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interviewFrance Inter — L'invité de 8h20· 8 décembre 2025 27 min

Gabriel Attal : "Je ne dis pas que le budget est parfait, mais mon objectif est de débloquer la situation"

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Et dans le grand entretien avec Benjamin Duhamel, nous recevons ce matin le patron des députés Ensemble pour la République et secrétaire général de Renaissance. Vos questions et réactions, chers auditeurs, au 01 45 24 7000 et sur l'application Radio France. Bonjour Gabriel Attal. Bonjour. Merci d'être avec nous ce matin sur France Inter à la veille d'un vote crucial. L'Assemblée nationale va-t-elle ou non adopter le budget de la sécurité sociale ? La France va-t-elle replonger dans la crise politique ? On va aussi parler laïcité à l'occasion des 120 ans de la loi de 1905. De vos alliés LR de plus en plus tentés par l'Union des droites et puis de vous, de vos ambitions pour 2027.

Mais d'abord Gabriel Attal, le vote du budget demain de la sécurité sociale très incertain, ça pourrait se jouer à quelques voix près. Est-ce que vous êtes optimiste quant à cette adoption ou pas ?

0:54
Gabriel Attal

En tout cas avec les députés de mon groupe, on fait tout depuis le début de l'examen de ce budget pour qu'il puisse aller à son terme et qu'on puisse adopter un budget. Et on le fait avec lucidité. D'abord, il faut un budget pour notre pays. Ensuite, on est conscient que c'est un budget d'attente, un budget temporaire. Il n'y a pas de grands choix politiques qui sont faits à l'occasion de... Et puis enfin, tout ce qu'on vit depuis plusieurs mois à l'occasion de cet examen budgétaire est finalement le symptôme d'un système qui est à bout de souffle.

Que ce soit notre système politique institutionnel ou notre modèle social, on voit bien qu'il y aura besoin d'une profonde refondation puisqu'on arrive au bout d'un modèle.

1:33
Invité

Vous dites un modèle à bout de souffle et pourtant, vous êtes parmi les derniers qui continuaient de soutenir le gouvernement ce budget. Là où, quand on regarde dans le détail, Edouard Philippe et ses députés Horizon disent qu'on ne peut pas voter le budget. Hier encore, le patron des Républicains, Bono Rotaio, qui dit que ce budget est un hold-up et il appelle les députés républicains à ne pas le voter. Quand on voit tout cela, on ne voit pas comment ça pourrait passer.

2:00
Gabriel Attal

Parce que moi, je ne vois pas les alternatives qui sont proposées par ceux qui souhaitent renverser ce budget ou faire en sorte que ce budget ne soit pas adopté. Qu'est-ce qu'ils proposent à la place ? On a besoin d'un budget. On a besoin d'un budget parce que d'abord, il faut qu'on puisse mettre ça derrière nous et qu'on puisse commencer à parler d'autres choses. Moi, je me mets à la place des Français, j'échange avec eux. Ça fait depuis juillet qu'ils entendent parler matin, midi et soir du budget. Il y a urgence à avoir un budget, mais il y a d'autres urgences à traiter dans la vie des Français.

2:27
Invité

Même si ce budget n'est pas bon. C'est-à-dire qu'en fait, vous n'êtes pas d'accord avec un certain nombre d'orientations de ce budget sur la suspension de la réforme des retraites, sur un certain nombre d'augmentations d'impôts. Mais vous dites qu'on n'est pas d'accord, mais on y va quand même.

2:39
Gabriel Attal

On dit d'abord qu'on s'est battus et qu'on a travaillé pendant plusieurs semaines ou plusieurs mois dans l'hémicycle pour défendre nos positions, parfois avec succès. Je vous donne deux exemples. Le gouvernement, dans le budget, proposait de taxer les tickets restaurants pour les salariés, les Français qui ont des tickets à restaurant. On a réussi à empêcher que cette mesure soit mise en place. Je vous donne un deuxième exemple. Le gouvernement souhaitait baisser le salaire des apprentis, des jeunes qui sont en apprentissage. En augmentant les charges salariales sur l'apprentissage, on a réussi à faire supprimer cette mesure.

Il y a d'autres mesures qu'on n'a pas réussi à faire supprimer parce que le compromis nécessite que d'autres groupes qui sont aujourd'hui dans l'opposition aient pu défendre un certain nombre de mesures qui leur tiennent à cœur. Évidemment que ce budget n'est pas parfait, mais je crois qu'un budget parfait en pareille circonstance ne peut pas exister.

3:27
Présentateur

C'est ça que vous leur dites à vos alliés ce matin, à Edouard Philippe, à Bruno Retailleau. Vous pensez que ça va être suffisant ?

3:32
Gabriel Attal

Moi, je ne fais pas la leçon aux autres. Moi, je travaille avec mon groupe. On est 91 députés ensemble pour la République Renaissance à l'Assemblée nationale. Moi, ce que je dis seulement, c'est qu'est-ce qu'il y a d'autre à la place d'un budget voté ? Comment est-ce qu'ils voient la suite des événements, les prochains mois ? Est-ce qu'il faut qu'on reste à discuter d'un budget pendant des mois et des mois, si ce n'est jusqu'en 2027 ?

Ou est-ce qu'on peut, à un moment, mettre ça derrière nous en étant lucide sur le fait que, encore une fois, ce n'est pas un budget qui fait des choix politiques majeurs, qui règle vraiment les problèmes, qu'il faudra probablement y revenir après 2027, mais en tout cas, qu'on puisse se consacrer à autre chose ?

4:07
Invité

Mais juste, Gabriel Attal, vous avez l'un de vos principaux alliés, Edouard Philippe, qui a pris cette position contre le budget. Vous aviez eu ces mots il y a quelques semaines en disant « Je ne comprends plus les décisions du président de la République ». Est-ce que vous comprenez celle d'Edouard Philippe ?

4:21
Gabriel Attal

En tout cas, je ne partage pas la position consistant à dire qu'il faut que ce budget ne soit pas adopté. Pour les raisons que je viens de vous évoquer, je ne suis pas là à vous dire que ce budget est parfait. Personne ne peut dire ça aujourd'hui, précisément parce qu'il est le fruit d'une forme de compromis. Et encore une fois, je ne parlerai même pas d'un compromis comme on le souhaiterait. Vous savez que moi, j'avais proposé une autre méthode.

J'avais proposé qu'on fasse ce que font la plupart des grandes démocraties parlementaires européennes, c'est-à-dire se mettre autour de la table avec les différentes forces politiques après les élections, et se mettre d'accord sur un socle de programmes, sur des grandes mesures, et ensuite de les faire appliquer ensemble. C'est une autre méthode qui a été choisie, ce que je n'ai pas compris, pour reprendre les termes que j'avais employés. Maintenant, mon seul objectif, c'est comment est-ce qu'on débloque cette situation ? Encore une fois, nous, en tant que groupe politique, on a d'autres priorités.

On a des textes qu'on souhaite porter et qu'on portera d'ailleurs à partir du mois de janvier, sur l'encadrement des réseaux sociaux pour les mineurs, sur la durée de rétention dans les centres de rétention administrative pour les clandestins, etc. On souhaite pouvoir avancer sur d'autres sujets, et par ailleurs, les Français qui nous écoutent, ils ont plein de priorités sur la santé, sur l'éducation, sur la sécurité, et je trouve que rester des mois et des mois, si ce n'est encore un an, sur la discussion budgétaire, ne nous permettra pas d'avancer.

5:33
Présentateur

Donc vous n'en pouvez plus du budget, il ne répond pas à vos convictions manifestement profondes, en temps normal, vous n'auriez pas voté, vous n'auriez pas voté la suspension de la réforme des retraites, la hausse de la CSG, le renoncement à doubler les franchises médicales, mais là vous dites qu'on n'en peut plus. C'est un bon résumé,

5:50
Gabriel Attal

mais vous voyez par exemple, un autre exemple sur ce que vous évoquez sur la CSG, il y avait une mesure au départ qui était proposée, qui augmentait la CSG sur tous les Français qui ont un plan épargne-logement, un PEL, ou une assurance vie. On a réussi à faire retirer ces mesures-là, donc elle concernera...

6:05
Invité

Pardon Gabriel, mais la ligne de votre parti était de dire pas d'augmentation d'impôt, il y a des augmentations d'impôt dans ce cas.

6:09
Gabriel Attal

Elle concernera les versements de dividendes, mais encore une fois, je ne peux pas vous dire d'un côté, Benjamin Duhamel, je souhaite qu'on puisse parvenir à un compromis, notamment avec le Parti Socialiste, pour avoir un budget, et vous dire ce matin, je suis d'accord avec toutes les mesures qui sont dans ce budget. Ou alors ça voudrait dire qu'on n'accepte pas cette part d'effort du compromis, et j'imagine que des socialistes, d'autres groupes politiques à ce micro, vous dirait qu'il y a des mesures avec lesquelles ils ne sont pas d'accord.

6:32
Invité

Juste avant de parler d'autres sujets, notamment des 120 ans de la loi de 1905, il se passe quoi si demain le budget est rejeté ? Puisque là encore, peut-être certains de nos auditeurs qui effectivement en ont marre d'entendre parler du budget en permanence sont aussi inquiets à quelques jours des faits, de se demander ce qui se passera, les conséquences concrètes, si le budget est rejeté demain. Il se passe quoi ? Est-ce que le Premier ministre doit démissionner ? Est-ce qu'au contraire, c'est seulement la procédure parlementaire qui continue ?

6:58
Gabriel Attal

Il se passe ce qu'on appelle la navette parlementaire. J'ai un argument un peu technique, ça veut dire que le texte du budget repart au Sénat. Donc c'est pas grave. Puis il va revenir à l'Assemblée nationale. C'est pas ce que je dis. Moi, j'ai jamais fait partie de ceux qui expliquaient que si on n'adoptait pas un budget, il y avait une pluie de sauterelles qui allait s'abattre sur la France. Non, mais ça veut dire qu'on va rester enferré dans ce débat budgétaire qui n'en finit plus et qui va durer encore l'année prochaine, un certain temps, jusqu'à ce que le Parlement parvienne à adopter un budget.

7:25
Présentateur

Alors on a justement Marc à l'antenne qui est un auditeur qui nous a appelé au 01 45 24 7000. J'ai l'impression que vous en avez marre, vous aussi, Marc, du budget.

7:34
Auditeur

Ah ben non, c'est moi j'en ai marre, mais je pense que l'ensemble des Français sont, j'en prends un terme, exaspérés. Exaspérés de voir que vous ne vous entendez pas. Alors monsieur Attal, vous allez nous dire mon groupe, etc. C'est pas votre groupe qui est important. C'est l'ensemble du Parlement. C'est l'ensemble de l'Assemblée nationale. Vous savez la situation de la France actuellement. Vous savez la situation de l'Europe. On est aux abois, monsieur. On est aux abois. La situation, on a une dette colossale. Macron arrive de Chine, il n'a rien obtenu. Vous avez entendu les propos de Médé Leste ce matin. Vous avez entendu les propos de Poutine et de Donald Trump.

On est aux abois, monsieur. Entendez-vous ? Alors, vous savez Marc... Excusez-moi, mais je suis en colère.

8:15
Gabriel Attal

Oui, on entend votre colère. Mais je l'entends parfaitement. Et vous faites référence à la situation internationale. Depuis un an, je me suis rendu trois fois en Ukraine. Et je peux vous dire que ça vous invite à prendre du recul, effectivement, sur les sujets qui nous monopolisent aujourd'hui dans la vie politique française quand on voit les grands bouleversements du monde.

Mais précisément, Marc, vous dites ça à l'un des seuls responsables politiques qui vous annonce et qui vous dit que son groupe votera pour le budget, précisément pour qu'on puisse parvenir à ce compromis et qu'on puisse avancer, passer à autre chose et traiter des sujets qui sont majeurs dans la vie quotidienne des Français ou pour les équilibres du monde.

8:48
Invité

Gabriel Attal, demain, nous célébrerons les 120 ans de la loi de 1905 qui, pour rappel, a instauré la séparation des Églises et de l'État. C'était un autre temps. À l'époque, l'islam n'existait quasiment pas en France métropolitaine. Les tensions communautaires n'étaient pas les mêmes qu'aujourd'hui. Est-ce que cette loi, elle est encore adaptée au temps que l'on vit ou est-ce qu'elle doit être réformée ?

9:09
Gabriel Attal

Moi, je crois qu'elle est d'abord absolument essentielle à la République aujourd'hui. La laïcité, la loi 1905, c'est à la fois une liberté et une protection. C'est une liberté pour les Français de croire ou de ne pas croire et c'est une protection pour la République. Et elle est au fondement même de notre devise républicaine. C'est la liberté de croire ou de ne pas croire. C'est l'égalité parce que personne ne doit être favorisé ou inquiété en raison de sa foi ou de son absence de foi. Et c'est la fraternité parce que c'est ce qui nous permet de vivre ensemble par-delà nos convictions religieuses.

9:38
Invité

Est-ce qu'elle est encore adaptée ?

9:40
Gabriel Attal

Moi, je crois qu'elle est cette loi, oui, adaptée et qu'elle permet aujourd'hui, elle est le fondement d'ailleurs de beaucoup de mesures et de réformes et de lois qui ont été prises pour défendre la laïcité, notamment à l'école qui est un sujet, vous le savez, qui m'importe beaucoup. En revanche, je crois que la laïcité est aujourd'hui menacée. Par qui ? Elle est menacée par une ingérence qui veut mettre des lois religieuses au-dessus des lois de la République. Et je parle évidemment ici de l'antrisme islamiste. Elle est menacée par ceux qui cherchent à bousculer le fonctionnement de la République.

Je pense notamment à toutes les pressions qui sont mises sur les établissements scolaires, sur le sujet, par exemple, des programmes d'éducation à la vie affective et relationnelle dans nos établissements scolaires, souvent d'ailleurs sous couvert de religion. Et je crois qu'elle est menacée aussi par finalement une perte de compréhension de ce qu'est la laïcité, notamment chez les jeunes générations. Il y a aujourd'hui, moi je me déplace beaucoup dans des établissements scolaires, je l'ai fait en tant que ministre de l'Éducation nationale, je l'ai fait en tant que Premier ministre. On le voit, il y a une difficulté chez les jeunes à comprendre ce qu'est la laïcité.

Combien de fois je me suis retrouvé face à des jeunes, pas du tout d'ailleurs forcément croyants, mais qui me disaient finalement la laïcité, c'est plutôt, c'est une loi et c'est une règle qui est contre les religions, qui nuit à la liberté, la liberté par exemple, de porter un signe religieux dans un établissement scolaire. Et ça, c'est un renversement absolu.

11:03
Invité

Mais alors, qu'est-ce que vous faites face à ça ? Vous dites une des menaces aujourd'hui contre la laïcité, c'est la question de l'entrisme islamiste. La loi a évolué ces dernières années, une loi contre le séparatisme. Qu'est-ce qu'il faut faire de plus ? D'abord, il faut regarder toutes les brèches

11:16
Gabriel Attal

dans lesquelles ceux qui veulent bousculer les lois de la République, mettre la loi religieuse au-dessus de la loi de la République, toutes les brèches dans lesquelles y rentrent. J'étais ministre de l'Éducation nationale, vous le savez, à l'époque où ça faisait plusieurs années, qu'il y avait un contournement de la loi de 2004 sur l'interdiction des ports de signes religieux ostentatoires dans les établissements scolaires avec ce phénomène du port de l'Abbaya et du Camis dans les établissements scolaires. J'ai pris une décision très claire, très ferme, pour faire appliquer la loi de 2004 sur la laïcité à l'école.

Le Conseil d'État m'a donné raison à deux reprises sur la forme et sur le fond et aujourd'hui, cette loi est à nouveau appliquée.

11:54
Invité

Il faut continuer. Oui, mais ça d'accord, Gabriel Attal, vous revenez effectivement beaucoup sur une décision que vous avez prise, mais quand on regarde vos prises de position ces derniers mois, celle qui a suscité le plus de débats, c'est le fait de vouloir interdire le voile aux jeunes filles de moins de 15 ans. Ce qui d'ailleurs, je ne sais pas si vous avez lu cette interview dans le Parisien hier des trois responsables religieux, le grand rabbin de France Raim Korsia dit comme sur le budget, on assiste au concours l'épine de la proposition la plus farfelue, interdire le voile ou le jeune avant un certain âge et bientôt quoi la circoncision avant 16 ans.

Le recteur de la mosquée de Paris qui lui parle d'une méconnaissance totale de l'islam. Est-ce que vous n'êtes pas à côté de la plaque quand vous proposez cette mesure quand demain on commémorera les 120 ans de la loi de 1905 ?

12:32
Gabriel Attal

Mais vous savez, alors d'abord, c'est une mesure que je propose non pas sur le fondement de la laïcité mais de la protection de l'enfance. Et le recteur de la mosquée de Paris lui-même dans une interview il y a quelques mois a lui-même affirmé que ça n'était pas du tout un précepte de l'islam que d'imposer le voilement à des filles. Mais ce n'est pas pareil

12:47
Invité

Gabriel Attal que de dire que le voile pour les filles c'est un précepte de l'islam

12:54
Gabriel Attal

de faire cette proposition et de le proposer sur le fondement de la protection des mineurs. Parce que imposer à une fillette et un rapport qui a été remis au gouvernement a documenté le fait que c'était un phénomène je cite « coordonné sur l'ensemble du territoire à l'initiative d'une pression wahabo salafiste » imposer à des fillettes de 6, 7 ans parfois de porter le voile et donc d'intégrer dès leur enfance qu'elles doivent être soumises à l'homme et qu'elles doivent cacher leur corps parce qu'il est impur.

13:20
Invité

Mais est-ce que ce n'est pas un dévoiement de ce qu'est la laïcité le fait d'aller dans l'espace public interdire ? Quand vous voyez par exemple que Laurent Wauquiez propose la même chose que vous alors lui c'est pour les jeunes filles de moins de 16 ans ça ne vous pose pas de problème d'avoir les mêmes propositions que Laurent Wauquiez sur les questions de laïcité ?

13:37
Gabriel Attal

Encore une fois vous pourriez parler de dévoiement si cette proposition je la faisais au titre de la laïcité. C'est encore une fois une question de protection de l'enfance avant tout. Imposer à une fillette de 6 ou 7 ans d'intégrer le fait qu'elle est inférieure à l'homme je considère que c'est un enjeu de protection de l'enfance.

13:52
Présentateur

Qu'est-ce que vous faites de la tendance du moment ? On assiste à un regain de religiosité que ce soit chez les jeunes musulmans comme chez les jeunes catholiques ça c'est une réalité du temps présent comment vous l'analysez ça ?

14:05
Gabriel Attal

Moi je n'ai pas à faire de remarques ou à porter de jugement sur le fait que des français décident de croire ou d'exercer une religion. Au contraire.

14:16
Présentateur

Quelle lecture est-ce que vous faites du phénomène ?

14:18
Gabriel Attal

La laïcité en tout cas c'est précisément et je crois que c'est l'article 1er d'ailleurs de la loi de 1905 c'est la liberté de conscience et encore une fois que des français soit croyants décident d'exercer une religion c'est certainement pas la laïcité qui va les en empêcher au contraire elle doit leur permettre de le faire dans un cadre serein qui est celui de la république et voilà je n'ai pas de jugement à porter il y a probablement peut-être pour certains une quête de sens dans une société on voit que tous les repères se bousculent c'est vrai dans notre pays mais c'est vrai plus largement à l'international

14:46
Invité

Gabriel Attal juste avant de parler politique et notamment de la question qui agite beaucoup la sphère partisane à savoir l'union des droites un mot sur l'audiovisuel public qui fait l'objet d'une commission d'enquête à l'Assemblée nationale ce mercredi c'est la présidente de France Télévisions d'Alphine Ernaud qui sera auditionnée dans un contexte où le Rassemblement national ses alliés défendent une privatisation de l'audiovisuel public est-ce que vous considérez que les questions qui sont posées par cette commission sont légitimes ou est-ce que ces attaques sont excessives on entend très fort ceux qui attaquent et qui visent l'audiovisuel public on n'entend pas beaucoup de voix pour le défendre

15:22
Gabriel Attal

moi je l'ai toujours défendu mais ne serait-ce que parce que toutes les grandes démocraties ont un audiovisuel public parce qu'il permet une pluralité d'informations et j'ajouterais d'ailleurs parce qu'il permet de sortir de la logique mercantile une partie de l'information et c'est vrai notamment pour l'information locale les français sont très attachés à l'information locale qui à travers les réseaux France 3, France Bleu on a du mal à imaginer un système totalement mercantile que cette information pourrait continuer à être distribuée partout sur le territoire donc je vois bien les choix qui ont été faits par certains groupes d'une commission d'enquête sur le sujet c'est un droit des groupes politiques que de décider d'une commission d'enquête sur un sujet je ne remets pas en cause le droit du groupe d'extrême droite en l'occurrence qui a décidé de mettre en place cette commission d'enquête moi j'ai d'autres priorités avec mon groupe on avait droit à une commission d'enquête aussi on a décidé de la faire sur l'impact des réseaux sociaux sur la santé mentale des jeunes avec Laure Miller qui est une très bonne députée de mon groupe qui a remis un rapport et le 19 janvier prochain on discutera d'une proposition de loi qu'on a déposée pour encadrer les réseaux sociaux chez les mineurs interdire les réseaux sociaux avant 15 ans mettre en place un couvre-feu numérique jusqu'à 18 ans chacun ses priorités et dans mes priorités évidemment il y aura toujours la défense d'un audiovisuel public ce qui ne veut pas dire qu'il est exempt de réformes d'économies qu'on cherche partout dans toutes les sphères de l'État et des services publics aujourd'hui mais vous me trouverez toujours parmi ceux qui défendent l'existant d'un audiovisuel public

16:48
Présentateur

Alors nous avons Elisabeth au standard pour amorcer la partie politique de cette interview bonjour Elisabeth

16:55
Auditeur

Oui bonjour merci de prendre ma question je tiens simplement juste à préciser que je suis en grande partie d'accord avec ce que vient de dire monsieur Attal et c'est souvent le cas voilà bon ma question elle est est-ce qu'il ne serait pas entendre raison que de penser enfin à faire une sorte d'alliance disons comme un centre très élargi qui pourrait aller de l'aile droite du PS c'est-à-dire pas l'aile LFI de l'aile droite du PS jusqu'à ce qu'on pourrait appeler l'aile gauche du rassemblement national et donc voilà je pense que la France est dans un tel chaos que ça pourrait être une bonne solution et la deuxième question elle est notre constitution de 1958 est quand même grandement vieillissante même si elle a été efficace bon elle a fait son temps est-ce qu'il ne serait pas temps de penser à la rafraîchir à la revoir complètement

17:51
Présentateur

merci merci Elisabeth

17:53
Invité

premier point sur une vaste alliance qui selon notre auditrice pourrait aller de l'aile droite du PS jusqu'à l'aile gauche du rassemblement national j'imagine que la vôtre est plus restreinte mais sur la question de avec qui vous travaillez et on sait qu'il y a notamment cette idée qui agite votre camp du périmètre d'une éventuelle primaire pour 2027 certains disant il faut aller carrément de Gérald Darmanin jusqu'à Sarah Knafow est-ce que c'est vous le périmètre que vous imaginez ?

18:21
Gabriel Attal

moi d'abord je crois au dépassement politique c'est plus très à la mode beaucoup voudraient nous replonger dans un clivage gauche-droite absolu sur tous les sujets moi je crois que les défis du monde et de la France on a parlé des questions géopolitiques on peut parler du dérèglement climatique du défi absolu de l'intelligence artificielle qui va tout révolutionner dans nos vies dans le marché du travail et dans notre économie je crois que ces défis ils appellent effectivement à rassembler largement des personnes qui ne viennent pas forcément des mêmes partis politiques et c'est ce que je continuerai à défendre et sur la question de la primaire j'entends bien ce sujet qui monopolise là aussi les discussions politiques en ce moment et je pense que la grande priorité c'est avant tout de travailler sur le fond et sur les projets parce que poser la question d'une primaire ou d'un espace politique uniquement à travers les personnes ou les étiquettes des personnes qui parfois pensent pas du tout la même chose sur des sujets pourtant majeurs ça me semble pas être la bonne solution

19:11
Invité

et on va revenir à la deuxième question dans un instant mais juste pour rester sur ce point est-ce que vous avez lu les premiers éléments du journal d'un prisonnier Nicolas Sarkozy

19:19
Gabriel Attal

pas encore

19:20
Invité

bon parce qu'il y a notamment et raconté cet échange qu'il a avec Marine Le Pen qu'il appelle pour la remercier du soutien qu'elle lui a apporté et il dit deux choses la première il dit qu'il n'appellera plus au front républicain et il appelle concernant la droite un rassemblement je cite le plus large possible et sans anathème comment est-ce que vous jugez cordon sanitaire qui est en train de semble-t-il disparaître entre la droite et le rassemblement national

19:46
Gabriel Attal

d'abord moi je n'ai pas lu le livre en question je ne vais pas faire de commentaire sur ce qui est dit maintenant ce que je vois là aussi avec tout ce débat autour de l'union des droites c'est une urgence je pense pour le parti LR à clarifier son positionnement on voit bien qu'il y a une forme de bloc qui est en train de se constituer d'une droite radicale extrême anti-européenne assez climato-sceptique et je pense qu'on assiste quand même effectivement à une forme de renversement ou de changement d'alliance du côté d'une partie en tout cas des LR et qui a urgence à clarifier ce sont vos alliés

20:20
Présentateur

vous êtes même allié dans plusieurs communes pour les municipales c'est pas un peu gênant pour vous ?

20:27
Gabriel Attal

il y a une coalition aujourd'hui qui est faite pour permettre au pays d'être gouverné moi j'ai toujours été très clair sur le fait que sur des sujets majeurs notamment l'Europe la question climatique les questions sociétales je me retrouve pas du tout dans la ligne qui est portée et qui est défendue et vous savez moi je me souviens je crois des derniers mots à l'époque où il était président de Jacques Chirac qui disait que tout dans la France tout dans son histoire tout dans son esprit s'oppose aux extrêmes

20:52
Invité

mais est-ce que vous leur demandez aujourd'hui une clarification puisque vous avez Laurent Wauquiez qui dit aux municipales il faut faire tout sauf la France insoumise vous avez Bruno Retailleau qui dit hier le Rassemblement national est dans l'arc républicain est-ce que là encore ce n'est pas rédhibitoire pour un parti le vôtre renaissance qui fixe la lutte contre l'extrême droite comme une priorité est-ce que vous leur demandez de clarifier ce point et s'il n'y a pas clarification de dire nous dans ce cas là on ne pourra plus travailler avec vous je pense qu'il y a une urgence

21:16
Gabriel Attal

ne serait-ce que pour eux à clarifier quand on accepte de faire tomber toutes les digues et de considérer qu'il n'y a plus de différence entre la droite en tout cas cette droite là et l'extrême droite d'abord je pense qu'on renonce à la capacité à rassembler une majorité de français et par ailleurs encore une fois moi je vous le dis de ce point de vue là sur ces questions là les choses sont très claires me concernant et concernant ma formation politique je voudrais revenir sur le deuxième point d'Elisabeth qui est celui de nos institutions et de la constitution je vous disais tout à l'heure au début de cet entretien que cette crise budgétaire qu'on vit elle traduit le fait qu'on a un système un modèle qui est à bout de souffle y compris du point de vue institutionnel moi je travaille avec le parti Renaissance à des propositions très fortes sur la question institutionnelle on a une cinquième république de 1958 qui ne correspond plus à la réalité de la vie politique et des défis aujourd'hui institutionnels et donc il faudra une cinquième république de 2028 qui permet à notre pays de fonctionner davantage et de fonctionner mieux du point de vue de sa gouvernance et de sa vie politique donc vous travaillez

22:15
Présentateur

à la constitution vous avez des propositions sur l'école sur la laïcité sur la sécurité

22:20
Gabriel Attal

sur la justice et l'immigration j'ai présenté 82 mesures sur sécurité justice immigration autorité justice on a présenté notre programme économique et climatique parce que nous on fait les deux ensemble on ne considère pas comme certains qu'il faut sacrifier le climat pour l'économie ou qu'il faut sacrifier l'économie pour le climat

22:36
Présentateur

donc c'est un programme de candidats à la prochaine présidentielle

22:39
Gabriel Attal

en tout cas c'est un programme pour le pays en 2027 mais c'est ma responsabilité je suis chef de parti politique donc évidemment que mon rôle c'est à la fois de participer aux débats politiques du moment à l'Assemblée nationale de faire en sorte que notre pays puisse avoir un budget qui puisse être gouverné mais c'est aussi de préparer les échéances à venir qu'elles soient municipales ou nationales en tant que chef de parti

22:58
Invité

et en tant que futur candidat à l'élection présidentielle pourquoi faire des circonvolutions ne pas répondre à la question vous êtes jeune je crois que vous avez 36 ans c'est ça vous en aurez 38 en 2027 est-ce que c'est pas de la vieille politique que de ne pas vouloir dire clairement comme le fait d'ailleurs Edouard Philippe bah oui je me prépare à être candidat à l'élection présidentielle

23:14
Gabriel Attal

moi aujourd'hui je vois beaucoup de candidats sans projet moi je veux que notre projet ait un candidat et donc c'est vrai que le choix que je fais c'est de travailler d'abord sur le projet qu'on va présenter aux français plutôt que de commencer par avancer une candidature sur un simple non qui me semble pas tout à fait à la hauteur de ce qu'attend les français

23:32
Invité

Qu'est-ce qui pourrait vous empêcher d'être candidat à l'élection présidentielle ?

23:34
Gabriel Attal

On verra je vais vous dire déjà aujourd'hui la situation actuelle je crois empêche qu'on mette en haut de notre agenda et de nos priorités la question de l'élection présidentielle puisque je pense que les français qui nous écoutent ils voient bien qu'on est fin 2025 que l'élection présidentielle elle est en 2027 dans presque 18 mois et que l'enjeu c'est d'abord qu'on fasse de ces mois qui viennent des mois qui soient pas totalement gâchés pour le pays et pour leur quotidien et ensuite il y a un temps pour tout et on viendra à ce temps-là moi ce qui me désole un peu dans les débats actuels c'est que je trouve qu'il y a une pente qui est prise par beaucoup de partis politiques qui donne le sentiment et c'est ce qu'il y a aussi derrière ces débats sur les primaires que l'enjeu central de l'élection de 2027 c'est d'être contre le rassemblement national ou de battre le rassemblement national pour moi l'élection de 2027 ça doit pas être une élection d'exclusion ça doit être une élection d'adhésion si on veut convaincre une majorité de français il faut pas être uniquement une offre politique contre les extrêmes c'est important d'être contre les extrêmes mais ça fait pas un projet politique moi ce à quoi je travaille avec Renaissance c'est un projet de rupture et d'espoir un projet d'adhésion qui montre aux français qu'il y a un autre chemin possible que celui qui est proposé

24:40
Invité

par les extrêmes et vous parlez quand même comme un candidat à l'élection présidentielle un tout dernier mot Gabriel Attal qui reprend ce qu'on évoquait au tout début de ce grand entretien le premier secrétaire du parti socialiste Olivier Faure vient d'annoncer qu'il plaide pour un vote pour que les socialistes votent le budget de la sécurité sociale demain est-ce que vous le félicitez de ce sens des responsabilités le fait que le parti socialiste vote ce budget de la sécurité sociale demain ?

25:03
Gabriel Attal

Vous avez Olivier Faure le responsable d'un des principaux partis de l'opposition qui vous annonce qu'il va voter pour le projet de loi de financement de la sécurité sociale demain et vous avez moi-même président du premier groupe de la majorité à l'Assemblée qui vous annonce que ces députés voteront pour le projet de loi de financement de la sécurité sociale ça me semble quand même montrer que le travail qui a eu lieu ces dernières semaines et ces derniers mois qui encore une fois n'est pas parfait ça j'en suis totalement conscient je vous l'ai dit il y a des mesures avec lesquelles on n'est pas d'accord et globalement c'est pas un budget qui règle grand chose mais ça montre que ce travail a permis au moins de dégager cette forme de compromis et maintenant évidemment il faut avancer et que ce budget puisse être adopté

25:40
Invité

Et vous dites à Edouard Philippe et à Laurent Wauquiez de prendre exemple sur Olivier Faure ?

25:43
Gabriel Attal

Je ne suis pas là pour faire la leçon aux autres je n'aime pas quand des patrons d'autres partis ou d'autres groupes viennent faire la leçon me faire la leçon ou faire la leçon à mes députés et chacun encore une fois chacun fait ses choix il y a des choix que je ne partage pas il y a des remarques que je peux entendre encore une fois et parfois même que je peux partager j'étais le premier à vous dire ce matin que ce budget ne réglait pas de grands choix politiques qu'il y a un déficit qui est très important et qu'il n'y a pas de vrais choix politiques derrière ou d'économies très fortes derrière pour autant je ne considère pas que ça justifie d'y faire obstacle demain et qu'on se retrouve pendant des mois et des mois sans budget à discuter du budget

26:18
Présentateur

on a bien compris votre position qu'on en finisse avec le budget merci Gabriel Attal patron des députés Ensemble pour la République et secrétaire général de Renaissance merci merci à vous au micro d'Inter ce matin