Crise des carburants : "Je ne pense pas qu'on retrouvera un litre à moins de 2 euros" regrette Antoine Le Solleuz
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Questions et réponses
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- 0:33OuverteRéponse directe
À plus de 100 euros, ça veut dire que mécaniquement, dans quelques jours, les prix vont encore augmenter ?
- 0:59OuverteRéponse directe
En général, c'est une semaine, 15 jours de delta. Parce que c'est quoi le mécanisme ?
- 1:24OuverteRéponse directe
Vous vous rendez compte, on est déjà pratiquement à 2,30. On se rappelle la crise des gilets jaunes, c'est parti pour un litre à 1,60. Et là, on est à 2,30.
- 1:38OuverteRéponse directe
Mais peut-on imaginer, même si vous n'êtes pas Madame Irma, un prix du litre du carburant en France en 2027 à 3 euros ?
- 3:08OuverteRéponse directe
C'est-à-dire qu'on ne redescendra jamais en dessous des 2 euros ?
- 3:28OuverteRéponse directe
C'est qu'on a une baisse de consommation depuis la crise iranienne de 20 à 30 % de la consommation d'essence. Il y a un changement de mentalité.
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:37InvitéFait
« Il faut s'attendre à une réaction élastique immédiate au prix du baril. »
- 1:08InvitéFait
« Nos compagnies pétrolières n'achètent pas là. Elles achètent à Rotterdam de l'essence déjà raffinée. »
- 1:27InvitéChiffre
« On est déjà pratiquement à 2,30. Je dis pratiquement, c'est même plus parfois pour le litre de gasoil. »
- 1:34InvitéFait
« On se rappelle la crise des gilets jaunes, c'est parti pour un litre à 1,60. Et là, on est à 2,30. »
- 2:00InvitéFait
« Là, maintenant, on est sur une crise assez structurelle. »
- 2:15InvitéFait
« Donc, je ne pense pas qu'on arrive à 3 euros aujourd'hui. »
- 3:31InvitéFait
« C'est ce qui fait que l'État est un petit peu bloqué parce qu'on pourrait dire « Tiens, on va baisser la taxe pétrolière et la TVA qui est de 20 %, donc qui est sur un pourcentage. » »
- 3:49InvitéChiffre
« C'est 30 milliards, on est à peu près à 30-40 milliards d'euros en France de taxes sur le pétrole. »
- 4:11InvitéFait
« En fait, le Roland Lesquieu, le ministre de l'Économie l'a dit, « Ça rentre moins dans les caisses de l'État. Il y a même une déperdition de milliards dans cette affaire. » »
- 4:26InvitéChiffre
« Sur le prix d'un baril, l'ensemble des taxes, donc la taxe pétrolière et la TVA, représentait avant plus de 50 % du prix de l'essence à la pompe. »
- 4:34InvitéChiffre
« Maintenant, on est sur du 35 % parce que l'État est complètement asséché de ce côté-là. »
- 5:46InvitéFait
« Total, vous avez pu voir cet été qu'ils arrivaient à avoir des prix qui étaient en dessous de 2 euros le litre, surtout sur l'autoroute. »
- 6:08InvitéChiffre
« Ils ont acheté pratiquement 90% des cargos qui font le transport pour les Émirats Arabes Unis par terre et le sultanat d'Hormuz. »
Temps de parole
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Après
les frappes iraniennes, le baril de pétrole s'installe ce matin au-dessus des 100 dollars. Une première depuis juillet, c'est évidemment une très mauvaise nouvelle pour les automobilistes alors que le prix du carburant est déjà à un niveau jamais vu. Pour en parler, nous recevons Antoine Le Soluze, enseignant-chercheur à l'université de Lorraine, spécialiste de la géopolitique et des ressources énergétiques. Il répond aux questions de Mathieu Barbier. Antoine Le Soluze, bonjour. Bonjour. Vous avez vu le baril
de
pétrole ? Eh oui.
À
plus de 100 euros.
Ça veut dire
que mécaniquement, dans quelques jours, les prix vont encore augmenter ? Tout à fait, oui. Il faut s'attendre à une réaction élastique immédiate au prix du baril. Alors, il ne
va
peut-être pas augmenter énormément parce que les compagnies pétrolières sont capables d'absorber un petit peu la montée du prix du baril. Mais en effet, ça va encore augmenter un petit peu dans les jours, les semaines à venir.
En
général, c'est une semaine, 15 jours de delta. Parce que c'est quoi le mécanisme ?
Est
-ce que les barils après ? Alors en fait, ce n
'est
pas tellement le prix du baril, le print et le WTI. En fait, nos compagnies pétrolières n'achètent pas là. Elles achètent à Rotterdam de l'essence déjà raffinée. C
'est
un autre marché. Mais on est sur des places boursières, tout est indexé. Donc, c'est pour ça que je vous dis, ça va être un petit peu absorbé. Il ne faut pas prendre le prix du baril comme argent comptant, mais 10 centimes.
Vous
vous rendez compte, on est déjà pratiquement à 2,30. Je dis pratiquement, c'est même plus parfois pour le litre de gasoil. On se rappelle la crise des gilets jaunes, c'est parti pour un litre à 1,60. Et là,
on
est à 2,30. C'est une question que je n'aurais jamais imaginé posée dans ma carrière. Mais peut-on imaginer, même si vous n'êtes pas Madame Irma, un prix du litre du carburant en France en 2027 à 3 euros
?
Oui.
Vous dites oui.
Non, non, non. Madame Irma n'est pas Madame Irma, mais
ça
me paraît difficile. Mais il
y a
encore quelques mois, quelques années, je vous aurais dit non, 2 euros, ce n
'est
pas possible. Là, maintenant, on est sur une crise assez structurelle. Le détroit d'Hormuz est déjà au paroxysme de sa fermeture. Et nos approvisionnements se font maintenant essentiellement ailleurs par notre plus grand groupe pétrolier français qui est Total Energy. Donc, je ne pense pas qu'on arrive à 3 euros aujourd'hui. Mais peut-être que je me trompe parce qu'on a des approvisionnements maintenant qui se font sur d'autres circuits. L'Afrique, le sud du sultanat d'Oman qui est à la sortie du détroit d'Hormuz. Et puis la Syrie, vous avez vu...
Oui, il y a des trains maintenant. Oui,
tous les chefs d'État vont voir ce nouveau président syrien. Ce n
'est
pas tellement pour des raisons géopolitiques nobles, quoi, nobles. J'espère que c'est nobles. Mais c'est surtout pour pouvoir sécuriser un approvisionnement qui vienne de la Syrie aussi. Oui, parce que celles et ceux qui nous écoutent, on les entendait hier dans leur émission Ici, c'est vous, à partir de 9h. Certains ne prennent plus leur voiture parce qu'ils n'ont plus l'argent pour mettre de l'argent de l'essence dans leur réservoir. Ils ne vont plus voir leur frère qui est malade. Je veux dire, ça touche le lien social au-delà du porte-monnaie. Quand vous dites une crise structurelle, là, vous risquez d'inquiéter tout le monde.
C
'est-à
-dire
qu'on ne redescendra jamais en dessous des
2
euros
?
Personnellement, je ne pense pas, en effet. Et d'ailleurs, ça me fait rebondir sur votre réflexion et de ce qu
'ont
dit les auditeurs hier. C'est qu'on a une baisse de consommation depuis la crise iranienne de 20 à 30 % de la consommation d
'essence. Il y a un changement de mentalité.
Oui, oui, complètement. Et c'est ce qui fait que l'État est un petit peu bloqué parce qu'on pourrait dire « Tiens, on va baisser la taxe pétrolière et la TVA qui est de 20 %, donc qui est sur un pourcentage. »
Mais
en fait, si vous baissez la TVA alors qu'on consomme 20 à 30 % de moins, c'est les rentrées d'argent dans les caisses de l'État qui sont diminuées. C'est 30 milliards, on est à peu près à 30-40 milliards d'euros en France de taxes sur le pétrole. Donc c'est une des premières rentrées d'argent françaises. Contrairement aux idées reçues, on entend beaucoup, et à juste titre d'ailleurs, parce que c'est notre cerveau qui nous fait réagir comme ça, dire « Comme le prix augmente, évidemment, l'État s'en met plein les poches. Mais comme dans le même temps, vous le disiez, la consommation diminue.
En fait, le Roland Lesquieu, le ministre de l'Économie l'a dit, « Ça rentre moins dans les caisses de l'État. Il y a même une déperdition de milliards dans cette affaire.
»
Oui, exactement. Sur le prix d'un baril, l'ensemble des taxes, donc la taxe pétrolière et la TVA, représentait avant plus de 50 % du prix de l'essence à la pompe. Et ça a diminué. Maintenant, on est sur du 35 % parce que l'État est complètement asséché de ce côté-là. Donc, c'est pour ça qu'ils négocient plus maintenant avec les pétroliers pour diminuer leur marge.
Et
ce que certains font déjà, vous avez pu le voir, à la prix à la pompe sur des compagnies comme chez Total, par exemple. Antoine Le Solouz, avec votre expertise d'enseignant-chercheur à l'Université de Lorraine. Quelle est la part, parce que ça aussi, c'est une question concrète que nos éditrices et auditeurs doivent se poser, entre l'aspect
cynique
des marchés
et
la réalité du marché. On parle de spéculation.
Ça
existe évidemment aussi dans le carburant et pas seulement pour le maïs, pour les matières premières. Oui, oui, oui. En fait, mais je ne parlerai pas de cynisme. Les marchés boursiers ont toujours été émotionnels. C'est-à
-dire
qu'il y
a
une crise, on se projette sur l'avenir et le prix augmente face à l'émotion. Je ne parlerai pas de cynisme. Là où c'est plus calculé, c'est que les groupes énergétiques ont pu sentir arriver cette guerre et que certains s'étaient déjà éloignés du transport par le détroit d'Hormuz. Par exemple, Total, vous avez pu voir cet été qu'ils arrivaient à avoir des prix qui étaient en dessous de 2 euros le litre, surtout sur l'autoroute. J'ai pu voir que sur l'autoroute, il y avait la queue sur les stations totales. C'est parce qu'ils ont prévu,
ils
ont sécurisé leur approvisionnement en se détournant assez rapidement du détroit d'Hormuz, en allant au sultanat d'Hormuz, c'est-à
-dire
au sud du détroit d'Hormuz. Ils ont acheté pratiquement 90% des cargos qui font le transport pour les Émirats Arabes Unis par terre et le sultanat d'Hormuz. Donc,
plutôt
que de parler de cynisme sur les places boursières, je parlerai plutôt...
D'adaptation ! D
'adaptation ! Merci beaucoup Antoine Le Soleil, ces précisions étaient très importantes ce matin pour celles et ceux qui nous écoutent. On comprend un peu mieux cette crise des carburants, vous qui êtes enseignant et chercheur à l'Université de Lorraine et spécialiste des ressources énergétiques. Bonne journée à vous ! Merci, au revoir
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