L'invité de Bourdin Direct : François Ruffin - 16/07
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Vous écoutez RMC, RMC, l'interview à Pauline de Valherbe. 8h33 sur RMC, BFM TV. Bonjour François Ruffin. Bonjour. Vous êtes député de la France Insoumise de la Somme. Ils sont où les Insoumis aujourd'hui ? Est-ce que c'est ceux qui sont dans la rue contre la dictature sanitaire ou c'est ceux qui se font vacciner contre le Covid ?
On peut être les deux, de toute façon. Moi, ce soir, j'ai ma deuxième dose au CHU d'Amiens. Enfin, j'ai fait le choix pour avoir une vie plus tranquille parce que je suis toujours dans la crainte à la fois de choper le virus, de passer 15 jours au lit et ensuite de possiblement le transmettre. Et en même temps, on peut se dire sur le plan démocratique, ce qui se passe n'est vraiment pas normal.
Ça veut dire quoi ce qui se passe n'est pas normal ? Vous reprendriez à votre compte le terme de dictature sanitaire ?
Je ne vois pas très bien ce qu'il y a de sanitaire là-dedans. Donc dictature tout court ? Non, ce n'est pas une dictature. Vous savez, on est dans une monarchie absolue renouvelable tous les cinq ans. Donc là, on a un monarque absolu qui nous a dit depuis six mois que le pass sanitaire ne sera jamais un droit d'accès qui défait renforcer les Français. Qui nous a dit jeudi, je le répète, le vaccin ne sera plus obligatoire. Tous ces ministres ont défilé. La vaccination contre le coronavirus ne sera pas obligatoire. Ça a été du Véran, Brun Pivet. Donc à la commission des lois, j'ai tenu à inscrire un noir sur blanc dans la loi qu'un restaurant, un cinéma ou un théâtre ne pourra pas l'exiger.
Sur le site du gouvernement, on a marqué en aucun cas ce pass ne s'achènera d'appliquer ce pass à ce qui fait la vie quotidienne des Français et ainsi de suite et ainsi de suite. Et on a le président de la République.
Et il y a le variant.
On a le président de la République qui apparaît un lundi soir et qui en dix minutes décide de bouleverser la vie des Français. Et je me retrouve au restaurant hier et la cuisinière m'a dit bon bon moi je fais ça pour être cuisinière, je ne fais pas ça pour être policière. Je vais devoir demander le téléphone portable, les papiers d'identité à l'entrée du restaurant. C'est-à-dire que tout le monde devient flic de tout le monde. Est-ce que c'est dans ça qu'on a envie de vivre ? Je ne crois pas.
Ce matin sur RMC, le chef Philippe Etchébeste lançait un appel tout à fait de cet ordre-là en disant nous on n'est pas là pour demander leurs papiers à leurs clients. Est-ce qu'il y aurait eu d'autres manières de faire ? Est-ce que c'est la méthode qui vous déplaît ?
On a d'abord dans la méthode un président qui décide plus seul que jamais. Il y a les papiers qui paraissent lundi où on a le conseiller du président qui dit ça me paraît très compliqué de mettre en place ce pass sanitaire mais le président peut nous surprendre. Et hop on a une petite surprise. Ça veut dire quoi pour les Français ? Moi je vous le dis je vais être vacciné ce soir de ma deuxième dose. Mais ça veut dire qu'on n'est plus des citoyens, on est transformé en sujet. Et on est balotté au gré comme ça des décisions d'un seul homme. Je vis ça comme une humiliation.
Vous vous sentez humilié par le président ?
Je me sens humilié par cette manière de prendre les décisions. En n'étant absolument pas consulté, en n'ayant absolument pas un temps de réflexion entre nous.
Mais pardon le variant ne nous laisse pas vraiment de temps de réflexion. Après moi je ne parle pas des décisions politiques. Mais enfin la réalité sanitaire n'est pas une réalité qu'on peut tellement anticiper.
Il pourrait y avoir d'autres alternatives.
Lesquelles ?
Je pense qu'il faut réfléchir complètement autrement par rapport à cette maladie maintenant. C'est-à-dire qu'à la place de se dire on vaccine tous azimuts. Et là vous voyez notamment, moi ce qui m'inquiète le plus, en vérité j'ai un gosse de 12 ans et demi. Et franchement, pour mon gamin, je ne sais pas si ça vaut le coup de le vacciner. Et je pense que ça ne vaut pas le coup parce qu'il n'y a zéro risque qu'ils meurent du Covid. On le sait, ils ne sont pas touchés par le Covid. Et en revanche, on a le Conseil Consultatif National d'Éthique qui pour les enfants dit « Le recul existant ne permet pas d'assurer la pleine sécurité de ces nouveaux vaccins chez l'adolescent ».
Ils font des pages et des pages entières. Le Conseil National d'Éthique qui est présidé par qui ? Vous le savez ? Par Jean-François Delfraissy. C'est-à-dire le conseiller du prince Emmanuel Macron qui rend un avis le 9 juin. Le président du Conseil Scientifique. Le président du Conseil Scientifique qui d'ailleurs n'est pas consulté là-dessus. Tout ça, ça se passe sans que le Conseil Scientifique ait dit...
Enfin, il a été beaucoup consulté à une époque.
Oui, à une époque. Même ça, qui est quand même l'organe fabriqué à la main d'Emmanuel Macron, il n'a pas rendu d'avis pour dire « il faut le pass sanitaire, il faut la vaccination biatoire ». Je vous lis, j'insiste sur cette histoire des gamins de 12 à 18 ans. Parce que là, normalement, on fait vacciner quand il y a un bénéfice qui va être supérieur au risque.
Mais vous ne pensez pas qu'individu ? François Riffon, vous êtes le premier à nous dire en permanence « Cette société est devenue trop individualiste, il faut penser collectif ». Précisément, l'exemple des jeunes vaccinés, c'est sur cet argument-là, qui est l'argument du collectif.
Interrogeons-nous là-dessus. Mais je dis jusque-là, lundi soir, en 10 minutes, on vient de remettre en cause un principe fondamental de l'éthique médicale, qui est qu'on n'a pas le droit d'utiliser une personne pour une autre.
Mais vous avez un argument qui est du chacun pour soi.
Non, en tout cas, je dis qu'on ne doit pas faire peser sur les jeunes ce qui doit relever de comment on s'organise collectivement. Et je vous le dis, moi, je vous conseille, alors vous partez en vacances, vous me l'avez dit à la fin de cette attente, mais je vous conseille à votre successeur d'inviter Jean-François Delfraissy. Moi, je veux entendre le président du comité scientifique. Je veux l'entendre aussi comme président du comité national d'éthique. Il y a deux décisions-là qui sont complètement contradictoires. Et normalement, on devrait entendre Jean-François Delfraissy pour dire qu'est-ce que vous en pensez alors de la vaccination des 12-18 ans ? Et j'en reviens à l'alternative.
Je précise quand même que la Haute Autorité de Santé a précisé, elle, qu'elle considérait comme efficace la vaccination des 12-18 ans.
Quelle est l'alternative qui existe ? Ce n'est pas moi qui l'invente, vous imaginez bien. Mais ce qu'on voit, c'est qu'en fait, à la place de vacciner tous azimuts, il faudrait d'abord cibler et cibler massivement les populations à risque. C'est-à-dire les personnes les plus âgées.
Ça n'a pas été suffisamment fait à vos yeux ?
Je vais regarder les statistiques dans mon coin. On doit être à 70% chez les plus de 65 ans. Donc, il y a une large marge de progression.
L'idée que les médecins aient la liste de leurs patients non vaccinés et qu'ils puissent les appeler, ça vous est apparu comme une bonne solution ?
Oui, c'est une solution évidente. Les personnes qui sont en situation d'obésité, les personnes qui sont malades chroniques, voilà les trois groupes qu'on devrait cibler.
Mais ils ont l'autorisation, d'ailleurs.
Ils ont l'autorisation, mais il faut aller les chercher. Oui, il faut aller les chercher. C'est le « aller vers » qui est un slogan des ARS, des agences régionales de santé, mais qui n'est pas une réalité. Résultat, qu'est-ce qui se passe ? La France est, pour ces maladies-là, pour ces patients fragiles, elle est le 15e pays en Europe pour leur taux de vaccination. C'est-à-dire qu'on est complètement à la traîne de ce côté-là.
Et quand on regarde la situation sanitaire en Espagne, où pour le coup, presque 100% des plus âgés sont en effet vaccinés, le variant court tout autant.
Mais en tout cas, ça pourrait nettement aider à ne pas avoir les hôpitaux qui débordent. Et puis ensuite, évidemment, comment ça se fait qu'en un an de crise sanitaire, ça paraît tellement de l'ordre de l'évidence, qu'on n'a pas eu des lits qui ont été rajoutés dans les hôpitaux, qu'on n'a pas eu des internes qui ont été rajoutés aux services de réanimation. Mais il y a bien d'autres trucs. Est-ce qu'on a des installations de capteurs CO2 et d'aérateurs partout ? Non. Donc en fait, la seule solution qui est proposée par la Macronie, c'est évidemment tout ce qui est Startup Nation, donc QR code et tous anti-Covid, les applications et tout ça.
Et de l'autre côté, le flicage, les peines, les amendes. Mais non, il y a d'autres alternatives qui devraient être pensées et qui là ne le sont pas du tout.
Avec cette question quand même, qu'est-ce qu'on fait quand on a dit ça ? Est-ce que vous invitez désormais les restaurateurs, par exemple, à boycotter ce système de contrôle de leurs clients ? Est-ce que vous dites à ceux qui ne veulent pas se faire vacciner de prendre le risque, y compris de perdre peut-être leur emploi ?
Je ne conseille pas aux gens de perdre leur emploi, mais de toute façon, on va se mettre en place un espèce de service après-vente du gouvernement après les annonces de Macron. C'est-à-dire que Macron arrive dans la jouissance de sa toute-puissance avec arrogance. Il fait basculer comme un enfant capricieux les règles en dix minutes. Et derrière, on a le gouvernement qui dit non, ce n'est pas pour entrer dans les supermarchés, finalement, c'est les centres commerciaux. Et puis, finalement, pour les enfants, ça sera à la partir de la fin du mois d'août. Puis pour les restaurateurs, il faudra montrer un peu de clémence.
Et puis, finalement, le délai après le vaccin, c'est plus 14 jours, mais c'est 7 jours. Là, on a même quand même quelque chose d'aberrant. C'est que la science vient s'adapter aux décisions du politique.
Et scientifiquement, en effet, on dit toujours qu'il faut au minimum deux semaines après la deuxième dose pour être pleinement protégé. Et puis, soudain, effectivement, au bout d'une semaine, vous aurez quand même le droit d'y aller.
Donc, non seulement Emmanuel Macron est le meilleur idéologiste de France, mais en plus, il est celui qui vient dire voilà, bon, c'est plus deux semaines, c'est une semaine. Donc, non, moi, j'invite... Enfin, je vais me bagarrer, de toute façon. Comment ? D'abord, je vais me bagarrer à l'Assemblée nationale. Puisque ça va passer la semaine prochaine. Bon, on sait très bien que ça va passer avec... Je veux dire, c'est une chambre d'enregistrement de désir du Président. Donc, on va en faire comme un point de contestation. Et puis, moi, j'invite aux manifestations. Pour ceux qui le souhaitent.
Mais des manifestations comme celles qui ont eu lieu spontanément, par exemple, cette semaine ?
Oui, enfin, si, ça doit être... Vous savez, moi, je pars de cette phrase de Montesquieu qui dit, c'est une expérience éternelle que tout homme qui a du pouvoir est porté en abusé. Il va jusqu'à ce qu'il trouve des limites. Nous devons être...
C'est-à-dire quoi, ça, concrètement ? Vous appelez à l'insurrection ? Non.
Je vous dis qu'on doit s'opposer. Le pouvoir, quand il a le pouvoir, il tend à en abuser. Là, il en abuse. Il abuse de cette monarchie absolue, de cette hyperconcentration du pouvoir dans les mains d'un seul homme. Eh bien, il doit trouver une limite. Et la limite qu'il doit trouver en face, c'est nous. C'est nous qui devons dire non. C'est nous qui devons dire non par toute une série de moyens. Je vais le faire à l'Assemblée. Je le fais ici, à votre micro. Un certain nombre d'autres personnes le fassent. J'espère qu'on va avoir des tribunes d'intellectuels. J'espère qu'on va avoir des organisations syndicales. J'espère qu'on va avoir des associations.
J'espère qu'on va avoir des partis qui vont se positionner pour dire là, on nous propose de basculer dans une autre société. Vous savez, je me souviens de cette citation de Cédric O, le ministre du numérique, qui disait la crise ouvre une fenêtre d'opportunité pour une transformation plus volontaire encore. Cette transformation volontaire, je ne la souhaite pas.
Comment est-ce que vous expliquez du coup le décalage entre un million de personnes qui reçoivent pratiquement leur première dose là dans les deux derniers jours et 19 000 personnes dans la rue ?
Vous allez sortir dans la rue spontanément quand il n'y a pas d'organisation de manifestation, ainsi de suite. Maintenant, il y a un sentiment qui peut déborder du cadre de ces 19 000 personnes. Ce n'est pas comme ça que ça se compte. Et évidemment, quand on vous dit vous ne pourrez plus vivre normalement si vous n'êtes pas vacciné, oui, il y a des gens qui vont aller se faire vacciner moins par conviction que par contrainte.
Mais ce n'est pas parce qu'ils ne seront pas vaccinés, c'est parce que le Covid va revenir, non ?
Non. Je veux dire, là, les gens vont se faire vacciner moins par crainte du Covid aujourd'hui que par se dire je veux quand même aller au bistrot tranquillement, je veux aller au restaurant tranquillement, je veux aller visiter ma famille à l'hôpital si elle a le malheur d'y être, et ainsi de suite. Et je rappelle que l'Organisation mondiale de la santé préconise de manière constante qu'il faut convaincre et non contraindre. Parce que qu'est-ce qui se passe, là ? Vous savez, on vit un grand temps d'absence de confiance dans le politique. On vit un grand temps de chute de confiance dans la parole publique. Pourquoi ?
Parce qu'on a eu les mensonges sur les masques, on a eu les mensonges sur les tests, on a eu les mensonges sur... la digue va tenir, on a eu des mensonges successifs. Et là, le fait d'avoir dit pendant six mois ça ne sera pas obligatoire, il n'y aura pas de passe sanitaire dans les lieux quotidiens. Et finalement, ça se fait...
Mais là-dessus, j'ai quand même du mal à vous suivre, François Ruffin, vous-même, vous le constatez. Vous avez souvent du mal à vous suivre,
mais en fait, je crois que vous me suivez très bien.
Quand vous regardez à l'étranger, vous le voyez bien, je veux bien qu'on concentre absolument tout sur notre démocratie à nous et notre pouvoir à nous. Mais enfin, quand vous regardez le pouvoir à l'étranger, ils se sont tous pris les pieds dans le tapis d'un certain nombre de décisions qu'ils ont été obligés de prendre face à la situation sanitaire qui a été difficile à anticiper. Je trouve ça difficile de reprendre des termes il y a six mois.
Moi, je n'ai pas de problème avec le fait qu'on se dise que c'est une maladie qui est mal connue et qu'en vérité, ce qu'on fait depuis un an, c'est une espèce d'expérience géante parce qu'on n'a pas le choix. Mais maintenant, il faut voir qu'ils avancent avec des certitudes permanentes. Les masques, c'est inutile. Non, on n'en a pas pour l'instant. Donc bon, on va faire sans, mais peut-être que ça a son utilité, on va voir à l'usage. Et plutôt que d'avancer avec un certain nombre de certitudes permanentes, avancer en disant, ben voilà, on va essayer ça et on vous demande de participer avec nous à l'expérience.
Et je pense que ça serait une autre manière d'appréhender les gens parce que là, la confiance dans la parole publique, elle va encore se dégrader après cet épisode-là. Je veux dire, normalement, quand un président dit bon, ça serait mieux d'aller vous faire vacciner et que le gouvernement dit pareil, normalement, ça devrait avoir une certaine influence sur la population. Ça l'a plu.
François Ruffin, vous avez regardé les images de la situation dans les hôpitaux en Tunisie ?
Non, je n'ai pas vu ces images.
En Tunisie, c'est un drame absolu. Et il y a des médecins en larmes qui disent, donnez-nous des vaccins. Est-ce qu'on n'est pas en fait juste un pays d'enfants gâtés ?
Mais attendez. Non, ce n'est pas ça le problème. C'est que c'est un nouveau mensonge du gouvernement français qu'on a là. Pourquoi ? Parce que l'an dernier, tout le monde a voté, l'Union européenne a voté, l'Assemblée nationale a voté, le président de la République a déclaré que le vaccin devait devenir un bien public mondial. Et vous savez combien je me suis bagarré pour qu'il y ait une levée des brevets sur les vaccins. Et le président français a dit à un moment parce que Joe Biden avait dit voilà, je souhaite la levée des brevets sur les vaccins. Le président Macron a dit moi... Attendez. Ça fait une autre question.
C'est une question économique à laquelle on peut tout à fait discuter dans un instant. Mais sur la question de la population...
Non, mais c'est la clé du problème. Là, vous me parlez de la Tunisie. On va parler du problème de la Tunisie. Pourquoi ils ne peuvent pas se faire vacciner ? Parce que les vaccins sont aujourd'hui...
Non, mais eux crient au vaccin et nous, on a des vaccins et on est là, on ne veut pas se faire vacciner.
On ne veut pas se faire vacciner. Il y a des gens qui ne souhaitent pas se faire vacciner. Vous êtes sous-en-nous de faire vacciner. Moi aussi. Je suis parti du principe qu'on pouvait avoir la liberté vaccinale au début et je ne vois pas aujourd'hui de raison en dix minutes de remettre en cause la liberté vaccinale à la télévision. Mais il faut rester quand même sur la situation de la Tunisie puisque vous avez attiré mon attention là-dessus. Mais pas seulement que la Tunisie et l'Afrique du Sud souffrent. On a vu l'Inde qui est quand même l'usine de médicaments du monde souffrir elle-même d'un manque de vaccins. Pourquoi ?
Parce qu'on a refusé de faire la levée de brevets sur les vaccins parce que les gouvernements occidentaux et en particulier le gouvernement français a préféré servir Big Pharma plutôt que les citoyens. Voilà la situation dans laquelle on se trouve. Et donc là, moi je réclame toujours avec l'Observatoire du Médicament, avec plein d'autres institutions, avec l'Organisation Mondiale de la Santé, le président de l'Organisation de la Santé est monté au créneau pour dire qu'il fallait la levée de brevets sur les vaccins. Et on a Emmanuel Macron, on a l'Assemblée Nationale, on a l'Union Européenne qui freine parce qu'il préfère servir l'argent que les gens.
Il préfère servir les actionnaires de Pfizer et compagnie que de servir en l'occurrence les Tunisiens, les Indiens ou les Sud-Africains. Et si on a manqué de vaccins aussi au début de l'année dans notre coin, à ville et à situer de chez moi, ça a été aussi parce qu'il n'y avait pas de levée de brevets sur les vaccins. Alors qu'on a tout à fait, c'était quand même une aberration, on a des capacités industrielles de production de vaccins qu'on pourrait mettre en œuvre en quelques mois et on ne le fait pas parce qu'il faut que ça rapporte de l'argent.
J'aimerais bien que les choses soient aussi simples que vous le dites. Ce n'est pas tout à fait aussi simple parce que si Sanofi avait trouvé un vaccin, il l'aurait démarré.
Je ne vous dis pas Sanofi là, je vous ai dit Pfizer. Mais non, la logique est la même chez Sanofi que chez les autres. Là, aujourd'hui, c'est le droit des actionnaires qui est privilégié sur le droit des patients. Mais c'est le cas malheureusement dans un certain nombre d'autres maladies. Malheureusement, sur ce cas-là, la situation est aujourd'hui simple. Elle est triste mais elle est simple.
François Ruffin, vous appelez donc effectivement à manifester. Vous irez vous-même manifester samedi ?
Je pense, oui. Mais maintenant, j'aimerais bien que ça se passe dans mon coin.
C'est-à-dire que vous vous dites qu'il faut que ça se soulève un peu partout
et que vous n'ayez pas venir à Paris ? Je ne me fais pas d'illusion sur le fait qu'en plein cœur de l'été, quand on prend une décision de cette nature-là en plein cœur de l'été au mois de juillet, ce n'est pas le moment des grands soulèvements révolutionnaires. Je n'ai pas d'illusion là-dessus. Mais en tout cas, sous une forme ou sous une autre. La manifestation est une forme. Mais les tribunes en sont une autre. J'appelle, oui, à ce que les gens qui ont leur âme et conscience pensent que là, le pouvoir abuse, qu'il a franchi un rubicon, qu'il convienne dire non, il faut poser une limite comme le réclamait Montesquieu.
Le ministre de la Justice, Éric Dupond-Moretti, pourrait être mis en examen ce soir. S'il est mis en examen peut-il rester au gouvernement ? Peut-il rester ministre de la Justice à vos yeux ?
Écoutez, c'est un peu aberrant. C'est l'ordre de l'évidence. Avant, il y avait une jurisprudence qui pensait qu'on ne devait pas rester ministre dans ces conditions-là. Je pense qu'il ne va pas être tranquille d'exercer ça. Moi, je voudrais dire un autre truc quand même. C'est que dans la même déclaration, Macron, dans ses 10 minutes lundi soir, il arrive quand même aussi à nous caser le chômage et les retraites.
On va en parler dans un instant, mais je voudrais quand même que vous me disiez sur Éric Dupond-Moretti. Vous, vous considérez que s'il est mis en examen, il doit démissionner ?
Oui, c'est quand même bien compliqué d'être ministre de la Justice en étant mis en examen. En plus, il va être mis en examen parce que comme ministre de la Justice, il a utilisé son poste pour servir un ancien client qu'il avait comme avocat. Il aurait. Oui, qu'il aurait. Mais bon, c'est quand même problématique. Je veux dire, pour diriger la justice française, il n'y a pas photo que c'est quand même bien compliqué dans ces conditions-là.
Vous le disiez sur les réformes des retraites. En effet, Emmanuel Macron, après 20 minutes sur la crise sanitaire, a consacré 10 minutes à un programme beaucoup plus large et notamment cette réforme des retraites. Il a considéré que ce ne serait pas forcément maintenant parce que la situation, dit-il, ne le permet pas mais que oui, il fera cette réforme des retraites qu'il a promis avec sur la table, on le sent bien, la possibilité de passer de 62 à 64 ans pour l'âge légal.
Écoutez, moi, j'ai amené le dernier numéro de Challenge. Vous savez, tous les ans, ils font le classement des plus grandes fortunes de France. Et là, ça commence comme ça. Quelle année le patrimoine professionnel global des 500 premières fortunes de France approche les 1000 milliards d'euros soit un bond de 30% ? C'est-à-dire que en un an de crise sanitaire, vous avez les 500 plus riches du pays qui ont vu leur fortune augmenter de 300 milliards. 300 milliards, on ne comprend même plus ce que c'est quand il y a tant de zéros que ça, on a du mal à le mettre sur la calculette. 300 milliards, c'est le budget de l'État quasiment.
Vous mettez le ministère de l'éducation, le ministère de la justice, le ministère des transports, le ministère de l'environnement, le ministère de l'agriculture, vous butez le budget de tous les ministères, vous arrivez à 300 milliards d'euros. C'est donc ça qu'ont gagné les plus riches en un an de crise sanitaire.
Donc, plutôt que de réformer la retraite, vous voudriez réformer les impôts ?
Écoutez, oui, d'autant plus que ceux qui apparaissent dans la tête du classement, c'est Arnaud, Mulier, Hermès et compagnie qui ont comme savoureuses habitudes... qui sont aussi
les plus gros employeurs de l'État. Oui,
d'accord, mais ils pourraient payer leurs impôts en France. Ils le font, Bernard Arnaud parie ses impôts en France. Oui, en ayant 24% des filiales de LVMH qui sont dans les paradis fiscaux, en étant un client de Luxembourg, en ayant un bateau qui est avec pavillon Malte, en ayant des comptes aux îles Caïmans et ainsi de suite. Et pas seulement Bernard Arnaud, parce que vous savez que c'est un peu ma spécialité, mais chez les mêmes, vous savez, quand on a ouvert les open lux, les papiers au Luxembourg, on a découvert que c'était les familles françaises et pas n'importe quelle famille qui avaient le plus de filiales, de sociétés écrans installées au Luxembourg.
Nous, avec mon collègue communiste Sébastien Jumel, on a interrogé le ministre de l'économie Bruno Le Maire, on lui a demandé mais qu'est-ce que vous comptez faire alors ? Et Bruno Le Maire nous a répondu ah bon, c'était la une des journaux les open lux, nous a répondu ah bon, il y a un problème ? Ah, alors je vais me renseigner. Ça dit quoi ? Ça dit une complicité évidente entre celui qui devrait être la police de l'économie Bruno Le Maire et les Al Capone là qui frônent pour aller mettre leur argent là-bas.
Donc, avant de s'intéresser quand même aux travailleurs à qui on va demander de repousser l'âge de la retraite alors qu'ils ont déjà bien du mal à arriver en bonne santé à 62 ans, avant d'aller s'intéresser aux auxiliaires de vie sociale qui ont des contrats précaires et qui ont parfois des périodes de chômage, aux assistantes maternelles dont c'est le même cas, aux intérimaires caristes en logistique.
On a bien compris que vous vous intéresseriez plus à ceux qui sont dans le jardin. Écoutez,
là, 300 milliards d'euros en un an. On pourrait dire que leur fortune elle stagne en un an. Pendant un an où il y a eu un million de pauvres en plus, on a ces gens qui gagnent 300 milliards de plus. Je l'ai traduit même autrement. 300 milliards, c'est le travail de tout le monde, donc à la fois des commerçants, des artisans, des salariés, et tout ça, à la fois dans la région Hauts-de-France et dans la région Grand-Est. C'est comme si on avait donné tout ça aux riches en un an. C'est quand même gros comme une vache au milieu d'un couloir et c'est comme si on refusait de le voir. Emmanuel Macron, il nous dit que finalement c'est sur les plus pauvres et qu'il va encore falloir taper.
Non, à votre surprise, je ne suis pas d'accord. Je pense que c'est un motif supplémentaire pour aller lui dire non. Non,
je ne suis pas franchement surprise, François Ruffin. Pas franchement surprise. En revanche, il y a une question sur laquelle je suis toujours surprise, c'est que vous ne disiez pas pourquoi vous ne votez pas Jean-Luc Mélenchon à la présidentielle. je me prononcerai à l'été. Oui, je me prononcerai à l'été. Et maintenant, vous me dites que vous me prononcerez à l'automne. Oui, je vous dis que je me prononce à l'automne.
Non, ce n'est pas le problème. C'est que j'ai un fuit.
Si vous étiez convaincu, vous le diriez tout de suite. Non,
le début de campagne de Jean-Luc Mélenchon me paraît très convaincant. Maintenant, vous demandez des preuves. Non, le souci n'est pas là. Le souci, c'est que je veux faire vivre un temps sur les oxy-vers de vie, à l'automne, ces métiers de lien en première ligne. Vous savez, quand j'entends Emmanuel Macron, je terminerai là-dessus, même si vous me faites des signes. Je vous fais des signes parce que l'heure tourne. Et qui, là, vient taper sur les chômeurs, la retraite, sur les infirmiers aussi, passe obligatoire et tout ça. Je me demande où il est passé.
Celui qui nous disait il y a un an, il faudra nous rappeler que notre pays tout entier repose sur ces femmes et ces hommes que nos économies reconnaissent sérémulaires si mal. Celui qui nous promettait les jours heureux, il a disparu. Et vous serez là
pour le lui rappeler.
Pour le lui rappeler, je pense qu'il faut des manifestations, il faut des gens qui parlent dans l'hémicycle, il faut des tribunes. François Riffin,
on l'a bien compris et cette tribune, vous allez l'utiliser au maximum. Il est 8h56. Merci d'avoir répondu à nos questions. Très bel été à vous tous.
François Ruffin