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interviewEurope 1 — L'interview politique du week-end· 28 septembre 2025 8 min

Condamnation de Nicolas Sarkozy : «Je ne suis pas sûre que cette décision rapproche les Français de la justice» estime Violette Spillebout

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Invité

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Présentateur

Un matin week-end, 6h-9h, Alexis Delafléchère. Et à 8h13, Alexis Delafléchère, vous recevez Violette Spilbou, députée Renaissance dans la 9e circonscription du Nord.

0:39
Violette Spillebout

Bonjour Violette Spilbou. Bonjour. Madame la députée, un ancien président de la République, vous avez suivi évidemment l'affaire, a été condamné à de la prison ferme avec exécution provisoire, avec effet immédiat. Incarcération donc avant même son procès en appel, alors que l'ancien chef de l'État ne présente pas de danger pour la société, il n'y a pas de risque de fuite, pas de risque de récidive. C'est ça qui choque beaucoup de Français. Est-ce que vous-même, vous avez été choqué par cette décision de la juge ?

1:07
Présentateur

Bien comme beaucoup de Français, c'est une décision qui m'interroge et qui m'inquiète, qui m'interroge parce qu'elle interroge des avocats, des anciens magistrats, des journalistes qui depuis quelques jours s'expriment sur cette décision de justice. C'est 5 ans de prison, mais c'est aussi cette exécution immédiate sur une condamnation en première instance qui est sans preuve factuelle finalement sur des présomptions. Et moi, comme beaucoup de citoyens, je suis attachée à ce que la justice soit la même pour tous. Pas de passe-droit pour personne, y compris pour les politiciens. Pas d'acharnement et pas de politisation non plus.

Donc quand je vois que beaucoup de Français n'ont plus du tout confiance en la justice, c'est un fait, doute des décisions judiciaires, des magistrats. Moi, je ne suis pas sûre aujourd'hui que cette décision les rapproche et leur redonne confiance en la justice. Je crois surtout qu'on a aussi cette question de la neutralité des magistrats. Finalement, est-ce qu'un magistrat qui est engagé dans un syndicat, qui est engagé politiquement, qui s'exprime publiquement, ne doit pas se déporter, par exemple, lorsqu'il doit juger les actes d'un homme ou d'une femme politique ? Voilà, beaucoup de questions autour de cette décision.

2:29
Violette Spillebout

Il y a une question aussi qui revient beaucoup. C'est cette juge en question qui a manifesté contre Nicolas Sarkozy. C'était en 2011. Est-ce que c'est la place d'une juge d'être dans une manifestation contre un président de la République ? Est-ce que ce n'est pas là le début de la politisation des juges ?

2:50
Présentateur

Déjà, comme vous me parlez de cette magistrate, je tiens à lui adresser à elle et à tous ses collègues mon soutien. Parce que depuis la décision, ils sont ciblés, ils sont cyberharcelés, menacés de mort. Et je crois que rien, aucune décision ne justifie cette violence.

3:06
Violette Spillebout

Mais je crois qu'on doit tous le rappeler.

3:09
Présentateur

On doit tous le rappeler parce qu'y compris avec les réseaux sociaux, tout cela prend des tournures d'une violence inouïe. Et je crois que ce n'est pas comme ça qu'on peut apaiser le débat et analyser et prendre cette distance.

3:22
Violette Spillebout

Et le dialogue, vous avez raison, doit se poursuivre dans le calme. Et on doit pouvoir réfléchir avec beaucoup de sérénité. Mais oui, sur la présence de cette magistrate dans une manifestation, est-ce qu'on peut quand même s'interroger sur est-ce que c'est la bonne place, sa bonne place, est-ce qu'elle doit être là ?

3:38
Présentateur

Alors, je crois qu'aujourd'hui, les magistrats sont des hommes et des femmes libres de s'engager, de s'exprimer. La preuve, elle est cadre dans un syndicat, un syndicat qui est présent effectivement à la fête de l'humanité, donc qui est très orienté politiquement. Elle est engagée politiquement, elle s'exprime, elle s'est exprimée politiquement. La question, c'est plutôt le déport. Est-ce que quand on doit juger un homme ou une femme politique, on peut réellement garantir la neutralité de la justice ? Je crois que les citoyens français, ils sont attachés à l'égalité de traitement par la justice. On sait qu'on a une justice qui fonctionne mal encore aujourd'hui en France.

Il y a des problèmes de budget, d'effectifs, de délai, d'engorgement. Mais ce n'est pas la seule question. Il y a quand même tous les jours des décisions qui choquent. Ce n'est pas moi qui le dis. Quand je suis à ma permanence de députée à Lille, à Tourcoing, je reçois régulièrement des victimes. Des victimes, des parents, des victimes d'un homicide routier, des parents d'une jeune femme victime de viol, qui sont révoltés contre une relaxe, contre un classement sans suite. Encore dernièrement, à Tourcoing.

4:43
Violette Spillebout

Et c'est ça qui choque les Français d'ailleurs. C'est parce que d'un côté, ils voient des personnes sous OQTF. On voit que la justice n'y arrive pas sur ce type de dossier. Je pense à l'affaire Philippine, évidemment. Cette jeune femme assassinée par un Marocain sous OQTF. Ils se disent, mais pourquoi ça ne fonctionne pas à ce niveau-là ? Et quand c'est Nicolas Sarkozy, alors là, pour le coup, ça ne traîne pas. Et les Français, ils comparent aussi. Ils se disent, mais qu'est-ce qui se passe ?

5:08
Présentateur

Le sujet dans le dossier de Nicolas Sarkozy, vous le savez, moi, je viens de la gauche. Je ne suis ni adhérente aux Républicains, ni fan de Nicolas Sarkozy. Je pense que j'ai assez de distance. Le sujet, c'est le sujet en particulier de l'exécution provisoire. Parce qu'on sait que cette exécution provisoire, elle est là normalement pour protéger d'une récidive. Or, il ne semble pas être à nouveau candidat à la présidence de la République. Elle est aussi pour protéger de troubles à l'ordre public éventuel. Et on voit que l'ancien président de la République, pour lequel, moi, j'ai beaucoup de respect, ne s'est jamais dérobé pendant les douze années de procédure.

Il n'a jamais fui et il a toujours respecté les décisions. Moi, je trouve que dans l'interview qu'il a donnée hier soir et que j'ai lue avec attention dans le journal du dimanche, il s'exprime avec beaucoup de dignité, de combativité. Il rappelle aussi que ce n'est pas une décision définitive et qu'il a le droit à son appel, qu'il va se battre jusqu'au bout pour la vérité. Et quelque part, il montre aussi un certain recul. Parce que lui, ce qu'il veut, c'est que des décisions de justice, en général, ne fassent pas peur aux Français. Qu'on n'ait pas l'impression qu'on puisse être condamné sans preuves factuelles aujourd'hui en France.

6:20
Violette Spillebout

Violette Spilbouche voulait aussi vous faire réagir, évidemment, à Sébastien Lecornu, nouveau Premier ministre. Ça semble s'accélérer. Ça y est, petit à petit, peut-être un gouvernement cette semaine, un nouveau gouvernement. En tout cas, il l'a dit, pas de retour de l'ISF, pas de taxe Zuckman, pas de rétro-bédalage non plus sur les retraites. Est-ce que vous allez le soutenir, Sébastien Lecornu ? La dernière fois, je le souligne aux éditeurs d'Europe 1 pour François Bayrou, lors du vote de confiance, vous étiez abstenu. Quelle est votre position ?

6:45
Présentateur

Je crois qu'on ne peut pas comparer les deux situations. Mon abstention au vote de confiance qu'a provoqué François Bayrou, il est lié vraiment à la portée politique et morale de mon engagement envers le respect des victimes de violences dans les écoles sur le travail que j'ai mené en commission d'enquête à l'Assemblée nationale. Aujourd'hui, on est avec un nouveau Premier ministre qui travaille dans la discrétion, qui met le quoi avant le qui, c'est-à-dire qui travaille d'abord sur le contenu de la proposition budgétaire que va faire le gouvernement et qui a vraiment une rupture dans la méthode.

Il réaffirme qu'il n'utilisera pas le 49.3 a priori, qu'il n'y aura pas de passage en force, c'est-à-dire c'est réaffirmer aussi les droits du Parlement à débattre, à travailler pendant des semaines sur la copie budgétaire. Et puis, il affirme, et moi je le partage, ça montre qu'il a entendu les Français, l'obligation, la nécessité de cet effort fiscal, c'est-à-dire d'une meilleure répartition. Certains paieront plus et d'autres paieront moins. Le réagissement pour les retraites aussi, pour les femmes, la pénibilité, tout en préservant la compétitivité du pays. Donc, il va déposer cette première copie.

Je crois que c'est aussi chez nos partenaires qu'il va falloir beaucoup d'ouverture, de compromis. Et chez nous, le bloc central, on n'a vraiment pas tout réussi, beaucoup d'humilité, on n'a pas tout bien fait, et on doit pouvoir se dire que les autres ont raison. Donc, il va falloir réapprendre le dialogue.

8:16
Violette Spillebout

Et on va suivre tout ça avec beaucoup d'attention à partir dès demain, et à partir de mercredi aussi, avec peut-être un nouveau gouvernement. Merci beaucoup Violette Spilbou d'avoir été avec nous ce matin. Je rappelle que vous êtes députée Renaissance dans la 9e circonscription du Nord.