Pierre Larrouturou à l’écologiste Marie Toussaint : “On pourrait faire une super campagne ensemble”
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
L'invité du 5-7 ce matin est candidat aux élections européennes. Bonjour Pierre Larouturou.
Bonjour.
Fondateur du parti Nouvelle Donne, vous êtes eurodéputé depuis 5 ans. En 2019, vous étiez dans la liste emmenée par les socialistes. Cette fois-ci, vous présentez votre propre liste, mais vous préféreriez une liste d'union de la gauche. C'est donc encore faisable ?
Oui, oui, aucune liste ne sera déposée avant le 6 mai. Mais si on a décidé de lancer cette liste, changer l'Europe, c'est parce qu'on pense qu'on est face à une crise sociale gravissime et qu'on ne met pas sur la table des solutions à la hauteur. Vous parlez quasiment toutes les semaines des services publics qui s'effondrent dans notre pays, l'éducation, la santé. Il y a des millions de gens qui ont du mal à vivre au quotidien parce que les loyers sont trop hauts. Il y a des milliers d'agriculteurs ou d'auto-entrepreneurs qui n'arrivent plus à vivre.
Et donc nous, on veut mettre la liste changer l'Europe, on veut arriver avec des solutions très concrètes pour rompre, pour stopper l'Europe de l'optimisation fiscale et pour arriver avec l'optimisation sociale, prendre ce qui marche le mieux dans chaque pays en matière sociale et en faire la règle européenne.
Alors on va détailler vos propositions, mais juste pour que je comprenne bien, vous voulez faire l'union avec qui à gauche ?
Écoutez, on tend la main à tout le monde. Est-ce qu'on a compris l'urgence climatique ?
Donc socialistes, écologistes, communistes et insoumis ?
Oui, mais ce qui compte, pardon, ce qui compte, c'est de dire qu'il y a des solutions très concrètes. Est-ce qu'on peut mettre... Je suis député européen, je suis rapporteur général du budget et je sais qu'on pourrait mettre 300 milliards chaque année pour le climat. Une banque du climat qui met 300 milliards pour la rénovation thermique, les transports en commun, pour l'accès à l'électricité en Afrique, c'est possible et on a rédigé le traité qu'on propose de mettre à référendum pour qu'il y ait 300 milliards chaque année pour le climat. La semaine de 4 jours, 32 heures, sans baisse de salaire, j'ai obtenu un projet pilote au niveau européen. C'est comme ça que Erasmus est né.
Au début, les gens rigolaient, mais il y a 12 millions de gens qui ont profité d'Erasmus avec ce projet pilote Erasmus. Eh bien moi, j'ai obtenu un projet pilote sur la semaine de 4 jours. Il y a déjà 500 entreprises qui sont passées à 4 jours, 32 heures, sans baisse de salaire et ça marche très bien. Est-ce qu'on donne enfin un contenu à l'Europe sociale ? Ça fait 30 ans qu'on parle de l'Europe sociale. Au Danemark, tous les jeunes, pendant si je suis trop long, mais au Danemark, tous les jeunes entre 18 et 25 ans ont une allocation d'autonomie pour vivre correctement, pour avoir du temps pour leurs études, leur vie perso, sans faire des petits boulots.
Donc s'il y a une allocation d'autonomie pour tous les jeunes au Danemark, pourquoi ce n'est pas le cas dans toute l'Europe ?
J'aimerais reprendre quelques-unes des mesures que vous avez évoquées. Par exemple, cette grande manque du climat et de la biodiversité. Est-ce que la lutte contre le changement climatique, c'est encore porteur politiquement ? Je vous pose la question parce qu'on a vu que pour répondre à la crise agricole, ce sont souvent les contraintes environnementales qui ont été remises en cause en premier, que la fin des moteurs thermiques en Europe en 2035 est elle aussi remise en question, qu'Emmanuel Macron dit vouloir faire une pause. C'est porteur politiquement encore l'écologie ?
Dans votre journal de 6h, vous avez dit qu'il faisait 50 degrés à Bangkok aujourd'hui, 50 degrés dans le Pas-de-Calais. L'autre jour, j'ai vu des paysans qui ont tout perdu à cause des inondations. Par contre, dans les Pyrénées-Orientales, il n'y a plus une goutte d'eau. Là, il pleut depuis deux jours. Donc, on est face à une catastrophe climatique et si on fait une pause, comme l'a demandé Emmanuel Macron, c'est juste l'horreur pour nous et nos enfants. Nos enfants vont nous détester dans 20 ans. On va aller vers des catastrophes. De notre vivant, on va connaître le chaos.
Donc, moi, j'ai bossé, j'ai travaillé avec des gens de la Banque Centrale Européenne et des gens de la BUI et je suis rapporteur général du budget. Ça veut dire quand même que le Parlement me fait confiance sur toutes les questions financières et je suis persuadé, j'en suis sûr, qu'on peut mettre 300 milliards chaque année en utilisant autrement ce qu'on appelle le quantitative easing, les 3 000 milliards que la Banque Centrale a créé depuis quelques années. Et on propose de le soumettre par référendum parce qu'il y a toujours un lobby des banques qui ne veut pas, il y a un lobby du pétrole qui ne veut pas.
Et donc, on propose un électrochoc démocratique que cette banque du climat soit proposée par référendum.
Pierre Larouturou, je suis sûr que vous avez écouté le discours sur l'Europe d'Emmanuel Macron la semaine dernière. Est-ce que vous défendez la même Europe ?
Non. Évidemment, il faut une Europe de la défense. On est dans un monde dangereux. Déjà, en 1992, à Sarajevo, c'était l'horreur. Les Etats-Unis ne faisaient rien. On disait, il faut une défense européenne, il faut une diplomatie. Ça, c'est vrai. Mais il faut aussi agir sur la crise sociale. Encore une fois, est-ce qu'on se donne des critères sociaux ? Avec Michel Rocard, avec Stéphane Nessel, en 2003, on avait dit, on ne peut pas continuer à être guidé uniquement par des critères financiers. Aujourd'hui, Bruno Le Maire nous parle toutes les semaines uniquement des critères financiers, les 3% de déficit. Au nom des 3% de déficit, il faut couper dans l'éducation ou la santé.
Nous, on propose de mettre des critères sociaux pour faire baisser les loyers, pour s'intéresser à la vie quotidienne des gens. Donc, on veut changer l'Europe. Et quand Emmanuel Macron dit que l'Europe peut mourir, oui, mais c'est lui qui la pousse dans la tombe. C'est la France qui bloque aujourd'hui quand le Parlement demande une taxe sur les transactions financières. Je fais voter 3 rapports en 3 ans pour demander une petite taxe sur les marchés financiers qui nous donnerait 57 milliards chaque année. 57 milliards pour la santé, le climat et l'emploi. J'ai tout le Parlement européen avec moi, sauf l'extrême droite.
Et le pays qui bloque, le seul pays qui bloque aujourd'hui, c'est la France. Donc, Emmanuel Macron, il y a 7 ans, je l'avais applaudi son discours de la Sorbonne, je l'avais félicité. Mais aujourd'hui, plus personne n'y croit. C'est la France qui bloque les avancées en matière de fiscalité plus juste et plus durable.
Et pour revenir à vos éventuelles alliances politiques, justement, pour porter toutes ces mesures que vous défendez, vous pensez qu'il faut y aller donc avec d'autres listes, avec d'autres parties à gauche, pas tout seul ?
Écoutez, nous, on peut y aller tout seul. Il y a 10 ans, Nouvelle-Done avait fait un peu plus de 3%. On avait créé la surprise, plus de 500 000 personnes avaient voté pour nous et depuis, nos idées ont encore progressé. Mais on tend la main. Encore hier, des jeunes engagés pour le climat m'ont dit qu'ils ne comprenaient pas pourquoi on ne fait pas une campagne ensemble avec Marie Toussaint. L'idée de la banque du climat, ça devrait lui aller. La semaine de 4 jours, 32 heures, l'idée d'un référendum pour un électrochoc démocratique. Qu'est-ce qu'elle vous dit
justement Marie Toussaint qui est la chef de file des écologistes ?
Écoutez, on lui tend la main. J'espère l'avoir dans les prochains jours. Je pense que nos projets sont tout à fait compatibles et que ça aurait de l'allure. On pourrait avoir un super projet et faire une super campagne si on était ensemble. Donc, je pense... Donc, ce n'est pas vous
qui hésitez, mais plutôt eux qui ne veulent pas trop de vous pour le moment, si je comprends bien.
On leur tend la main en disant est-ce que oui, est-ce que notre projet ne permettrait pas d'améliorer si on prend le meilleur dans ce cas le projet de Marie Toussaint est le meilleur dans notre projet. On pourrait avoir un super projet et faire une super campagne. On va tous les jeunes. On va sans doute avoir la liste la plus jeune si on reste nous tout seuls changer l'Europe. Il y a plein de jeunes engagés pour le climat qui viennent avec nous mais ils seraient encore plus contents si on faisait une liste commune avec Marie Toussaint ou avec d'autres.
Et parmi les mesures, vous l'avez évoqué, il y a la défense de la semaine de 4 jours. J'en parle parce que vous allez justement sortir un livre sur le sujet qui sera publié dans deux jours, le 2 mai, la semaine de 4 jours. C'est possible. Merci Pierre Larouturou.
Notre but est de dire que l'Europe peut être au service du bien commun. On a droit au bonheur, on n'a qu'une vie et au lieu que l'Europe soit au service des banquiers et des milliardaires, il faut mettre l'Europe au service du bien commun et l'Europe est le bon niveau pour mettre la finance au service du bien-être de tous, y compris par la semaine de 4 jours.
Pierre Larouturou, merci beaucoup. Quant aux élections européennes, c'est le 9 juin en France.