RETRAITES : IL Y A D’AUTRES SOLUTIONS À LA RÉFORME BRUTALE DE MACRON
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
La retraite à 60 ans, on s’est battu pour la gagner on se battera pour la garder ! Il y aurait eu 700 000 personnes ou il y aurait 1,3 million personnes, ça ne change pas les choses pour nous. La question des retraites, ça suscite toujours des inquiétudes.
Ce qu’on souhaite dans la vie c’est d’avoir une retraite et une retraite si possible digne et en bonne santé. Dire que cette réforme pénaliserait les personnes modestes, c’est exactement le contraire. On ne va pas travailler jusqu’à 65 ans.
On va finir grabataire et on va finir que les pots de départ ce sera des pots mortuaires, ce ne sera plus des apéros qu’on va faire. Il suffirait de taxer quelques dizaines de milliardaires, on financerait, ce qui est factuellement totalement faux. Elle doit se faire cette réforme, pourquoi ?
Elle doit se faire parce que sinon, dans les dix prochaines années, on va cumuler 100 milliards d’euros de dette sur le seul régime des retraites. Le gouvernement qui veut nous terroriser, nous imposer des sacrifices très importants pour 15 milliards de déficit annuel futur, est le même gouvernement qui a voté à l’automne dernier un déficit de l’État de 160 milliards, c’est-à-dire dix fois plus. Le meilleur moyen de financer les retraites, c’est qu’il y ait plein de gens qui bossent et que ces gens soient bien payés.
J’ai écrit un hors-série pour l’hebdomadaire Charlie Hebdo qui s’intitule “Retraites : le casse du siècle”. Pourquoi Emmanuel Macron veut nous faire bosser à mort. Vous trouvez ça en kiosque, et l’idée, c’est de vous expliquer de façon très très simple avec le minimum de chiffres, avec un vocabulaire limpide, pas du tout technique d‘économiste, que la vraie solution à long terme du financement des retraites, c’est l’emploi.
Et j’explique plus fondamentalement que notre système de protection sociale est vraiment efficace et qu’il nous fait même gagner de l’argent. La réforme des retraites, telle qu’elle est proposée actuellement par le gouvernement, il y a deux mesures essentielles. La première, c’est le report de ce qu’on appelle l’âge légal, quelque chose qui est très étonnant en réalité, qui est qu’on sait qu’on commence dans la société à travailler à des âges très différents, et que malgré ça tout le monde doit atteindre ce fameux âge minimum pour avoir le droit d’arrêter de travailler et de toucher enfin sa retraite, cet âge légal qui est actuellement de 62 ans, sera progressivement passé dans les années à venir à 64 ans.
La deuxième mesure, c’est l’allongement de la durée de cotisation qui devait déjà passer à 43 ans pour tout le monde mais on va y passer plus vite que prévu. La justification de la réforme qui est avancée par le gouvernement n’est pas absurde du tout, on la connaît tous, c’est la question démographique. Il y a cette idée qu’il n’y aurait pas assez de gens, d’actifs, pour cotiser pour les retraités, les inactifs.
C’est ce qu’il se passe sur le plan disons humain, démographique, et ensuite on traduit ça en argent, en milliards d'euros, en disant : Déjà il faut savoir que le système actuellement est équilibré, il est même en léger excédent en 2022 de deux milliards d’euros et on fait des projections pour l’avenir qu’il y aurait un déficit futur. Si on prend, et je pense qu’il faut le faire, le scénario le plus défavorable du Conseil d’Orientation des Retraites parce qu’il faut être prudent, on sait que l’avenir va être compliqué dans plein de domaines, on aurait un déficit annuel qui serait de l’ordre de 15 milliards par an dans les 10, 20, 30 prochaines années. Je veux juste donner ce chiffre, la majorité parlementaire a voté à l’automne dernier pour cette année 2023 un déficit du budget de l’État de 160 milliards. 160 milliards d'euros qui sont évidemment financés par nos impôts et qui vont alimenter la dette puisque l’État est en déficit cette année à cause des très nombreuses baisses d’impôts qui ont été décidées par le gouvernement sur les hauts revenus et sur les entreprises.
Je répète juste ce chiffre. Le gouvernement qui veut nous terroriser, nous imposer des sacrifices très importants pour 15 milliards de déficit annuel futur, est le même gouvernement qui a voté à l’automne dernier un déficit de l’État de 160 milliards, c’est-à-dire 10 fois plus. Il y a plusieurs aspects qui rendent cette réforme incompréhensible pour les Français.
Je pense que le premier c’est d’abord de dire : On a un effondrement par exemple de notre école, de notre hôpital, et les gens attendent des solutions du gouvernement de ce point de vue là. Et je crois qu’on ne comprend pas pourquoi le gouvernement s'excite sur les retraites alors que ça n’est absolument pas l’urgence du pays. On l’a dit, la réforme repose sur deux principes : tout le monde part plus tard et tout le monde travaille plus longtemps.
Sauf que lorsqu’on regarde les carrières, on regarde autour de nous. Une jeune ou un jeune qui fait des études, qui a commencé à travailler à 22 ans donc qui doit les 43 années de cotisation, 22 plus 43 ça fait 65 ans. Et donc cette personne là n’est absolument pas touchée par la réforme.
Si, pour les personnes diplômées ça ne change rien, si la réforme a pour but de faire des grosses économies, d’où viennent ces économies ? Elles viennent uniquement des personnes qui font les études les plus courtes, qui rentrent le plus tôt sur le marché du travail, qui ont les emplois les plus difficiles, les moins bien payés, les plus utiles à la société, “découverts” pendant le Covid. L’injustice de cette réforme est quasiment totale, c’est ça qui est impressionnant, c’est qu’en termes de classe sociale, très concrètement cette réforme va faire que les ouvriers, les artisans, les vendeuses, les manutentionnaires vont devoir travailler plus longtemps, beaucoup plus longtemps, un an, deux ans, et on a eu droit à cette déclaration extraordinaire d’Elisabeth Borne disant : “Les travailleurs qui commencent à travailler le plus tôt sont ceux à qui on demande le moins de travailler plus longtemps.” Les 20 % de Français les plus modestes sont ceux auxquels on demande le moins de travailler plus longtemps.
Parmi les les nombreuses raisons très profondes d’opposition à la réforme de la retraite, c’est que la retraite c’est la fin de la vie et que derrière il y a la mort. Il y a quand même cette idée que évidemment en repoussant l’âge de départ, on vous vole les plus belles années de votre retraite. Effectivement, entre 95 et 98 ans, en moyenne vous en bénéficiez moins, parce que déjà souvent vous êtes mort, qu’entre 65 et 68 ans.
Il y a cette idée évidente que les années ne se valent pas, et ce qu’on vous enlève au début, c’est atroce. La plus grande réussite factuelle de la Sécurité sociale depuis sa création en 1945, c’est le fait que la vieillesse qui avant était synonyme de pauvreté pour la plupart des gens, qui évidemment était courte. C’était un moment où vous sortiez de la vie sociale parce que vous n’aviez plus les moyens, vous n’aviez plus les moyens de sortir, de bien vous habiller, d’aller faire vos courses et encore moins de participer à la consommation, d’aller au restaurant, d’aller au cinéma ou aujourd’hui de prendre votre voiture pour vous déplacer.
Ce système de retraite français, là où il est vraiment extraordinaire, c’est qu’il est extrêmement simple. On prend l’argent tous les mois des gens qui travaillent, il est versé automatiquement et quasiment sans aucun coût sur le compte des gens qui sont à la retraite. Il faut bien insister sur le fait que cet argent n’est absolument pas celui de l’État.
Ca malheureusement on ne nous l’apprend pas à l’école mais la Sécurité sociale est à 100 % financée par les travailleurs. Donc je sais très bien que ce sont les entreprises qui font les chèques à l’URSSAF, mais ce n’est pas leur argent, c’est l’argent des salariés, ce qu’on appelle “les charges sociales” qui sont en réalité des cotisations sociales. Les “charges”, il y a l’idée que ça pèse sur l’entreprise et la cotisation on cotise à quelque chose comme quand vous cotisez à une cagnotte pour un anniversaire.
Ces cotisations sont à 100 % payées par les salariés, par les gens qui travaillent, elles sont versées aux retraités. Pour moi il y a un vrai problème d’illégitimité dans ce que fait Emmanuel Macron, c’est qu’effectivement il y a un problème futur de financement des retraites dans l’état actuel des choses, je suis d’accord, mais c’est à nous démocratiquement de dire : “Combien de temps on travaille ? Combien on cotise ?” et on en parle entre jeunes et vieux dans un débat démocratique.
Pour moi, être libre, justement, ce sont les services publics. L’éducation gratuite, c’est la liberté. Je peux m’éduquer et si je suis parent, je ne suis pas inquiet, je sais que mon enfant pourra s’éduquer.
C’est une liberté extraordinaire. La santé gratuite évidemment, c’est une liberté fantastique. Je sais que je ne vais pas mourir si je tombe malade, c’est même plus que de la liberté, c’est vital.
Les gens qui se revendiquent de cet étendard de la liberté, donc les libéraux, les néolibéraux, sont ceux qui vont réduire en permanence les services publics. C’est ce qu’ils disent eux-mêmes, ils veulent privatiser au nom de la liberté. Comment est-ce qu’on va défendre ça au nom de la liberté ?
En fait, qui c’est qui est libre dans la société ? Evidemment ce sont les riches. Quand vous êtes riche, évidemment vous savez que vous pourrez payer des études à votre enfant, vous savez où vous pourrez vous soigner, vous savez où vous pourrez voyager, donc vous êtes libre, vous pouvez vous déplacer concrètement.
Par contre, quand vous êtes pauvre, vous avez cette angoisse du lendemain, cette peur de tomber malade, cette peur d’avoir un accident du travail, de devenir invalide et de devoir tomber mendiant dans la rue, etc. Évidemment que vous n’êtes pas libre. Et donc la Sécurité sociale, ces termes sur lesquels on ne s’arrête pas assez, c’est de dire : Collectivement on vous donne cette sécurité qui est le fondement de votre liberté individuelle.
La première chose à faire c’est de supprimer l’âge légal, déjà 43 ans ça me paraît trop, mais à supposer qu’il faille garder les 43 ans de cotisation ce qui à mon avis n’est pas une bonne idée, et qu’on pourrait par exemple passer à 40 ans de cotisation en cotisant un peu plus tous les mois, il y a plein d’économistes qui l’ont expliqué. L’âge légal, la première chose c’est qu’il doit sauter. Comme ça, quelqu’un qui a commencé à travailler à 16 ans, effectivement va partir beaucoup plus tôt que quelqu’un qui a commencé à travailler à 25 ans.
Et on sait que même ça, ça je veux insister sur ce point, ça reste très injuste. Parce que la personne qui a commencé à travailler à 16 ans, même si elle ne cotise que 43 ans, elle va mourir avant. Le temps qu’elle va passer à la retraite, même en partant plus jeune va être plus faible et en moins bonne santé que la personne qui a commencé à travailler à 25 ans.
Donc là, il y a une mesure d’égalité fantastique, fondamentale, qui devrait n’avoir que la durée de cotisation. Et d’autre part, évidemment, il faut faire tout ce qu’on peut pour que la plupart des gens puissent bosser, puissent bosser dans des bonnes conditions, avoir des bons salaires, avoir des postes de travail ergonomiques. Et ça c’est un nom tout bête qui s’appelle le dialogue social.
Le gouvernement ne s’intéresse pas réellement à la question des retraites, et notamment ce qui est extraordinaire ne s’intéresse pas à la question de l’emploi et encore moins à la question du travail. Ce que j’explique dans mon texte, c’est qu’il y a plein d’obstacles, ils sont bien connus, qui empêchent tout un tas de gens de bien travailler. Le coût très élevé des logements, par exemple, le coût du permis de conduire qui empêche des jeunes personnes de passer le permis de conduire, la difficulté pour les mères célibataires qui sont parmi les gens qui travaillent, de loin, les personnes les plus pauvres de faire garder gratuitement leurs enfants en bas âge.
Et puis d’une façon plus générale, tout le suivi de la carrière professionnelle, la santé au travail, la gestion des carrières qui permettra à des gens de travailler plus longtemps. Ce qui est dingue, c’est que le gouvernement ne fait rien pour accroître l’emploi alors qu’effectivement, comme je l’explique et comme on le sait tous, le meilleur moyen de financer les retraites c’est qu’il y ait plein de gens qui bossent et que ces gens soient bien payés. Si, ne serait-ce qu’arriver enfin à l’égalité salariale entre les femmes et les hommes, qui est une obligation légale mais la grande majorité des entreprises ne respecte pas cette obligation, si on fait ça, le déficit des retraites futur est comblé du jour au lendemain.
Rien que cette réforme, basique, qui devrait être faite… En plus évidemment le grand projet qui manque et que tout le monde a compris, c’est cette satanée transition écologique. Qu’on ait enfin un grand projet collectif, qui donne du sens à tous, et qu’on mette en place les filières industrielles, on sait très bien tout ce qu’il faut faire : transports en commun, rendre l’agriculture écologique, isoler les bâtiments, tout un tas de choses y compris technologiques. Au moins, même si ça ne va pas changer grand chose, on le sait très bien, au futur de la planète, au moins on aura le sentiment de faire des choses utiles pour nous, qui ont du sens, pour nous et nos enfants.
Le moral des Français sera meilleur, on aura des boulots qui ont du sens. Il y a un moment, je ne sais pas si ça arrivera un jour, il faudra qu’on comprenne qu’on est dans un pays où il y a à la fois, c’est très basique ce que je vais dire, il y a un État et des entreprises, et ça serait bien qu’un jour ils travaillent ensemble, concrètement, au futur du pays comme on a su faire après 1945. Justement, dans le projet initial des créateurs de la Sécurité sociale, c’est de dire : “On va vous redonner le contrôle de votre vie parce que déjà vous n’aurez plus la peur du lendemain.” Le problème des retraites, il est tout petit, vraiment il est tout petit.
Comme ce sont des milliards, on a l’impression que c’est gros mais les retraites qui sont versées tous les ans par les travailleurs aux retraités c’est 350 milliards et on nous dit il y aura un déficit de 15 milliards. Voyez que 15 milliards par rapport à 350 milliards, s’il y a n’importe quel budget, n’importe quelle organisation qui a 350 milliards, il peut passer à 365 milliards. Il y a une solution simple, qui a très très bien marché dans le passé, c’est d’augmenter les cotisations.
Le gouvernement a refusé, et refusera toujours ça c’est certain, d’ouvrir la discussion là-dessus. Deuxième solution : qu’il y ait plus de gens qui bossent. Troisième solution : augmenter les salaires.
Aujourd’hui en France, le nombre total d’heures travaillées, pas le nombre d’heures par personne, le nombre total d’heures travaillés en France est le même que celui dans les années 70 dans un pays beaucoup plus riche et beaucoup plus nombreux en population. C’est absolument dingue, c’est une réussite fabuleuse. Donc ces gains de productivité font qu’on a besoin de beaucoup moins d'heures de travail, contrairement à ce que dit le gouvernement et effectivement quand on regardait au moment du passage aux 35 heures qui est censé avoir été la catastrophe absolue des dernières décennies selon la majorité, on a un bond de l’emploi, qui augmente de deux millions d’emplois en trois ans, c’est le seul moment depuis 1950 où l’emploi augmente beaucoup.
Et pour bien finir, il n’y a pas d’augmentation du coût du travail en France parce qu’il y a des aides publiques. Pour vraiment finir là-dessus, ces aides publiques sont vraiment faibles c’est-à-dire que oui il y a eu des aides publiques pour créer les 35 heures, mais c’est quelques milliers d’euros par emploi. Cette politique a été, en tout cas sur ce plan-là, elle est critiquable sur d’autres mais en termes de l’emploi ça a été un résultat fantastique.
On voit bien qu’on produit trop, qu’on produit mal et par contre les choses essentielles qui ne sont pas produites comme encore une fois, le logement, la santé ou l’éducation. L’avenir est évident mais j’ai vraiment peur qu’on n’y aille jamais, c’est de dire : On travaille moins, éventuellement on gagne moins mais comme on dépense beaucoup moins on vit mieux, et on a une vie qui est plus agréable, moins “speed” avec des meilleures relations humaines avec les autres et notamment toutes les enquêtes montrent qu’en particulier les gens qui passent à la semaine de 4 jours sont beaucoup plus heureux. Les entreprises qui sont passées à 4 jours par semaine ont de très bons résultats économiques, sont même parfois plus flexibles parce que quand vous passez de 5 jours à 4, vous embauchez.
Je conclurai là-dessus en disant : On a un gouvernement qui n’arrête pas de revendiquer la liberté, l’individu, et en fait, c'est vraiment ça le néolibéralisme, c’est qu’au contraire, et ça a été le cas de Thatcher au Royaume-Uni, de Reagan aux Etats-Unis, c’est que ce sont des gens qui passent leur temps à contraindre les citoyens ordinaires et par contre à enlever toutes les barrières aux plus riches, aux grandes entreprises qui étaient déjà les plus libres. Les services publics, la Sécurité sociale, ce sont les fondements de notre liberté et de la possibilité que j’ai concrètement au quotidien de mener la vie que je veux.
Emmanuel Macron