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interviewC dans l'air· 9 septembre 2025 11 min

Combien coûte la crise politique ?

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

parlez-en à votre pharmacien. ... - C.Roux: Bonsoir.

Bienvenue. Depuis la chute du gouvernement Bayrou, les regards se tournent maintenant vers l'Elysée. Quelle sera l'option retenue par le chef de l'Etat?

Une question est désormais posée: comment passer un budget dans les temps? Et quel coût aura cette instabilité politique? Pour en parler avec nous, A.Verdier-Molinié.

Vous êtes directrice de l'Ifrap. F.Bayrou voulait une clarification.

Il l'a eue, avec un vote massif contre la confiance alors qu'il demandait un diagnostic partagé de l'ensemble des parlementaires sur l'état des finances publiques. Il a alerté pendant des semaines sur le poids de la dette. Quelle est votre réaction? - A.Verdier-Molinié: C'est très dommage qu'on n'arrive pas à avoir un consensus sur ce sujet de la dette.

On voit quand même qu'il y a des évolutions sur les positions des différents partis politiques. Ils ne refusent plus de dire: "Oui, il y a un problème de dette." Mais qu'est-ce qu'ils ont fait hier?

Ils ont rejeté l'idée de faire des économies. - C.Roux: C'est ça qu'ils ont dit? - A.Verdier-Molinié: C'était pour ou contre les 44 milliards d'économies, qu'on n'avait même pas vraiment.

Malgré ces 44 milliards de soi-disant économies au total, on avait une augmentation de 29 milliards en valeur de hausse de la dépense entre 2025 et 2026. C'était prévu par le gouvernement de F.Bayrou.

C'est très dommage qu'on ne reconnaisse pas aujourd'hui qu'il y a un énorme problème sur nos dépenses publiques. Ce n'est pas qu'on ne paye pas assez d'impôts en France, c'est qu'on dépense trop, sans compter, sans pilote. Il n'y a plus de pilote! - C.Roux: Est-ce que la situation est si grave?

J.-L.Mélenchon était interrogé dans "Le Parisien". "C'est une manoeuvre politicienne de la part de F.Bayrou", dit-il...

Il dit qu'au fond, E.Macron s'est prêté à ce jeu et pourrait par là-même, en alertant de manière déraisonnable sur les finances publiques, provoquer un drame financier. - A.Verdier-Molinié: C'est un peu contradictoire.

Il n'y a pas de drame mais on voudrait en provoquer un? On ne va pas provoquer un drame s'il n'y a pas des sous-jacents qui sont mauvais. On a une dette à 3415 milliards d'euros.

On a une charge de la dette, c'est-à-dire le coût qu'on paye tous les ans, qui était de 30 milliards en 2019. Là, on passe à plus de 60 milliards et on va atteindre 100 milliards en 2029. C'est gigantesque.

Le budget de la défense, c'est 50 milliards. A un moment, on va devoir faire des choix drastiques pour pouvoir honorer le coût annuel de la dette. - C.Roux: Il y a aussi ce que dit G.Attal.

Il dit qu'on peut faire peut-être moins d'économies pour avoir un budget. Peut-être qu'il ne faut pas tenir mordicus sur 44 milliards...

Il faut faire moins? - A.Verdier-Molinié: De toute façon, il faut faire des économies.

C'est hyper important. Le drame dont on parle, c'est qu'à un moment, on peut avoir des investisseurs qui prêtent à la France...

On emprunte 300 milliards d'euros par an pour financer la maison France. On finance 300 milliards sur un emprunt. Si, demain, on n'a pas les prêteurs à un prix raisonnable, tout d'un coup, on pourrait avoir une charge de la dette qui augmente beaucoup plus. - C.Roux: Mais c'était très présent dans le débat politique et ce sera encore le cas dans les semaines qui viennent, car on va retrouver ces sujets...

La commission nous demande 120 milliards sur 5 ans, peu importe le rythme. Il faut y aller sans casser l'activité, sans demander trop d'efforts aux Français. - A.Verdier-Molinié: Il y a un chemin pour le faire sans casser l'activité.

Mais est-ce que le politique acceptera de le reconnaître vis-à-vis des Français? Le chemin, c'est baisser la dépense publique du niveau que demande la Commission européenne. La Cour des comptes dit la même chose.

Tout le monde dit la même chose. C'est 110 milliards d'économies d'ici 2029. Mais pour que ça passe et que ça ne casse pas la croissance...

La croissance est déjà cassée. Pour qu'on ait de la croissance dans le secteur privé, dans la création de richesses marchandes, dans nos entreprises, il faut baisser les impôts. C'est ça que personne n'a encore compris dans le monde politique.

Il faut à la fois baisser de manière importante la dépense publique mais en même temps baisser les impôts. Qu'ont-ils fait depuis des années? Ils ont continué à augmenter les impôts et ils n'ont pas baissé la dépense.

En 2025, pour le budget, on avait à peine 3 milliards d'euros d'économies et 27 milliards de hausses d'impôts. Ca donne quoi sur la croissance cette année? On est quasiment en récession.

Si on regarde les chiffres de l'Insee en dehors des stocks, en fait, notre richesse nationale stagne. Ce n'est pas parce qu'on a trop baissé la dépense, on ne l'a pas encore baissée. Ce qui nous emmène dans le mur, c'est justement de dépenser toujours plus sans contrôle.

A la fin, il faut toujours trouver des impôts supplémentaires. - C.Roux: Tout cela n'est pas hors-sol.

Ca se fait dans un pays où il y a un mouvement qui s'appelle "Bloquons tout" demain, où la colère sociale ne demande qu'à repartir. Ces efforts ne passent pas auprès des Français. 76 % d'entre eux étaient très contents de voir partir F.Bayrou. - A.Verdier-Molinié: On ne peut pas dire que les Français sont contre les réformes... - C.Roux: Ils étaient contre ce budget. - A.Verdier-Molinié: Un sondage incroyable nous montre que sur plein de réformes, sur la dette, sur le fait que la France doit baisser la dépense, on a massivement les Français qui sont pour. - C.Roux: Ils sont pour taxer les riches.

On entend parler de la taxe Zucman, qui consiste à taxer à 2 % le patrimoine des ultrariches qui possèdent plus de 100 millions en France. C'est défendu par la gauche, par LFI...

Pour le coup, c'est très populaire aux yeux des Français? - A.Verdier-Molinié: Je ne pense pas que ce soit si populaire que ça.

Quelque chose a été mal expliqué dans le débat public. Des faux chiffres ont circulé en disant que la moyenne des Français payerait 50 % d'impôts, en comptant les impôts directs et les cotisations sociales. Et les plus riches paieraient beaucoup moins...

Ce n'est pas vrai. On sort une étude à l'Ifrap qui montre que les Français payent 28 %. Pour les plus aisés, c'est plus de 50 %.

Pour les revenus les plus faibles, c'est autour de 11 %. Il y a quand même quelque chose qui ne va pas dans le débat public. Il n'y a pas assez de décryptage des chiffres, qui sont balancés dans le débat. - C.Roux: Quand on dit que la taxe Zucman pourrait rapporter entre 20 et 25 milliards, les chiffres sont faux? - A.Verdier-Molinié: Bien sûr que c'est faux!

Je ne suis pas la seule à le dire. Le Sénat a publié un rapport très éclairant sur le sujet. Si on prend tous les impôts, y compris l'impôt sur les sociétés, ça rapporterait 2 ou 3 milliards.

Dans "Le Monde", un papier signé par plusieurs économistes dit que ce serait autour de 5 milliards, voire moins, car on ne connaît pas tous les biens professionnels...

A la fin, on est dans une situation où on nous vend que, soi-disant, taxer les plus hauts revenus et les entrepreneurs de France serait positif...

Mais même le conseil d'analyse économique, quand il sort sa note, dit que ça ne ferait pas un impact aussi important que ça mais que ça ferait 800 à 900 personnes qui partiraient tous les ans. La taxe Zucman dit qu'il suffirait de taxer 1800 personnes et ça rapporterait 20 milliards? C'est totalement antinomique.

Comment on peut dire que ce n'est pas grave que 800 ou 900 personnes partent chaque année de France pour des raisons fiscales et qu'en même temps, sur 1800 personnes, on va récupérer des milliards de recettes? Tout ça ne marche pas. En réalité, c'est le miroir aux alouettes pour nous faire croire qu'il n'y a pas besoin de baisser la dépense. - C.Roux: Pas besoin de faire des efforts. - A.Verdier-Molinié: Il y a cette année une taxe exceptionnelle à 20 % sur les hauts revenus.

On ne sait pas encore combien elle va rapporter, mais ce sera de l'ordre de 1,2 ou 1,3 milliard. Chaque fois qu'on dit qu'on va récupérer des milliards en taxant les riches, ce n'est pas vrai. Ils sont déjà surtaxés.

La taxe Zucman, on sait que ce ne serait pas constitutionnel. - C.Roux: Vous êtes d'accord avec F.Bayrou quand il dit que B.Arnault et ses semblables sont devenus des cibles emblématiques?

Qu'ils sont comme des poupées vaudou dans lesquelles on plante des aiguilles pour leur faire mal au portefeuille? - A.Verdier-Molinié: Je trouve grave qu'on s'en fiche que nos entrepreneurs partent, alors que ce sont eux qui vont nous sortir de la situation dans laquelle on est.

Nous avons des politiques qui ont créé l'instabilité. La solution est dans le sursaut économique. - C.Roux: Combien va coûter cette instabilité politique? - A.Verdier-Molinié: En 2025, c'est déjà 20 milliards de richesses nationales de perdues à cause de ce qui s'est passé depuis la dissolution en 2024.

Vous avez à chaque fois des prévisions de croissance qui ne sont pas exécutées au niveau de ce qu'on anticipait. Pourquoi? Chaque fois qu'on dit qu'on ne sait pas ce qui va se passer, si on aura un budget, si ça va passer par une loi spéciale...

On n'embauche pas, on n'investit pas, on ne développe pas son entreprise. Je vois des indépendants et des artisans...

Ils pensent à partir de l'autre côté de la frontière. Même les petits! Et c'est très grave pour la France. - C.Roux: Un mot sur l'actualité du jour: les taux d'emprunt français sont passés derrière les taux italiens.

Ca veut dire qu'on est à la veille d'une attaque sur la dette française? - A.Verdier-Molinié: C'est plus cher d'emprunter.

Mais c'est vrai que c'est un souci. On est maintenant les plus chers, sur les taux à 10 ans. Pendant des années, on a dit qu'on n'était pas la Grèce, l'Italie, que la France pourrait toujours emprunter pas cher...

Mais ce n'est pas vrai. On se leurre aussi. On doit faire comme tout le monde, des efforts pour mieux gérer nos finances publiques.

Quand on fonce dans le mur de la dette, ça finit par se voir.