage par tous ceux qui veulent améliorer leurs conditions. Je pense que ça pose aussi une question du rôle des syndicats en France, et de leur représentativité, de la négociation qu'il y a entre les patrons, que ce soit l'État ou les sociétés privées, et les syndicats.
Ils abusent en fait ?
En tout cas, on n'est pas à l'abri de voir qu'ils peuvent profiter d'une situation. Mais moi, j'aimerais revenir quand même un moment sur les élections européennes. On a parlé de l'agriculture et du pacte vert. On a parlé de l'immigration. Non mais c'est très important, parce que c'est là que les choses se jouent. Et moi, j'aimerais dire que nous avons au Rassemblement National, avec Jordan Bardella, fait les bons constats et avons les bonnes propositions. Et que cela ne doit pas couvrir le fait qu'aujourd'hui, le gouvernement parle un peu comme nous sur certains sujets, mais à fin l'inverse depuis des années.
Mais le 9 juin, c'est un moment crucial pour les Français, ces élections européennes. Beaucoup des problèmes que nous vivons aujourd'hui sont liés là-bas. Je tenais à le dire, parce que c'est extrêmement important, que beaucoup de Français... On a bien compris que pour vous, Rassemblement National, la campagne des Européennes avait déjà commencé. Comme pour tout le monde. Mais beaucoup de Français ne voient pas parfois le lien entre l'Union Européenne et la France. Malheureusement, ça pourrit parfois leur quotidien.
Laurent Jacobelli, merci beaucoup. Moselle, porte-parole du Rassemblement National, était l'invité de France Info ce matin.
Laurent Jacobelli